Après avoir célébré la magie des Arts Florissants (à l’Abbaye aux Dames) dans ces colonnes, c’est avec une joie profonde que nous avons retrouvé – à la Cathédrale Saint-Pierre cette fois – le superbe ensemble baroque Il Caravaggio, (dont nous avons chroniqué maints albums, comme dernièrement « Le Devoir du premier commandement » de Mozart...), cette jeune formation audacieuse jouant sur instruments anciens et dirigée par la cheffe Camille Delaforge. Le concert du 15 juillet 2025 s’inscrivait dans la lignée des explorations musicales du Festival de Saintes, où l’émotion sacrée rencontre le théâtre lyrique avec une intensité rare.
La Cathédrale Saint-Pierre de Saintes, écrin acoustique séculaire, a magnifié les nuances d’un programme construit autour du thème de l’abandon – celui de Saül, de la Vierge Marie et de Saint Pierre. La jeune cheffe Camille Delaforge a mené son ensemble avec une énergie concentrée, où chaque geste épousait les vagues émotionnelles des partitions. D’emblée, l’ensemble plonge dans le drame biblique avec le plus petit oratorio de Henry Purcell, le rarissisme « The Witch of Endor ». La rencontre entre Saül (Bastien Rimondi, ténor troublante de gravité) et la Sorcière d’Endor (Apolline Raï-Westphal, soprano aux couleurs obscures) a été servie par une rhétorique musicale où la fougue et le contraste ont dominé, tandis que les graves du baryton Guilhem Worms (Samuel) ont fait leurs effets habituels.. Les interventions du continuo (théorbe, clavecin et violone) ont tissé un suspense haletant, soulignant la malédiction divine.
Pièce maîtresse du concert, « Il Pianto della Donna » est une œuvre méconnue de Giovanni Ferrandini a révélé la mezzo Floriane Hasler. Son interprétation de la Vierge éplorée, déplorant la mort de son fils, a conquis l’audience réunis sous les voûtes séculaires de la cathédrale, par sa pureté aérienne et son legato poignant. La direction de Delaforge, subtile et tendre, a laissé fleurir les ornements des violons comme des larmes instrumentales. Un moment tout simplement bouleversant !
Avec Le Reniement de Saint Pierre, ce fameux motet dramatique de Marc-Antoine Charpentier, l’ensemble a montré sa maîtrise du répertoire français. Les cinq voix unies dans « Cum caenasset Jesus » ont illustré la complexité polyphonique de Charpentier. Bastien Rimondi (Haute-contre) a incarné un Pierre déchiré, dont le reniement fut souligné par des ruptures rythmiques brutales, tandis que le Jésus de Jordan Mouaissia a également marqué les esprits. La basse continue, soutenue par l’orgue positif, a ajouté une dimension sacrée à ce dialogue évangélique.
En clôture, l’extrait de The Grove (« When Orpheus sang ») a permis à Floriane Hasler de déployer à nouveau sa vocalité lumineuse. La fluidité des phrases, accompagnée par les violons en écho, a offert une résolution apaisante au programme – comme un hommage à la céleste musique purcellienne.
Sous l’impulsion de Camille Delaforge, l’ensemble Il Caravaggio incarne un baroque du XXIe siècle : théâtral, inclusif et curieux ! Leur résidence à la Fondation Singer-Polignac et leur travail de médiation en milieu scolaire, témoignent d’une volonté de décloisonner la musique ancienne.
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CRITIQUE, festival. SAINTES, 54ème Festival de Saintes (Cathédrale Saint-Pierre), le 15 juillet 2025. PURCELL / CHARPENTIER / FERRANDINI. Ensemble Il Caravaggio, Camille Delaforge (direction). Crédit photo (c) Emmanuel Andrieu




