mercredi 30 septembre 2026

CRITIQUE, concert. AIX-EN-PROVENCE, Festival d’art lyrique (Grand-Théâtre de Provence), le 16 juillet 2025. LIGETI / WAGNER / BRUCKNER. Symphonie Orchester des Bayerischen Rundfunks, Simon Rattle (direction)

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Guillaume Berthon
Guillaume Berthon
Enseignant-chercheur en littérature, Guillaume Berthon est aussi un insatiable mélomane. Les billets qu'il écrit pour ClassiqueNews.com n'ont pas d'autre prétention que celle de partager son goût pour la musique, l'interprétation et les interprètes, en toute subjectivité.
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L’Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise joue en fosse pour Don Giovanni cette année : l’occasion était trop belle pour ne pas l’inviter à donner un concert sous la direction de celui qui est tout récemment devenu son directeur musical, Sir Simon Rattle. Le programme choisi unit la modernité des Atmosphères de György Ligeti (1961) au romantisme du Prélude de Lohengrin de Richard Wagner et de la Neuvième Symphonie d’Anton Bruckner.

 

Rattle et le BRSO ont eu l’occasion de rôder le même programme (mais encore plus roboratif, puisque s’y ajoutaient les Sechs Stücke für Orchester op. 6 de Webern et le Prélude et mort d’Isolde de Wagner) en concert à Munich puis en tournée. La version resserrée qu’ils ont proposée à Aix est d’une cohérence remarquable : toutes ces musiques impalpables naissent du silence et meurent dans le silence. Rattle dirige d’ailleurs le prélude de Lohengrin dans la continuité immédiate des Atmosphères de Ligeti, sur une battue continue qui évite que l’enchantement ne soit rompu par des applaudissements : effet saisissant quand les harmonies atmosphériques de Lohengrin, leur flux et leur reflux, succèdent sans solution de continuité au maelström sonore savamment organisé par le compositeur hongrois à l’aide d’un orchestre symphonique certes fourni, mais sans aucune aide de l’électronique. Le BRSO y déploie toute la palette de ses qualités : pâte sonore dense et aérée à la fois, comme en constante fermentation, sonorité chaleureuse, sans rien d’une froide perfection – autant de vertus qui éclaireront ensuite de leur éclat singulier la dernière Symphonie de Bruckner, restée inachevée.

Sans entracte, mais cette fois après une brève pause et des applaudissements nourris, les musiciens ont entrepris le long voyage que fait parcourir l’ultime opus symphonique de Bruckner. Le chef et l’orchestre y trouvent un superbe équilibre, dans un geste qui va toujours de l’avant, sans être pourtant précipité. Dans le premier mouvement, les sublimes sinuosités du thème en la font briller de tous leurs feux le pupitre des cordes bavaroises, d’une fervente intensité, avant qu’une coda ravageuse ne procède à l’ouverture du septième sceau, préparant la voie pour l’apocalyptique Scherzo. Rattle et ses musiciens montrent dans ce dernier un spectaculaire rebond, qui n’en atténue en rien la dimension terrifiante, pas plus que le trio qui reste placé sous tension constante. Seul répit, le hautbois fruité et quasi mahlérien de Stefan Schilli qui chante à perdre haleine dans le très court intermède qui sépare les deux salves de coups de boutoir. Le grandiose mouvement lent, où retentit au cor et aux tubas wagnériens le thème de l’« Adieu à la vie », sert de conclusion à l’œuvre.


Contrairement à ses deux enregistrements à la tête de la Philharmonie de Berlin (2012 et 2022), Simon Rattle dirigeait cette fois la Symphonie sans le Finale complété à partir des manuscrits par Nicola Samale, Giuseppe Mazzuca, John Alan Phillips et Benjamin-Gunnar Cohrs. C’est donc dans une atmosphère recueillie, sur l’accord final entonné par les cuivres, dans un ciel de cordes lavé par l’orage, que s’est achevé ce concert. Retenant d’abord son souffle, le public a réservé une chaleureuse ovation aux musiciens bavarois qui se produisaient au Festival d’Aix-en-Provence pour la toute première fois – mais, espérons-le, pas la dernière…

 

 

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CRITIQUE, concert. AIX-EN-PROVENCE, Festival d’art lyrique (Grand-Théâtre de Provence), le 16 juillet 2025. LIGETI / WAGNER / BRUCKNER. Symphonie Orchester des Bayerischen Rundfunks, Simon Rattle (direction). Crédit photo © Vincent Beaume

 

 

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