La seconde invitation du Philhar au festival Radio-France Montpellier surclasse la première déjà captivante (le 11 juillet). Sous la baguette de Daniel Harding, deux pièces phares du romantisme brillent au firmament de l’Opéra Berlioz : le 3e Concerto de Sergueï Rachmaninov avec le pianiste russe Daniil Trifonov et Une Vie de héros de Richard Strauss.
Le concert de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France 11 juillet était déjà captivant. Mais celui de ce 17 juillet est l’un des phares de cette 40e édition du Festival occitan, ex-aequo avec la Symphonie « Résurrection » de Gustav Mahler, dirigée par Tarmo Peltokoski à la tête de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse quelques jours plus tôt.
Les atouts en sont dédoublés par deux œuvres « culte » et deux performeurs. Pianiste russe surdoué, Daniil Trifonov s’est spécialisé dans le répertoire romantique (voir sa discographie…). Sans tomber dans l’écueil de la pyrotechnie, son jeu fait mouche au prisme des facettes que déploie Sergueï Rachmaninov dans son 3e Concerto op. 30, composé pour conquérir les USA et qu’il créa à New York (1909). « Chanter la mélodie » selon les mots de Rachmaninov himself, D. Trifonov l’assume avec sobriété dans l’Allegro initial. Envoûter son propre clavier, devenu jeux orgue au fil de la longue cadence (l’Ossia probablement) : le soliste triomphe de toutes les chausse-trappes. S’évader dans un parcours rhapsodique (Intermezzo adagio), en faire jaillir les idées, le jeu de timbres par son incroyable toucher des aigus tout se réalise. Et se performe même lorsque son piano se cabre comme un pur-sang pour lancer le final Alla breve que l’orchestre saisit dans son envol et son moteur rythmique. Car le direction réactive de Daniel Harding explore le romantisme fougueux, mais sans gesticulation. Le public les acclame tous deux vivement.
Le dernier poème symphonique Ein Heldenleben (Une Vie de héros, opus 40) de Richard Strauss fait pénétrer l’auditoire dans la saga d’un compositeur se mettant en scène, quelques décennies après Berlioz dans la Fantastique. Chacun des six mouvements réinvente la complexité orchestrale avec audace ; le Philhar en restitue le pouvoir cinétique. Le souffle post-romantque du mouvement initial pose la personnalité rayonnante Héros (Der Held), alors que le registre grotesque s’invite dans Les Ennemis du héros (Des Helden Widersacher) : ceux-ci jacassent chez les bois aigus et grondent chez les basses (on pense à la cour d’Hérode dans le futur opéra Salomé). Quel contraste avec les suaves courbes mélodiques du violon solo qui incarne la compagne du compositeur (Des Helden Gefährtin ) dans une douceur sensuelle ! Le jeu de Nathan Mierdl (26 ans) s’y déploie sereinement avec une sensibilité saisissante. La montée en puissance des mouvements suivants s’accomplit avec une précision au laser, séparés par la seule accalmie du mouvement « viennois » qu’enrobent les arpèges de harpes (Œuvres pacifiques du héros). Les trompettes en coulisse du Combat du héros lancent une chevauchée straussienne (moins noble que celle wagnérienne), décuplée par la force tellurique des percussions et de somptueux cuivres graves. Cette vie orchestrale grouillante, haletante et pleine de ruptures cède enfin la place à une fin quasi chambriste, émaillée du dialogue concertant avec l’excellent cor solo qui symbolise Le renoncement et l’accomplissement du héros. Subjugués, les deux mille auditeurs de l’Opéra Berlioz retiennent leur souffle plusieurs minutes avant d’applaudir. La marque des grandes soirées !
Aux saluts, de vives acclamations récompensent toutefois les deux Helden-solistes du Philhar (violon solo, cor solo) autant que Daniel Harding, un héros modeste de la saga straussienne. En lever de rideau de ce concert, le directeur Michel Orier avait adressé un vibrant hommage aux Héros du Festival Radio-France Montpellier qui fête sa 40e édition. Soit les trois fondateurs : Jean-Noël Jeanneney (Radio-France), René Koering (directeur du Festival pendant de longues décennies) et Georges Frêche (maire de Montpellier) en l’an 1985.
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CRITIQUE, festival. MONTPELLIER, 40e Festival Radio-France Occitanie Montpellier (Opéra Berlioz), 17 juillet 2025. RACHMANINOV / R. STRAUSS. Orchestre Philharmonique de Radio-France, Daniil Trifonov (piano), Daniel Harding (direction). Crédit photo (c) Droits Réservés





