dimanche 21 juillet 2024

CRITIQUE, festival. ALMADA, 4ème Festival de Musica dos Capuchos, le 1er juin 2024. MOZART / WEBERN / SCHUBERT / BEETHOVEN. Elisabeth LEONSKAJA (piano).

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

 

Pour sa 4ème édition, le Festival de Musica dos Capuchos à Almada au Portugal (de l’autre côté du Tage, en face de Lisbonne) monte toujours plus en puissance et gagne en notoriété et en rayonnement avec la venue d’ensembles et d’artistes de renommée internationale, grâce à l’enthousiasme de son infatigable directeur artistique, Filipe Pinto-Ribeiro. Et c’était le cas du concert d’ouverture (le 29 mai) qui mettait à l’affiche la jeune phalange symphonique française (fondée en 2020 par le violoncelliste Victor Julien-Laferrière), l’Orchestre Consuelo (dans des Symphonies beethovéniennes), tandis que jusqu’au 21 juin se produiront des orchestres ou des artistes de l’envergure de l’Ensemble Paganini de Vienne (le 7/6), le pianiste ukrainien Roman Fediurko (le 15/6), l’Orchestre de Chambre de Berlin (le 16/6), ou encore le DSCH – Schostakovich Ensemble (le 21/6)… et pour la première fois au festival, un opéra (de chambre) de Philipp Glass : “In the penal colony” (nous y reviendrons). 

 

 

Et le 1er juin – dans le lieu “historique” du festival, à savoir la Grande salle du Couvent des Capuçins (Covento dos Capuchos), d’une capacité cependant limité à 200 places/personnes (mais parfaite pour son acoustique comme sa proximité avec les artistes) -, c’est l’immense pianiste russo-autrichienne (né en 1944 en Géorgie) Elisabeth Leonskaja que nous avons eu la chance et le bonheur d’entendre en récital, dans un lieu autrement intime que le Grand-Théâtre de Provence deux mois plus tôt (dans un programme 100 % Schubert). Comme dans la cité provençale, c’est d’un pas plein d’allant qu’elle se dirige vers son piano, attaquant la 18ème Sonate pour piano en ré majeur (KV 576) de W. A. Mozart sitôt assise sur son tabouret, et sans attendre la fin des discussions d’un public portugais pas toujours très respectueux (ou au fait…) des “règles” qui s’appliquent aux salles de concert… 

La dernière sonate composée par le génie de Salzbourg permet de goûter l’un de ses pages radieuses, tout en réunissant par ailleurs les qualités digitales de la pianiste. Le dialogue constant entre les différents caractères est soutenu par un cantabile nerveux qui s’épanouit avec panache et un véritable sens du théâtre, mais à la gaieté apparente, à laquelle se joint parfois une pointe d’humour et de facétie, apparaît également sous les doigts de la pianiste une couleur plus dramatique. Elle enchaîne sans transition avec Les Variations op. 27 d’Anton Webern, quand bien même si éloignées dans le temps comme en esprit, par rapport à la pièce précédente. Cette œuvre singulière, dont l’écriture sérielle donne parfois lieu à une lecture abstraite et sèche, Leonskaja elle la comprend, l’incarne, la rend expressive et colorée, et surtout nous la fait comprendre et aimer. Elle devient sous ses doigts primesautiers merveilleusement chantante, poétique, et spirituelle, notamment dans un début du troisième mouvement particulièrement “dansant”. C’est ensuite à sa passion pour Franz Schubert qu’elle s’adonne, avec une exécution de son Klavierstücke D 946 – qui célèbre l’idylle privée et un certain plaisir de vivre. Impromptue, vive  et mordante, cette pièce en trois mouvements est rendue de manière incisive, mais aussi une certaine légèreté, parfois aérienne et là encore dansante…

L’entracte n’est pas de trop pour laisser le temps de reprendre ses esprits, et après la pause, c’est à la dernière Sonate de Ludwig van Beethoven (la 32ème, opus 111) que la grande Dame du piano s’attèle. Elle débute par un Maestoso assombri par la pédale et le doigté relativement “martelé” de la pianiste, avant un flot d’arpèges, rapidement coupé dans son élan… pour être relancé encore plus vite. Le traitement des variations du deuxième mouvement clôt avec une intelligence rare ce concert, auquel s’ajoutent deux bis de Claude Debussy, le prélude “Feux d’Artifices”  et “La plus que lente”, qui est comme un moment d’éternité que l’on emportera pour longtemps avec soi…

Puissent les pianistes de vingt ans s’inspirer de cette Légende vivante du piano, et conserver à sa suite l’authentique jeunesse : c’est toute la postérité que l’on souhaite à Mme Elisabeth Leonskaja… que l’on espère entendre encore long tellement le temps ne semble d’aucune prise sur elle !

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CRITIQUE, festival. ALMADA, 4ème Festival de Musica dos Capuchos, le 1er juin 2024. MOZART / WEBERN / SCHUBERT / BEETHOVEN. Elisabeth LEONSKAJA (piano). Photos (c) Rita Carmo.

 

VIDEO :  Elisabeth Leonskaja interprète les 3 dernières Sonates pour piano de Beethoven 

 

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