Le 26 juillet 2023, le mythique Gran Teatre del Liceu de Barcelone a accueilli une création aussi audacieuse que brillante – Coppél-i.A – la dernière révolution chorégraphique de Jean-Christophe Maillot pour Les Ballets de Monte-Carlo. Et quelle révolution ! Loin d’une simple relecture, c’est une véritable métamorphose du ballet romantique Coppélia de Léo Delibes qui s’est offerte au public, plongeant avec une intelligence saisissante au cœur des questionnements contemporains sur l‘Intelligence Artificielle et le transhumanisme.
Jean-Christophe Maillot, chorégraphe-directeur au regard toujours affûté, a su transformer la charmante bluette de 1870 en une œuvre d’une rare profondeur, presque inquiétante. Il délaisse la poupée mécanique du XIXe siècle pour lui substituer un être de lumière et de métal, une humanoïde fascinante, Coppel-i.A., qui interroge notre rapport au désir et à la perfection déshumanisée. Cette vision, le chorégraphe la doit en partie à sa nouvelle génération de danseurs, des interprètes à la technique académique solide et au potentiel dramatique exceptionnel, avec lesquels il a su créer ce qu’il appelle lui-même un « laboratoire humain extraordinaire ».
La musique de Léo Delibes, réinventée et remixée par son frère Bertrand Maillot, prend des accents plus sombres, plus électriques, tout en servant avec une intelligence rare les ressorts dramatiques du ballet. Ce dialogue entre le passé et le futur crée une tension palpable, une musique qui semble parfois « ouvrir des portes vers d’autres résonances ». Sur scène, la plastique est d’une beauté glacée et fascinante. Les décors et costumes d‘Aimée Moreni, d’une blancheur quasi chirurgicale, évoquent à la fois les défilés avant-gardistes et un futur aseptisé. Un immense œil mobile surplombe la scène, symbole de ce regard technologique qui nous épie et interroge notre humanité. Dans cet univers monochrome, les corps se détachent avec une force saisissante. On retient le jeu magnétique de Matej Urban en Coppélius, savant fou à la fois génial et pathétique, et l’interprétation renversante de Lou Beyne en Coppél-i.A. Son évolution, de la gestuelle saccadée du robot à l’éveil troublant des émotions, est un moment de pur théâtre dansé.
Coppél-i.A. s’avère une véritable expérience : un spectacle total, une œuvre puissante et visionnaire qui confirme, si besoin était, que Les Ballets de Monte-Carlo et Jean-Christophe Maillot sont plus que jamais à l’avant-garde de la danse mondiale.
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CRITIQUE, danse. BARCELONE, Gran Teatre del Liceu, le 26 juillet 2023. « Coppél-i.A. » par J. C. MAILLOT et Les Ballets de Monte-Carlo. Crédit photographique (c) Alice Blangero





