samedi 26 septembre 2026

CRITIQUE, concerts. 77ème Festival de Menton, les 5 et 6 août 2026. I Gemelli, Emiliano González Toro, Maximiliano Danta… / Vassilena Serafimova, Thomas Enhco

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Chaque été, Menton est LA destination incontournable pour qui souhaite vivre sous la voûte étoilée et en bord de mer, de nouvelles expérience musicales. On doit à la sensibilité du chef d’orchestre Paul-Emmanuel Thomas, directeur artistique, d’étonnantes prouesses musicales dont l’excellence se marie à la diversité des propositions. La sensibilité du maestro, qui sait comme nul autre cultiver l’art des affinités artistiques, permet aux festivaliers de retrouver d’immenses interprètes, dans des programmes qui les dévoilent davantage à chaque concert. Ce sont souvent de longues conversations préalables, entre le chef et chaque artiste, qui affinent le choix des œuvres jouées.

 

On se souvient ainsi de récitals mémorables où entre autres, plusieurs pianistes parmi les plus captivants, se sont révélés sur la scène du Parvis de la Basilique Saint-Michel Archange : Beatrice Rana, Fazil Say, le jeune Alexander Malofeev, ou cette année (en clôture, le 7 août dernier), l’immense poète Alexandre Kantorow… Autant de tempéraments exceptionnels, magistralement « mis en scène » dans l’écrin mentonnais qui continuent de nourrir la légende du Festival de Menton, comme scène incontournable de l’été.

Lors de notre présence, le Festival s’est illustré dans un autre registre, celui de la diversité et de l’éclectisme qui combinés avec cette quête de l’excellence, ont permis de nouveaux apports. L’interaction et la proximité avec les publics se sont pleinement réalisées dans le même temps, grâce au concert du 5 août, où la scène du Parvis de la Basilique Saint-Michel Archange accueillait l’ensemble baroque I Gemelli ; des « Gémeaux » alors très inspirés par l’esprit de la confrontation stimulante, soit une battle entre deux chanteurs, prêts à en découdre en chantant plusieurs airs extraits des opéras de Vivaldi : chef et ténor, directeur musical de la formation (avec Mathilde Étienne qui présentait chaque séquence lyrique), Emiliano González Toro déploie un sens de la scène indiscutable, accordant la puissance de son chant à une expressivité juste et nuancée. L’intérêt de cette bataille vocale se révélant à l’aulne de la profondeur voire de la nuance psychologique, accordées au brio d’une virtuosité pétaradante. De l’agilité et de la sensibilité : chaque rôle vivaldien, en dépit de ce que l’on dit, offre comme chez Haendel, une palette élargie d’affects et de situations; l’occasion pour le chanteur, de révéler aussi, outre ses capacités techniques, son épaisseur et sa finesse… comme acteur.

 

La grande Battle Vivaldi par I Gemelli et Maximliano Danta © classiquenews 26

 

Stimulé par son confrère ténor, le contre-ténor uruguayen, Maximiliano Danta, se prête au jeu de la confrontation, exhibant sans filtre un bel abattage vocal, coloratoure comprise : « l’ange » qui nous est ainsi présenté, captive par son timbre « céleste », une intensité et un feu expressif qui contrepointe idéalement avec le timbre plus charnel et terrien de son « rival » ; et quand les deux se retrouvent en duo, la suavité vivaldienne se concrétise dans une alternance de passes amoureuses, libres, parfaitement enchaînées.

Outre la performance évidente des deux chanteurs, la réussite de la soirée s’inscrit également dans son interaction avec le public ; à chaque session, les spectateurs sont chaleureusement invités à exprimer leur satisfaction en applaudissant leur champion. Car c’est ici l’applaudimètre qui départage et fera la gloire de l’un vis à vis de l’autre.
Le public mentonnais couronne ainsi le contre-ténor, digne interprète de la lyre vivaldienne, passionnée, amoureuse, enivrée jusqu’à l’extase.

 

Photo © Loic Lafontaine

 

Le lendemain (6 août, Palais de l’Europe), place à un autre duo tout aussi surprenant, celui du pianiste Thomas Enhco et de la percussionniste Vassilena Serafimova. En complices affûtés, les deux virtuoses savent depuis 17 ans, marier le clavier impétueux, percussif du piano, au timbre velouté et rayonnant du marimba. Une connivence artistique qui fait les délices de ce concert. Les deux clavieristes complices avaient présenté déjà en 2019, le premier volet de leur programme « Funambules » (LIRE ici notre critique, juin 2019 : https://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-festival-musique-a-la-ferme-lancon-de-provence-chevrerie-honnore-le-9-juin-2019-thomas-enhco-piano-vassilena-serafimova-marimba/. 7 ans plus tard, voici la suite…

A la séduction évidente née du mariage des timbres, s’ajoutent deux imaginaires personnels, complémentaires qui s’expriment dans la liberté du geste semblant jongler avec une maîtrise totale de l’improvisation. Portés tout deux par la passion du rythme et de la danse, les tempéraments se déploient dans de nombreuses transcriptions dont les deux premiers morceaux donnent la mesure dans l’esprit d’un jeu souple et ondulant : Prélude n°10 en mi mineur BWV 855 de Bach (à 7 temps), puis flot jaillissant et fluide de la Romance sans paroles en mi majeur opus 19b n°1 de Mendelssohn (à 5 temps). Leur complicité séduit davantage encore dans une belle volubilité dynamique et des nuances en réponses dans « les Larmes » d’après Rachmaninov (extraits des Fantaisie-tableaux opus 5), soulignant là encore dans d’amples respirations et l’esprit de ciselure, le chant lyrique et romantique du compositeur russe d’autant plus passionné qu’il est encore au début de sa carrière.

L’entente inventive entre les deux solistes se révèle tout autant dans les œuvres qu’ils ont conçus eux-mêmes ; « Le vent se lève » de Thomas Enhco, composition originale qui prolonge et développe une pièce au départ destinée à un long métrage mais jamais utilisée au cinéma : l’écriture comme improvisée, combine admirablement le chant des deux claviers. A l’onirisme évocateur du pianiste, répond la nature dansante de Vassilena Serafimova, véritable amazone volubile, qui dans ses transcriptions de danses traditionnelles bulgares, change de baguettes, produit différents sons, secs, grattés, veloutés, atmosphériques… dans une ivresse maîtrisée qui sublime l’euphorie des rythmes, le jeu des passages harmoniques, la vitalité des mélodies d’essence populaire.

Les deux « funambules » ont pour eux, la souplesse, la grâce, une inspiration toujours vive, facétieuse, amusée, directe, l’étincelle du vrai dialogue ; chacun sur son fil, accompagne l’autre ; leur chant alterné fusionne souvent, se croise, s’enlace dans un parcours endiablé dont les deux équilibristes expriment tous les élans, tous les vertiges, toute l’énergie communicative. Irrésistible.

 

Photo © Loic Lafontaine

 

 

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CRITIQUE, festivals. 77ème Festival de Menton, les 5 et 6 août 2026. Le 5 : I Gemelli, « la grande Battle / Vivaldi » avec Emiliano González Toro et Maximiliano Danta. Le 6 août : Vassilena Serafimova et Thomas Enhco, « Funambules ».

 

 

autres critiques

LIRE aussi notre critique du concert de clôture, le 7 août 2026 (Parvis de la Basilique Saint-Michel Archange), récital d’Alexandre Kantorow, piano : Bach / Liszt, Medtner, Chopin, Alkan, Scriabine, Beethoven… : https://www.classiquenews.com/77eme-festival-de-menton-bach-liszt-medtner-chopin-alkan-scriabine-beethoven-alexandre-kantorow-piano/

 

CRITIQUE, concert. 77ème Festival de Menton, le 7 août 2026. BACH/LISZT, MEDTNER, CHOPIN, ALKAN, SCRIABINE, BEETHOVEN, WAGNER/LISZT… Alexandre KANTOROW, piano

 

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