« La plaine devient de plus en plus belle et des douces brises caressent mon visage » C’est de la sorte que débute un des plus beaux Lieder de Fanny Mendelssohn, « Italien ». Ce samedi 25 avril, alors que le soleil resplendit dans son doux déclin dans la cour intemporelle des Princes de Soubise, les brises du printemps couronnées de pétales guident nos pas vers les riches lambris de la chambre du prince. Rez-de-chaussé intime aux tableaux représentant les amours des Dieux et des Déesses en corniche. En présence d’Hercule, d’Hébé et son vase d’ambroisie, de Mars déposant ses armes ou de la Vénus alanguie en proie aux amours, nous attendions que le souffle italien vienne nous emporter dans cette époque où la France fut une étape inattendue pour cette musique venue des joyeux et virevoltants outre-monts.
Parce ce programme très intelligemment constitué par les musiciens du Trio Zelindor nous porta par les zéphyrs dans ce fantasme italien que la France a toujours subi comme une ivresse inaltérable. Le Trio Zelindor est constitué du flûtiste Federico Altare, du violoncelliste Clément Stauffenegger et du claveciniste Charles Bonnet Léon. Ces trois jeunes et formidables instrumentistes nous ont permis d’apprécier non seulement la maîtrise de la technique, mais surtout la puissance interprétative de ces musiques bariolées.
Federico Altare est un flûtiste accompli. On apprécie le soin de ses phrasés, la beauté de ses ornementations savamment dosées. Clément Stauffenegger nous ravit particulièrement dans la très belle Sonate de Lanzetti, où il a pu montrer l’étendue de son talent dans la virtuosité et une belle justesse malgré la chaleur de la chambre du prince qui est parfois incompatible avec les cordes en boyau. Clément Stauffenegger démontre aussi une véritable maîtrise du continuo, en totale osmose avec Charles Bonnet Léon. Ce dernier, en véritable maître de cérémonie, nous guide dans les méandres formidables du programme avec une interprétation enthousiasmante de tous les morceaux.
Gageons que l’esprit de Chédeville, de Locatelli et des autres grandes figures chambristes ont posé leur esprit tutélaire sur ce concert. Avec de tels interprètes, la musique est entre des mains expertes, passionnées et passionnantes dans tous les sens du terme. L’Italie est loin d’être étrangère au Palais Soubise. Dans ces murs Marie de Guise, petite fille d’Henri le Balafré, a défié la cour du jeune Louis XIV en tenant la quenouille aussi bien qu’un sceptre. Avec un « soft power » intelligemment dosé, Mlle de Guise a donné à Marc-Antoine Charpentier, le français le plus italien, l’opportunité d’émerveiller la France avec une musique aussi brillante qu’une matinée romaine sous le soleil du roi lulliste.
______________________________________
CRITIQUE, concert. PARIS, Archives Nationales – Palais de Soubise, le 25 avril 2026. JEUNES TALENS : « Un vent d’Italie ». Trio Zelindor – F. Altare, C. Stauffenegger, C. Bonnet Léon. Crédit photo (c) Droits réservés





