Pour le concert qui lance sa dernière saison comme directeur musical, après 10 années d’une belle entente, le chef Kazuki Yamada confirme les qualités qui fondent l’attrait actuel du Philharmonique de Monte-Carlo : exceptionnelle sonorité d’ensemble, vivacité des nuances, souplesse et élégance, profondeur et grande versatilité expressive. De quoi réjouir l’audience, nombreuse, parmi laquelle son Altesse la Princesse Caroline…
Lancement de la saison 2025 – 2026
à l’Auditorium Rainier III
Somptueux concert d’ouverture
du Philharmonique de Monte-Carlo
En ce dimanche 21 septembre 2025, l’Auditorium Rainier III renoue avec l’histoire musicale prestigieuse du Rocher, celle des indiscutables accomplissements, preuve en est dans ce programme inaugural de la nouvelle saison 2025 – 2026, sous la direction de l’excellent Kazuki Yamada, baguette experte dans l’art redoutable des nuances, de l’élégance comme de l’urgence intérieure. C’est d’ailleurs cette finesse remarquable qui opère d’authentiques miracles sonores que porte un goût légitime pour les auteurs français.
En témoigne ce soir la programmation pour le moins audacieuse et très équilibrée réunissant deux démiurges majeurs (qui se sont croisés à plusieurs reprises) : Camille SAINT-SAËNS et Richard STRAUSS. Soit le délire picaresque et bouleversant de Don Quichotte (Strauss), modèle absolu, dans le genre du poème symphonique, alliant virtuosité de tous les pupitres et aussi redoutable architecture dramatique. Mais aussi au préalable, deux perles du romantisme français signées du grand Camille.
Kazuki Yamada et le violoncelliste Pablo Ferrández dans Don Quichotte de Richard Strauss © OPMC Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo 2025
Réhabiliter Saint-Saëns
La résurrection de Saint-Saëns s’écrit à Monte-Carlo. Car c’est surtout la première partie qui célèbre le génie de Saint-Saëns. Son « Phaéton » éclaire le sens opératique de l’auteur de Samson (créé en 1877), et qui en 1873, réussit une somptueuse offrande dans le genre poème symphonique. Qu’il l’ait dénoncé et s’en soit écarté, le Français s’y montre cependant proche du Wagner de Tannhauser, sa ferveur et son souffle puissant dans la vélocité des cordes, fabuleuses de souplesse dramatique, dont l’esprit aérien exprime ce soir la volupté de Phaéton, maître du char d’Apollon, jeune (et fugace) souverain du soleil et du ciel… Une telle souplesse poétique, la maîtrise absolue des accents de l’Orchestre monégasque révèle chez Saint-Saëns, la sensibilité du dramaturge, la justesse du peintre musical, l’analyste aussi du cœur humain. Cette réussite poétique nous a immédiatement paru proche de son opéra Ascanio, récemment révélé et enregistré [par le non moins convaincant chef français Guillaume Tourniaire – chez B records 2018, clic de classiquenews]. Soulignons la légitimité de Kazuki Yamada chez Saint-Saëns : le chef japonais a dirigé et enregistré son opéra Déjanire, – autre perle lyrique et orchestrale. Il dirige la nouvelle exhumation d’un autre opéra L’Ancêtre, publié cet automne. Il y a donc une tendance Saint-Saëns assumée à Monaco ; et plus qu’une tendance car le Français participe de près à l’histoire musicale du Rocher.
Et l’audace et la pertinence s’invitent aussi ce soir dans le choix de la symphonie de jeunesse [n°1 opus 2, en mi bémol majeur], synthèse précoce qui montre combien le jeune compositeur sait forger sa propre écriture à la source germanique des Schumann, Mendelssohn, sans omettre Beethoven [martialité plus heureuse que nerveuse du final / Allegro maestoso], conclusion triomphale, idéale pour un grand concert d’ouverture.
Saint-Saëns est d’autant plus légitime à Monaco que le prince Albert Ier dont 2022 avait marqué le centenaire de la mort, a particulièrement favorisé en mécène exemplaire, les arts et la musique, passant commande entre autres à Massenet et à Saint-Saëns, plusieurs ouvrages majeurs.
Didier de Cottignies, délégué artistique de l’Orchestre Philharmonique a eu le nez fin et la volonté opportune en choisissant Saint-Saëns. D’autant plus que Kazuki Yamada, emportant idéalement tout l’Orchestre, aborde la musique française avec une finesse réjouissante. Ce soir l’Orchestre renoue ainsi avec sa propre histoire et sert [remarquablement] le répertoire français qu’il a toujours joué dans ses heures les plus glorieuses.
La Symphonie opus 2 de Saint-Saëns profite du travail actuel du chef et des instrumentistes dont la compréhension a produit déjà ses fruits : un nouvel album édité cet automne 2025 par le label alpha classics. Classiquenews en a déjà loué les arguments d’autant plus passionnants s’agissant de symphonies connues mais très [trop] rarement jouées au concert [album intitulé « Premières Symphonies » / réunissant Saint-Saëns : Première symphonie de 1850, Gounod, Bizet] LIRE notre annonce : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-orchestre-philharmonique-de-monte-carlo-kazuki-yamada-direction-premieres-symphonies-bizet-gounod-saint-saens-2-cd-alpha/
L’officielle Symphonie n°1 de ce soir composée en 1853, prolonge celle de 1850, enregistrée et déjà publiée par Alpha. On y retrouve ampleur, suractivté, surtout élégance et grand raffinement. Le futur auteur de la Bacchanale de Samson y réussit dans un équilibre subtil entre souplesse du tapis de cordes et chant des bois, vents et cuivres. L’aération des cordes, leur souplesse continue évoquent en particulier Schumann ; Kazuki Yamada semble en comprendre l’urgence souterraine, les tensions ténues, les forces agissantes qu’il détaille avec une fabuleuse fluidité, éclairant les contrastes, jouant avec les dynamiques, alternant gravité et sensualité, fureur impérieuse et rêve extatique [remarquable subtilité de l’Adagio], le tout préparant dans le sens d’une architecture idéale, l’ultime et triomphal Allegro maestoso, qu’il aurait composé en premier et qui commande le sens et la direction des trois précédents mouvements.
STRAUSS CINÉMATOGRAPHIQUE
Seconde partie tout aussi magistrale : le Strauss choisi, « Don Quichotte » (Cologne, 1898) est un festival de couleurs et de nuances qui soulignent les excellents aptitudes du Philharmonique, ses arguments individuels, d’autant mieux signifiants qu’ils servent dans la justesse et l’éclat expressif, la trame dramatique de Strauss, son plan collectif qui exige de chaque instrumentiste. Le choix est judicieux car il met en avant pour ce concert d’ouverture, les remarquables capacités de chaque musicien ainsi exposé.
Les 10 variations qui racontent et synthétisent l’épopée du chevalier fantastique et de son double Sancho Pancha [qu’incarnent clarinette basse et tuba ténor]. Toutes regorgent ce soir d’audace, de mordant concertant, de souffle et de délire dans l’urgence guerrière, la noblesse du chevalier, l’ardent désir du preux, amoureux maladroit de Dulcinée. Instrumentistes chevronnés parmi l’Orchestre, le violon I [David Lefèvre] et l’alto I [François Méreaux] s’exposent particulièrement ; leurs parties rappelant combien la pièce est un véritable théâtre pour les instruments, les poèmes symphoniques de Strauss, préludant directement aux fabuleux opéras à venir.
Les auditeurs se délectent du violon [souvent associé amoureusement au violoncelle] dont les saillies se confrontent à l’alto, lui aussi pétillant, suractif. Ce trio magnifique et concertant au cœur de l’action, éblouit littéralement éclairant dans l’écriture de Strauss, son art consommé de conteur, son éloquence contrastée, flamboyante, au diapason de la figure légendaire conçue par Cervantes. Mais Strauss impertinent ajoute une once de parodie et de charge satirique dans ce portait du héros magnifiquement peint par la seule partie du violoncelle solo : ce soir, le soliste Pablo Ferrández, jeu subtil et très habité, convainc de bout en bout ; l’interprète encore peu connu en France, déploie une musicalité impériale dont l’acuité et l’esthétique sonore comme le style très raffiné, souligne du héros, son humanité ardente plutôt que son panache fantasque. Artiste en résidence cette saison, les spectateurs pourront le retrouver à Monaco le 16 janv 2026 [concert de musique de chambre Beethoven \ Brahms].
Photo : OPMC Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo 2025
Très ému, le soliste après avoir littéralement expiré, incarnant avec une grâce inouïe la mort du chevalier, joue un bis avec plusieurs musiciens du pupitre de violoncelles : « Vocalise » de Rachmaninov, en hommage à Roland Pidoux, dont il a annoncé la mort et qui est l’auteur de cette remarquable transcription.
Il appartient à la baguette de Kazuki Yamada d’exprimer chez les deux héros, Phaéton puis Don Quichotte, leur humanité profonde ; une candeur tendre chez le premier qu’inspire et porte la promesse des hauteurs célestes ; la sincérité tragique du second. Le sens des respirations justes, la maîtrise des phrasés confèrent à chacun des sujets du poème, une épaisseur émotionnelle qu’éclaire un goût certain pour les nuances les plus infimes. La complicité et la compréhension évidente entre chef et musiciens se révèlent productives, très convaincantes même ; c’est le fruit d’une coopération qui se sera déroulé sur 10 ans car c’est bien la dernière année du chef japonais qui a annoncé depuis mars dernier, son désir de quitter ses fonctions de directeur musical à la fin de cette saison [août 2026].
Les spectateurs monégasques pourront de nouveau mesurer le très haut niveau artistique atteint par l’Orchestre Philharmonique et son chef au cours de cette dernière saison, à 5 reprises après ce concert inaugural… Lire la présentation de la saison 2025 2016 de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo… dont parmi les temps forts, les grands concerts sous la direction de Kazuki Yamada : https://www.classiquenews.com/orchestre-philharmonique-de-monte-carlo-saison-2025-2026-kazuki-yamada-pablo-ferrandez-seong-jin-cho-daniel-lozakovitch-fazil-say-jean-yves-thibaudet-marek-janowski-charles-dutoit-alejandr
Diffusion sur Radio Classique
Le concert inaugural de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo est enregistré puis diffusé sur Radio Classique Sam 11 octobre 2025, 20h.
Un entretien avec Laure Mézan et Kazuki Yamada est annoncé quelques jours auparavant à 20h. Photos : OPMC Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo 2025
LIRE aussi notre annonce du concert d’ouverture du Philharmonique de Monte-Carlo, le 21 sept 2025 : Saint-Saëns, R. Strauss : https://www.classiquenews.com/opmc-orchestre-philharmonique-de-monte-carlo-dim-21-sept-2025-kazuki-yamada-saint-saens-r-strauss-don-quichotte-pablo-ferrandez-violoncelle-concert/
Photo : portrait de Kazuki Yamada / Crédit Sasha Gusov
approfondir
3 cd critiqués / annoncés sur classiquenews : Kazuki Yamada, Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo / Camille Saint-Saëns
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