CRITIQUE, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 6 juin 2021. O PMC, N Goerner, M Toledo (chant), Josep Pons.

CRITIQUE, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 6 juin 2021. O PMC, N Goerner, M Toledo (chant), Josep Pons. C’est à un programme entièrement placé sous le signe de l’Espagne que vient de nous proposer l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, placé sous la direction du chef catalan Josep Pons, qui est connu pour être l’un des meilleurs interprètes de Manuel de Falla, particulièrement mis à l’honneur ce soir et dont il a gravé nombre d’œuvres.

 

 

ESPAĂ‘A !

 

 

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Mais la soirée débute par le fougueux Alborada del gracioso de Maurice Ravel (aux côtés de la non moins célèbre Rapsodie espagnole), dont Pons livre une interprétation à la fois fidèle et équilibrée, tour à tour capiteuse ou acérée, et instrumentalement remarquable, …comme toujours avec l’OPMC : le basson d’Arthur Menrath (Alborada del gracioso) et les clarinettes de Marie Barrière-Bilote et Véronique Audard (Rapsodie espagnole) doivent être mentionnés.

De Manuel de Falla, on entend d’abord les magnifiques Nuits dans les jardins d’Espagne dont la poésie intense se déploie facilement sous la direction ample et passionnée de Pons. La phalange monégasque démontre sa capacité à offrir les couleurs chaudes et généreuses exigées par la partition, tandis que le pianiste argentin Nelson Goerner interprète avec beaucoup de panache sa partie qui, sans être celle d’un concerto pour piano, en est bien proche. Justement ovationné, N. Goerner offre au public le délicat Nocturne n°20 en do dièse mineur de Chopin.

Puis, c’est Manuel de Falla toujours avec son sulfureux Amour sorcier (« El amor brujo ») : musique parfois rude mais exhalant un parfum ibérique des plus authentiques, l’ouvrage raconte les amours d’une gitane et de son amant sur fond de « sorcellerie et d’incantation ». Le chef espagnol en livre une interprétation très dramatique qui met l’accent sur les contrastes et l’expressionnisme de cette partition. Ce n’est pas une Espagne de folklore, mais une Espagne des profondeurs, troublante et possédée, qui se dégage sous sa baguette. Il est soutenu dans sa démarche par la chanteuse de flamenco Maria Toleda, à la voix chaude et grave, qui exprime si bien la passion et la mort, et qu’on rêverait d’entendre dans Carmen !

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CRITIQUE, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 6 juin 2021. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Nelson Goerner (piano), Maria Toledo (chant), Josep Pons (direction).

COMPTE-RENDU, concerts. Festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo, les 27 & 28 mars 2021. OPMC, Tedi Papavrami & Kazuki Yamada au Grimaldi Forum (le 27), Quatuor Zemlinsky (+ Anna Maria Pammer) à la Salle Empire de l’Hôtel de Paris (le 28)

COMPTE-RENDU, concerts. Festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo, les 27&28 mars 2021. OPMC, Tedi Papavrami & Kazuki Yamada au Grimaldi Forum (le 27), Quatuor Zemlinsky (+ Anna Maria Pammer) à la Salle Empire de l’Hôtel de Paris (le 28).

Après avoir purement et simplement annulé sa précédente édition pour les raisons que l’on sait, le Printemps des Arts de Monte-Carlo répond bel et bien présent cette fois (du 13 mars au 11 avril cette année), d’autant plus qu’à Monaco les lieux culturels seront toujours restés ouverts après le premier confinement, et nous avons ainsi pu rendre compte dans ces colonnes de nombreux concerts avec l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo entre octobre et février dernier. Cette nouvelle édition est aussi la dernière de Marc Monnet qui s’apprête à quitter la direction artistique du festival après presque vingt années de bons et loyaux services passés en Principauté.

schoenberg arnold moses und aaron opera classiquenews presentation reviewLe 3ème week-end des festivités, auquel nous avons assisté, était consacré aux compositeurs de la Seconde école de Vienne, dont Berg et Schönberg (photo ci-contre) furent les plus emblématiques représentants. Le premier concert se tient dans la fameuse Salle des Princes pour un concert de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, placé sous la direction de son chef titulaire Kazuki Yamada, dans un programme Berg/Schönberg. C’est le violoniste albanais Tedi Papavrami qui a été sollicité pour interpréter le poignant « Concerto à la mémoire d’un ange » d’Alban Berg, que le compositeur autrichien composa après avoir été bouleversé par la mort de la fille d’Alma Mahler. Dans son interprétation, le chef japonais nous fait partager la douleur du compositeur en générant des climats d’une grande tristesse. Lorsque, dans les ultimes accords, la tonalité reprend ses droits sur l’atonalité, le dialogue des clarinettes avec le violon solo accentue fortement ces sentiments de deuil et d’absence. Artisan concentré de ce voyage dans la mort, Papavrami se fond dans la masse orchestrale. Dans la domination sonore de son instrument enveloppée dans le flot musical, grâce à son extrême sensibilité, il reste continuellement en totale symbiose avec l’orchestre. Alors qu’il lui serait facile de briller techniquement, il centralise ses efforts dans l’intériorité du propos avec une simplicité et un naturel qu’il faut ici saluer, et l’on regrette qu’il n’ait pas sacrifié à la tradition des bis… En deuxième partie, c’est au gigantisme (dix-sept bois, cinq clarinettes, huit cors, quatre trompettes, cinq trombones, huit percussions, deux harpes etc. !) du poème symphonique « Pelléas et Mélisande » de Schönberg que la phalange monégasque s’attaque. Si dans son opéra d’après le poème de Maeterlinck, Debussy suggère et murmure à partir d’une orchestration fine et sensuelle, le viennois affirme avec fougue, dans une partition où lyrisme et passion s’entrecroisent dans une orchestration très straussienne, opulente et rutilante, d’une grande richesse thématique. Un exercice de direction particulièrement ardu où Yamada empoigne la musique à bras le corps dans une gestuelle large et précise, d’une grande efficacité. La vision du chef japonais favorise tout particulièrement la clarté du discours, sans jamais sacrifier à la tension, et en maîtrisant magnifiquement l’élan des crescendi. Tous les pupitres de l’OPMC sont à la fête parmi lesquels il faudra donner une mention au hautbois, à la clarinette et au cor… sans oublier la harpe ! Une interprétation très théâtrale et très ensorcelante qui restera assurément dans les annales du festival monégasque !

OPCM MONTE CARLO concert crtiique classiquenews _Quatuor ZemlinskiChangement radical de lieu et de registre le lendemain avec le Quatuor Zemlinsky pour un concert chambriste entièrement consacrĂ© Ă  Schönberg dans la majestueuse « Salle Empire » du mythique HĂ´tel de Paris ! En première partie, ils donnent Ă  entendre le rare « Quatuor Ă  cordes n°2 » Opus 10 (composĂ© en 1910), dans lequel la soprano autrichienne Anna Maria Pammer se joint aux Zemlinsky, car dans cet ouvrage-phare du compositeur viennois, ce dernier cherche Ă  sortir du cadre formel en ajoutant la voix chantĂ©e (dans les deux derniers mouvements), et en se libĂ©rant de la tonalitĂ© Ă  la fin de l’œuvre. L’écriture d’une remarquable concision et la luxuriance de la polyphonie sont soutenues avec beaucoup d’intelligence par les quatre archets. On sait que les deux poèmes de Stefan George (extraits du « Septième anneau ») choisis par Schönberg pour terminer sa partition font Ă©cho Ă  un pĂ©riode douloureuse de son existence qui lui avait fait penser au suicide. MalgrĂ© quelques aigus au bord de la rupture, la chanteuse offre une belle projection et beaucoup de relief Ă  sa partie, grâce Ă  sa voix ample et chaleureuse qui confèrent Ă©normĂ©ment de teneur expressive dans ces intenses passages. En seconde partie, les Zemlinsky sont rejoints par deux membres du Quatuor Prazak (le violoncelliste Michal Kanka et l’altiste Josef Kluson), pour la sublime « Nuit transfigurĂ©e » (Verklärte Nacht) du mĂŞme compositeur, composĂ©e en 1899 pour sextuor Ă  cordes d’après le poème de Richard Dehmel dont il admirait les textes, et qui s’avère une Ĺ“uvre charnière entre le post-romantisme germanique dĂ©clinant et une modernitĂ© iconoclaste en gestation dont il allait ĂŞtre un des moteurs principaux. Et l’on ne sait ici qu’admirer le plus : la beautĂ© transcendante des phrasĂ©s, le legato parfait, la variĂ©tĂ© des climats, le respect total de la partition ou encore la sonoritĂ© ample de l’ensemble… Le public – rĂ©duit ici Ă  une demi-jauge comme la veille au Grimaldi Forum en respect des règles sanitaires… – ne s’y trompe pas, et fait un triomphe amplement mĂ©ritĂ© aux artistes. Vivement l’édition 2022 !

COMPTE-RENDU, concerts. Festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo, les 27 & 28 mars 2021. OPMC, Tedi Papavrami & Kazuki Yamada au Grimaldi Forum (le 27), Quatuor Zemlinsky (+ Anna Maria Pammer) à la Salle Empire de l’Hôtel de Paris (le 28).