CRITIQUE, concert. MONTE-CARLO, Auditorium Rainier III, le 4 déc 2022. Arcadi Volodos (piano)

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CRITIQUE, concert. MONTE-CARLO, Auditorium Rainier III, le 4 déc 2022. Arcadi Volodos (piano). Œuvres de Mompou et Scriabine   –   La riche et pléthorique saison de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo ne se concentre pas uniquement sur le répertoire symphonique, et la musique de chambre comme le récital instrumental y sont particulièrement à l’honneur, notamment l’instrument-roi qu’est le piano. En ce mois de décembre, avant la venue très prochaine du pianiste polonais Piotr Anderszewski (le 17 décembre), c’est le géant russe Arcadi Volodos qui était invité sur le Rocher à faire montre de son art – devant un public venu plus nombreux que d’habitude (pour ce type de concert) à la Salle Rainier III de Monte-Carlo.

 

Si Arcadi Volodos a été justement fêté en début de carrière comme un interprète à la virtuosité ébouriffante, doublé d’un maître-transcripteur, et si certains commentateurs ont parlé de lui – à son apparition sur la scène internationale, et non sans quelques clichés -, comme d’un nouvel Vladimir Horowitz, le pianiste russe désormais quinquagénaire a commencé, voici une bonne dizaine d’années, une étonnante volte-face. Il s’est très habilement tourné vers des répertoires plus introspectifs où l’emprise purement pianistique, sublimée mais prégnante, n’est plus une finalité en soi mais un moyen pour offrir de nouveaux univers sonores et poétiques. Au-delà des sortilèges émanant de ses doigts, par la magie d’une sonorité incomparable ou d’une très souple mise en perspective des plans sonores, par une incommensurable palette de nuances dynamiques et par une stupéfiante intelligence musicale, s’y exprime une énigmatique et constante poétique de l’instant, toujours en lien étroit avec les ressorts esthétiques des morceaux choisis.

 

Récital de piano à Monte-Carlo
De Mompou à Scriabine,
émerveillement et énigme par Arcadi Volodos

 

Dédiée à la grande pianiste catalane Alicia de la Rocha (1923-2009), la première partie de soirée est entièrement dédiée au compositeur (lui-même catalan) Federico Mompou, avec pour mise en bouche, ses Scènes d’enfants (1918). Le pianiste aborde ces pièces délicates avec une grande sobriété, et il y a une pudeur et une dignité prégnantes dans cette lecture de l’œuvre du compositeur catalan. On est d’emblée pris à la gorge par le murmure intime qui se dégage de son instrument, comme le réclament ces pages lunaires où l’on doit avoir le sentiment de partager quasi exclusivement quelque secret caché au fond du cœur. Il interprète ensuite douze des vingt-huit pièces constituant l’ensemble des quatre cahiers de Musica Callada (1959-1967). Ce recueil constitue une sorte de testament esthétique, véritable chef-d’œuvre fait d’ascétisme et de méditation, une musique marquée au sceau de la clarté, du naturel et du dépouillement, une œuvre intimiste et colorée se concentrant sur l’essentiel, et prenant parfois des accents scriabiniens (qui constituera l’essentiel de la seconde partie du concert). Le jeu sincère de l’artiste, contrasté et authentique, sa technique impeccable et l’utilisation savante de la pédale magnifient la résonance et le pouvoir d’évocation de cette musique.

 

L’ultime volet du récital est donc consacré au compositeur russe Alexander Scriabine, où Volodos va plus loin encore, en proposant un exténuant parcours tant pour lui-même que pour les auditeurs, depuis deux Études encore très fin-de-siècle jouées sans affectation, jusqu’aux poèmes énigmatiques et mystiques de la maturité (Masque, Étrangeté et Flammes sombres) : autant d’instantanés aussi savoureux ou vénéneux où l’interprète crée un climat languide et un véritable sentiment d’éternité. Et pour conclure, il donne une version aussi concupiscente qu’irrépressible de l’ultime « Vers la Flamme » op. 72, où le piano semble devenir l’instrument d’une hallucination quasi cosmique, jusqu’à l’ultime crescendo provoquant l’extinction des feux. Jamais l’artiste ne sacrifie ici à l’emphase ou à la surexposition assourdissante : la pièce s’éteint dans d’ultimes résonances voisines de celles qui l’avaient enfantée… menant à un silence sidéral. Du grand piano !

 

Bis généreux, selon l’habitude du Russe, qui prolongent le récital – et l’éblouissement : une Mazurka du même Scriabine, une autre pièce de Mompou (« Le Secret »), la plus énigmatique « Malaguena » d’Ernesto Lecuona, et enfin la fameuse « Sicilienne » de Bach/Vivaldi, qui confirme un peu plus la grande beauté et variété de toucher du pianiste.

 

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CRITIQUE, concert. Auditorium Rainier III de Monte-Carlo, le 4 décembre 2022. Arcadi Volodos (piano). Œuvres de Mompou et Scriabine. Photo : © Jean-Louis Neveu.

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