samedi 7 novembre 2026

CRITIQUE, concert. LILLE, Grand Sud, le 11 mars 2026. ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, concert des 50 ans. Barraine, Barber, Brahms. Renaud Capuçon, Joshua Weilerstein

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Dans l’acoustique un peu sèche du Grand Sud Lille, les spectateurs venus très nombreux découvrent tout d’abord la vitalité d’Elsa BARRAINE, Juste parmi les Justes qui fonda comme une réponse au totalitarisme nazi, le Front national des musiciens : la musique comme acte de résistance, la symphonie comme miroir dénonciateur et aussi cathartique. La Symphonie n°2 « Voïna / guerre »  de 1938, s’inscrit parfaitement dans le climat conflictuel de l’époque.

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Photos © Ugo Ponte / ON LILLE Orchestre National de Lille 2026

 

 

 

 

 

Certes il s’agit d’exprimer l’horreur et la barbarie atroce de la guerre [premier mouvement] mais le dernier mouvement, après un volet central qui pleure les morts [subtile alliance du basson et de la caisse claire qui semblent faire le décompte d’un cœur mourant], édifie aussi une formidable fresque réconfortante, source d’une espérance inaltérable. Le chef affûte les contrastes, insuffle une énergie roborative qui tranche, relance, aiguise. Il assume tout autant cette rythmique incisive et ardente qui rapproche parfois Barraine d’un Stravinsky, ou par son souffle parodique, d’un Chostakovitch. L’écriture est active, d’une vitalité continue comme électrisée, à fleur de peau.

Le BARBER (Concerto pour violon, 1940) n’est pas une partition majeure malgré son élégance lyrique, et ce soir l’indiscutable qualité sonore de l’instrument mis en avant : le somptueux Guarneri de 1737 du violoniste Renaud Capuçon, grand invité venu fêter avec l’Orchestre, ses 50 ans de musique… L’écriture de ce triptyque peine à trouver un ton juste, une construction efficace et semble diluée dans un même veine, sans direction précise. En revanche, se distingue en particulier dans le 3ème mouvement, la tenue suractive du soliste assumant sans faillir, sa partie écrite comme un mouvement perpétuel.

 

Un Brahms double, éruptif et sincère
entre l’impétuosité de Robert et le cœur de Clara

Dans la seconde partie du concert, l’approche du National de Lille sous la conduite de son directeur musical Joshua Weilerstein se relève passionnante, offrande particulièrement réfléchie et opportune pour lancer la série de concerts célébrant les 50 ans de l’Orchestre National de Lille [détail des programmes de ce cycle anniversaire à venir sur Classiquenews].

Le travail sur le BRAHMS demeure le point d’orgue de la soirée : là se dévoilent les fondements et le fonctionnement de la relation chef / instrumentistes. Une entente riche aux ressources expressives, multiples et libérées que l’action fédératrice du maestro cultive en préservant toujours la finesse d’un son homogène et chantant.

 

 

D’emblée l’assise et le tempérament de la direction affirment une vision à la fois très construite et aussi vécue de l’intérieur ; le chef dirige sans partition comme il l’avait fait pour un concert Mahler de la saison précédente. Cette capacité laisserait-elle désormais le corps et l’esprit libérés de toute entrave, [plus de nez dans la partition], seulement attentifs aux instrumentistes, en lien direct avec chacun d’eux, dans une liberté de geste et une franchise relationnelle, une interaction collective et directe, qui démontrent d’indiscutables apports.
Le chef maître des contrastes et des enchaînements expressifs, souvent éruptifs, sait exprimer dès son début et ses premiers accords, la lave passionnelle voire tragique du premier mouvement (« un poco sostenuto – allegro ») : un déferlement maîtrisé et sauvage, des tempi ralentis et de profondes respirations ; profondeur et amertume, impuissance et fatalité … mais aussi dans une confrontation passionnante à suivre, élans d’une tendresse infinie comme le revendiquent le chant amoureux des bois et des alliances dont Brahms a le secret [et ce soir superbement incarnées, telles celle du cor et de la clarinette].

La tension ambivalente, pleinement mesurée, assumée avec tant de somptueux relief porte toute la symphonie : rage intérieure et tendresse infinie. Deux aspects de la passion brahmsienne que Joshua Weilerstein rend explicites, dans un jeu souple et varié, étonnamment clarifié. Du reste cette première Symphonie porterait-elle une confession secrète, une déclaration cachée ? On peut le supposer. Ce début emprunte à Robert Schumann, son souffle éperdu ; mais c’est Clara et l’affection qui lui est portée dès leur première rencontre qui inspire à Brahms, la couleur spécifique de son écriture. La rencontre avec les Schumann remonte à 1854 : il faudra encore 20 ans à Johannes pour achever sa première symphonie (créée en 1876).

Tout le mérite revient au chef de comprendre l’enjeu romanesque de l’œuvre, sa nature autobiographique en en exprimant l’acuité et les arêtes parfois âpres, dans une vision claire, précise, particulièrement architecturée. A mille lieux des lectures qui versent trop souvent dans le pathos et l’épaisseur. Rien de tel ce soir au Grand Sud. C’est tout l’enjeu de son développement et de ses rebondissements à travers les 4 mouvements : Brahms qui l’a façonnée au terme de 10 ans de réflexion, exprime l’intensité d’une passion irrépressible qu’il doit cependant cacher. Probablement taire en paroles mais pas en musique. La vitalité du propos symphonique relève ici de la conscience entière des forces en présence.

Outre une dynamique et des contrastes ciselés, le chef a clairement conscience des couleurs qu’il souhaite, ce qui souligne chez Brahms cette opulence particulière, ce lugubre tendre et souterrain qui affleure dans le chant des violoncelles et des contrebasses principalement, avec corollaire détectable [et jubilatoire], la gravité vibrante du contrebasson, nettement perceptible ce soir. Souvent le chant du cor préfigure le Requiem à venir … l’auditeur se délecte de ces joyaux révélés.

Sous une direction si affûtée, tout file dans l’urgence et une impérieuse rage d’en finir… S’il n’était le splendide finale du 4ème mouvement, dont le contrepoint après l’appel des cuivres [choral avec trombones] échafaude un saisissant hymne à la gloire de Beethoven, l’ultime et le plus fraternel celui de la 9ème symphonie (et son ode pour un monde nouveau). Plus lucide et clairvoyant qu’il n’était au début, Brahms s’affirme ferme presque conquérant face à son destin, rayonnant, mais non apaisé pour autant.

Les grandes lectures offrent la possibilité de re-découvrir une partition tant de fois écoutée : ainsi dans le flux de l’Andante sostenuto, l’éloquence du chef fait jaillir des séquences aux phrasés somptueux ; dont la réexposition du premier motif ouvrant la symphonie, cette fois éclairci, apaisé,  caressant ; un emblème final qui fait du 2ème mouvement, un tableau que sa transparence mène vers le rêve et l’extase, comme l’indiquait l’alliance cor / violon puis enfin, le chant conclusif du violon seul. Tout cela s’inscrit dans une vision claire, détaillée et tout autant traversée par un souffle continu, une conscience élargie qui a mesuré et compris toutes les dimensions de la partition. Rendez-vous est pris désormais pour les prochains concerts du cycle des 50 ans à venir.

 

 

PHOTOS © Ugo Ponte / ON LILLE Orchestre National de Lille

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agenda

Prochain rv événement de l’Orchestre National de Lille : 23ème LILLE PIANO(S) FESTIVAL, les 12, 13 et 14 juin 2026 – infos et réservations : https://www.lillepianosfestival.fr/2026/

 

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