CD, compte rendu critique : coffret Sibelius edition (14 cd Deutsche Grammophon).

sibelius-jean-portrait-classiquenews-eero-jarnefelt-582-594-sibelius-edition-2015CD, compte rendu critique : coffret Sibelius edition (14 cd Deutsche Grammophon). Le 8 dĂ©cembre 2015 marque les 150 ans de la naissance du plus grand compositeur finlandais post romantique Jean Sibelius (1865-1957). C’est aussi aprĂšs Malher, l’artisan de la plus stimulante Ă©popĂ©e symphonique du XXĂšme siĂšcle, aux cĂŽtĂ©s des Français Debussy et Ravel. Auteur d’un catalogue resserrĂ© portĂ© par une exigence formelle de plus en plus radicale, le symphoniste fait Ă©voluer le langage musical Ă  l’époque de Mahler et aprĂšs lui : Deutsche Grammophon Ă©dite en un coffret Ă©vĂ©nement, l’hĂ©ritage musical dĂ©tenu dans ses archives sonore. Une somme incontournable qui souligne l’accomplissement de l’écriture orchestrale pure (7 Symphonies par Bernstein, Okko Kamu et surtout Karajan qui dirige ici les Symphonies 4,5,6 et 7). C’est aussi l’occasion de mesurer l’ampleur poĂ©tique de son cycle pour orchestre, choeur et solistes (soprano et baryton) :  Kullervo opus 7 (version originale par Jorma Panula, Turku Philharmonic orch), tous les poĂšmes symphoniques (En saga, Rakastava, Finlandia, l’excellente ChevauchĂ©e nocturne et aurore opus 55
), Ă©videment le Concerto pour violon par Anne Sophie Mutter et AndrĂ© PrĂ©vin, sans omettre les subtiles mĂ©lodies pour basse et bartyon (solistes : Kim Borg et Tom Krause) ; le coffret comprend Ă©galement la musique de chambre (Quatuor Voix intimes / Voces intime opus 56 (Emerson Quartet) et bien sĂ»r les musiques de scĂšne dont la Suite Christian II par Neeme JĂ€rvi (Gothenburg Symphony Orch), PellĂ©as et MĂ©lisande opus 46 par Horst Stein et l’Orchestre de la Suisse romande ; les ScĂšnes historiques I et II (opus 25 et 66), Scaramouche et Le Cygne blanc opus 54, surtout les deux Suites de La TempĂȘte (Jussi Jalas, Hungarian State Symphony Orch). Un festival orchestral variĂ© et affĂ»tĂ© au service d’un maĂźtre de l’écriture symphonique dans la premiĂšre moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle. Les amateurs seront comblĂ©s, les curieux non encore convaincus, trĂšs intĂ©ressĂ©s et mis en appĂ©tit. Coffret «  Sibelius Ă©dition » , 14 cd Deutsche Grammophon, CLIC de classiquenews.com (livret notice en anglais et allemand).

Contenu du coffret. Aux cĂŽtĂ©s de l’intĂ©grale des 7 Symphonies dominĂ©es par Karajan et son sens du dĂ©tail et du scintillement orchestral, chacun des 14 cd recĂšle de nombreuses pĂ©pites. Nous mentionnons ici les interprĂ©tations qui nous paraissent les plus mĂ©ritantes, dans un coffret globalement incontournable. Kellervo (cd 6) de plus d’1h de durĂ©e, enregistrĂ© en 1996 jaillit tel un gemme au souffle Ă©pique qui est aussi portĂ© par des ondulations psychiques souterraines, ce que la lecture en provenance du fonds Naxos manifeste clairement, affirme la pensĂ©e narrative et dramatique de Sibelius. D’autant que la baguette de Jorma  Panula ne manque ni de prĂ©cision et d’une saine vitalitĂ© jamais creuse. L’approche tout en soignant l’illustration d’une geste national – ancrĂ©e par son sujet et la langue des solistes et du choeur dans les brumes nordiques finnoises sait aussi dĂ©ployer une formidable tonalitĂ© poĂ©tique qui outrepasse le propos historique et narratif : le dernier tableau  (la mort de Kellervo) est d’abord un superbe poĂšme symphonique aux Ă©clairs choraux d’une profondeur dĂ©lectable.

CLIC D'OR macaron 200Cd 7. En saga  (Marriner 1972) fait retentir ce grand souffle naturaliste qui fait de Sibelius le grand chantre de la nature, un poĂšte symphoniste d’une trempe  exceptionnelle, orchestrateur millimĂ©trĂ© au diapason de son extraordinaire sensibilitĂ© instrumentale. MĂȘme ciselure  et justesse de ton dans le triptyque Rakastava opus 14 (mĂȘme chef, mĂȘme annĂ©e). L’ultra cĂ©lĂšbre FINLANDIA par Neeme JĂ€rvi (1995) rĂ©tablit sous le sujet patriote, l’intention et la sensibilitĂ© panthĂ©iste du compositeur dont la science instrumentale et le souffle Ă©vitent fort heureusement tout acadĂ©misme : le style houleux et ocĂ©anique du grand Sibelius s’y dĂ©verse avec une sensualitĂ© gĂ©nĂ©reuse.

La chevauchĂ©e nocturne opus 55 fait toute la valeur du cd 8 (JĂ€rvi, 1995) : le chef toujours inspirĂ© explore Ă  l’envi l’imaginaire sans limite du formidable conteur Sibelius menant tambour battant et avec un souffle haletant sa narration si singuliĂšre. L’ouverture Les OcĂ©anides dĂ©ploie un mĂȘme sens Ă©perdu et lyrique, entre extase et illuminations en sĂ©rie : le feu millimĂ©trĂ© de Neeme JĂ€rvi dĂ©cidĂ©ment trĂšs inspirĂ© se montre trĂšs convaincant.

Cd 9. Autre argument du coffret le Concerto pour violon par le violon cristallin vif argent d’Anne-Sophie Mutter  (1995) portĂ©e par le geste amoureux de PrĂ©vin, lui-mĂȘme pilote de la Staatskapelle  de Dresde : du trĂšs grand Mutter.

sibelius-edition-sibelius-coffret-14-cd-critique-presentation-review-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-4795102_Sibelius_Edition_PackshotLe cd 11 a une toute autre pertinence : il rĂ©vĂšle l’acuitĂ© sibĂ©lienne dans le registre chambriste avec point d’orgue l’excellente lecture par les Emerson du Quatuor opus 56 “Voces intimae” / voix intimes (opus majeur de la maturitĂ©, commencĂ© Ă  Londres, achevĂ© Ă  Paris en avril 1909),  fleuron des Quatuor du XXĂš avec l’apport d’un Janacek (Lettres intimes) : l’art de la quintessence, de la litote, si prĂ©sent chez Sibelius fait merveille, dans une langue Ă©conome, sobre, prĂ©cise, affĂ»tĂ©e que le Quatuor Emerson (2004) sait articuler avec une vivacitĂ© jamais tranchante : vive, sincĂšre, juste (Ă©clairs introspectifs, Ă  la fois mordants et flexibles de l’Adagio ; sauvagerie aĂ©rienne du Scherzo).

jarvi neeme maestro sibelius clic de classiquenews edition sibeliusL’expĂ©rience symphonique, l’une des plus excitantes du XXĂšme, vĂ©cue Ă  l’Ă©coute des oeuvres de Sibelius, se poursuit avec les derniers cd de cette intĂ©grale DG oĂč Ă  la diversitĂ© des partitions, formellement de mieux en mieux dessinĂ©es et structurĂ©es, rĂ©pond le geste de plusieurs sibĂ©liens, chefs dĂ©sormais reconnus depuis les Bernstein, Karajan Ă  juste titre lĂ©gendaires. Cd 12 : la Suite Roi Christian II opus 27 culmine par son lyrisme radieux d’une opulence instrumentale irrĂ©sistible grĂące Ă  la direction vive et dĂ©taillĂ©e, structurĂ©e et dramatique, trĂšs oxygĂ©nĂ©e de Neeme JĂ€rvi (lequel confirme ainsi ses affinitĂ©s sibĂ©liennes tout au long du coffret : Gothenburg symphony orch., Ă©tĂ© 1995). De mĂȘme, le souffle rĂ©gĂ©nĂ©rateur et la force tellurique mesurĂ©e, toujours dans le sens d’un scintillement instrumental intimiste et panthĂ©iste de Horst Stein demeure anthologique pour les 9 sĂ©quences de l’Ă©blouissante fresque pour PellĂ©as et MĂ©lisande, offrande de Sibelius Ă  l’onirisme de Maeterlinck. Ouverture incandescente, portrait fĂ©erique de MĂ©lisande puis sa mort d’un renoncement maĂźtrisĂ©, entre abandon et accomplissement, sont l’insigne d’un immense sibĂ©lien (Orchestre de la Suisse Romande, juin et juillet 1978).

jussi_jalasLe cd13 dĂ©voile l’ardente fiĂšvre communicative qui anime l’excellent maestro Jussi Jalas (1908-1985) et l’Orchestre d’Ă©tat Hongrois (ses archives viennent du fonds Decca ici intĂ©grĂ© aux bandes DG pour l’exhaustivitĂ© de l’intĂ©grale Sibelius 2015 : les ScĂšnes Historiques (2 Suites) opus 25 et 66 ; surtout la musique de scĂšne pour la piĂšce de Strindberg : Le Cygne blanc (Suite opus 54 – Budapest juin 1975) : que le chef fait palpiter d’une nĂ©cessitĂ© intĂ©rieure Ă  la fois lumineuse et impĂ©rieuse. Rayonne dans le cd 14, ultime composante de l’intĂ©grale Sibelius Deutsche Grammophon, les visions Ă  prĂ©sent bien identifiĂ©es et Ă©lectrisantes des deux chefs parmi les plus sibĂ©liens de ces derniĂšres annĂ©es, deux tempĂ©raments qui demeurent les piliers de cette intĂ©grale : Neeme JĂ€rvi et Jussi Jalas. Le premier sait exprimer toute l’ivresse suspendue des deux Valses triste (opus 44) et romantique (opus 62b) quand le second marque les esprits par un sens prodigieux de l’intensitĂ© et de l’incandescence pour les deux Suites de La TempĂȘte opus 109, musique de scĂšne pour la piĂšce de Shakespeare dont Sibelius fait surgir ce fantastique enchantĂ© d’une totale sĂ©duction (dont l’enchantement inquiĂ©tant de la chanson d’Ariel entre autres…,  enregistrement de 1971). Coffret Ă©vĂ©nement, Ă©lu CLIC de classiquenews d’octobre 2015.

sibelius-edition-sibelius-coffret-14-cd-critique-presentation-review-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-4795102_Sibelius_Edition_PackshotCd coffret. Compte rendu critique, Sibelius edition (14 cd Deutsche Grammophon). Symphonies 1 Ă  7, Kullervo, En saga, Karelia Suite, Rakastava, Finlandia, ChevauchĂ©e nocturne, Luonnotar, Les OcĂ©anides, Tapiola, Concerto pour violon, mĂ©lodies, Quatuor Voces Intimae, Talvikuva, Suite Roi Christian II, PallĂ©as et MĂ©lisande, ScĂšnes Historiques, La TempĂȘte… Anne-Sophie Mutter, Neeme JĂ€rvi, Jussi Jalas, Okko Kamu, Leonard Bernstein, Herbert von Karajan. 14 cd deutsche Grammophon 00289 479 5102. CLIC de classiquenews octobre 2015.

Jean Sibelius : IntĂ©grales des Symphonies – complete symphonies (Simon Rattle, City of Birmingham symphony Orchestra / 4 cd Warner classics).

rattle-simon-birmingham-jean-sibelius-complete-symphonies-integrale-des-symphonies-critique-review-classiquenews-juin-2015-4cd-warner-classicsJean Sibelius : IntĂ©grales des Symphonies – complete symphonies, Les OcĂ©anides, Opus 55 (SImon Rattle, City of Birmingham symphony Orchestra  / 4 cd Warner classics). Formidable travail de Rattle Ă  la fin des annĂ©es 80 et au dĂ©but des annĂ©es 90, soit en plein boom du compact : les instrumentistes du Symphonique de Birmingham (City of Birmingham symphony Orchestra), manifestement galvanisĂ©s par leur directeur musical, atteignent une cohĂ©rence d’approche, une qualitĂ© et une unitĂ© technique phĂ©nomĂ©nale qui Ă  l’Ă©preuve des climats et atmosphĂšres d’un Sibelius mĂ©ditatif, philosophe, panthĂ©iste permettent d’Ă©galer les meilleures phalanges europĂ©ennes et amĂ©ricaines. Le cd 1 est une immersion sans rĂ©serve ni hĂ©sitation d’aucune sorte dans le grand bain trĂ©pidant de la texture sibĂ©lienne  (premier mouvement tellurique et fracassant): cosmogonie orchestrale au diapason de la nature ocĂ©an dont la vitalitĂ©, l’ivresse symphonique est magistralement comprise par le chef. Son irrĂ©pressible urgence, affirmation de la volontĂ© et d’une pulsion viscĂ©rale ancrĂ©e, qui s’expose et se dĂ©veloppe sans retenue mais avec beaucoup de finesse et de rĂ©flexion dans l’Ă©quilibre des pupitre (cordes / cuivres) s’affirme nettement. Le cd 2 est en ce sens des plus emblĂ©matiques d’une comprĂ©hension intuitive et instinctive plus que convaincante, Ă©lectrisante : la Symphonie n°2 est son appel furieusement Ă©nergique Ă  l’hĂ©donisme paien, la 3 qui suit, Ă  la fois plus intĂ©rieure et mahlĂ©rienne, quoique aussi dansante et Ă©chevelĂ©e que sa prĂ©cĂ©dente, suffit Ă  mesurer l’engagement de l’orchestre britannique dont Simon Rattle fait une formidable machine sensible oĂč triomphent l’unisson aĂ©rien des cordes, l’Ă©clat des bois et des vents, la tension colorĂ©e et chaude des cuivres, le tout magnifiquement structurĂ©, dans un Ă©quilibre toujours clair des pupitres.

 

 

 

Formidable Symphonique de Birmingham

Rattle outrageusement sibélien

 

CLIC D'OR macaron 200Au delĂ  de la performance instrumentale et orchestrale, c’est aussi le geste impĂ©rialement organique du chef qui restituant au cycle, son unitĂ© intĂ©rieure, sa cohĂ©rence trĂ©pidante, le souffle des Ă©lĂ©ments oĂč s’inscrit le chant de la nature, – massif des forĂȘts et masse maritime-, s’affirme au sommet de la discographie. Si Karajan n’aborda les Symphonies de Sibelius que partiellement, Rattle nous offre ici une intĂ©grale qui a comptĂ© pour sa maturitĂ© de musicien et aussi dans l’histoire de la formation de Birmingham, appelĂ©e Ă  se dĂ©passer littĂ©ralement. Le rĂ©sultat est d’une finesse irrĂ©sistible : s’y impose la lumiĂšre et la prĂ©sence concrĂšte des frondaisons comme de la houle, comme la sensualitĂ© mĂ©ditĂ©e de l’instrumentation de Tchaikovski, de Mahler avec ce sentiment tragique et lyrique qui sont spĂ©cifiques et sans Ă©gal. Ajoutons dans un crescendo dont Sibelius a le secret dans la diffraction de la texture instrumentale, ce sentiment d’Ă©merveillement pour la nature tel qu’il transparait par exemple dans la formidable ouverture ou poĂšme symphonique Les OcĂ©anides couplĂ© avec la Symphonie n°1. Quelle leçon de symphonisme mesurĂ©, nuancĂ©, d’une transparence hĂ©doniste magistrale.
Scintillant, poĂ©tique et poĂšte mĂȘme, Rattle nous livre un Sibelius enchantĂ©, habitĂ©, voire hallucinĂ© : la matiĂšre Ă©purĂ©e de la 7Ăšme Symphonies avec ses textures sourdes et allusives des cuivres puis des cordes, gravissant la montagne vers l’Ă©blouissement final, est bouleversante. Rattle joint l’excellence technicienne et la justesse de l’intention.

Et la totalitĂ© du cycle, est de la mĂȘme eau ; c’est un accomplissement qu’il ne faut pas nĂ©gliger dans toute discographie de Sibelius. A moins de 20 euros, ce coffret rĂ©Ă©ditĂ© est incontournable et doit figurer dans toute discothĂšque du symphoniste averti.

 

 

CD, coffret. Intégrale CLIC de classiquenews. Sibelius: Complete Symphonies : 1-7. Les Océanides, opus 55. City of Birmingham symphony Orchestra. Sir Simon Rattle (4 cd Warner classics 0825646198788). Réédition événement.

 

 

Sibelius 2015 : 150Ăšme anniversaire de la naissance

Sibelius_youngDossier Jean Sibelius (1865-1957). Portrait pour le 150 Ăšme anniversaire de sa naissance (le 8 dĂ©cembre 1865), classiquenews honore le gĂ©nie du finlandais Jean Sibelius. L’oeuvre de Sibelius dĂ©passe la stricte recherche formelle d’un crĂ©ateur parmi les plus exigeants. D’autant plus soucieux du dĂ©veloppement qu’aprĂšs Mahler, il faut nĂ©cessairement poursuivre la recherche et le dĂ©frichement sans la rĂ©pĂ©tition 
 ni le piĂ©tinement. Sibelius est aussi un compositeur national (non pas nationaliste) dont Ă©videmment le poĂšme Finlandia (1899) incarn e Ă  l’aube du nouveau siĂšcle, et au moment des mouvements pour l’indĂ©pendance de la Finlande vis Ă  vis de la tutelle russe, une maniĂšre d’étendard patriotique. Un manifeste esthĂ©tique et politique, et un acte de foi partagĂ© par toute une nation opprimĂ©e. Contemporain de Mahler et de Scriabine, Sibelius fait entendre sa voix symphonique, ivre, lyrique, panthĂ©iste, dĂ©veloppĂ©e Ă  la faveur d’une volontĂ© critique exigeante et pourtant jamais diminuĂ©e. C’est l’un des Symphonistes europĂ©ens les plus puissants et orignaux du dĂ©but du XXĂšme siĂšcle.

 

sibelius portrait jeuneCompositeur officiel de l’Etat finnois (crĂ©Ă© en 1917), Jean Sibelius est surtout un dĂ©fricheur et un expĂ©rimentateur. Pour autant, inspirĂ©e par les lĂ©gendes finlandaises ou pas, sa quĂȘte de perfection formelle n’échappe pas Ă  d’intenses et rĂ©guliĂšres crises d’inspiration. Beethoven, Debussy, Bartok, Bruckner sont ses maĂźtres
 Jusqu’à 1929, Sibelius compose quasi sans relĂąche, puis se referme dans une solitude de plus en plus Ăąpre et sans production Ă  JĂ€rvenpÀÀ, dans la maison nichĂ©e au coeur du motif naturel (Ainola), et qui porte le nom de son Ă©pouse, Aino. Si l’on ajoute au corpus symphonique, son oeuvre de jeunesse la Kullervo-Symphonie (1892), Sibelius nous laisse 8 symphonies (la Symphonie n°7 est crĂ©Ă©e en 1924), portĂ©e par une volontĂ© inextinguible, irradiante, lumineuse, d’une activitĂ© sans trĂȘve, dont les meilleurs chefs savent exprimer l’unitĂ© et la cohĂ©rence de l’architecture comme les trĂšs subtiles interactions organiques. En plus de nombreux poĂšmes d’aprĂšs les lĂ©gendes de son pays, des non moins musiques de scĂšne, le compositeur a laissĂ© un Concerto pour violon d’autant plus inspirĂ© qu’il Ă©tait lui-mĂȘme violoniste. Le principe de croissance thĂ©matique, opposĂ© Ă  celui plus traditionnelle de sonate classique, semble marquer les oeuvres sibĂ©liennes. Chaque symphonie est un nouveau dĂ©fi, une nouvelle interrogation. Et l’écriture se fait d’oeuvre en oeuvre, de moins en moins dĂ©monstrative, de plus en plus synthĂ©tique, essentielle ; elle ne dit pas la vie, elle l’exprime au cƓur de son mystĂšre
 Sibelius est un visionnaire et prophĂšte qui habitĂ© par le sens de sa propre destinĂ©e souhaite l’inscrire dans le tout universel et l’éternelle nature. C’est un humaniste panthĂ©iste.

 

 

 

‹‹Sibelius_portraitL’idĂ©e musicale : les 7 symphonies de Sibelius. Figure nationale, gratifiĂ©e d’une pension allouĂ©e par l’Etat finlandais pour qu’il compose sans souci de revenu, le compositeur Jean Sibelius nous laisse un corpus symphonique (7 symphonies) de premiĂšre importance qui dans le sillon de Beethoven, Bruckner, TchaĂŻkovski trouve une place lĂ©gitime. TaxĂ©e d’illustration pastorale, et parfois de bavardage un brin anecdotique, qui n’atteint pas au souffle malhĂ©rien, Ă  son aspiration spirituelle, l’oeuvre orchestrale de Sibelius dĂ©passe pourtant la seule Ă©vocation contemplative et mĂ©ditative de la nature scandinave. A l’opposĂ© de ses poĂšmes symphoniques d’inspiration nettement folklorique et lĂ©gendaires, de Finlandia, l’oeuvre emblĂ©matique qui le fait connaĂźtre sur la scĂšne europĂ©enne, les Symphonies sibĂ©riennes interrogent la forme et l’écriture, dĂ©voilent la force d’une gĂ©nie inquiet, audacieux, analytique, expĂ©rimental.
Le cycle global s’étend de 1899 Ă  1924 (pour ce qui est des dates de crĂ©ation de chacune d’elles), et correspond donc aux Ă©vĂ©nements les plus essentiels de l’histoire finnoise: occupation russe, indĂ©pendance Ă  partir de 1917. La musique de Sibelius, Ă  la fois tragique et Ă©merveillĂ©e, exprime les contradictions et les Ă©lans pluriels d’une jeune nation en quĂȘte de reconnaissance, d’identitĂ©, d’affirmation, d’émancipation. Bien que reconnu Ă  sa juste mesure dĂšs son vivant, Sibelius reste un loup solitaire, reclus dans sa villa atelier Ă  JĂ€rvenpĂ€a oĂč Ă  partir de 1929, le silence total et l’absence de nouvelles partitions, font place dĂ©sormais Ă  une vie qui fut dĂ©diĂ©e Ă  la construction de l’oeuvre. Car sous le masque de la fiertĂ© et d’une certaine adulation de la grandeur finlandaise, son oeuvre exprime surtout la quĂȘte personnelle d’un homme soucieux, occupĂ© par la forme et l’idĂ©e musicale, critique envers lui-mĂȘme, d’une infatigable exigence sur le sens et la finalitĂ© de la musique.

 

 

 

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Jean Sibelius : Les Symphonies n°1 à 7 (1899-1924)

sibelius jeune portraitSymphonie n°1 en mi mineur opus 39 (1899)‹. AmorcĂ©e en 1898, la partition est contemporaine de la dĂ©cision du gouvernement finlandais d’allouer au compositeur une rente qui se transformera avec la confirmation de son gĂ©nie musical comme une pension Ă  vie. A 34 ans, Sibelius Ă©largit la trame classique de superbes Ă©clairs romantiques, contrastes, ruptures, effets saisissants des climats opposĂ©s, passant de l’un Ă  l’autre en un choc vertigineux
 La partition est crĂ©Ă©e Ă  Helsinki, le 16 avril 1899 sous la direction du compositeur.
Plan: Adagio-Allegro, Andante, Allegro, Finale. Les recherches de couleurs et d’instrumentation se rĂ©vĂšlent puissantes et originales (solo de clarinette, mĂ©lancolique et presque glaçant, puis solo de violon, lunaire, dans le premier mouvement, bruissement cĂ©leste des harpes dans le dernier mouvement
). L’oeuvre souligne combien Sibelius Ă©tait fervent admirateur de Debussy, moins de Wagner, recherchant la subtilitĂ© des alliages de timbres. Mais en maĂźtre de l’économie, voire de l’épure, qui n’aime pas les dĂ©veloppements, le compositeur contrarie souvent l’ordre et le fil logique d’une rĂ©exposition, pour conclure, comme ici, de façon Ă©nergique et brutale.

 

 

Symphonie n°2 en rĂ© majeur opus 43 (1902). ‹ComposĂ©e en fĂ©vrier et mars 1901, aprĂšs son poĂšme symphonique Finlandia, la DeuxiĂšme Symphonie est la plus connue, conçue lors d’une sĂ©jour en Italie Ă  Rapallo. Les partisans de l’indĂ©pendance la considĂšrent rapidement comme un chant nationaliste, qui sur le plan des caractĂšres et des climats se montre comme la PremiĂšre Symphonie, rĂ©solument romantique.
Plan: Allegretto, andante, vivacissimo, finale. Sibelius ouvre sur une forme flottante, irrĂ©solue, fragmentĂ©e, mais Ă©tonnament chantante, pleine d’une ivresse nostalgique et pastorale. La vivacitĂ© s’exprime avec plus d’évidence encore dans le vivacissimo, qui est un scherzo nerveux et agitĂ©. Sans pause, le finale qui est enchaĂźnĂ©, semble organiser la puissance et le flux prĂ©cĂ©demment dĂ©veloppĂ©s en une exultation croissante. Avec la DeuxiĂšme Symphonie, Sibelius ferme le chapitre des oeuvres “classiques et romantiques ». Les opus suivants rĂ©vĂšlent une Ă©volution de l’écriture portĂ©e sur l’expĂ©rimentation et l’originalitĂ©, rompant rĂ©solument avec une forme nettement moins‹explicite et narrative.

 

 

Sibelius_youngSymphonie n°3 en ut majeur opus 52 (1907)‹. InitiĂ©e en 1904, le cycle symphonique suivant connaĂźt une longue gestation. D’autant que Sibelius compose aussi, PellĂ©as et MĂ©lisande, entre autres. Le compositeur en dirige la crĂ©ation le 25‹septembre 1907 Ă  Helsinki. L’inspiration n’est ni clairement nationaliste ni romantique. La sobriĂ©tĂ© voire l’épure et l’introspection sont ses partis pris. Sibelius abandonne une certaine lourdeur et densitĂ© de la texture pour plus de transparence, d’élĂ©vation. En une vision tournĂ©e vers la lumiĂšre, il semble mieux structurer l’architecture. DĂ©jĂ  s’y amorce la volontĂ© de rĂ©sumer, fusionner, synthĂ©tiser. Plus que trois mouvements, au lieu des quatre traditionnels.
Plan: Allegretto moderato, Andantino con moto, quasi allegretto, finale. Les cordes portent les espoirs du compositeurs et dialoguent avec les bois avec nettetĂ© et tendresse. Le Finale dĂ©voile toute l’invention d’un Sibelius Ă©blouissant dans ses options d’orchestrateur, poĂšte des Ă©tagements et des alliages entre cordes, cuivres et groupes des bois et des vents: ici, se superposent l’obstination rythmique beethovĂ©nienne et, en seconde eau, une matrice coulante wagnĂ©rienne. La partition est un chef-d’oeuvre de subtilitĂ©, de disparitĂ© contrĂŽlĂ©e des timbres et des associations de couleurs, sans dilution. La conclusion suit le mĂȘme chemin audacieux, hors des schĂ©mas classiques: cĂ©sure nette, voire dĂ©concertante.

 

 

Symphonie n°4 en la mineur opus 63 (1911). ‹La partition affirme davantage la volontĂ© de rupture amorcĂ©e avec la TroisiĂšme Symphonie, et mĂȘme, elle exprime une crise personnelle et artistique chez Sibelius qui a subi une opĂ©ration Ă©prouvante, aprĂšs diagnostic d’un cancer de la gorge (1908). Plus critique que jamais sur son oeuvre et sur le milieu musical contemporain, le compositeur s’inscrit contre la modernitĂ© contemporaine, souvent bavarde (Strauss). Contre une conception mahlĂ©rienne, universelle voire cosmique, la symphonie sibĂ©lienne se concentre sur l’équilibre et la puretĂ© essentielle de la forme et du schĂ©ma structurel. Les quatre mouvements confinent Ă  l’épure, la synthĂšse
, contradictoirement au plan classique et Ă  l’hĂ©ritage des anciens, Ă  l’implicite, voire Ă  l’indicible. D’ailleurs, trop repliĂ©e sur elle mĂȘme, sans dĂ©veloppement prĂ©visible et facilement identifiable, la partition de la QuatriĂšme, trop Ă©nigmatique, lors de sa crĂ©ation en 1911 Ă  Helsinki (3 avril) suscite dĂ©ception, froideur dĂ©concertĂ©e. Mais Toscanini convaincu par sa vĂ©ritĂ© et son Ă©loquente profondeur, en sera un apĂŽtre zĂ©lĂ© aux Etats-Unis.
Plan: Tempo molto moderato, quasi adagio: introduction sombre et grave qui convoque les mystĂšres et l’étrange et davantage, la vibration d’un autre monde. L’impression de solitude et d’approfondissement introspectif est portĂ© par le violoncelle solo. Dans le troisiĂšme mouvement, Il tempo largo, qui suit l’allegro molto vivace, Sibelius pousse plus loin la peinture en un paysage dĂ©vastĂ©, archaĂŻque et mĂȘme primitif oĂč prime le caractĂšre de l’étrange et du nouveau, non sans‹tensions et questions irrĂ©solues. Ce que confirme l’ultime mouvement qui installe le climat de la dissonance, de la gravitĂ© voire de l’amertume.

 

 

sibelius vieuxSymphonie n°5 en mi bĂ©mol majeur opus 82 (1915)‹. CrĂ©Ă©e dans sa version originale (cinq mouvements), le 8 dĂ©cembre 1915, jour anniversaire des 50 ans du compositeur, la CinquiĂšme Symphonie est rapidement remaniĂ©e, sans que Sibelius trouve une forme pleinement satisfaisante. Finalement, il jugera le manuscrit dĂ©finitif lors de sa publication en 1919 (en trois mouvements). Contemporaine de la RĂ©volution russe et donc de l’indĂ©pendance de la Finlande, la partition souscrit Ă  un lyrisme lumineux, rompant avec les deux Symphonies prĂ©cĂ©dentes (n°3 et n°4, dĂ©concertantes et fonciĂšrement personnelles).
DĂšs le premier mouvement (Tempo molto moderato) se confirme l’état d’ivresse et de lyrisme conquĂ©rant du hĂ©ros victorieux, affirmant un Ă©quilibre d’autant plus significatif que la Symphonie n°4 semblait l’exclure. L’andante mosso, quasi allegretto brosse les dĂ©tails d’un paysage arcadien oĂč se love l’émerveillement du compositeur sur le motif naturel. (l’exaltation et le sentiment d’ivresse printaniĂšre demeurent les caractĂšres principaux de la Symphonie). Le Finale (Allegro molto) est le plus irrĂ©sistible des trois volets de ce tryptique triomphal: les bois mis en avant chantent la beautĂ© hypnotique de la nature et les derniĂšres proclamations des tutti finaux, Ă©noncĂ©s, dĂ©tachĂ©s comme suspendus (6 au total), expriment une derniĂšre nostalgie avant la conclusion. Une fin vĂ©cue en pleine conscience, qui rĂ©sonne comme une dĂ©livrance et un espoir; vivifiĂ© par l’Ă©noncĂ© assumĂ©, rĂ©alisĂ© d’une aube rĂ©gĂ©nĂ©ratrice. Celle ci clairement exprimĂ©e par la voilure des cors cĂ©lestes, le scintillement des cordes, la jubilation / Ă©piphanie des bois (dont surtout les hautbois associĂ©s souvent aux flĂ»tes) annonce les climats tout aussi suspendues de la 7Ăšme ultime offrande sibĂ©lienne. La parentĂ© des deux opus est Ă  approfondir (mise en avant dans l’intĂ©grale Rattle d’ailleurs). Proche de la 7Ăšme, la 5Ăšme offre un art de la transition entre les sĂ©quences d’une efficacitĂ© semblable. L’opus 82 participe Ă  la conception de la Symphonie fusionnĂ©e en un seul mouvement.

 

 

Symphonie n°6 en rĂ© mineur opus 104 (1923)‹. AmorcĂ©e dĂšs 1919, au moment oĂč Sibelius met au propre la derniĂšre version (tripartite) de sa CinquiĂšme Symphonie, la SixiĂšme est produite sur quatre annĂ©es, et crĂ©Ă©e le 19 fĂ©vrier 1923 Ă  Helsinki. Retour Ă  l’épure et Ă  la concision d’une “eau pure”, parfaitement modale, dans le souvenir vĂ©nĂ©rĂ© de Palestrina. Mais sous l’apparente douceur, rĂšgne l’imminence des orages sourds. En quatre mouvements, la SixiĂšme est l’une des plus courtes symphonies Ă©crites par Sibelius (moins de 30 minutes).
Plan: aprĂšs l’Allegro molto moderato (dĂ©veloppĂ© sur un seul thĂšme: pas de second sujet comme d’ordinaire dans le plan sonate), Sibelius imagine son deuxiĂšme mouvement “allegro moderato”, comme un Ă©pisode lunaire, intime, totalement introspectif. Enfin aprĂšs “Poco vivace” (plutĂŽt bref, moins de trois minutes, d’une nervositĂ© syncopĂ©e et tendre), le Finale construit en rondo sur quatre Ă©pisodes, est le mouvement le plus libre, avec l’expression d’une hypersensibilitĂ© qui semble trouver difficilement le fil de son Ă©quilibre. La fin entre transparence et fragilitĂ© exprime une inquiĂ©tude, le sentiment profond d’une certaine impuissance ? Les ruptures de climats, les fragmentations des rythmes, la science de l’orchestration atteignent un nouveau sommet.

 

 

Sibelius-jean-dossier-special-150-ans-1865-2015Symphonie n°7 en ut majeur (1924). ‹CrĂ©Ă©e Ă  Stockholm dĂšs le 24 mars 1924, la derniĂšre symphonie de Sibelius ne sera entendue du public finlandais qu’en 1927. En un seul mouvement, elle pourrait s’apparenter Ă  une fantaisie symphonique, mais son dĂ©veloppement d’une irrĂ©pressible croissance organique, traversĂ©e par un souffle depuis son dĂ©but, porte les ultimes recherches du compositeur, qui fusionne tous les mouvements en un seul. Et de façon gĂ©nial. La hauteur de l’inspiration qui s’y dĂ©ploie, de façon noble et sereine, a conduit le chef Serge Koussevitsky Ă  nommer Sibelius, de Parsifal Finlandais. Le sentiment de majestĂ© est induit par les trombones, instruments phares de la partition. C’est une Ă©lĂ©vation progressive, continue qui traverse au-dessus des cimes, nuages, Ă©pisodes plus sombres et dĂ©sĂ©quilibrĂ©s, puis se rĂ©alise dans la pleine sĂ©rĂ©nitĂ©. Sibelius y conçoit une orchestration des plus fines (flĂ»tes, hautbois, bassons
). Porteuse de visions d’illuminations personnelles, la partition devait ĂȘtre suivie d’une huitiĂšme Symphonie. Mais le compositeur dĂ©truira les amorces de la nouvelle construction, pour ne laisser en guise de testament musical, que sa septiĂšme et derniĂšre Symphonie.

 

 

 

Sibelius_youngLe Concerto pour violon de Sibelius en rĂ© majeur est assurĂ©ment son oeuvre phare. Etant devenu l’un des sommets de l’écriture violonistique, retenu par les plus grands concertistes, il s’est imposĂ© naturellement auprĂšs du public. L’opus 46 en rĂ© majeur fut composĂ© en 1903 et, aprĂšs rĂ©vision, crĂ©Ă© sous la direction de Richard Strauss en 1905 Ă  Berlin. L’oeuvre est contemporaine de l’installation du compositeur dans la villa “AĂŻnola”, Ă  Jarvenpaa, en pleine forĂȘt, Ă  30km d’Helsinki. Longtemps minimisĂ© en raison d’une apparente et “creuse” rigueur, le Concerto s’imposa nĂ©anmoins en raison des difficultĂ©s techniques qu’il exige du soliste. Mais en plus de sa virtuositĂ© exigente, le Concert de Sibelius demande tout autant, concentration, intĂ©rioritĂ©, Ă©conomie, justesse de la ligne musicale. Autant de qualitĂ©s qui se sont rĂ©vĂ©lĂ©es grĂące Ă  la lecture des plus grands violonistes dont il est devenu le cheval de bataille. D’une incontestable inspiration lyrique nĂ©o-romantique, la partition dĂ©veloppe une forme libre, rhapsodique, mĂȘme si elle respecte la traditionnelle tripartition classique en trois mouvements: allegro moderato, adagio di molto, finale. MĂȘme si l’inspiration naturelle, panthĂ©iste, du compositeur s’exprime avec clartĂ©, en particulier d’aprĂšs le motif naturel des forĂȘts de sa Finlande natale, les souvenirs enrichissent aussi une imagination personnelle et intime. A ce titre, le deuxiĂšme mouvement pourrait convoquer les impressions mĂ©diterranĂ©ennes vĂ©cues pendant son sĂ©jour en Italie.

 

 

discographie 2015

Retrouvez ici les sorties discographiques incontournables parues ou rééditées en 2015 pour les 150 ans de Sibelius

 

 

 

 

 

rattle-simon-birmingham-jean-sibelius-complete-symphonies-integrale-des-symphonies-critique-review-classiquenews-juin-2015-4cd-warner-classicsCLIC D'OR macaron 200Jean Sibelius : IntĂ©grales des Symphonies – complete symphonies, Les OcĂ©anides, Opus 55 (Simon Rattle, City of Birmingham symphony Orchestra / 4 cd Warner classics). Formidable travail de Rattle Ă  la fin des annĂ©es 80 et au dĂ©but des annĂ©es 90, soit en plein boom du compact : les instrumentistes du Symphonique de Birmingham (City of Birmingham symphony Orchestra), manifestement galvanisĂ©s par leur directeur musical, atteignent une cohĂ©rence d’approche, une qualitĂ© et une unitĂ© technique phĂ©nomĂ©nale qui Ă  l’Ă©preuve des climats et atmosphĂšres d’un Sibelius mĂ©ditatif, philosophe, panthĂ©iste permettent d’Ă©galer les meilleures phalanges europĂ©ennes et amĂ©ricaines. Le cd 1 est une immersion sans rĂ©serve ni hĂ©sitation d’aucune sorte dans le grand bain trĂ©pidant de la texture sibĂ©lienne (premier mouvement tellurique et fracassant): cosmogonie orchestrale au diapason de la nature ocĂ©an dont la vitalitĂ©, l’ivresse symphonique est magistralement comprise par le chef. Son irrĂ©pressible urgence, affirmation de la volontĂ© et d’une pulsion viscĂ©rale ancrĂ©e, qui s’expose et se dĂ©veloppe sans retenue mais avec beaucoup de finesse et de rĂ©flexion dans l’Ă©quilibre des pupitre (cordes / cuivres) s’affirme nettement. Le cd 2 est en ce sens des plus emblĂ©matiques d’une comprĂ©hension intuitive et instinctive plus que convaincante, Ă©lectrisante : la Symphonie n°2 est son appel furieusement Ă©nergique Ă  l’hĂ©donisme paien, la 3 qui suit, Ă  la fois plus intĂ©rieure et mahlĂ©rienne, quoique aussi dansante et Ă©chevelĂ©e que sa prĂ©cĂ©dente, suffit Ă  mesurer l’engagement de l’orchestre britannique dont Simon Rattle fait une formidable machine sensible oĂč triomphent l’unisson aĂ©rien des cordes, l’Ă©clat des bois et des vents, la tension colorĂ©e et chaude des cuivres, le tout magnifiquement structurĂ©, dans un Ă©quilibre toujours clair des pupitres. LIRE la critique intĂ©grale du coffret SIBELIUS : complete symphonies by Sir Simon Rattle (intĂ©grale des Symphonies, 4 cd Warner classics)

 

 

 

Bernstein sibelius  remasterised edition the symphonies 7 cd sony classical compte rendu critique cd classiquenews juin 2015 sony88875026142CLIC_macaron_2014CD. Coffret Ă©vĂ©nement. Sibelius : the Symphonies, remastered edition (Leonard Bernstein, 1960-1966, 7 cd Sony classical. Leonard Bernstein, – comme c’est le cas de Mahler, est le premier chef Ă  s’intĂ©resser spĂ©cifiquement aux Symphonies de Sibelius : voici rĂ©Ă©ditĂ© en version remastĂ©risĂ©e, le cycle des 7 Symphonies du compositeur finnois, premiĂšre intĂ©grale enregistrĂ©e au disque par le maestro quadragĂ©naire (Bernstein est nĂ© en 1918).  L’épopĂ©e visionnaire et fondatrice de Leonard Bernstein pour l’intĂ©grale des Symphonies de Sibelius, en complicitĂ© avec le Philharmonic de New York, remonte Ă  mars 1960 (7Ăšme en Ă©tat d’incandescence instrumentale : certainement le point le plus avancĂ© de sa rĂ©flexion sur la texture et le sens de l’Ă©criture sibĂ©lienne) et jusqu’à mai 1967 (6Ăšme). C’est la premiĂšre intĂ©grale de l’histoire du disque.

Leonard-bernstein-1960En vĂ©ritĂ©, la connaissance de Bernstein et son amour pour le Finnois remontent Ă  beaucoup plus loin. Assistant Ă  Tanglewood du mĂȘme Koussevitzky, le jeune Bernstein des annĂ©es 1940 apprend auprĂšs de son maĂźtre, une maĂźtrise orchestrale inĂ©dite et aussi un goĂ»t spĂ©cifique pour les symphonistes du XXĂš. Ecartant Richard Strauss, il s’engage logiquement pour Gustav Mahler (prolongeant l’oeuvre de Bruno Walter) et surtout se passionne avec un zĂšle d’une juvĂ©nile ardeur pour le catalogue sibĂ©lien. Les 7 Symphonies de ce coffret en tĂ©moignent, de surcroĂźt dans une prise de son remastĂ©risĂ©e qui dĂ©voile tout ce travail sur l’équilibrage des pupitres et le choix des tempo, d’un mouvement Ă  l’autre, d’une symphonie Ă  l’autre. DĂšs 1960, dans la 7Ăšme, Bernstein opte pour une vision Ă©lastique et versatile des tempo selon les mouvements : ralentissant volontiers pour mieux accuser la profondeur poĂ©tique des atmosphĂšres (comme dans l’Adagio Ă©tirĂ© de la 2Ăšme ; introspection Ă©tale – trop?-, dans le Finale de la 4Ăšme de 1909), tout en assurant la continuitĂ© et le jeu des correspondances organiques d’une sĂ©quence Ă  l’autre. Bernstein assure la vision de l’architecte tout en ciselant des dĂ©tails d’ornementation ou d’orchestration saisissant de finesse. LIRE notre compte rendu critique complet du coffret Bernstein 2015 : remasterised edition / The Symphonies (7 cd SONY classical)

 

sibelius-edition-sibelius-coffret-14-cd-critique-presentation-review-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-4795102_Sibelius_Edition_PackshotCLIC_macaron_2014Coffret Sibelius edition (14 cd Deutsche Grammophon). Le 8 dĂ©cembre 2015 marque les 150 ans de la naissance du plus grand compositeur finlandais post romantique Jean Sibelius (1865-1957). C’est aussi aprĂšs Malher, l’artisan de la plus stimulante Ă©popĂ©e symphonique du XXĂšme siĂšcle, aux cĂŽtĂ©s des Français Debussy et Ravel. Auteur d’un catalogue resserrĂ© portĂ© par une exigence formelle de plus en plus radicale, le symphoniste fait Ă©voluer le langage musical Ă  l’époque de Mahler et aprĂšs lui : Deutsche Grammophon Ă©dite en un coffret Ă©vĂ©nement, l’hĂ©ritage musical dĂ©tenu dans ses archives sonore. Une somme incontournable qui souligne l’accomplissement de l’écriture orchestrale pure (7 Symphonies par Bernstein, Okko Kamu et surtout Karajan qui dirige ici les Symphonies 4,5,6 et 7). C’est aussi l’occasion de mesurer l’ampleur poĂ©tique de son cycle pour orchestre, choeur et solistes (soprano et baryton) :  Kullervo opus 7 (version originale par Jorma Panula, Turku Philharmonic orch), tous les poĂšmes symphoniques (En saga, Rakastava, Finlandia, l’excellente ChevauchĂ©e nocturne et aurore opus 55
), Ă©videment le Concerto pour violon par Anne Sophie Mutter et AndrĂ© PrĂ©vin, sans omettre les subtiles mĂ©lodies pour basse et bartyon (solistes : Kim Borg et Tom Krause) ; le coffret comprend Ă©galement la musique de chambre (Quatuor Voix intimes / Voces intime opus 56 (Emerson Quartet) et bien sĂ»r les musiques de scĂšne dont la Suite Christian II par Neeme JĂ€rvi (Gothenburg Symphony Orch), PellĂ©as et MĂ©lisande opus 46 par Horst Stein et l’Orchestre de la Suisse romande ; les ScĂšnes historiques I et II (opus 25 et 66), Scaramouche et Le Cygne blanc opus 54, surtout les deux Suites de La TempĂȘte (Jussi Jalas, Hungarian State Symphony Orch). Un festival orchestral variĂ© et affĂ»tĂ© au service d’un maĂźtre de l’écriture symphonique dans la premiĂšre moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle. Les amateurs seront comblĂ©s, les curieux non encore convaincus, trĂšs intĂ©ressĂ©s et mis en appĂ©tit. Coffret «  Sibelius Ă©dition » , 14 cd Deutsche Grammophon, CLIC de classiquenews.com (livret notice en anglais et allemand). LIRE notre prĂ©sentation et compte rendu critique du coffret Sibelius 2015

 

 

sibelius warner historical recordings 1928 1945 warner box 7 cd coffret critique review compte rendu critique CLASSIQUENEWSCD, coffret, compte rendu critique. Jean Sibelius : Historical recordings and rareties 1928 – 1945 (7cd Warner classics). Des gravures “historiques”, – soit les premiĂšres dans l’histoire du microsillon, celles par exemple de Robert Kajanus (avec le London Symphony orchestra en juin 1932 (Symphonies 3 et 5, d’une irrĂ©pressible tension complĂ©tĂ©e par un grande subtilitĂ© expressive, en particulier cette Ă©coute de l’urgence intĂ©rieure, cette dĂ©termination lyrique et parfois avant Bernstein, Ă©chevelĂ©e, dĂ©lirante mais si juste, et ce souci du lien organique structurant les parties entre elles), surgit une leçon d’interprĂ©tation qui fait tout l’intĂ©rĂȘt du prĂ©sent coffret de 7cd Ă©ditĂ© par Warner et qui pour la plupart regroupe des chefs travaillant Ă©videmment Ă  Londres et que Sibelus a pu connaĂźtre, et dont il a pu pour certains, valider leur propre approche. C’est Ă©videmment le cas de Robert Kajanus dĂ©cĂ©dĂ© en 1933 qui est d’autant plus exemplaire parmi les pionniers et dĂ©fenseurs de la premiĂšre heure sibĂ©lienne, qu’il a crĂ©Ă© nombre de ses Ɠuvres, ou les a fait connaĂźtre en Europe hors de Finlande avec la complicitĂ© du MaĂźtre. Compositeur lui aussi, Ă©galement auteur d’un Symphonie Kullervo (comme la piĂšce de Sibelius), Kajanus entre 1890 et jusqu’à sa mort, ne cesse de faire connaĂźtre les Ɠuvres de son compatriote : Kajanus dirige le premier orchestre symphonique d’Helsinki au dĂ©but des annĂ©es 1880 puis joue (entre autres) les oeuvres de Sibelius Ă  Paris pour l’expo Universelle de 1900 (Symphonie n°1, Suite du roi Christian II, Le cygne de Tuonela, Finlandia et Le retour de LemminkĂ€inen
 soit une synthĂšse de l’univers sibĂ©lien. C’est cependant un Ă©clairage sur son engagement sibĂ©lien des annĂ©es 1930 que Warner met ici en lumiĂšre. LIRE la critique complĂšte du coffret Jean Sibelius : historical recordings 1928 – 1945 (7 cd, Warner)

 

 

 

CLIC_macaron_2014Le Concerto pour violon de SibeliusCD, coffret. Compte rendu critique. Sibelius great performances : Collins, Gibson, Rosbaud, Beinoum, Tuxen, Monteux
 (11 cd). Le coffret historique signĂ© Decca confirme la justesse des grands sibĂ©liens des annĂ©es 1950 : Tuxen, l’inĂ©galable Collins Ă©videmment ici intĂ©gralement remastĂ©risĂ©, surtout nos deux prĂ©fĂ©rĂ©s : Pierre Monteux et Alexander qui chacun Ă  sa maniĂšre, rĂ©gĂ©nĂšre la leçon premiĂšre de Collins mais avec une touche d’Ă©lĂ©gance analytique supplĂ©mentaire qui s’avĂšre exceptionnelle chez l’un comme chez l’autre. D’emblĂ©e l’affiche promet le meilleur en effet : complĂ©ment au rĂ©cent coffret Warner regroupant les versions historiques propres aux annĂ©es 1930 (Sibelius : Historical recordings : 1928 – 1945 7 cd, CLIC de classiquenews lui aussi) et dĂ©jĂ  en majoritĂ© britanniques (preuve d’un engouement phĂ©nomĂ©nal pour Sibelius chez nos confrĂšres anglo-saxons dĂšs avant la seconde guerre mondiale), voici la preuve que la faveur anglaise pour le Finnois aprĂšs la guerre ne s’est pas dĂ©mentie, et comme le prouvent ces archives Decca, dans les annĂ©es 1950, a mĂȘme gagnĂ© une flamme exceptionnelle : les Symphonies par Anthony Collins (auteur d’une intĂ©grale londonienne entre 1952 et 1956, ou le Concerto pour violon par l’excellent, ardent, voire incandescent et super Ă©lĂ©gant soliste Ruggiero Ricci (1958) restent des accomplissements lĂ©gendaires. Comme la fiĂšvre millimĂ©trĂ©e d’une irrĂ©sistible Ă©lĂ©gance (Monteux), d’un dramatisme dĂ©taillĂ© (Gibson), des autres sibĂ©liens qui sur le mĂ©tier symphonique Ă©laborĂ© par un gĂ©nie de l’écriture orchestrale, font preuve d’une Ă©gale implication sidĂ©rante. Aux cĂŽtĂ©s du LSO, le Concertgebouw d’Amsterdam (Beinoum) et le Berliner Philharmoniker (Rosbaud) affirment eux aussi un engagement suprĂȘme au service de partitions captivantes il faut bien le reconnaĂźtre. Aucun doute, mises en perspective, tant de lectures aussi passionnantes, confirment bien, aux cĂŽtĂ©s de la richesse diverse des interprĂ©tations, l’indiscutable gĂ©nie de Sibelius, le plus grand symphoniste du XXĂš aprĂšs Ravel, Mahler, Strauss.

 

 

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collins AnthonyCollins2Les 7 Symphonies, par le chef pionnier et visionnaire Anthony Collins, vĂ©ritable fleuron inestimable des archives Decca, dĂ©voilent Ă  qui ne le connaissait pas, l’exceptionnel talent de barde prophĂ©tique du chef britannique, capable d’insuffler la transe et la fiĂšvre, mais aussi une intensitĂ© de braise Ă  son orchestre (LSO), de surcroĂźt ici dans un traitement remastĂ©risĂ© : sens du dĂ©tail, sens de la construction, Ă©lan souverain, surtout fluiditĂ© organique d’un geste qui semble s’abreuver du lyrisme sibĂ©lien comme une source rĂ©gĂ©nĂ©ratrice. Bien avant les Bernstein ou les Karajan, visions si divergentes et somme toute complĂ©mentaires – le dyonisiaque et l’Appolonien-, voici le premier d’entre eux, redevable de l’ami Kajanus, chef et compositeur, fervent interprĂšte des symphonies de Sibelius hors de Finlande : dans les annĂ©es 1950, soit 20 ans aprĂšs Kajanus, Anthony Collins partage la mĂȘme foi passionnĂ©e, cette profondeur et cette Ă©nergie Ă©ruptive qui fait battre tout l’orchestre au diapason d’un seul cƓur, celui de la miraculeuse nature. Collins avait compris combien le langage de SibĂ©lius Ă©tait gĂ©nial en tant que dernier grand symphoniste post romantique. Sa lecture de la Symphonie n°7 (1954) est un modĂšle de prĂ©cision, d’engagement, Ă  la fois dĂ©taillĂ© et ciselĂ© mais aussi intense et dramatique. La houle qu’il y dĂ©ploie reste inĂ©galĂ©e, d’une irrĂ©pressible attractivitĂ© par sa puissance et sa justesse. Des mouvements enchaĂźnĂ©s en un seul, le chef tisse une fresque portĂ©e peu Ă  peu Ă  sa tempĂ©rature de fusion pour que se libĂšre en fin de cycle (Ă  16mn, aprĂšs 19mn), la formule clĂ© : ni rĂ©pĂ©tition, ni redite, ni dĂ©veloppement abusif, tout l’art de l’éloquence resserrĂ©e de Sibelius se concentre ici dans une direction Ă©conome, dĂ©taillĂ©, surexpressive et Ă©tonnamment juste. LIRE notre critique complĂšte du coffret DECCA : Sibelius, the great performances