Après Smetana, Janacek, Dvorak, Martinu (1890 – 1959) est le 4è plus grands compositeurs de Bohême. Comme violon au sein de la Philharmonie Tchèque, il découvre Debussy (Pelléas), Ravel et surtout Roussel dont il devient l’élève à Paris dans les années 1920. Passionné par l’essor orchestral, Martinu développe une écriture néo impressionnisme, particulièrement raffinée et surjective, fondée sur la multiplicité des cellules musicales simultanées, – foisonnement qu’il applique aussi dans sa musique de chambre (7 quatuors).
Peu à peu sa singularité captivante se révèle ; en témoigne la production de son opéra Le Christ recalcifié ou La Passion Grecque, au Festival de Salzbourg 2023, véritable choc (https://www.classiquenews.com/critique-opera-salzbourg-le-13-aout-2023-martinu-greek-passion-la-passion-grecque-maxime-pascal-simon-stone/ ) qui s’est révélé dans ce sens décisif (récemment repris à Bordeaux, Festival Pulsations, le 26 juin 2025 : https://www.classiquenews.com/critique-festival-bordeaux-festival-pulsations-halle-47-de-floirac-le-26-juin-2025-martinu-la-passion-grecque-j-henric-m-mauillon-m-petit-t-dolie-m-lecroart-juana-ines-castro-es/ )
Après un défrichement tout aussi argumenté et convaincant au service des mondes symphoniques de Hans Rott (1858 – 1884) / lire ci dessous notre critique de l’album paru en 2018 également chez DG- , toujours avec les instrumentistes de Bamberg, le chef Jakub Hrůša orchestre une passionnante immersion dans le symphonisme à la fois raffiné, flamboyant et vigoureux du Tchèque Martinu. Comme pour Rott, Hrůša détecte et exprime la saveur créative d’un maître des grands vertiges orchestraux…
Les 6 Symphonies sont écrites pendant le séjour américain de Martinu, pendant la seconde guerre, de 1941 à 1953 : l’exilé dans la distanciation, approfondit encore le sens et la forme de son écriture. Les 5 premières sont conçues dans la continuité ; la 6è, 7 ans après la 5è : une récapitulation tardive recueillant les fruits d’une plus longue expérience encore. l’auteur fait preuve d’une grande créativité formelle et structurelle : tonalité première évoluant vers une autre finale (tonalité évolutive), scherzo précédant l’Andante, piano et harpe largement sollicités…
Le chef montre une indiscutable sensibilité doublée d’une compréhension profonde de chaque massif : l’ampleur de la n°1 (créée à Boston par Koussevitski en nov 1942) n’écarte pas une transparence continue ; le Largo fait référence au massacre de Lidice par les nazis (juin 1942)… le caractère tchèque du trio dans le Scherzo, et dans le Finale sont particulièrement bien sentis et réalisés.
La n°2 – la plus courte (en général moins de 25 mn), commandée par les Tchèques de Cleveland, créée en oct 1943, le jour du 25è anniversaire de l’indépendance tchécoslovaque. Martinu s’y révèle en digne héritier de… Dvorak, tchèque jusque dans chaque mesure, et dans le choix concerté de chaque combinaison instrumentale. Les musiciens soulignent dans l’Andante moderato, la filiation avec… Janacek, et l’engagement des instrumentistes soulignent l’exaltation du finale, – en ré comme le premier mouvement, dont l’élan semble prolonger le chant conquérant et libérateur du Scherzo (Poco allegro) dont les trompettes avaient cité la Marseillaise…
La 3è (créée en 1945) porte une trajectoire symbolique au moment du débarquement de Normandie : du sombre mi bémol mineur au lumineux mi majeur… L’âpreté et une certaine violence (dans le premier Allegro) s’y déploient sans réserve, soulignant aussi la construction corallienne du Largo. Une expressivité d’autant mieux calibrée qu’elle dévoile toute l’intensité du contraste naissant dans la finale et la conclusion, tissés dans le calme fraternel le plus assumé.
La n°4 (créée à Philadelphie en nov 1945 par Eugène Ormandy) réussit tout autant : arche solaire gravissant la montagne vers son sommet final en ut majeur. Se distingue particulièrement la vivacité du Scherzo, ample, suractif, évoluant de sol mineur vers ré majeur (belle démonstration de la maîtrise de Martinu dans l’art de la tonalité évolutive).
La 5è est créée à Prague en 1946 sous la direction de l’excellent Rafael Kubelik ; le chef Jakob Hrusa en polit les accents continus balançant entre deux modes ; les rythmes qui alternent, cette instabilité structurelle qui innerve toute la symphonie. Somptueux, l’introduction lente du premier Allegro, le cynisme et l’inquiétude du Larghetto (en forme de rondo).
Enfin la 6ème symphonie créée en janvier 1955 à Boston par Charles Munch. Martinu y développait un hommage à la Fantastique de Berlioz (d’où son titre de « nouvelle symphonie fantastique »). Dans une orchestration flamboyante qui soigne chaque accent des percussions, la 6è affirme son tempérament singulier dans sa polytrythmie, sa versatilité mélodique, son énergie bouillonnante (le Scherzo est à ce titre éloquent, entre saillies démoniaques et vertiges plus lyriques… dans le Finale évoluant de si mineur à mi bémol majeur, les musiciens expriment avant tout la liberté de l’écriture, son expressivité sauvage, comme électrisée, avant une conclusion souveraine, réalisée dans le fameux choral idéalement apaisé et serein.
Poésie, tragédie, profondeur mais aussi colorisme et timbres raffinés,… l’éclectisme flamboyant de Martinu qui n’a jamais écarté ses profondes attaches tchèques, scintille et vibre avec ferveur dans cette intégrale superbement défendue avec le cœur et la fougue espérées. CLIC de CLASSIQUENEWS été 2026
______________________________
CRITIQUE CD, événement. MARTINU : Symphonies n°1-6. Bamberger Symphoniker, Jakub
Hrůša, direction – 2 cd Deutsche Grammophon 2025 – Plus d’infos sur le site de l’éditeur DG Deutsche Grammophon : https://www.deutschegrammophon.com/en/catalogue/products/martin-the-symphonies-jakub-hrsa-14082
autres critiques cd Jakub Hrůša sur classiquenews
CRITIQUE, CD événement. HANS ROTT : Symph n°1 – Bamberger Symphoniker – Jakub Hrůša (Deutsche Grammophon) :
https://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-hans-rott-symph-n1-bamberger-symphoniker-jakub-hrusa-deutsche-grammophon/
La figure de HANS ROTT (1858–1884) proche de Bruckner et de Mahler, dépressif et mort à.. 25
ans (!), reste une légende inclassable ; l’âge et un destin fauché empêcheraient une estimation objective ? ; du fait de sa seule symphonie, en l’absence d’un corpus symphonique qui promettait bien d’autres développements, le compositeur disparu trop tôt est banni d’une estimation à la mesur de son talent réel : dans bien des cas, Rott est taxé de suiveur inabouti entre les deux compositeurs précités ; or sa Première Symphonie (composée en 1880 – découverte en 1989) démontre tout l’inverse ; l’activité maîtrisée d’une puissante créativité douée d’un profondeur manifeste ; c’est toute l’approche de Jakub Hrusa que de révéler le génie de Rott, dans son originalité spécifique : la puissance de Bruckner dont l’aspérité entre blocs serait polie, résolue par une texture enveloppante à la fois wagnérienne (et brahmsienne), sans omettre une énergie franche souvent enivrée à la Mahler.
_______________________________________





