DVD. Britten: The turn of the screw (Jakub Hrůša,2011). Fra Musica

DVD. Britten: The Turn of the Screw (Hrusa, 2011).

dvd_britten_tour_screw_fra_Miah_PerssonDans le cas du Tour d’Ă©crou, le nombre de productions enregistrĂ©es montre qu’abondance ne nuit pas Ă  la qualitĂ©. Le catalogue actuel compte dĂ©jĂ  de très bonnes versions (dont celle aixoise publiĂ©e par Bel Air classiques).

Qu’en est-il de celle-ci en provenance de Glyndebourne, Ă©ditĂ©e par Fra Musica ? Relève-t-elle tous les dĂ©fis d’une partition insidieuse, oĂą ce chambrisme brittenien s’il confine Ă  l’Ă©pure, dĂ©voile en vĂ©ritĂ© la face cachĂ©e souterraine des esprits machiavĂ©liques tapis dans l’ombre … Au cĹ“ur de l’action du Tour d’Ă©crou, il y a cette innocence menacĂ©e (thème central dans l’Ĺ“uvre de Britten et que l’on retrouve dans Peter Grimes, Billy Bud…), sujet de toutes les aspirations et turpitudes d’entitĂ©s mi rĂ©elles mi rĂŞvĂ©es qui agressent ici les enfants. Certes le texte de Henry James offre le sujet mais la musique de Britten souligne la force des tensions implicites, l’Ă©touffement psychologique dont sont victimes les innocents (comme dans Le viol de Lucrèce, autre opĂ©ra dans une forme personnelle, chambriste).

Terreur secrète, climats psychologiques…

Le chef tchèque Jakub Hrůša comprend les aspĂ©ritĂ©s de la partition; il en souligne les ombres et les plis porteurs de sens comme d’ambivalence.
Dans la mise en scène de Jonathan Kent, l’intrigue a lieu au XXè siècle, soit Ă  l’Ă©poque de Britten, vers 1950 : trop narrative et anecdotique, il y manque le souffle, le jaillissement du fantastique saisissant, ce surnaturel qui captive et effraie tout autant les enfants. La production remonte Ă  2006; de cette annĂ©e, rescapĂ©e toujours aussi convaincante, la Flora de Joanna Songi.
Pur et innocent idĂ©al, le Miles de l’excellent Thomas Parfitt s’impose, comme est aussi Ă©vidente et naturelle, la limpide gouvernante de Miah Persson.
Consciente des agissements du pernicieux et pervers Quint, la très prĂ©sente et aboutie Susan Bickley dĂ©voile une Ă©paisseur nouvelle pour le personnage de Mrs Grose. Jouant sur la seule musicalitĂ© de sa voix agile et fĂ©line, Toby Spencer excelle Ă  offrir un nouveau visage de Quint, plus insidieux, parfaitement double, terriblement ambivalent. DĂ©stabilisant par sa fausse perfection… un modèle d’incarnation vocale.
Pour le centenaire Britten en 2013, le dvd édité par Fra Musica suscite le plus grand intérêt. A raisons. Publication légitime, donc hautement recommandable.

Benjamin Britten : The Turn of the Screw. Opéra en deux actes et un prologue, livret de Myfanwy Piper, d’après Henry James. Créé au Teatro La Fenice, Venise, le 14 septembre 1954.

avec
The Governess :  Miah Persson
Prologue / Peter Quint : Toby Spence
Mrs Grose :  Susan Bickley
Miss Jessel : Giselle Allen
Flora : Joanna Songi
Miles : Thomas Parfitt
London Philharmonic Orchestra
Jakub Hrůša, direction
Mise en scène : Jonathan Kent
Enregistré au Festival de Glyndebourne en août 2011

1 dvd FRA Musica 0709399 9. 1h51 minutes + bonus (22 minutes)

CD, critique. DVORAK : Requiem, Chants Bibliques, Te Deum (Hrusa, Belohlavek, 1 cd DECCA 2017)

dvorak-requiem-biblical-songs-belohlavek-hrusa-martinik-prague-choir-cd-review-classiquenews-critique-classiquenews-deccaCD, critique. DVORAK : Requiem, Chants Bibliques, Te Deum (Hrusa, Belohlavek, 1 cd DECCA 2017) – Le coffret Ă©ditĂ© par Decca, rassemble les Ĺ“uvres sacrĂ©es du compositeur tchèque Dvorak, qui restent liĂ©es Ă  son aventure inouĂŻe auprès des audiences anglo saxonnes : Requiem (Londres), Te Deum (New York). Après le triomphe du Stabat Mater (1876), particulièrement applaudi par le public londonien Ă  partir de 1883 (Royal Albert Hall), Dvorak rĂ©pond Ă  la demande de son Ă©diteur anglais, Alfred Littleton, et compose une Ĺ“uvre plus ambitieuse encore, un Requiem (très parsifalien en son ouverture chorale et symphonique)… mais avec une ampleur brucknĂ©rienne et une âpretĂ© sincère qui relève de la culture folklorique et populaire de Dvorak. Ainsi avec force publicitĂ©, Dvorak prĂ©sente au festival de Birmingham le 9 oct 1891 son Requiem : l’alliance des parties intimes (solistes) et graves (collectives et chorales) scelle la rĂ©ussite de la partition et son excellente rĂ©ception par le public. Y rayonne en particulier la voix de la soprano qui entonne avec ferveur et sobriĂ©tĂ© la prière « Requiem Aeternam »… L’ambition orchestrale du compositeur se dĂ©voile dans le saisissant Dies Irae : riche en dĂ©flagrations mesurĂ©es, d’une puissance originale indiscutable, très dramatique et tout autant recueillis, tendus mais jamais secs. Toujours y perce la douleur directe, franche des fervents qui implorent le salut pour ceux qui sont partis…
Le Requiem est écrit alors que depuis juin 1891, Dvorak a reçu la proposition de diriger le Conservatoire de New York : ce qu’il accepte à partir d’oct 1892 et pendant deux années scolaires.

Le Te Deum est créé au Carnegie Hall de New York (21 oct 1891), un mois après son arrivée aux States : on y sent l’ambition de régénérer localement l’essor de la musique indigène, « américaine », entre autres parce que le concert devait célébrer le 400è anniversaire de la découverte de l’Amérique par Colomb. Une entente conjointe entre Dvorak et les Américains allait se concrétiser idéalement lors de la création triomphale elle aussi de sa Symphonie du Nouveau Monde (même lieu, déc 1893).
L’aventure américaine de Dvorak devait être fauchée par la crise économique et la ruine du Conservatoire désormais dans l’impossibilité d’honorer le moindre paiement dès déc 1893.
De Bohème, Dvorak apprend alors la mort de son père : il compose les fameux Chants bibliques pour basse et piano. A Prague, en 1896, Dvorak crĂ©e dans le premier concert de la Philharmonie Tchèque rĂ©cemment constituĂ©e, les 5 premiers Chants orchestrĂ©s. Ici, le chef Jiri Belohlavek joue les 10 Chants, – aux 5 autographes de Dvorak, se joignent les 5 derniers dans l’orchestration tardive de Burghauser et Hanus (1960).

Mort récemment en 2017, Jiri Belohlavek nous laisse ici son dernier enregistrement : le cycle intégral orchestral des 10 Chants Bibliques gagnent une profondeur à la fois sombre voire lugubre, d’une justesse de ton et dans un équilibre voix / parure orchestrale, très séduisants. Jiri Belohlavek traite la texture symphonique telle une scintillante tapisserie orchestrale qui accordée à la tendresse de la basse Jan Martiník opère et réalise la douceur sousjacente à chacune des 10 séquences.
En « complĂ©ment », l’opus 89 – le Requiem destinĂ© au public britannique du festival de Birmingham est idĂ©alement rĂ©alisĂ© par le chef Jakub Hrusa, qui souligne la sincĂ©ritĂ© de la ferveur du Dvorak quinquagĂ©naire, très inspirĂ© par l’ombre de la mort, lui-mĂŞme frappĂ© en de multiples occurrences par le deuil.
Le Requiem a la force et la franchise en effet de celui de Verdi dont il se rapproche par son caractère direct, profondément humain ; la version qu’en donne Jakub Hrusa séduit immédiatement par son implication totale, la cohérence du plateau de soliste (dont les excellents Ailyn Pérez et Michael Spyres), le feu du chœur qui font jaillir la profonde et viscérale prière, voire exhortation au repos.

CLIC_macaron_20dec13Même alliance résolue entre les vagues spectaculaires et l’intimité de prières très individualisées dans le Te Deum opus 103, toutes les œuvres étant jouées par le Czech Philharmonic, phalange des plus légitimes et dont l’histoire est intimement liée à celle de Dvorak. Le Te Deum est vraie célébration collective, telle une chevauchée chevaleresque gorgée de saine énergie qui ne manque pas non plus de noblesse fervente (Rex Tremendae porté par la vaillance du baryton Svatopluk Sem) ni de gaieté pastorale et rustique, grâce à l’engagement du chœur qui sonne idiomatique dans le répertoire. CLIC de CLASSIQUENEWS du printemps 2020.

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CD, critique. DVORAK : Chants Bibliques (opus 99, fĂ©v 2017 – Jiri Belohlavek) / Requiem opus 89 (sept 2017), Te Deum opus 103 (dĂ©c 2018) Jakub Hrusa / Czech Philharmonic / Prague Philharmonic Choir – 2 cd DECCA – CLIC de CLASSIQUENEWS de mars et avril 2020.

Autres critiques DVORAK, musique sacrée sur CLASSIQUENEWS :

dvorak stabat mater jiri belohlavek decca cd spyres kulman park cd review critique cd classiquenews CLIC de classiquenews decca cd review Titelive_0028948315109_D_0028948315109CD, compte rendu critique. DVORAK : STABAT MATER (Belohlavek, Prague mars 2016, 1 cd Decca). Etrangement la Philharmonie Tchèque / Czech Philharmonic sonne démesurée dans une prise de son à la réverbération couvrante qui tant à diluer et à noyer le détail des timbres, comme le relief des parties : orchestre, solistes, choeur (Prague Philharmonic Choir). Heureusement, la direction tendre du chef Jiri Belohlavek (récemment décédé : il s’est éteint le 31 mai 2017) évite d’écraser et d’épaissir, malgré l’importance des effectifs et le traitement sonore plutôt rond et indistinct. C’est presque un contresens pour une partition qui plonge dans l’affliction la plus déchirante, celle d’un père (Dvorak) encore saisi par la perte de ses enfants Josefa en septembre 1875, puis ses ainées : Ruzenka et Ottokar. En LIRE plus