lundi 12 octobre 2026

CRITIQUE CD événement. LULLY : Proserpine (1680). Marie Lys, Ambroisine Bré, Laurence Kilsby… Chœur de Chambre de Namur, Les Talens Lyriques, Christophe Rousset (direction) – 3 cd CVS 2025

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Proserpine appartient aux tragédies en musique les plus puissantes et originales du Surintendant Lully : créé à Saint-Germain en 1680, l’opéra immerge dès l’ouverture puis la plainte de la Paix (captive) qui lui est enchainée, dans la machine à la fois nostalgique et languissante du compositeur officiel à Versailles. L’esprit de grandeur s’accomplit dans , – fruit de l’approche des Talens Lyriques, une activité nerveuse (cordes, flûtes, bassons)- quand paraît la Discorde… d’une articulation agile et éloquente.

 

 

C’est ici dans cet enchaînement d’une belle ardeur dramatique, le chant de la Victoire puis exprimant en langueur et vertige, son destin tragique, éploré, la saisissante Proserpine de Marie Lys qui incarne les qualités requises pour réussir l’esthétique lulliste : majestueuse et fébrile, c’est à dire ardente et solennelle (comme le rappellent les éclatantes trompettes très sollicitées (comme d’usage dans chaque Prologue).
L’opéra français s’il sait danser (on note l’importance des divertissements en cours d’action, jalonnant et ponctuant la tension du drame), incarne aussi la suprême puissance du souverain français ; dans Proserpine, les instruments solennels et martiaux rappellent l’apport insigne des traité de Nimègue (1678-1679) qui rétablit la paix en Europe.

Inspirés par le lyre guerrière, chef et instrumentistes savent tout autant adoucir leurs traits ; du martial Prologue qui dit la grandeur de Versailles… à l’échelle de l’Univers (il n’en faut pas moins pour le Roi-Soleil), aux tableaux sentimentaux, d’une souplesse émotionnelle plus intimiste, enveloppée, sublimée par l’élégance des danses convoquées (Gavotte, Menuet : « Que l’amour est doux… »)… l’articulation souple et expressive des Talens Lyriques réussit, entre autres dans la seconde ouverture (introduisant l’acte I) et tout autant développée que la première, exprimant cet appel irrépressible du destin qui entraîne inéluctablement les héros dans l’accomplissement de leur épopée. L’orchestre fait jaillir la force des sentiments et les désirs qui inféodent chaque personnage. Contrairement à une idée fausse mais toujours répandue, Proserpine n’est pas qu’un ouvrage à machines ; certes les décors et les costumes depuis la création de 1680, suscitent un déploiement spectaculaire. L’intérêt de l’ouvrage réside bien dans le portrait très subtil des âmes éprises, amoureuses.

La distribution réunit les meilleurs chanteurs de l’heure : la noble et toujours digne Cérès (mère de Proserpine) de Véronique Gens (au timbre cependant fatigué et terne) ; le Mercure onctueux et tendre du ténor Nick Pritchard ; la captivante Proserpine de Marie Lys a cette couleur tragique et ardente qui inscrit la fille aimée dans une superbe intensité expressive, tout du long. C’est d’ailleurs pour ceux qui suivent la discographie de la soprano, une nouvelle implication superlative… après ses performances aussi délectables dans d’autres enregistrements dont elle était un pilier : Cublai de Salieri ; surtout, Suite d’Armide de Philippe d’Orléans (1704), également édité sous le label CVS, Château de Versailles Spectacles (Marie Lys y incarne Herminie / LIRE notre critique ici : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-philippe-dorleans-suite-darmide-1704-marie-lys-veronique-gens-victor-sicard-cappella-mediterranea-leonardo-garcia-alarcon-2-cd-cvs-chateau-de/

A travers la galerie de personnages : nobles (Cérès) et divins (Pluton amoureux de Proserpine), c’est bien la lyre amoureuse, éperdue des cœurs soumis, languissants qui intéresse évidemment Lully… que son orchestre questionne constamment. Ainsi parmi les « secondaires », notons l’excellente (et piquante) nymphe et Cyané (fin de l’acte III au moment du rapt de Proserpine par Pluton) d’Appoline Raï-Westphal, au chant impliqué, frais, mordant, d’une vérité immédiate. Ce sont aussi Aréthuse et Alphée qui brûlent de désirs aussi ardents que ceux qui pilotent les protagonistes. L’acte des enfers (II) révèle la justesse du geste global ; il reste alors emblématique que c’est là que les duos les plus tendres se déploient sans contrainte ; l’impérial Pluton y découvre Proserpine et succombe devant sa beauté (alors entourée des nymphes) – l’empire de l’amour guide la couleur de l’orchestre (comme il pilote aussi le cœur d’Ascalaphe, soudainement épris de la belle Aréthuse (ce qui provoque aussitôt la jalouse ardeur du promis d’Aréthuse, Alphée dont l’ivresse exquise, la langueur dévorée est superbement incarnée par Laurence Kilsby ; cf sa scène en solo, scène 3) ; intensité et feu amoureux auxquels répond très justement Aréthuse (duo exquis enchainé, où rayonne le chant souverain, articulé et habité d’Ambroisine Bré). Le Lully racinien, fin psychologue et grand connaisseur des cœurs épris s’incarne alors dans ce duo irrésistible ; puis c’est un tableau d’une langueur voluptueuse tout aussi manifeste qui s’offre à Pluton : Proserpine et le chœur des nymphes (l’air de la fille de Cérès: « Belles fleurs » y permet à Marie Lys d’exprimer la suave tendresse de la jeune fille qui, dans un tableau pastoral la rend irrésistible…). Hautbois graciles, continuo de cordes bondissant, finement évocateur…, les instruments suggèrent toute la tendresse qui foudroie le dieu des Enfers, au point d’enlever la Belle trop suave.
La spécificité de l’opéra est d’engager l’action dans un second tableau infernal, l’Acte IV où paraît tragique et solitaire, désemparée parce que séparée de sa mère, Proserpine (Marie Lys excelle dans le somptueux lamento : « Ma chère liberté… ») – cette tendresse éperdue d’essence tragique est superbement réalisée par chanteurs et orchestre ; elle finit par infléchir Pluton d’abord (excellent Olivier Gourdy qui soupire et s’attendrit), enfin Jupiter qui consent à équilibrer le sort de Proserpine (en prenant en compte le désarroi de sa mère ainsi dépossédée, Cérès).

 

Parure orchestrale majestueuse et caressante, plateau vocal d’une excellente caractérisation, on ne saurait savourer meilleur aréopage artistique, d’autant que le geste de Christophe Rousset à la tête de ses Talens Lyriques nuance et cisèle l’un des ouvrages les plus graves et sombres, riche et contrasté de Lully, celui qui au demeurant permettait au poète Quinault de revenir en grâce (après l’affront perpétré par son opéra Isis en 1677). Voilà qui complète remarquablement la déjà riche discographie des Talens lyriques dédiée aux opéras de Lully. CLIC de CLASSIQUENEWS été 2026.

 

 

Distribution
Ambroisine Bré : Aréthuse, la Paix
Apolline Raï-Westphal : Cyané, la Félicité
Véronique Gens : Cérès, l’Abondance
Jean-Sébastien Bou: Crinise, la Discorde
Marie Lys : Proserpine, la Victoire
Nick Pritchard : Mercure
Laurence Kilsby : Alphée
Olivier Gourdy : Pluton
Olivier Cesarini : Ascalaphe
David Witczak : Jupiter
Thibaut Lenaerts : Un juge des enfers, une Furie
Chœur de Chambre de Namur
Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, direction
Enregistré en juin 2025 – Opéra Royal de Versailles
3 cd CVS Château de Versailles Spectacles – 2h50 mn
Collection «  opéra français » n°36 – CLIC de CLASSIQUENEWS été 2026
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CRITIQUE CD événement. LULLY : Proserpine (1680). Marie Lys, Ambroisine Bré, Laurence Kilsby,… Chœur de Chambre de Namur
Les Talens Lyriques, Christophe Rousset (direction) – 3 cd CVS – CLIC de CLASSIQUENEWS été 2026 – Plus d’infos sur la page de l’éditeur CVS Château de Versailles Spectacles / boutique : https://tickets.chateauversailles-spectacles.fr/fr/product/4770/cvs187_3cd_proserpine

 

 

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