CD, critique.LULLY : ISIS / Io. Talens Lyriques, Ch Rousset (2 cd APARTE – juil 2019).

LULLY isis ROUSSET critique cd opera classiquenewsCD, critique.LULLY : ISIS / Io. Talens Lyriques, Ch Rousset (2 cd APARTE – juil 2019). Après Bill Christie et Hugo Reyne, tous d’eux ayant différemment réussi leur propre lecture d’Atys (respectivement en 1987 et 2009), sommet de l’éloquence et du sentiment XVIIè, Les Talens lyriques et leur chef Christophe Rousset poursuivent une sorte d’intégrale des opéras de Lully chez Aparté. Un défi redoutable et un courage immense… tant les plateaux sont difficiles à réunir, et le répertoire toujours écarté des scènes lyriques. Qui programme aujourd’hui le Florentin anobli / naturalisé par Louis XIV ? On s’étonne d’une telle situation, qui d’ailleurs vaut pour le baroque en général : même Rameau, le plus grand génie dramatique et orchestral du XVIIIè peine à défendre sa place à chaque saison nouvelle, en particulier à l’Opéra de Paris. Que l’on ne nous parle pas d’équilibre et de diversité des programmations. Le Baroque est de moins en moins joué au sein des théâtres d’opéras en France. Donc réjouissons nous de ce nouvel opus Lully par Ch Rousset.

Pourtant, soit qu’il soit question de la prise ou de l’économie du geste général, la petitesse du son ne cesse ici d’interroger : on sait que les effectifs requis pour les créations devant la Cour et le Roi, ne craignaient pas l’ampleur ; d’ailleurs toutes les gravures le représente : l’orchestre était pléthorique. Ce qui laisse imaginer un tout autre son à l’époque… Pourquoi alors ce format sonore si étroit et serré, d’autant que le traitement final souhaité lisse tout relief. Pas d’aspérité, ni de timbres définis: un juste milieu qui atténue toute disparité et tend à unifier la globalité vers une uniformité désincarnée. S’agirait-il alors d’une autre raison ? La vision propre au chef qui en phrases courtes, certes précises mais systématiques jusqu’à la mécanique, sonne sèche ; des tempos parfois très précipités soulignent une lecture nerveuse… et finalement dévitalisée. Voici un Lully étroit et mécanisé qui manque singulièrement d’ampleur, de souffle, de respiration. Tout ce qu’ont apporté et cultivé autrement et par un orchestre et un continuo plus palpitant, les précédents déjà cités : Christie et Reyne. Pas sûr que les détracteurs et critiques d’un Lully trop affecté, sophistiqué, et finalement artificiel, ne changent d’avis après écoute de cet album.

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SUBLIME QUATUOR VOCAL
Tauran, Hubeaux, Auvity, Estèphe
Junon, Io/Isis, Apollon, Argus

 

 

 

Mais la surprise vient des chanteurs, précisément des deux premiers emplois d’une partition assez exceptionnelle. Si le geste du chef et le son de l’orchestre posent problème, en revanche certains solistes sont remarquables tant leur chant restitue à la fois la noblesse du récit, le mordant articulé, surtout la sincérité de la déclamation lullyste. Ce qui n’est pas peu dire. Ce que réalisent les deux cantatrices dans les rôles opposés de Io / Isis et de Junon, relève de l’exceptionnel, une voie idéale entre le style du théâtre cornélien et racinien, et la langueur expressionniste propre à l’opéra lullyste. Voilà longtemps que nous n’avions goûté un tel chant vivant et palpitant, serviteur des images linguistiques qui font sens. D’où notre excellente note et le CLIC de classiquenews.com

Relief et vérité des chanteuses TAURAN / HUBEAUX
A l’opposé de toute surcharge hystérique, – un écueil que l’on constate aussi pour Cybèle dans Atys-, Bénédicte Tauran fait une Junon de grande classe, car elle évite toute boursouflure caricaturale voire parodique du personnage (ce qui a toujours été facile : Junon bien souvent n’est qu’une épouse délaissée, frustrée, qui rugit) : a contrario, ici, du tact et du style et un français impeccable (nous l’avions découvert il y a quelques années dans la version d’Atys par Hugo Reyne, en 2009 précisément, dans le rôle de Sangaride). La maîtrise du français est impeccable ; l’intonation racée, subtile, surtout simple et naturelle. Une leçon de chant qui nous réconforte tant le problème de l’intelligibilité est général s’agissant des spectacles baroques en France.

montespan-isis-lully-quinault-opera-baroque-critique-hubeaux-tauran-chant-opera-critique-classiquenewsFace à elle, la Io / Isis d’Eve-Maud Hubeaux soupire, rugit (mais de façon adéquate et toujours mesurée), se lamente, victime douloureuse mais démunie : sa palette est riche autant que son articulation, elle aussi parfaite. Portée par ses deux portraits de femmes, – focus légitime car de leur affrontements incessants, se produit le drame, les tortures, enfin la réconciliation (grâce à la métamorphose finale). Mais dans la réalité, La Montespan (qui dut supporter la nouvelle conquête du Roi : Melle de Ludre) se reconnaissant avec raison dans le personnage de Junon… obtint la disgrâce de Quinault.
Les deux chanteuses ont cette élégance et cette noblesse qui rendent passionnantes leur confrontation progressive. Intelligibles et expressives mais avec mesure, les deux divas tirent leur épingle du jeu. Le chant et la déclamation lullyste en sortent régénérés, somptueusement captivante. C’est l’excellente surprise de cette lecture.

Parmi les hommes, deux solistes se détachent nettement : Cyril Auvity convainc parfaitement par l’intensité, la précision et la justesse du chant comme du jeu: entre autres personnages parfaitement tenus, sa Furie mordante et inflexible, haineuse et sadique à souhait, face à la Io frigorifiée (début du IV) ; même implication saisissante pour Neptune et Argus du fabuleux Philippe Estèphe, tempérament rare alliant puissance, musicalité, intelligibilité, sans jamais appuyer ni forcer. Nous tenons là un quatuor vocal somptueux, lullyste par l’esprit et le style. De quoi susciter l’enthousiasme d’où le CLIC malgré nos réserves (comme on a dit).

A oublier à l’inverse : le chant continûment outré et surexpressif et finalement systématique d’Ambroisine Bré (Syrinx) ; les voix engorgées, ternes, lisses (usées ?) de Edwin Crossler Mercier (Pan) et Aimery Lefèvre (Hiérax).

En dépit de qualité éloquentes indiscutables, le chœur (de chambre de Namur) rate ses airs à la chasse, dans une mise en place hasardeuse et précipitée, sans souffle (épisode de Syrinx, la nymphe qui refuse l’amour et écarte un Pan trop pressant). Selon le plan de Mercure, il est question en réalité d’endormir Argus afin de libérer Io, sa prisonnière… On finit par s’endormir nous aussi.

Heureusement l’acte IV, le plus poétique et le plus dramatique, celui des contrastes climatiques et autres supplices infligés par Junon à Io, dont le chœur des frimas, aux syllabismes glaçés, répétés est plus précis et dramatiquement plus prenant. L’acte dans son entier annonce les effets, machineries à l’appui, du Rameau à venir (Parques pour Hippolyte et Aricie ; tortures et écarts climatiques des Borréades). Même bel engagement des forces calorifiques des forges dans le tableau qui suit… Mais là encore on s’interroge sur la petitesse de la sonorité, l’étroitesse du spectre des timbres orchestraux, d’autant que la prise de son reste centrale, globale, distanciée, confinant à une image lisse, comme amidonée, et …dévitalisée.

Là est bien le problème : l’orchestre très bien huilé, semblable à une machine à coudre, à la rythmique mécanique, tricote un son aigre, petit, lisse. Tout est joué de la même façon, uniformément, malgré la disparité des ambiances par acte. Les tutti sonnent secs et courts. Voici un Lully sans tendresse ni ampleur.

Quelle différence avec les témoignages d’époque qui répétons-le attestent d’un effectif de 100 instrumentistes dont la chair et la respiration devaient être autres. Le geste est de plus en plus rapide et sec à mesure que le drame se précipite, à partir du IV justement quand Io subit les supplices imposés par une Junon particulièrement sadique. Au point de forcer Io au suicide pour échapper à tant de souffrance. Les instrumentistes savent cependant atteindre une certaine profondeur à l’énoncé des Parques (fin du IV) : si Io veut cesser de souffrir, « elle doit apaiser Junon ». C’est à dire la rendre moins jalouse. La tendresse du geste (et la compassion pour l’héroïne) paraît enfin. C’est un peu tard. On le voit le chef Rousset joue surtout sur les contrastes, la tension, le nerf, au risque de paraître sec.

CLIC D'OR macaron 200Soulignons la réussite du livret de Quinault et la dramatisation musicale par Lully, ce qui fait de « Isis » un opéra majeur aux côtés de Atys, en particulier pour la fin de la partition (acte V) : devant une Io épuisée, qui appelle la mort, face à Junon inflexible, Jupiter rend son amour à… son épouse. L’enchaînement des actes IV et V relève du pur génie lullyste : exacerbation des passions puis grand pardon et aspiration à l’apaisement final grâce à la sublimation / métamorphose salvatrice de la nymphe Io, éreintée, exsangue, … miraculeusement recomposée en déesse égyptienne, soit Isis. Ce qui donne le titre de l’opéra, sans pour autant rendre compte véritablement de la nature même de son action depuis son début. L’épisode égyptien étant dévolu aux deux derniers airs orchestraux du V. La logique aurait plutôt préféré le titre Io, plus proche du drame réel, à travers les actes I, II, III et IV. Pour conclure, orchestre mécanisé et serré voire tendu ; mais plateau irrésistible, grâce au quatuor vocal que nous avons distingué.

 

 

 

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CD, critique. LULLY : ISIS / Io (1677). Talens Lyriques, Ch Rousset (2 cd APARTE – juil 2019) – Lire aussi notre présentation d’ISIS de Lully par Ch Rousset, Les talens lyriques, ici :
http://www.classiquenews.com/lully-isis-1677-les-talens-lyriques-ch-rousset-2-cd-aparte/

 
 

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LULLY, articles, dossiers, critiques sur CLASSIQUENEWS

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Isis, à Beaune, juillet 2019 – critique de l’opéra en version de concert
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-opera-beaune-lully-isis-12-juillet-2019-les-talens-lyriques-choeur-de-chambre-de-namur-c-rousset/

Bellérophon, 1679 / Les talens lyriques, 2011
http://www.classiquenews.com/lully-bellrophon-1679-les-talens-lyriqueschristophe-rousset-2-cd-apart/

Alceste, 1674 / Les talens lyriques 2017
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-lully-alceste-les-talens-lyriques-2-cd-aparte/

Armide, / Les talens lyriques 2015
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-lully-armide-les-talens-lyriques-2015-2-cd-aparte/

Amadis, 1684 / Les talens lyriques
http://www.classiquenews.com/lully-amadis-1684-rousset-2013-3-cd-aparte/

Les premiers opéras français par Hugo Reyne
http://www.classiquenews.com/lully-les-premiers-opras-franais-hugo-reyne10-cd-accord/

REPORTAGE VIDEO ATYS par Hugo Reyne 2009
http://www.classiquenews.com/lully-quinault-atys-1676-hugo-reynela-chabotterie-vende-aot-2009-reportage-vido-22/

Dossier Atys de Lully :
http://www.classiquenews.com/lully-atys-1676-le-livret-de-philippe-quinaultaspects-dune-partition-gniale/

Atys de Lully Chaboterie 2009 / Hugo Reyne
http://www.classiquenews.com/lully-atys-1676-hugo-reynefestival-musiques-la-chabotterie-11-et-12-aot-2009/

ATYS de Lully par William Christie
recréation reprise 2011 : reconstitution ou recréation ?
http://www.classiquenews.com/atys-2011-dossier-spcialreconstitution-ou-approfondissement/

ATYS de Lully par William Christie, reprise 2011 (DVD)
http://www.classiquenews.com/lully-atys-villgier-christie-20112-dvd-fra-musica/

ARMIDE de Lully par William Christie, 2008
http://www.classiquenews.com/lully-armide-christie-2008/

CD, compte rendu critique. Rameau : Zaïs. Rousset, 2014 (3 cd Aparté, 2014)

rameau zais rousset review account of critique cd classiquenewsCD, compte rendu critique. Rameau : Zaïs. Rousset, 2014 (3 cd Aparté). On ne saurait contester à Christophe Rouset son sens du théâtre, développé, toujours nerveux sur une vaste palette de répertoire comme l’attestent ses dernières réalisations chez Aparté déjà : Amadis, Phaéton et Bellérophon, trilogie méritante de Lully pour le XVIIè, Hercule Mourant de Dauvergne pour le XVIIIè. Ce Rameau s’inscrit très honorablement parmi les meilleures approches du chef dont une sécheresse et parfois une direction certes précise mais mécanique et un peu courte atténue l’approfondissement de certaines lectures. D’autant que dans le cas de Zaïs, ouvrage de la pleine maturité et de l’année – 1748 – miraculeuse pour le Dijonais à Versailles, il s’agit d’un double défi : orchestral comme l’atteste dès le formidable prologue, son ouverture qui avant Haydn et sa Création de 1800, exprime rien de moins que le néant originel et l’organisation du monde (le Chaos et son débrouillement) ; puis autre défi, le profil psychologique de Zélidie et de Zaïs, cette dernière étant par sa couleur tragique sentimentale,  préfiguration de la tendre Pamina de La Flûte enchantée de Mozart.

Un entretien vidéo avec le chef pour classiquenews, lors des représentations de Zaïs à l’Opéra royal de Versailles (octobre 2014) avait démontré l’ampleur visionnaire et le souffle poétique de l’écriture d’un Rameau, génie de la fragmentation, et dans les choix instrumentaux, narrateur hors pair des climats et des situations. Hélas, le livret de Cahusac, poète si réformateur et vrai complice pour Rameau, s’enlise souvent au point de développer dans des longueurs parfois difficiles à tenir, certaines situations et de nombreux affrontements qui se répètent.

piau_sandrineL’action met à l’épreuve l’amour de la mortelle Zélidie pour le génie des airs Zaïs. D’une distribution cohérente, on eut préféré pourtant diseurs plus habités et nuancés que les voix serrés mais déjà routinières des chanteurs des seconds rôles. Seuls Zachary Wilder, Sylphe pétillant et fluide, et Hasnaa Bennani, Amour charmant et gracile caractérisent sans emphase leurs rôles respectifs. Pour le trio principal, Benoît Arnould fait un Condor un peu contraint et toujours très (trop) poseur dans son costume de faux séducteur, Julian Prégardien déploie en Zaïs, une véritable dentelle linguistique idéalement tendre et de plus en plus affectueuse, mais affecté par quelques aigus déjà tendus ; reviennent à Sandrine Piau (notre photo), toutes les palmes du style et de l’articulation inventive et pourtant stylée, d’une irrésistible autorité et vocale et dramatique : sa Zélidie affirme contre les préjugés tenaces sur l’opéra de Rameau, la profondeur psychologique du personnage féminin qui aurait dû donner son nom à la partition. Retenons l’éloquence de ses récitatifs, au relief, à la caractérisation vivante qui suit chaque inflexion du texte : une démonstration de vitalité palpitante qui ressuscite chaque inflexion du texte avec une diversité expressive remarquable. Rien de tel hélas chez ses partenaires cadets.

 

Evidemment, tout ballet héroïque comprend de nombreuses entrées, divertissements, séquences purement chorégraphiques où règnent le chatoiement superlatif du toujours excellent choeur de chambre de Namur, idéalement préparé, à la diction amoureuse et engagée, à l’articulation précises et suave : un modèle ici, et pour Rameau, l’autre personnage clé de l’opéra. Malgré les épisodes parfois circonstanciels et réellement conformistes, – qui finissent par appesantir le déroulement du drame, épisodes parfaitement et strictement redevables de l’esthétique Louis XV, Rousset sait colorer et articuler l’un des orchestres les plus raffinés de Rameau.

 

 

 

VOIR le reportage vidéo de classiquenews sur ZAIS de Rameau à l’Opéra royal de Versailles par Sandrine Piau et Christophe Rousset, novembre 2014

 

 

 

 

 

 

 

Cd, compte rendu critique. Rameau : Zaïs. Julian Prégardien, Sandrine Piau, Aimery Lefèvre, Benoît Arnould, Amel B-Djelloul, Hasnaa Bennani, Zachary Wilder. Choeur de chambre de Namur. Les Talens Lyriques. Christophe Rousset, direction. 3 cd Aparte. Enregistrement réalisé à Versailles en novembre 2014.

CD. Lully : Phaéton, 1683 (Rousset, 2012)

CD. Lully: Phaéton, 1683 (Rousset, 2012) …  Poursuite du cycle des opéras (rares) de Lully par Les Talens Lyriques et Christophe Rousset. Les plus connaisseurs regretterons ici une baguette des plus tendues, sèche, râpeuse, ascétique sans guère d’abandon tendre ni de nostalgie subtile (n’est pas William Christie qui veut, désormais indépassable chez Lully comme chez Rameau) ; les plus ouverts et curieux, trouverons ce nouvel album comme le précédent (Bellérophon, également édité par Aparté) d’une évidente cohérence musicale, digne du plus efficace des ouvrages de Lully et Quinault.

 

 

Phaéton déséquilibré …

 

lully_phaeton_rousset_cd_aparteLe sujet en lui-même est d’une modernité exceptionnelle : le fils du Soleil, aimé par son père, veut afficher fièrement et orgueilleusement sa divine origine au risque de mettre en péril l’équilibre du monde : dirigeant le char d’Apollon, l’orgueilleux incompétent échoue à conduire les célestes chevaux : il est illico foudroyé par Jupiter.Le message est clair pour l’ensemble du royaume et à l’attention des courtisans muselés tentés par une audace hasardeuse. Le roi tranchera dans le vif toute velléité d’orgueil. Dramatiquement les auteurs cisèlent une action resserrée ; ils ajoutent une intrigue amoureuse assez légère mais utile en ce quelle embrase la souffrance et le ressentiment des caractères.
Lybie, future reine d’Egypte, qui aime Epaphus, se voit obligée d’épouser Phaéton. Celui-ci n’est que politique et d’un coeur plutôt insensible (il reste muet et distant vis à vis de celle qui l’aime, Théone). En vérité, Phaéton est un jeune arrogant ambitieux qui n’aspire qu’à assoir sa fausse grandeur, en particulier vis à vis du fils d’Isis, Epaphus.
Lully, angle rare dans un opéra politique, aime à exprimer ce lien du fils Phaéton à sa mère (Clymène, très attentionnée pour sa progéniture) et à son père : quand paraît Apollon, être sensible et pathétique, plutôt qu’astre héroïque et solennel ; cet aspect du dieu solaire est le point le plus attachant de l’ouvrage.Rousset réunit un plateau de chanteurs, finalement  …  déséquilibré voire peu convaincant. C’est le risque des prises uniques, la représentation et son enregistrement sur le vif à Paris ce 25 octobre 2012 n’ont pas réussi à tout le monde. Écartons d’emblée, trop faillible sur le plan du style comme de la musicalité (et de la justesse), la Théone d’Isabelle Druet (rien à faire : le timbre est étroit, la justesse peu assurée… faute de préparation ou d’approfondissement réel du rôle, les dérapages sont trop nombreux) ; dans le rôle-titre, Emiliano Gonzalez Toro manque de vision sur son personnage (pourtant dramatiquement passionnant) : maniérisme et affectation polluent un chant qui devrait sonner naturel et souple ; même constat hélas pour Andrew Foster-Williams, – bien que mieux chantant : son jeu confond engagement et … burlesque : il est fait trop pour le rival de Phaéton ; son Epaphus ressemble plus à un rôle bouffon qu’à l’amant de Lybie, grave et impuissant, être terrassé par le jeu politique et qui doit subir la vanité de son ennemi.

Heureusement, tout n’est pas perdu, loin s’en faut : en Apollon tendre et humain voire déchaîné pour sauver son fils outragé (Epaphus a contesté son origine divine), Cyril Auvity tire la couverture vers lui : assurance vocale inouïe, verbe tapageur et ciselé ; sa prestance et son caractère sont indiscutables. La Bergère de Virginie Thomas éblouit subitement la scène par sa diction fluide et sans effet, mais c’est surtout l’exceptionnel ChÅ“ur de chambre de Namur qui rétablit pas son articulation souveraine, la place centrale du chant, avec une réaffirmation soudaine d’un style plus humain, coulant, sanguin… parfois asséché voire atrophié par la baguette nerveuse du chef.Phaéton est un sommet de l’inspiration de Lully (1683), l’un de ses ultimes opéras. Saluons l’initiative du label Aparté de nous le révéler dans sa fureur et son âpreté premières ; dans sa continuité souvent fulgurante : c’est l’un des opéras les plus courts du Surintendant.
D’autant que le double coffret est d’un soin éditorial manifeste, défendant de la meilleure façon une oeuvre méconnue à torts : notice argumentée, livret intégral.
Si l’on regrette l’insuffisance du plateau vocal, la production laisse néanmoins envisager ce qui a fait le triomphe de l’ouvrage sous Louis XIV : sa grande séduction musicale, sa prosodie habitée et expressive, ses situations contrastées au très fort potentiel spectaculaire (les métamorphoses de Protée à la fin du I ; le tableau des heures et des saisons au début du IV… et évidemment la chute du char du soleil au moment où Jupiter foudroie l’orgueilleux fils d’Apollon …). A écouter de toute évidence.Lully : Phaéton, 1683. Cyril Auvity, Virginie Thomas… Les Talens Lyriques. Christophe Rousset. 2 cd Aparté. Enregistrement réalisé en octobre 2012.