Hier découvert par Cecilia Bartoli, dans un cd spectaculaire et entièrement dédié au compositeur espion — « Mission« , album événement édité en 2012 (1), Agostino Steffani (1654 – 1728) affirme un tempérament captivant pour l’opéra, alliant sensualité et dramatisme, science des contraste et élégance mélodique ; soit Haendel et Lully fusionnés dans une langue raffinée, dramatiquement souple. Son unique opéra buffa « Orlando generoso », ainsi opportunément ressuscité confirme le bien fondé de l’Ensemble 1700 et de sa cheffe fondatrice Dorothee Oberlinger qui en réalisaient la (re)création au dernier festival Baroque de Postdam (été 2025).
L’agilité du continuo et sa verve continue s’affirment dès le premier air d’Atlante (5) auquel succède immédiatement le duo langoureux et rêveur du seul couple légitime de l’action : Bradamante / Ruggiero (7), un duetto qui du reste semble s’abreuver (sans la dénaturer) à la source pure vénitienne, celle de Cavalli principalement.
La figure de Bradamante, soprano loyal, inspirée par un indéfectible amour pour son époux Ruggiero est mis en-avant à travers ses deux airs successifs, développés, riches, dramatiquement denses, en particulier après le premier sur un air de danse obstinée, le second, admirable et introspectif (« S’ho perduto ogni moi bene »), exprimant le sentiment douloureux de la perte (avec flute enchanteresse) ; la soprano requise Shira Patchornik déploie un timbre cristallin, ample, rond, très juste, proche de la solitude grave voire sombre de son personnage. Même sureté vocale et bel aplomb dramatique pour l’Orlando du contre ténor bernois Terry Wey : voix futée, agile, intense dans la langueur suspendue (ainsi que l’affirme son air « troppo foste, incante luci », qui conclut le cd2)
Ainsi s’affirme tout l’ouvrage, d’un raffinement sensuel, drôlatique et sous son masque buffon, d’une tendresse directe. D’autant que la distribution dramatiquement très impliquée comme nuancée, incarne chaque protagoniste avec une indiscutable intensité.
Les instrumentistes éclairent toute l’élégance dansante d’une partition qui se souvient de Lully et du grand art français et qui sait ménager le flux dramatique continu en le jalonnant de « pauses » purement instrumentales : menuet du I, préparant au chant de Medoro et Angelica… ; sinfonia et passe-pied en rondeau concluant le I… sans omettre le très subtile final, la Chaconne conclusive (sur le motif d’Enrico Leone, arrangé par Olga Watts). Même sureté vocale et bel aplomb dramatique pour l’Orlando du contre ténor bernois Terry Wey : voix futée, agile, intense dans la langueur suspendue (ainsi que l’affirme son air « troppo foste, incante luci », qui conclut le cd2).
Dans ce labyrinthe d’illusions et d’enchantements mortifères, où règne la fausse magie d’Angélica sur les chevaliers dont surtout Ruggiero, se distingue au cœur du noeud dramatique, le grand duetto de l’acte II (CD2-10 : « Se t’ecclissi, o bella face …») où les deux voix sont tendrement accompagnées par l’alliance enivrée du violon, du basson et de la harpe pour la sirène ; par le hautbois pour Ruggiero envoûté (incarnation palpitante du contre-ténor Morten Grove Frandsen) ; moment d’hypnose vocale, suspendue, qui manifeste l’emprise lascive d’Angelica sur Ruggiero. Le soprano fluide d’Hélène Walter affirme la toute puissance sensuelle de la magicienne, maîtresse des coeurs. Un moment extatique d’autant plus langoureux qu’il contraste très fortement avec le court duetto qui suit entre Bradamante et Ruggiero.
Ce duetto trouve son dénuement dans celui de l’acte III (« Mi condamna a nuova pena »). Orchestre somptueux, délicieusement bondissant et suggestif, plateau de solistes impeccables, idéalement engagés, chacun caractérisant avec finesse son personnage… la (re)création de cet Orlando Generoso est une véritable révélation, la confirmation qui suit la découverte de Cecilia Bartoli dans son cd premier, visionnaire. Dorothee Oberlinger poursuit un parcours sans faute, dans ce nouvel opéra inconnu, aussi passionnant et convaincant que son précédent : le tout aussi captivant « Adriano in Siria » de Carl Heinich Graun (parution juin 2025, également élu « CLIC de classiquenews » / lire notre critique ici : https://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-graun-adriano-in-siria-1746-valer-sabadus-bruno-de-sa-roberta-mamelli-ensemble-1700-dorothee-oberlinger-3-cd-dhm-deutsche-harmonia-lundi/ )…
(1) — en 2012, paraissait le cd événement de Cecilia Bartoli qui ressuscitait alors la musique d’Agostino Steffani, sous la titre « MISSION » : https://www.classiquenews.com/cecilia-bartoli-mission-agostino-steffani1-cd-decca/
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CRITIQUE CD événement. Agostino Steffani : Orlando generoso – 3 cd Prospero / enregistré
live au Musikfestspiele Potsdam août 2025 — Parution sept 2026. Avec Gabriel Díaz, Hélène Walter, Morten Grove Frandsen, Natalia Kawalek, Shira Patchornik, Sreten Manojlovic, Terry Wey, Ensemble 1700, Dorothee Oberlinger (direction). CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2026
Digibook, 44 pages booklet
EAN/UPC: 4262353971123
Product Number: PROSP0146
LIRE nos autres articles Ensemble 1700 / Dorothee Oberlinger sur classiquenews :
https://www.classiquenews.com/?s=oberlinger
PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur Prospero : https://prospero-classical.com/album/dorothee-oberlinger-ensemble-1700-steffani-orlando-generoso/
VIDÉO
Orlando generoso, Act I: Per brevi momenti (Angelica / Hélène Walter)
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