CRITIQUE, opéra. VERSAILLES, Opéra Royal, le 21 juin 2024. MONTEVERDI : L’Orfeo. M. Mauillon, M. Théoleyre, F. Hasler, S. Vitale… Pauline Bayle / Jordi Savall.

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

 

En partant du principe que L’Orfeo de Claudio Monteverdi est le premier opéra digne de ce nom, le premier ouvrage qui fasse jouer de concert la musique, la fable et le drame, la profession de foi de la metteure en scène du spectacle Pauline Bayle – « Tout s’est joué, en 1607, dans un salon avec deux tapisseries » – prend ici tout son sens, son travail – par sa simplicité et son sourire radieux – soulève l’enthousiasme et fait jaillir l’émotion deux heures durant – à l’Opéra Royal de Versailles après avoir fait les beaux soirs de l’Opéra Comique, où la production a été étrennée en juin 2021.

 

 

Au moment où retentit la célèbre toccata qui inaugure le prologue de L’Orfeo, les cuivres sont placés dans les loges de part et d’autres de la fosse tandis que sur le plateau nu, un ensemble de choristes habillés de couleurs vives, aux gestes tendres et aux ritournelles enlevées, qui plus est galvanisé par la musique personnifiée, fait son entrée les bras chargés de bouquets de pétales d’un rouge coquelicot. C’est ainsi que s’ouvre le spectacle qui est épuré et coloré comme l’est la musique de Monteverdi… L’espace vide est alors recouvert de ces fleurs éparses formant un cercle étroit qui fait penser au théâtre antique. Cette nature prodigue et bucolique s’offre comme décor aux deux premiers actes et trouvera un total contrepoint dans l’obscurité tenace qui enveloppe la partie qui suit. C’est simple, c’est beau et c’est surtout très émouvant !

L’émotion est également au rendez-vous dans le chant souverain du rôle-titre incarné par le baryton français Marc Mauillon, l’un des meilleurs Orfeo du moment. Il ravit d’emblée par cette manière particulière qu’il a d’incarner ce personnage mythique sans prendre la pose, ni tomber dans l’emphase. Il répond à la spontanéité timide et pâle du spectacle par un chant concentré, qui ne témoigne d’aucune raideur ni pathos. Avec sa voix en or et son naturel scénique, il apporte une mélancolie et un héroïsme naissant qui captent autant les yeux que les oreilles des spectateurs, qui lui font un juste triomphe personnel au moment des saluts. Face à lui, les autres personnages parviennent à exister quand même, à commencer par la Messagiera de la mezzo française Floriane Hasler dont le timbre généreux, la diction fine et fluide, et le charisme tranquille libèrent une émotion palpable. De son côté, la jeune soprano Marie Théoleyre convainc dans son double rôle de victime (Euridice) et de prophétesse (La Musica), tandis que la double partie de Speranza / Proserpina est assurée par la mezzo norvégienne Marianne Beate Kielland, qui s’avère cependant plus en retrait que ses deux consœurs. Ce n’est certes pas le reproche que l’on fera au Pluton (et Caronte) tonitruant (mais stylé !) de Salvo Vitale, alors que le charme opère toujours avec l’Apollo de Furio Zanasi – vingt-deux ans après que nous l’ayons entendu dans le rôle-titre (déjà sous la battue de Jordi Savall… c’était au Gran Teatre del Liceu de Barcelone en 2002 !). Enfin, les comprimari n’appellent aucun reproche, avec une mention pour le Pastor au timbre solaire et rayonnant de Victor Sordo.

On pouvait enfin faire confiance au chef catalan Jordi Savall – à la tête de son ensemble du Concert des Nations et de l’excellent Chœur de l’Opéra Royal de Versailles – pour faire surgir le théâtre au travers de ses deux ensembles. De fait, la formation baroque se surpasse littéralement et délivre une exécution d’une perfection instrumentale absolue, doublée d’une variété infinie dans les couleurs – et tout simplement du drame, de l’émotion, du rire, et des larmes !

Et pour ceux qui auraient raté le spectacle, ils pourront toujours se toujours se tourner vers l’enregistrement discographique qu’en a réalisé le label CVS (avec peu ou prou la même équipe artistique), disponible sur la Boutique de Château de Versailles Spectacles : https://tickets.chateauversailles-spectacles.fr/fr/product/661/cvs080_2cd_l_orfeo.

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CRITIQUE, opéra. VERSAILLES, Opéra Royal, le 21 juin 2024. MONTEVERDI : L’Orfeo. M. Mauillon, M. Théoleyre, F. Hasler, S. Vitale… Pauline Bayle / Jordi Savall. Photos (c) Stefan Brion.

 

VIDEO : Teaser de « L’Orfeo » de Monteverdi selon Pauline Bayle (à l’Opéra Comique, puis à l’Opéra Royal de Versailles)

 

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