CRITIQUE, opĂ©ra. OpĂ©ra-Comique (Paris), le 10 juin 2021. MONTEVERDI : L’Orfeo. Marc Mauillon, P. Bayle / J. Savall.

ORFEO-marc-mauillon-monteverdi-opera-comique-critique-opera-classiquenewsCRITIQUE, opĂ©ra. OpĂ©ra-Comique (Paris), le 10 juin 2021. MONTEVERDI : L’Orfeo. Marc Mauillon (Orfeo), Luciana Mancini (La Musica/Euridice), Sara Mingardo (La Messagera), Furio Zanasi (Apollo)
 P. Bayle / J. Savall. Si l’on part du principe selon lequel L’Orfeo de Monteverdi est le premier opĂ©ra digne de ce nom, le premier ouvrage qui fasse jouer de concert la musique, la fable et le drame, alors la profession de foi de la metteure en scĂšne du spectacle Pauline Bayle – « Tout s’est jouĂ©, en 1607, dans un salon avec deux tapisseries » – pourrait prendre tout son sens. Sauf que le compte n’y est pas, et que le minimalisme ici affichĂ© et assumĂ©, ne nous a pas convaincu. Entre la naĂŻvetĂ© de l’acte I (tout le monde s’embrasse sur un plateau parsemĂ© de fleurs), le black-out total du III ou une simple porte qui s’ouvre Ă  la fin du V, les enjeux du livret et ses ressorts dramatiques passent Ă  la trappe, et l’on s’ennuie vite pour ce qui est de l’aspect visuel, mais aussi ce qui touche Ă  la direction d’acteurs, ici rĂ©duite a minima


 

 

 

MARC MAUILLON
Meilleur Orfeo du moment


 

 

 

L’émotion est Ă  chercher ailleurs, et avant tout dans le chant souverain du rĂŽle-titre incarnĂ© par le baryton français Marc Mauillon, certainement le meilleur Orfeo du moment. Il ravit d’emblĂ©e par cette maniĂšre particuliĂšre qu’il a d’incarner ce personnage mythique sans prendre la pose, ni tomber dans l’emphase. Il rĂ©pond Ă  la spontanĂ©itĂ© timide et pĂąle du spectacle par un chant concentrĂ©, qui ne tĂ©moigne d’aucune raideur ni pathos. Avec sa voix en or et son naturel scĂ©nique, il apporte une mĂ©lancolie et un hĂ©roĂŻsme naissant qui captent autant les yeux que les oreilles des spectateurs, qui lui font un juste triomphe personnel au moment des saluts. Face Ă  lui, les autres personnages parviennent Ă  exister quand mĂȘme, Ă  commencer par la Messagiera de la mezzo italienne Sara Mingardo dont le timbre gĂ©nĂ©reux, la diction fine et fluide, et le charisme tranquille libĂšrent une Ă©motion palpable. De son cĂŽtĂ©, Luciana Mancini convainc dans son double rĂŽle de victime (Euridice) et de prophĂ©tesse (La Musica), tandis que la double partie de Speranza / Proserpina est assurĂ©e par la mezzo norvĂ©gienne Marianne Beate Kielland, qui s’avĂšre cependant plus en retrait que ses deux consƓurs. Ce n’est certes pas le reproche que l’on fera au Pluton (et Caronte) tonitruant (mais stylĂ© !) de Salvo Vitale, alors que le charme opĂšre toujours avec l’Apollo de Furio Zanassi, dix-neuf ans aprĂšs l’avoir entendu dans le rĂŽle-titre, dĂ©jĂ  sous la battue de Savall, au Gran Teatre del Liceu de Barcelone. Enfin, les comprimari n’appellent aucun reproche, avec une mention pour le Pastor au timbre solaire et rayonnant de Victor Sordo Vicente.

On pouvait enfin faire confiance au chef catalan Jordi Savall – Ă  la tĂȘte de son ensemble du Concert des Nations et de son chƓur La Capella Reial de Catalunya – pour faire surgir le thĂ©Ăątre absent de la scĂšne. De fait, sa formation baroque se surpasse littĂ©ralement et dĂ©livre une exĂ©cution d’une perfection instrumentale absolue, doublĂ©e d’une variĂ©tĂ© infinie dans les couleurs. Autant dire qu’il prend le contre-pied de la mise en scĂšne ; il n’y a rien de « dĂ©coratif » dans sa direction, mais simplement du drame, de l’émotion, du rire, des larmes !

 

 

 

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CRITIQUE, opĂ©ra. OpĂ©ra-Comique (Paris), le 10 juin 2021. Claudio Monteverdi : L’Orfeo. Marc Mauillon (Orfeo), Luciana Mancini (La Musica/Euridice), Sara Mingardo (La Messagera), Furio Zanasi (Apollo)
 P. Bayle / J. Savall.

 

 

 

 

 

EN LIRE PLUS… sur Marc Mauillon

Marc Mauillon chante PellĂ©e dans ALCIONE par Jordi Savall : Cd Ă©vĂ©nement, critique. MARAIS : Alcione – Jordi Savall (3cd Alia Vox, 2017). En 1706, Marin Marais, chef d’orchestre Ă  l’AcadĂ©mie royale, adulĂ© pour ses dons de violiste et depuis toujours favorisĂ© par le Roi, livre Alcione, ultime tragĂ©die en musique du rĂšgne de Louis XIV. Il y a peu d’effusion amoureuse et heureuse…

 

 

 

 

 

 

Marc Mauillon chante les DEUX ORFEI : Caccini / Peri :

caccini peri li due orfei marc mauillon arcana baryton review presentation account of critique cd classiquenews clic de classsiquenews 517HSXhxs8L._SS280Compte rendu critique cd. Li Due Orfei / Les deux OrphĂ©e. Giulio Caccini et Jacopo Peri. Marc Mauillon, baryton. AngĂ©lique Mauillon, harpe double (1 cd Arcana 2015). Voici un rĂ©cital lyrique des plus aboutis : non seulement le baryton Marc Mauillon affirme sa maĂźtrise dans l’un des rĂ©pertoires qui exposent le chanteur, mais portĂ© par une belle complicitĂ© cultivĂ©e avec sa soeur harpiste AngĂ©lique, le baryton francais trouve le style et l’intonation les plus justes pour exprimer ce chant si subtil qui se prĂ©cise Ă  Florence Ă  la fin du XVI  Ăšme  siĂšcle. Le chanteur excelle Ă  ciseler ce premier bel canto qui exige souffle, parfaite intelligibilitĂ©, finesse expressive, Ă©lĂ©gance intĂ©rieure et affirmation dramatique
 Chez Peri, l’éloquence du diseur enchante, sĂ©duit, envoĂ»te. Son chant est d’un trĂšs beau relief  linguistique qui cisĂšle et sculpte chaque mot et relance l’acuitĂ© de chaque image et jeu linguistique qui lui sont liĂ©s. Caccini, l’aĂźnĂ© des deux compositeurs, impose un verbe plus viril et nerveux, puissant, dĂ©clamĂ©e mais non moins virtuose.

 

Compte rendu critique cd. Li Due Orfei / Les deux Orphée. Giulio Caccini et Jacopo Peri. Marc Mauillon, baryton. Angélique Mauillon, harpe double (1 cd Arcana 2015)

caccini peri li due orfei marc mauillon arcana baryton review presentation account of critique cd classiquenews clic de classsiquenews 517HSXhxs8L._SS280Compte rendu critique cd. Li Due Orfei / Les deux OrphĂ©e. Giulio Caccini et Jacopo Peri. Marc Mauillon, baryton. AngĂ©lique Mauillon, harpe double (1 cd Arcana 2015). Voici un rĂ©cital lyrique des plus aboutis : non seulement le baryton Marc Mauillon affirme sa maĂźtrise dans l’un des rĂ©pertoires qui exposent le chanteur, mais portĂ© par une belle complicitĂ© cultivĂ©e avec sa soeur harpiste AngĂ©lique, le baryton francais trouve le style et l’intonation les plus justes pour exprimer ce chant si subtil qui se prĂ©cise Ă  Florence Ă  la fin du XVI  Ăšme  siĂšcle. Le chanteur excelle Ă  ciseler ce premier bel canto qui exige souffle, parfaite intelligibilitĂ©, finesse expressive, Ă©lĂ©gance intĂ©rieure et affirmation dramatique… Chez Peri, l’Ă©loquence du diseur enchante, sĂ©duit, envoĂ»te. Son chant est d’un trĂšs beau relief  linguistique qui cisĂšle et sculpte chaque mot et relance l’acuitĂ© de chaque image et jeu linguistique qui lui sont liĂ©s. Caccini, l’aĂźnĂ© des deux compositeurs, impose un verbe plus viril et nerveux, puissant, dĂ©clamĂ©e mais non moins virtuose.

Diseur enchantĂ© d’une saisissante flexibilitĂ© avec de surcroit un souffle souverain, le soliste dĂ©ploie un exceptionnel abattage, un goĂ»t de la langue dramatique qui s’impose en modĂšle absolu ; douĂ© d’aigus clairs et soutenus, le baryton saisit par sa diction prĂ©cise, vivante, naturelle.  Un legato qui semble infini et surtout pour chaque sĂ©quence, une intonation idĂ©ale. Chez Caccini, on salue la langueur d’Amarilli  (8), l’Ă©tonnante dĂ©clamation puissante et d’une mĂąle sensualitĂ© qui dans l’Ă©pisode suivant Tutto ‘l Di piangi  (9) Ă©gale la vocalita dĂ©clamĂ©e de l’Orfeo montĂ©verdien. C’est comme chez les cubistes, la parentĂ© qui rapproche ici des tempĂ©raments fraternels entre Jacopo Peri et Giulio Caccini semble parfois interchangeable comme s’il s’agissait de crĂ©ateurs provenant du mĂȘme atelier, – comme Picasso et Braque qui sans le concours de la correspondance seraient indiscernables. Ici mĂȘme identitĂ© des langages, mĂȘme absolue obsession du texte.

Mais la finesse de Marc Mauillon Ă©claire chacun d’une diffĂ©rence qu’il rend explicite ; le chanteur maĂźtrise absolument l’Ă©lĂ©gance aristocratique de l’articulation de chaque poĂšme mais avec un sens de l’expression palpitante qui rend tout cela extrĂȘmement vivant, avec un Ă©quilibre subtil et d’une rare intelligence entre expressivitĂ©, suggestivitĂ©, intelligibilitĂ© et sobre musicalitĂ©;  le charme de la  voix convainc sans les habituelles affĂšteries ou effets vocaux frĂ©quents chez tant de ses confrĂšres  (Odi Euterpe plage 10, sommet de son articulation vivante, ou le numĂ©ro 16 d’une verve prĂ©cise et naturelle sur une mĂ©lodie vraie tube de l’Ă©poque). Or Ă©videmment  le maniĂ©risme et le surjeu si frĂ©quents ailleurs sont totalement hors sujet.

L’Ă©coute globale permet de distinguer ce qui fait la diffĂ©rence des styles de Caccini et de Peri : si ce dernier accuse accents et dramaturgie du verbe, on le sent nettement plus bavard, plus mou et moins efficace que son aĂźnĂ©, l’immense Caccini qui resserre toujours le discours Ă  l’essentiel, architecture chaque sĂ©quence selon une grille harmonique d’une superbe Ă©vidence, dont les trouvailles mĂ©lodiques se renouvellent et se calent selon le sens de la situation. Pas de rĂ©pĂ©tition mais une dramatisation qui suit l’itinĂ©raire psychologique d’une trĂšs fine justesse.

CLIC_macaron_2014Chanteur lui mĂȘme Caccini compte une intelligence du verbe lyrique et dramatique d’une sublime intelligence qui Ă©videmment se rapproche du chant montĂ©verdien. RĂ©ussir ce passage expressif et poĂ©tique aux multiples facettes expose  le chanteur ; et ici Marc Mauillon affirme un tempĂ©rament souverain et une maĂźtrise musicale qui imposent un goĂ»t et un style d’une sĂ»re et irrĂ©sistible perfection. Rares les solistes du chant baroque formĂ©s dans le sĂ©rail des formations et acadĂ©mies historiquement informĂ©es; l’ex laurĂ©at du Jardin des voix sait insufler et caractriser avec une belle intensitĂ© mais il sait surtout  suggĂ©rer;  sa finesse fait sa valeur et l’on s’Ă©tonne que les directeurs de casting ne lui donnent pas plus de grands rĂŽles que cela. Il a pourtant lui aussi autant que Cyril Auvity (dont le rĂ©cent album dĂ©diĂ© au Cid est CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016), la carrure d’une hĂ©ros opĂ©ratique mais il est loin de compter des prises de rĂŽles aussi prestigieuses et captivantes que son confrĂšre tĂ©nor. Les directeurs et producteurs manqueraientls de discernement ?
Cet album est un joyau vocal baroque : la nouvelle référence du chant caccinien et la harpe polyphonique de sa soeur Angélique ne dépare pas dans ce florilÚge de délices ciselés entre musique et poésie, texte et musique.

aux origines de l’opĂ©ra italien, en ses premiers essais florentins autour de 1600

Marc Mauillon, chantre enchanté

A partir de deux recueils lyriques conçus par les intĂ©ressĂ©s : Le nuove musiche (1602) de Giulio Caccini, et Le varie musiche (1609) de Jacopo Peri, Marc Mauillon restitue la riche effervescence des nouveaux auteurs dramatiques, l’Ă©loquente palette de registres Ă©motionnels dont ils sont capables : langueur de l’amant dĂ©laissĂ©, dĂ©claration palpitante de l’amoureux conquĂ©rant (Ă  Amarillis), confession d’un coeur toujours vaincu par la flĂšche d’Amour, extase caressante jusqu’Ă  l’Ă©vanouissement (Torna, deh torna de Caccini, 12)… autant de dĂ©fis pour l’inteprrĂšte. Le programme Ă©claire considĂ©rablement cette Ă©locution particuliĂšre nĂ©e Ă  Florence dans un contexte aristocratique oĂč l’important est d’articuler et de rendre vivant le texte du poĂšme, en un vĂ©ritable drame oĂč les sentiment sont portĂ©s comme jamais auparavant par une voix soliste.
L’individualisation, la caractĂ©risation et l’incarnation sont primordiales et simultanĂ©ment Ă  la rĂ©volution picturale de la pleine Renaissance,  une nouvelle expression des passions humaines voit le jour : le stile rappresentativo (style monodique). C’est tout cela que le chant superbement clair et humanisĂ© de Marc Mauillon met en lumiĂšre. Le surgissement du moi Ă  travers un texte qui raconte non pas une narration mais projette et articule la force et l’engagement d’un tĂ©moignage (biens ouvent une Ă©preuve amoureuse).

mauillon marc et angelique duo caccini peri portrait crtique cd classiquenews Capture d’écran 2016-02-22 Ă  10.26.49Les deux crĂ©ateurs florentins, membre de la Camerata Bardi oĂč se pressent aussi poĂštes, pense Ă©crivains philosophes … incarnent avant Monteverdi l’Ăąge d’or du chant baroque italien ; l’intelligentsia italienne se concentre alors sur les bords de l’Arno. Les deux frĂšres rivaux nourrissent une relation quasi gĂ©mellaire, plutĂŽt stimulante particuliĂšrement crĂ©ative, pour chacun d’entre eux. Jacopo Peri jouait l’orgue et des instruments Ă  clavier, mais Ă©tait Ă©galement un chanteur reconnu. MĂȘme virtuositĂ© polyvalente pour le tĂ©nor Giulio Caccini dont le gĂ©nie du texte et de l’expressivitĂ© poĂ©tique nous paraĂźt supĂ©rieur dans cette compĂ©tition / comparaison spĂ©cifiquement Ă©loquente; le duo Mauillon frĂšre et soeur  rĂ©active aussi le caractĂšre familial de la pratique musicale car le chanteur Peri ou Caccini s’accompagnait lui mĂȘme ou Ă©tait accompagnĂ© par un instrument polyphonique Ă  cordes pincĂ©es jouĂ© par un membre de sa famille. Pour mesurer l’Ă©cart qui sĂ©pare les deux pensĂ©es musicales, un indice est livrĂ© dans “Tutto ‘l di piango” / Je pleure tout le jour…. un mĂȘme poĂšme diffĂ©remment abordĂ© par les deux compositeurs. LĂ  oĂč Peri (17) sĂ©duit dans la langueur d’une courtoise façon, le style ornementĂ© mais franc (17) de Caccini s’impose par une dĂ©clamation virtuose qui s’affirme telle une question demeurĂ©e sans repos… soulignant certain mot clĂ© (Lasso / HĂ©las) qui indique la pure lyre tragique qui rĂ©sonne comme le dernier soupir hallucinĂ© d’un cƓur trop Ă©prouvĂ©. Par sa finesse, sa subtilitĂ©, son intelligence, son naturel… Marc Mauillon signe un rĂ©cital magistral. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

CLIC_macaron_2014Compte rendu critique cd. Li Due Orfei / Les deux OrphĂ©e. Airs et mĂ©lodies de Giulio Caccini et Jacopo Peri. Marc Mauillon, baryton. AngĂ©lique Mauillon, harpe double (3 registres). 1 cd Arcana A 393 — Enregistrement rĂ©alisĂ© en Pologne en fĂ©vrier 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

MARC MAUILLON, baryton enchanteur