Compte-rendu : Paris. Théâtre des Champs-Elysées, le 24 mai 2013. Concert Wagner. Johan Botha. Staatskapelle de Dresde. Christian Thielemann, direction

Christian Thielemann chefDeux jours après le 200e anniversaire de la naissance de Richard Wagner (22 mai 2013), la légendaire Staatskapelle de Dresde fait halte dans la capitale pour un concert hommage au maître de Bayreuth, avec au programme des extraits d’opéras, ouvertures et airs, et une pièce de Hans Werner Henze.
Sous la baguette de leur nouveau directeur musical, Christian Thielemann, les musiciens déploient une couleur admirable, à la fois brillante et veloutée, avec notamment des cordes graves à la sonorité profonde et des cuivres étincelants. Les violons se montrent ce soir en petite forme, plus audiblement dans le prélude du premier acte de Lohengrin, où les pianissimi dans l’aigu semblent difficiles à réaliser, malgré un bel effort dans cette impression de tremblement de la lumière voulu par Wagner pour illustrer le Saint Graal.

 

 

Hommage au maître de Bayreuth

 

Les autres ouvertures permettent aux instrumentistes de donner le meilleur d’eux-mêmes, notamment celle de Rienzi, qui enchante toujours par son premier thème poignant, et celle de Tannhäuser, où chacun semble se libérer, pour un déferlement sonore des plus réjouissants. La pièce de Henze déconcerte un peu au cœur de ce programme, mais ce salut au « Capell-Compositeur » – ainsi l’avait désigné Christian Thielemann à son arrivée à la tête de l’orchestre –, disparu voilà quelques mois, offre un lyrisme qui répond bien à celui des autres morceaux. Wagner ayant tant servi la voix, il était naturel de l’inviter à cette soirée.

Au ténor sud-africain Johan Botha revient le mérite de remplir cette mission. Si le timbre n’est pas des plus séduisants, force est de constater, dès les premiers accents, que le chanteur sonne parfaitement à l’aise dans cette écriture large, exigeant médium solide et aigu conquérant. Après une prière de Rienzi un rien démonstrative mais chantée avec sûreté, c’est dans le récit du Graal de Lohengrin que l’interprète se révèle. La voix, puissante et d’une projection impressionnante, se déploie sans effort dans toute la salle. Malgré un regard qu’il détourne peu des notes posées devant lui, il ose de superbes nuances, jusqu’à des piani parfaitement timbrés, avant de libérer son instrument dans des aigus insolents de facilité, d’assise, de concentration de l’émission.

Mais avec Tannhäuser, qu’il connaît bien, le technicien, toujours aussi sidérant de puissance et de sécurité, fait place à l’interprète, enfin extraverti, s’incarnant dans une théâtralité d’autant plus forte qu’elle s’avère exclusivement musicale.
L’attention au texte, littéralement ciselé, est totale, et chaque inflexion, d’un piano quasi-parlando à un aigu forte véritable javelot sonore, se met au service du drame et de la partition. Un exemple de beau chant wagnérien devenu rare à notre époque. Face à une salle en liesse, l’orchestre se lance, en bis, dans le prélude de l’acte III de Lohengrin, avec une énergie redoutable, faisant tourbillonner les lignes instrumentales, concluant ainsi avec éclat ce bel hommage rendu au compositeur allemand.

Paris. Théâtre des Champs-Elysées, 24 mai 2013. Richard Wagner : Der fliegende Holländer, Ouverture ; Eine Faust-Ouvertüre en ré mineur ; Rienzi, “Allmächt’ger Vater” ; Ouverture ; Lohengrin, Prélude de l’acte I ; “In fernem Land” ; Hans Werner Henze : Fraternité, air pour orchestre. Richard Wagner : Tannhäuser, “Innbrunst im Herzen” ; Ouverture. Johan Botha, ténor. Staatskapelle de Dresde. Christian Thielemann, direction musicale.

Comments are closed.