Compte rendu, opéra. Saint-Sulpice le Verdon (Vendée). Festival de la Chabotterie, Cour d’honneur, le 6 août 2013. Egidio Duni : Les deux chasseurs et la laitière, 1763. Almazis. Iakovos Pappas, direction

Pappas iakovos pappasQuand Duni revisite La Fontaine, le ton est au délire débridé, une liberté très XVIIIème, d’une insolence mordante qui fait tous les délices de ce théâtre de tous les possibles. Depuis plusieurs années, la Cour d’honneur du Logis de la Chabotterie, sise au coeur du bocage vendéen, accueille de grands concerts baroques, lors de soirées sous la voûte étoilée, souvent des comédies et farces baroques dans le goût du Grand Siècle, ou plus tardifs vers Rameau…. la plupart avec mise en scène. En 2014, l’idée de ressusciter deux perles comiques et délirantes de l’italien Egidio Duni (1708-1775) se montre excellente : ce soir, Les deux chasseurs et la laitière d’après les fables de La Fontaine (L’Ours et les deux compagnons, La Laitière et le pot au lait), et demain, Blaise le Savetier…
Les deux chasseurs et la laitière sont créés en 1763, deux après que Duni fut nommé directeur de la Comédie Italienne à Paris (1761), fixant de façon spectaculaire et incontestée le modèle de l’opéra comique si prisé alors par le public français. Il avait peu avant triomphé, en 1757, avec son ouvrage Le peintre amoureux de son modèle. Puis, La fille mal gardée (1758) qui impose davantage sa facétie irrésistible comme son intelligence dramatique.

Savante espièglerie

La troupe Almazis menée par Iakovos Pappas séduit immédiatement par la cohérence du geste lyrique, dans l’esprit d’une troupe et des tréteaux de la foire. En petit effectif, soulignant un travail sur l’éloquence du verbe et la séduction à plusieurs lectures de chaque situation, chef et chanteurs expriment la liberté inouïe d’une action qui ne s’est choisie aucune limite.
Les interprètes excellent dans plusieurs tableaux dont l’esprit prend leçon des apports de la Querelle des Bouffons, quand Paris adopte avec Rousseau, la saveur des comédies italiennes. Duni avec lequel collaborent Anseaume, Mazet et Favart, incarne l’esprit du théâtre le plus fantaisiste mais d’une exigence méticuleuse dans l’enchaînement des séquences et l’architecture globale des ouvrages. Iakovos Pappas l’a bien compris : vif, sanguin, habité, le geste du chef sait insuffler sur la scène, cette vitalité singulière capable de restituer l’intelligence légère parfois insolente qui ont fait de Duni, le compositeur italien le plus applaudi à Paris.
Avec lui triomphe la pulsation napolitaine reformatée dans l’esprit de l’élégance parisienne qui aime autant rire du verbe que palpiter au son des mélodies. Quand Duni s’approprie la verve moralisatrice de La Fontaine, il cultive une irrévérence précieuse pour le genre théâtral, il en réinvente même les ressorts comiques, n’hésitant pas ainsi pour le spectacle de ce soir à fusionner deux fables connues séparément. Les deux intrigues s’imbriquent avec habileté, soulignant encore cette facilité étonnante qu’a maîtrisé le collaborateur de Favart. Le profil expressif de chaque caractère y gagne en mordant et en saveur : la laitière ne manque ni d’aplomb (excessif qui la fera bientôt trébucher) ni de savante astuce ; les deux chasseurs manquent singulièrement de courage : poltrons apeurés, pas gaillards pour un sou. Il s’agit ici de savoir chanter autant que jouer. Le défi est de taille car la farce épaisse menace si la finesse et le juste équilibrage font défaut. Rien de tel chez les membres de la troupe réunie par Iakovos Pappas qui dirige et souligne le mordant de chaque saynète, depuis le clavecin. On s’y délecte des situations truculentes aux quiproquos astucieux ; on y retrouve une liberté et un ton sachant tirer profit de l’instant qui décidément s’inscrivent idéalement dans l’écrin architecturale du Logis de la Chabotterie.

Compte rendu, opéra. Saint-Sulpice le Verdon (Vendée). Festival de la Chabotterie, Cour d’honneur, le 6 août 2013. Egidio Duni : Les deux chasseurs et la laitière, 1763 (d’après La Fontaine). Almazis. Iakovos Pappas, direction, dramaturgie et mise en scène.

Romain BEYTOUT dans le rôle de Guillo
Elisabeth FERNANDEZ dans le rôle de Perrette
Christophe CRAPEZ dans le rôle de Colas

Ensemble Almazis
Céline MARTEL, Sophie IWAMURA, violons
Nathalie PETIBON, hautbois
Antoine PECQUEUR, basson
Pierre CHARLES, violoncelle
Iakovos PAPPAS, clavecin

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