Livres, compte rendu critique. Rire et sourire dans l’opĂ©ra-comique en France aux XVIIIè et XIXème siècles (Éditions SymĂ©trie, collection SymĂ©trie Recherche)

rire et sourire opera comique france XVIII et XIX charlotte loriot livres critique classiquenews isbn_978-2-36485-027-9Livres, compte rendu critique. Rire et sourire dans l’opĂ©ra-comique en France aux XVIIIè et XIXème siècles (Éditions SymĂ©trie, collection SymĂ©trie Recherche). L’opĂ©ra-comique fait-il toujours rire ? A cette question qui engage la dĂ©finition du genre opĂ©ra-comique par le seul filtre de sa vertu comique, la rĂ©ponse est claire : non! Si l’on Ă©vacue dĂ©sormais l’humour, il faut donc chercher ailleurs et diffĂ©remment, d’autres critères identitaires pour circonscrire l’opĂ©ra-comique, comme genre lyrique et théâtral, dans la diversitĂ© de ses aspects, tout au long de son histoire. C’est le champ d’investigation de cette publication passionnante Ă  bien des Ă©gards. Alternance du parlĂ© et du chantĂ©, esprit dĂ©lirant et parodique, libertĂ© de ton, diversitĂ© de styles… voici d’autres critères pour mieux comprendre un théâtre musical spĂ©cifique dont l’histoire est en quelque sorte rĂ©capitulĂ©e ici, Ă  travers les manifestations du genre au XVIIIè et XIXème siècles. La contrainte, nĂ©e de sa concurrence avec les autres scènes contemporaines alors (théâtre et scène lyrique officielle, ComĂ©die Française et OpĂ©ra…) dĂ©termine l’Ă©volution du genre, qui a du se rĂ©inventer constamment pour exister, contourner les interdictions exubĂ©rantes, affirmer une originalitĂ© de ton, une nouvelle cohĂ©rence dramaturgique… Ce sont tous ces aspects qui correspondent en grande partie, aux jalons importants de l’histoire du genre qui sont dĂ©veloppĂ©s ici, Ă  travers la multiplicitĂ© des thĂ©matiques et des questions contextualisĂ©es. Concrètement, quels sont les apports de ce nouveau cycles d’articles et d’interventions ? Fuzelier, GrĂ©try, Duni et Favart composent un premier choix d’auteurs qui affirment chacun, tout un monde poĂ©tique, expressif et qui influencent profondĂ©ment jusqu’au théâtre de Beaumarchais ; analyse du Comte Ory de Rossini (Ă  la source du comique rossinien) ; regards sur le didactisme du Docteur Miracle (1856) ; essor du genre entre Paris et Rio : cette dernière partie doit ĂŞtre mise en rapport avec la rĂ©cente exhumation de l’opĂ©ra buffa de Marcos Portugal L’Oro no compra amore, ressuscitĂ© par le chef franco brĂ©silien Bruno Procopio, voir notre reportage vidĂ©o. Le sourire est pourtant bien prĂ©sent dans l’OpĂ©ra-Comique ainsi qu’en tĂ©moignent plusieurs ouvrages phares tels L’Amant jaloux de Grtry (1778), Fra Diavolo d’Auber (1830), FĂ©rĂ©ol, succès tenace Ă  l’OpĂ©ra-Comique. En fin en s’intĂ©ressant au comique dans plusieurs partitions cĂ©lèbres du genre, les Ă©tudes dĂ©montrent Ă  l’inverse, la diversitĂ© des autres registres poĂ©tiques complĂ©mentaires dont le rĂ´le n’en est pas moins structurant : ainsi sĂ©guĂ©dilles et fariboles de la PĂ©richole d’Offenbach, ou entre autres, Jean de Nivelle et LakmĂ©, joyaux des annĂ©es 1880. Par la diversitĂ© des approches, cependant structurĂ©es dans une grille clairement Ă©noncĂ©e, la publication est exemplaire, captivante par l’originalitĂ© des documents Ă©tudiĂ©s, la justesse de l’analyse (cf. La Matrone d’Ephèse de Fuzelier  : rire et sourire Ă  la naissance de l’opĂ©ra-comique par François Rubelin. Voir aussi en complĂ©ment de ce chapitre, notre sujet vidĂ©o dĂ©diĂ© Ă  La Matrone d’Ephèse de Fuzelier en 1714, spectacle coup de coeur de classiquenews).

CLIC_macaron_2014Livres, compte rendu critique. Rire et sourire dans l’opĂ©ra-comique en France aux XVIIIè et XIXème siècles (Éditions SymĂ©trie, collection SymĂ©trie Recherche). Ouvrage collectif. ISBN 978-2-36485-027-9. Parution : dĂ©cembre 2015. CLIC de classiquenews de janvier 2016. On ne saurait Ă©galement trop louer le choix du visuel de couverture : Les Deux Carosses de Claude Gillot, chef d’oeuvre pictural qui tout en reprĂ©sentant une scène de la comĂ©die La Foire-Saint-Germain, souligne dès le dĂ©but du XVIIIè, Ă  l’Ă©poque de la RĂ©gence et de Watteau, l’acuitĂ© et l’essor de la scène “comique” française, d’une libertĂ© de ton inĂ©galĂ©e.

Compte rendu, opĂ©ra. Saint-Sulpice le Verdon (VendĂ©e). Festival de la Chabotterie, Cour d’honneur, le 6 aoĂ»t 2013. Egidio Duni : Les deux chasseurs et la laitière, 1763. Almazis. Iakovos Pappas, direction

Pappas iakovos pappasQuand Duni revisite La Fontaine, le ton est au dĂ©lire dĂ©bridĂ©, une libertĂ© très XVIIIème, d’une insolence mordante qui fait tous les dĂ©lices de ce théâtre de tous les possibles. Depuis plusieurs annĂ©es, la Cour d’honneur du Logis de la Chabotterie, sise au coeur du bocage vendĂ©en, accueille de grands concerts baroques, lors de soirĂ©es sous la voĂ»te Ă©toilĂ©e, souvent des comĂ©dies et farces baroques dans le goĂ»t du Grand Siècle, ou plus tardifs vers Rameau…. la plupart avec mise en scène. En 2014, l’idĂ©e de ressusciter deux perles comiques et dĂ©lirantes de l’italien Egidio Duni (1708-1775) se montre excellente : ce soir, Les deux chasseurs et la laitière d’après les fables de La Fontaine (L’Ours et les deux compagnons, La Laitière et le pot au lait), et demain, Blaise le Savetier…
Les deux chasseurs et la laitière sont crĂ©Ă©s en 1763, deux après que Duni fut nommĂ© directeur de la ComĂ©die Italienne Ă  Paris (1761), fixant de façon spectaculaire et incontestĂ©e le modèle de l’opĂ©ra comique si prisĂ© alors par le public français. Il avait peu avant triomphĂ©, en 1757, avec son ouvrage Le peintre amoureux de son modèle. Puis, La fille mal gardĂ©e (1758) qui impose davantage sa facĂ©tie irrĂ©sistible comme son intelligence dramatique.

Savante espièglerie

La troupe Almazis menĂ©e par Iakovos Pappas sĂ©duit immĂ©diatement par la cohĂ©rence du geste lyrique, dans l’esprit d’une troupe et des trĂ©teaux de la foire. En petit effectif, soulignant un travail sur l’Ă©loquence du verbe et la sĂ©duction Ă  plusieurs lectures de chaque situation, chef et chanteurs expriment la libertĂ© inouĂŻe d’une action qui ne s’est choisie aucune limite.
Les interprètes excellent dans plusieurs tableaux dont l’esprit prend leçon des apports de la Querelle des Bouffons, quand Paris adopte avec Rousseau, la saveur des comĂ©dies italiennes. Duni avec lequel collaborent Anseaume, Mazet et Favart, incarne l’esprit du théâtre le plus fantaisiste mais d’une exigence mĂ©ticuleuse dans l’enchaĂ®nement des sĂ©quences et l’architecture globale des ouvrages. Iakovos Pappas l’a bien compris : vif, sanguin, habitĂ©, le geste du chef sait insuffler sur la scène, cette vitalitĂ© singulière capable de restituer l’intelligence lĂ©gère parfois insolente qui ont fait de Duni, le compositeur italien le plus applaudi Ă  Paris.
Avec lui triomphe la pulsation napolitaine reformatĂ©e dans l’esprit de l’Ă©lĂ©gance parisienne qui aime autant rire du verbe que palpiter au son des mĂ©lodies. Quand Duni s’approprie la verve moralisatrice de La Fontaine, il cultive une irrĂ©vĂ©rence prĂ©cieuse pour le genre théâtral, il en rĂ©invente mĂŞme les ressorts comiques, n’hĂ©sitant pas ainsi pour le spectacle de ce soir Ă  fusionner deux fables connues sĂ©parĂ©ment. Les deux intrigues s’imbriquent avec habiletĂ©, soulignant encore cette facilitĂ© Ă©tonnante qu’a maĂ®trisĂ© le collaborateur de Favart. Le profil expressif de chaque caractère y gagne en mordant et en saveur : la laitière ne manque ni d’aplomb (excessif qui la fera bientĂ´t trĂ©bucher) ni de savante astuce ; les deux chasseurs manquent singulièrement de courage : poltrons apeurĂ©s, pas gaillards pour un sou. Il s’agit ici de savoir chanter autant que jouer. Le dĂ©fi est de taille car la farce Ă©paisse menace si la finesse et le juste Ă©quilibrage font dĂ©faut. Rien de tel chez les membres de la troupe rĂ©unie par Iakovos Pappas qui dirige et souligne le mordant de chaque saynète, depuis le clavecin. On s’y dĂ©lecte des situations truculentes aux quiproquos astucieux ; on y retrouve une libertĂ© et un ton sachant tirer profit de l’instant qui dĂ©cidĂ©ment s’inscrivent idĂ©alement dans l’Ă©crin architecturale du Logis de la Chabotterie.

Compte rendu, opĂ©ra. Saint-Sulpice le Verdon (VendĂ©e). Festival de la Chabotterie, Cour d’honneur, le 6 aoĂ»t 2013. Egidio Duni : Les deux chasseurs et la laitière, 1763 (d’après La Fontaine). Almazis. Iakovos Pappas, direction, dramaturgie et mise en scène.

Romain BEYTOUT dans le rĂ´le de Guillo
Elisabeth FERNANDEZ dans le rĂ´le de Perrette
Christophe CRAPEZ dans le rĂ´le de Colas

Ensemble Almazis
CĂ©line MARTEL, Sophie IWAMURA, violons
Nathalie PETIBON, hautbois
Antoine PECQUEUR, basson
Pierre CHARLES, violoncelle
Iakovos PAPPAS, clavecin