CD, critique compte-rendu. Clérambault : Fables de La Fontaine. Almazis, Yakovos Pappas (1 cd Maguelone)

clerambault-fables-de-la-fontaineCD, critique compte-rendu. Clérambault : Fables de La Fontaine. Almazis, Yakovos Pappas (1 cd Maguelone). TRUCULENCE MORALE. On les a quittés chez Duni, les voici dans les Fables de La Fontaine, réécrites en une prosodie efficece, dramatique… Musiciens et chanteurs d’Almazis, dirigés par Yakovos Pappas dévoilent l’intelligence d’un Clérambault respectueux de la subtilité de son prédécesseur La Fontaine. La collection de perles ici défendue sélectionne au total 16 fables, mis en musique sur des airs à la mode et éditées dans un cycle de 8 volumes entre 1730 et 1733 (l’époque est celle du scandale D’Hippolyte et Aricie de Rameau à l’opéra)… D’emblée, c’est la généreuse gouaille éloquente et particulièrement expressive qui s’affirme à l’écoute, réalisation délectable de chaque interprète d’Almazis  qui met le texte en avant, un souci linguistique d’autant plus percutant que l’écriture de Clérambault saisit par son intelligence prosodique et sa précision dramatique ; vivacité éloquente qui rend grâce à chaque texte conçu par le librettiste de Clérambault, – demeuré anonyme ; le geste expressif des interprètes a ici tout pour séduire. Chaque épisode repose sur un puissant coup de théâtre qui dévoile ce en quoi le sujet animal principal est, soit le dupé, soit le trompeur ; c’est toujours un jeu de dupes dont les identités combinées sont finement dévoilées en fin d’action. Mais sous le masque animal perce l’idiotie crasse (le “Maître” de la poule aux oeufs d’or…) ou l’esprit astucieux des hommes (le Coq et le renard). Avidité, vanité (doublement traitée), ingratitude, beauté écervelée (celle du jeune cerf se mirant dans une onde…)… partout ici la noblesse des sentiments et qualités célébrés savent captiver, servi par une parure musicale et linguistique qu’il était urgent de révéler.

Yakovos Pappas et Almazis redouble d’éloquence dramatique au service d’un Clérambault magicien de la litote. …

Fables truculentes et moralisatrices

clerambault-fables-de-la-fontaine-1La verve ciselée qu’y développe la fine équipe réunie par Yakovos Pappas, chanteurs et instrumentistes, dépasse le prétexte pédagogique et de sensibilisation qui au départ du projet artistique a ciblé surtout le jeune public;  l’attention à chaque atmosphère et chaque situation exprimée par le baryton narrateur, contrasté, déclamé (Paul-Alexandre Dubois) où le tenor (Christophe Crapez) s’affirme franchement afin que l’auditeur goûte et le jeu llinguistique des poèmes fables de La Fontaine, et les ressorts purement dramatiques de chaque situation ; la musique souligne les passages forts ou les effets de surprise de l’action moralisatrice. Dans La formidable évocation-épopée de La Tortue (& l’Aigle, sur un air de l’Alcyone de Marais), la soprano Elizabeth Fernandez ajoute un délire lyrique qui sait rester proche de l’articulation du texte : l’une des perles les plus brillantes de la collection. Les instrumentistes expriment  sans emphase quant à eux, la fluidité expressive d’un XVIII ème qui regarde rétrospectivement vers le XVII ème : preuve que du vivant de Clérambault, les vers de La Fontaine savaient encore séduire par la justesse de leur inspiration, la concision d’un style chantant d’une exceptionnelle drôlerie mordante et finalement très compassionnelle pour la gent animale qui y est ainsi raillée, sous couvert d’humanisation ou d’anthropomorphisme, ou vice versa.

DRAMES EN LITOTE... De fait, aspect remarquable du filon ainsi révélé,le librettiste de Clérambault toujours anonyme adapte avec un sens inouï de l’efficacité prosodique, chaque fable de La Fontaine : science de la synthèse, maîtrise de contrastes dramatiques, économie et pour le dire dun seul mot central: art brillant de la litote – spécificité du génie français,  l’intelligence des textes captive de part en part: deja remarqué, applaudi à juste titre chez Duni, et dans un spectacle riche en rebond et verve théâtrale, là aussi d’après le fabuliste génial, Yakovos Pappas a eu le nez creux en sélectionnant cette collection de joyaux lyriques et poétiques;   sa direction met en avant cette science de l’éloquence resserrée qui affirme la perfection d’une langue fugace, brillante, synthétique étonnement vivante ; écoutez par exemple Le rat de ville et le rat des champs : recyclés / réécrits, les 7 paragraphes originaux écrits par le poète défenseur de Fouquet lors de l’affaire de Vaux, … s’affirme ici en seulement 2 récits aussi courts mais d’une verve préservée avec un sens du raccourci exceptionnel.
La durée de chaque fable y gagne précision, concentration prenant appui sur la seule force des mots et leur mise en musique d’une rapidité aussi éloquente qu’efficace;  ce temps raccourci s’expose facilement à l’écoute des jeunes auditeurs séduits par un à propos percutant. La France a toujours eu le sens des formules et des raccourcis synthétiques,  – art de la litote donc magnifiquement incarné ici, – art et expertise permettant d’écrire le moins pour exprimer le plus : compositeur de l’exactitude, Clérambault, – maître ès contrastes, a su visiblement s’associer la compétence d’un versificateur dramaturge d’un exceptionnel talent.

CLIC D'OR macaron 200PIECES POUR CLAVECIN sur un mode animal… A l’appui de cette réussite en caractérisation vocale, soulignons aussi le même brio caractérisé dans les pièces purement instrumentales pour clavecin : d’une belle assurance suggestive, la digitalité de Yakovos Pappas, claveciniste, rétablit ce jeu expressif mais ici sans paroles, choisissant par exemple entre autres le caquetage truculent, hoquets à la clé-, de La Poule de Rameau, ou surtout le sublime Vertigo du si dramatique Pancrace Royer dont le seul clavier fait surgir l’opéra;  on ne pouvait concevoir plus habile et juste association. Vrais tempérament taillés pour le théâtre et la caractérisation délirante et loufoque mais toujours finement troussée, Yakovos Pappas et ses partenaires enchantent tout en dévoilant une collection irrésistible de perles morales à la puissante évocation dramatique. C’est tout le génie d’un Clérambault décidément enchanteur et mordant qui s’impose désormais à nous. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016

CD, critique compte-rendu. Clérambault : Fables de La Fontaine. Almazis, Yakovos Pappas (1 cd Maguelone MAG 358.406)

Duni, Philidor, … Musiques et Franc-Maconnerie par Almazis

yakovos pappasPARIS. Concerts à la BNF : Duni, Philidor, … musique et Franc-maçonnerie. Jeudi 9 juin 2016, 18h30. Avec l’impertinence/pertinence que nous lui connaissons à présent, le plus défricheur des clavecinistes baroques, Yakovos Pappas a choisi une collection de joyaux lyriques et dramatiques parmi les fonds oubliés de la Bibliothèque nationale de France… La BNF explore ses trésors musicaux, sélectionne les partitions méconnues parmi ses archives et les dévoile en concert : ce sont “les inédits de la BnF”. Car toutes les partitions avant cette première passionnantes étaient oubliées, mésestimées, en tout cas jamais écoutées jusque là depuis leur composition.

Musique maçonnique ou d’inspiration maçonnique. La musique est au coeur de la maçonnerie dès le XVIIIe siècle, composante centrale des rites avec la “colonne d’harmonie” ; elle est aussi, une discipline propice aux échanges éclairés de nombreux créateurs engagés dans les loges de réflexion : favorisant la réflexion et l’esprit de progrès social, la Franc-maçonnerie encourage l’effort des intellectuels et des philosophes pour construire une nouvelle société celle des Lumières. On connaît l’engagement du claveciniste et chef d’orchestre Yakovos Pappas pour le répertoire français baroque, surtout son intuition hors normes et hors convention, pour dénicher, explorer les partitions les plus raffinées et les moins convenues. Les perles de la BnF profitent de son talent défricheur : Tous les auteurs ainsi révélés sortent de l’ombre dans laquelle les tenait notre indifférence, à torts, tant la pertinence/impertinence des textes, l’intelligence de l’écriture musicale justifient amplement cette collection de redécouvertes lyriques et dramatiques, de surcroît servis par une cohorte de jeunes interprètes inspirés prometteurs, dont l’excellent ténor Martin Candela dont nous suivons les pas et les avancées chez Opera Fuoco ou dans ce nouveau programme des plus réjouissants. Yakovos Pappas vient de publier en mars 2016 un superbe cd dédié aux fables de La Fontaine, travail ciselé sur le verbe français du XVIIè, mis en musique au siècle suivant par Clérambault…

 

 

 

PROGRAMME

Egidio Duni (1709-1775)
Ouverture des Moissonneurs (1768)

Jacques Christophe Naudot (1690?-1762)
Marche des Francs Maçons, Unissons nous mes frères

Louis François Lemaire (1676-1749)
Les Francs-Maçons, Cantate nouvelle pour une Basse-Taille (1744)

André-Ernest-Modest Grétry (1741-1813)
Lucille (1769)

François-André Danican Philidor (1726-1795)
Le Bûcheron ou les trois souhaits (1763),
Ernelinde, princesse de Norvège (1767)

François Giroust (1738-1799),
Le Déluge, Rituel funèbre

Ensemble Almazis
Stéphanie VARNERIN et Elizabeth FERNANDEZ, sopranos
Martin CANDELLA, ténor
Guillaume DURAND, basse-taille
Vlad CROSMAN, basse
Iakovos PAPPAS, direction et clavecin.

(toutes les pièces jouées sont inédites et issues des collections de la BnF) :

INFOS, RESERVATIONS
Visitez le site des Inédits de la BnF

Compte rendu, opéra. Saint-Sulpice le Verdon (Vendée). Festival de la Chabotterie, Cour d’honneur, le 6 août 2013. Egidio Duni : Les deux chasseurs et la laitière, 1763. Almazis. Iakovos Pappas, direction

Pappas iakovos pappasQuand Duni revisite La Fontaine, le ton est au délire débridé, une liberté très XVIIIème, d’une insolence mordante qui fait tous les délices de ce théâtre de tous les possibles. Depuis plusieurs années, la Cour d’honneur du Logis de la Chabotterie, sise au coeur du bocage vendéen, accueille de grands concerts baroques, lors de soirées sous la voûte étoilée, souvent des comédies et farces baroques dans le goût du Grand Siècle, ou plus tardifs vers Rameau…. la plupart avec mise en scène. En 2014, l’idée de ressusciter deux perles comiques et délirantes de l’italien Egidio Duni (1708-1775) se montre excellente : ce soir, Les deux chasseurs et la laitière d’après les fables de La Fontaine (L’Ours et les deux compagnons, La Laitière et le pot au lait), et demain, Blaise le Savetier…
Les deux chasseurs et la laitière sont créés en 1763, deux après que Duni fut nommé directeur de la Comédie Italienne à Paris (1761), fixant de façon spectaculaire et incontestée le modèle de l’opéra comique si prisé alors par le public français. Il avait peu avant triomphé, en 1757, avec son ouvrage Le peintre amoureux de son modèle. Puis, La fille mal gardée (1758) qui impose davantage sa facétie irrésistible comme son intelligence dramatique.

Savante espièglerie

La troupe Almazis menée par Iakovos Pappas séduit immédiatement par la cohérence du geste lyrique, dans l’esprit d’une troupe et des tréteaux de la foire. En petit effectif, soulignant un travail sur l’éloquence du verbe et la séduction à plusieurs lectures de chaque situation, chef et chanteurs expriment la liberté inouïe d’une action qui ne s’est choisie aucune limite.
Les interprètes excellent dans plusieurs tableaux dont l’esprit prend leçon des apports de la Querelle des Bouffons, quand Paris adopte avec Rousseau, la saveur des comédies italiennes. Duni avec lequel collaborent Anseaume, Mazet et Favart, incarne l’esprit du théâtre le plus fantaisiste mais d’une exigence méticuleuse dans l’enchaînement des séquences et l’architecture globale des ouvrages. Iakovos Pappas l’a bien compris : vif, sanguin, habité, le geste du chef sait insuffler sur la scène, cette vitalité singulière capable de restituer l’intelligence légère parfois insolente qui ont fait de Duni, le compositeur italien le plus applaudi à Paris.
Avec lui triomphe la pulsation napolitaine reformatée dans l’esprit de l’élégance parisienne qui aime autant rire du verbe que palpiter au son des mélodies. Quand Duni s’approprie la verve moralisatrice de La Fontaine, il cultive une irrévérence précieuse pour le genre théâtral, il en réinvente même les ressorts comiques, n’hésitant pas ainsi pour le spectacle de ce soir à fusionner deux fables connues séparément. Les deux intrigues s’imbriquent avec habileté, soulignant encore cette facilité étonnante qu’a maîtrisé le collaborateur de Favart. Le profil expressif de chaque caractère y gagne en mordant et en saveur : la laitière ne manque ni d’aplomb (excessif qui la fera bientôt trébucher) ni de savante astuce ; les deux chasseurs manquent singulièrement de courage : poltrons apeurés, pas gaillards pour un sou. Il s’agit ici de savoir chanter autant que jouer. Le défi est de taille car la farce épaisse menace si la finesse et le juste équilibrage font défaut. Rien de tel chez les membres de la troupe réunie par Iakovos Pappas qui dirige et souligne le mordant de chaque saynète, depuis le clavecin. On s’y délecte des situations truculentes aux quiproquos astucieux ; on y retrouve une liberté et un ton sachant tirer profit de l’instant qui décidément s’inscrivent idéalement dans l’écrin architecturale du Logis de la Chabotterie.

Compte rendu, opéra. Saint-Sulpice le Verdon (Vendée). Festival de la Chabotterie, Cour d’honneur, le 6 août 2013. Egidio Duni : Les deux chasseurs et la laitière, 1763 (d’après La Fontaine). Almazis. Iakovos Pappas, direction, dramaturgie et mise en scène.

Romain BEYTOUT dans le rôle de Guillo
Elisabeth FERNANDEZ dans le rôle de Perrette
Christophe CRAPEZ dans le rôle de Colas

Ensemble Almazis
Céline MARTEL, Sophie IWAMURA, violons
Nathalie PETIBON, hautbois
Antoine PECQUEUR, basson
Pierre CHARLES, violoncelle
Iakovos PAPPAS, clavecin