Compte-rendu, opéra. Barcelone, Gran Teatre del Liceu, le 25 avril 2016. Giuseppe Verdi : Simon Bocccanegra. Massimo Zanetti, direction musicale. José Luis Gomez, mise en scène.

De tous les opéras de la « seconde période » de Verdi, Simon Boccanegra reste le plus méconnu. Son intrigue passablement compliquée et les invraisemblances de son livret – associées à une musique qui est presque continue, d’où ne se détachent quasiment pas d’airs destinés à servir les chanteurs – en font une œuvre encore difficile pour le grand public. Pourtant, derrière la couleur sombre dans laquelle baigne tout le drame – et par delà les rebondissements rocambolesques de l’intrigue- perce une lumière humaniste qui est parfaitement représentative de son auteur.

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Étrennée in loco en 2009 – avant d’être reprise l’année d’après au Grand-Théâtre de Genève, maison coproductrice du spectacle – cette production signée de José Luis Gomez nous a procuré la même satisfaction qu’à sa création. L’homme de théâtre espagnol ne propose ici ni reconstitution passéiste ni relecture risquée, mais un travail rigoureux, à la fois sobre, épuré et efficace. En s’attachant principalement à sa dimension politique, il n’oublie pas pour autant ce qui – dans cet opéra présenté dans sa version de 1881 – touche aux sentiments humains. Grâce à ce processus général de simplification – auquel répond la scénographie simple et mobile de Carl Fillion, constituée de grands panneaux de miroirs -, José Luis Gomez rend l’ouvrage de Verdi intelligible à tous.

Parmi les images fortes, on se souviendra notamment du tableau final, en forme de Pietà (photo ci dessus).

Alternant avec les vétérans Leo Nucci et Placido Domingo, Giovanni Meoni campe un Simon d’un bel aplomb et d’une belle solidité. Doté d’un timbre racé, le baryton italien offre également une belle musicalité qui lui permet de nombreuses nuances, mais surtout ce surplus d’humanité qui fait qu’il est pleinement le personnage. Face à lui, la basse ukrainienne Vitalij Kowaljow réussit la gageure d’offrir un adversaire de poids, composant un Fiesco plein de grandeur, avec une belle voix profonde d’émission éminemment slave. Dans le rôle d’Amelia, la soprano milanaise Barbara Frittoli déçoit quelque peu. Si son engagement et ses qualités de musicienne la sauvent plus d’une fois, les sons flottés du magnifique air d’entrée « Come in quest’ora bruna » lui font complètement défaut. De son côté, le ténor italien Fabio Sartori incarne un Gabriele Adorno au timbre généreux, à l’aigu épanoui, à l’articulation claire et au phrasé élégant, tandis que le baryton catalan Angel Odena campe un Paolo Albiani, conspirateur à souhait. Remarquablement préparé par Conxita Garcia, le Chœur du Gran Teatre del Liceu n’appelle que des éloges. Enfin, si le chef italien Massimo Zanetti se montre extrêmement attentif aux détails de l’orchestration, en tirant de l’excellent Orchestre du Gran Teatre del Liceu de beaux effets instrumentaux, il ne se cantonne pas moins dans une approche malheureusement superficielle de la sublime partition de Verdi.

Compte-rendu, opéra. Barcelone, Gran Teatre del Liceu, le 25 avril 2016. Giuseppe Verdi : Simon Bocccanegra. Giovanni Meoni (Simon Boccanegra), Barbara Frittoli (Amelia Grimaldi), Fabio Sartori (Gabriele Adorno), Vitalij Kowaljow (Jacopo Fiesco), Angel Odena (Paolo Albiani). Massimo Zanetti, direction. José Luis Gomez, mise en scène

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