COMPTE-RENDU, critique, opéra. Barcelone, Liceu, le 14 avril mai 2021. Verdi : Otello. Gregory Kunde, Krassimira Stoyanova, Carlos Álvarez. Gustavo Dudamel / Amélie Niermeyer.

COMPTE-RENDU, critique, opéra. Barcelone, Liceu, le 14 avril mai 2021. Verdi : Otello. Gregory Kunde, Krassimira Stoyanova, Carlos Álvarez. Gustavo Dudamel / Amélie Niermeyer.  Par notre envoié spécial Narcisso Fiordaliso.

Verdi Ă  Paris : JĂ©rusalem, Don Carlos Ă  l'OpĂ©raOn croit rĂȘver : une salle remplie de spectateurs (certes, moitiĂ© moins que les ors de la cĂ©lĂšbre salle peuvent en contenir), un orchestre dans la fosse, des chanteurs Ă©voluant librement sur le plateau et mĂȘme une mise en scĂšne. Ailleurs en Europe, ce scĂ©nario ressemble Ă  de la science-fiction, Monaco et le Luxembourg exceptĂ©s. Mais en Espagne, c’est une rĂ©alitĂ© qui dure malgrĂ© la pandĂ©mie. Le Liceu a bien Ă©tĂ© obligĂ© de fermer quelques temps, mais c’était pour mieux rouvrir rapidement et accueillir le public dans des conditions sanitaires sĂ»res.
C’est donc avec un bonheur non dissimulĂ© qu’on pĂ©nĂštre dans l’illustre thĂ©Ăątre et qu’on prend place dans notre fauteuil.
Le rideau se lĂšve sur la production d’AmĂ©lie Niermeyer arrivĂ©e tout droit de Munich, en remplacement de celle initialement prĂ©vue, imaginĂ©e par Keith Warner et venant de Londres.
La femme de thĂ©Ăątre allemande nous montre les deux univers bien distincts dans lesquels Ă©voluent Otello et Desdemona : lumineux et innocent pour elle, obscur et inquiĂ©tant pour lui. Deux mondes qui se frĂŽlent, se rencontrent puis se sĂ©parent, jusqu’à ce que le Maure entraine son Ă©pouse dans le sien et lui ĂŽte la vie. Une scĂ©nographie intĂ©ressante, ouvrant de passionnantes perspectives, mais dont on sent parfois qu’elle a Ă©tĂ© taillĂ©e sur mesure pour d’autres interprĂštes, Jonas Kaufmann et Anja Harteros pour ne pas les nommer.
En effet, les trois protagonistes de cette soirĂ©e semblent parfois devoir composer entre leurs habitudes dans cet ouvrage, qu’ils ont interprĂ©tĂ© de nombreuses fois, et les consignes que leur impose la mise en scĂšne. On imagine assez facilement que la production plus traditionnelle en provenance de Londres leur aurait convenu plus naturellement.

CarrĂ© d’As

Mais nous rendons vite les armes, tant nous sommes face aux plus grands titulaires de ces rĂŽles Ă  notre Ă©poque.
Carlos Álvarez incarne un magnifique Iago, vĂ©ritable baryton Verdi, tout Ă  la fois corsĂ©, puissant et triomphal, ciselant le texte. On aurait aimĂ© parfois davantage de variations dans les couleurs et les nuances, mais la soliditĂ© de l’artiste emporte tout sur son passage, notamment dans un Credo dĂ©vastateur.
La Desdemona de Krassimira Stoyanova fait admirer une fois encore sa science du chant et la fraicheur veloutĂ©e de son instrument aprĂšs plus de vingt-cinq ans de carriĂšre, mĂ©dium solidement ancrĂ© et grave charnu. Et si certains aigus forte pourraient se dĂ©ployer plus largement, son passĂ© de violoniste refait surface lors d’une Chanson du Saule et d’un Ave Maria phrasĂ©s archet Ă  la corde et couronnĂ©s de pianissimi de haut lignage. Un modĂšle pour les jeunes gĂ©nĂ©rations.
KUNDE gregory-kunde-b3Dans le rĂŽle-titre, Gregory Kunde continue de nous Ă©tonner dans ce personnage qu’il a abordĂ© voilĂ  bientĂŽt dix ans. A 67 printemps, le tĂ©nor amĂ©ricain continue de dĂ©fier le temps : si le timbre grisonne et le grave se fait parfois tĂ©nu, le mĂ©dium affiche toujours un aplomb inĂ©branlable et, surtout, l’aigu fuse telle une lame, tranchant, arrogant, jamais Ă  court de squillo et de vaillance. A ce titre, dĂšs son entrĂ©e, l’Esultate annonce d’emblĂ©e la couleur, avec un si naturel de passage littĂ©ralement dardĂ© et mĂȘme tenu, comme peu de titulaires avant lui. L’artiste semble particuliĂšrement bien accordĂ© Ă  son Iago, ce qui nous vaut un duo Ă©lectrisant Ă  la fin de l’acte II. Photo : Gregory Kunde (DR).
L’entracte passĂ©, il Ă©meut dans un « Dio mio potevi » bouleversant de sincĂ©ritĂ©, pour achever la soirĂ©e dans une Mort littĂ©ralement murmurĂ©e, en grand musicien qu’il est. AcclamĂ© aux saluts, il prouve une fois encore qu’il fait partie des artistes majeurs de notre temps, et que, comme son mentor Alfredo Kraus, avec qui il partage la mĂȘme longĂ©vitĂ© vocale, l’heure de la retraite est encore loin.
Autour de ce trio majeur, la maison catalane a rĂ©uni une belle distribution : aux cĂŽtĂ©s des efficaces Lodovico et Montano de Felipe Bou et Fernando Latorre, le Cassio d’Airam HernĂĄndez se dĂ©fend bien – malgrĂ© une Ă©mission manquant d’accroche –, l’Emilia de Mireia PintĂł apportant sa maturitĂ© et sa fougue au personnage d’Emilia.
Mention spĂ©ciale pour le Roderigo percutant de Francisco Vas, tĂ©nor de caractĂšre indissociable des scĂšnes espagnoles, qui fĂȘte ce soir-lĂ  son dĂ©part en retraite aprĂšs trente annĂ©es de bons et loyaux services. Il est particuliĂšrement Ă©mouvant de voir ainsi public et collĂšgues remercier cet artiste qui faisait partie de la maison.
Excellent Ă©galement, le chƓur se montre particuliĂšrement investi et montre sa belle forme malgrĂ© le port du masque.
A la tĂȘte d’un orchestre des grands soirs tout entier Ă  son Ă©coute, Gustavo Dudamel, deux jours avant sa nomination en tant que directeur musical de l’OpĂ©ra National de Paris, transforme le brelan en carrĂ© d’As. Sa direction flamboyante parait particuliĂšrement inspirĂ©e par l’ouvrage, dans lequel il peut mettre Ă  profit son expĂ©rience symphonique tout en prenant soin des chanteurs, Ă  l’unisson desquels il articule littĂ©ralement. Il parvient ainsi Ă  mettre en valeur la richesse de l’écriture orchestrale sans jamais perdre de vue le drame et son inĂ©luctable progression. Du grand art. Une soirĂ©e inoubliable, qui dĂ©montre de façon Ă©clatante, malgrĂ© la situation sanitaire, Ă  quel niveau de qualitĂ© l’Espagne est capable de porter l’opĂ©ra.

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COMPTE-RENDU; critique, opĂ©ra. Barcelone, Liceu, 14 avril 2014. Verdi : Otello. Avec Otello : Gregory Kunde ; Desdemona : Krassimira Stoyanova ; Iago : Carlos Álvarez ; Cassio : Airam HernĂĄndez ; Emilia : Mireia Pintó ; Roderigo : Francisco Vas ; Lodovico : Felipe Bou ; Monatano : Fernando Latorre.  ChƓur du Gran Teatre del Liceu ; Chef de chƓur : Conxita Garcia. Orquestra SimfĂČnica del Gran Teatre del Liceu. Direction musicale : Gustavo Dudamel. Mise en scĂšne : AmĂ©lie Niermeyer.

Compte-rendu, Opéra. Barcelone, Liceu, le 19 oct 2018. BELLINI : I Puritani. Camarena, Yende, Miksimmon / Franklin.

Compte-rendu, OpĂ©ra. Liceu de Barcelone, le 19 octobre 2018. Vincenzo Bellini : I Puritani. Camarena, Yende, Kwicein, Mimica
 Miksimmon / Franklin. En rĂ©unissant Pretty Yende et Javier Camarena en tĂȘtes d’affiche, I Puritani au Gran Teatre del Liceu de Barcelone Ă©tait sans aucun doute l’un des spectacles les plus attendus de la saison europĂ©enne. Pour ce qui est de la partie vocale, les attentes n’ont pas Ă©tĂ© déçues


 
 
 

Grande soirée belcantiste au Liceu !

 
 
 

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Pour le reste, on sait que I Puritani est un opĂ©ra extrĂȘmement difficile Ă  mettre en scĂšne, son livret accusant d’évidents dĂ©sĂ©quilibres, et ce n’est pas la mise en scĂšne confiĂ©e Ă  l’irlandaise Annilese Miskimmon qui viendra rĂ©soudre la difficile Ă©quation, puisqu’elle complexifie un peu plus une histoire dĂ©jĂ  passablement alambiquĂ©e. Car elle voir un parallĂšle entre l’époque de Cromwell Ă  laquelle se passe l’histoire et la guerre de religion qui ensanglanta Belfast au milieu des annĂ©es 70. Mais Ă  la simple transposition, Miksimmon prĂ©fĂšre juxtaposer les deux Ă©poques, et dans le (misĂ©rable et affreux) dĂ©cor d’une salle des fĂȘtes de la banlieue de Belfast, ce sont des personnages habillĂ©s en costumes du XVIIe qui y Ă©voluent
 L’intrigue apparaĂźt encore plus opaque qu’elle ne l’est dĂ©jĂ , et l’on pardonnera encore moins cette nouvelle habitude de modifier les « happy ends » en drame : ici Arturo ne convole pas vers un juste bonheur mais est assassinĂ© par les protestants, Elvira n’ayant d’autre choix que de sombrer Ă  nouveau dans la folie


De son cĂŽtĂ©, la direction musicale de Christopher Franklin alterne hauts et bas, commençant sous le signe de l’épure avant de basculer dans un ouragan sonore de proportions presque wagnĂ©riennes. On portera nĂ©anmoins Ă  son crĂ©dit sa maniĂšre d’accompagner les chanteurs et de prĂ©server la continuitĂ© musicale de la partition, ce qui n’est pas une tĂąche facile dans I Puritani


Par bonheur, la distribution vocale rachĂšte tout. L’Arturo de Javier Camarena Ă©tait, bien entendu, la principale attraction de la soirĂ©e, et le tĂ©nor mexicain s’est jouĂ© de cette tessiture suraigĂŒe avec son aisance coutumiĂšre, y ajoutant une puretĂ© dans le legato, une lumiĂšre dans le timbre, une suavitĂ© dans les accents, et une intensitĂ© dans le phrasĂ© sans rivales aujourd’hui dans ce rĂ©pertoire. Tour Ă  tour tendre et ardent, le personnage convainc de bout en bout, mĂȘme s’il « se contente » d’un contre-RĂ© en lieu et place du contre-Fa attendu dans le fameux « Credeasi misera ». PropulsĂ©e vers les sommets depuis qu’elle a remportĂ© le prestigieux Concours Operalia, la soprano sud-africaine Pretty Yende ne dĂ©mĂ©rite pas en Elvira, dĂ©livrant un chant techniquement irrĂ©prochable, et faisant preuve d’une capacitĂ© Ă  contrĂŽler superbement l’émission de ses notes aigĂŒes, claires et timbrĂ©es sans jamais ĂȘtre criĂ©es, mais l’actrice peine en revanche Ă  convaincre dans les moments les plus dramatiques de la partition. Devant l’enthousiasme gĂ©nĂ©rĂ© par leur duo du III, Camarena et Yende bissent le cĂ©lĂšbre « Vieni fra queste braccia », qui rĂ©colte bien 5mn d’applaudissements… Le baryton polonais Mariusz Kwicein offre un magnifique portrait de Riccardo, en ajoutant Ă  la noblesse du phrasĂ© bellinien une incroyable souplesse dans les ornements. Quant Ă  la basse croate Marko Mimica, il possĂšde tous les atouts pour ĂȘtre un Giorgio d’exception : splendeur du timbre, puissance vocale, legato racĂ© et prestance scĂ©nique. Les comprimari n’appellent aucun reproche, avec une mention pour l’Enrichetta de Lidia Vinyes-Curtis, tandis que le ChƓur du Gran Teatre del Liceu s’avĂšrent Ă©galement d’une trĂšs belle tenue.

 
 
 

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Compte-rendu, OpĂ©ra. Liceu de Barcelone, le 19 octobre 2018. Vincenzo Bellini : I Puritani. Camarena, Yende, Kwicein, Mimica
 Miksimmon / Franklin. Illustration © A. Bofill

 
 
 

Compte-rendu, opéra. Barcelone, Gran Teatre del Liceu, le 25 avril 2016. Giuseppe Verdi : Simon Bocccanegra. Massimo Zanetti, direction musicale. José Luis Gomez, mise en scÚne.

De tous les opĂ©ras de la « seconde pĂ©riode » de Verdi, Simon Boccanegra reste le plus mĂ©connu. Son intrigue passablement compliquĂ©e et les invraisemblances de son livret – associĂ©es Ă  une musique qui est presque continue, d’oĂč ne se dĂ©tachent quasiment pas d’airs destinĂ©s Ă  servir les chanteurs – en font une Ɠuvre encore difficile pour le grand public. Pourtant, derriĂšre la couleur sombre dans laquelle baigne tout le drame – et par delĂ  les rebondissements rocambolesques de l’intrigue- perce une lumiĂšre humaniste qui est parfaitement reprĂ©sentative de son auteur.

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ÉtrennĂ©e in loco en 2009 – avant d’ĂȘtre reprise l’annĂ©e d’aprĂšs au Grand-ThĂ©Ăątre de GenĂšve, maison coproductrice du spectacle – cette production signĂ©e de JosĂ© Luis Gomez nous a procurĂ© la mĂȘme satisfaction qu’Ă  sa crĂ©ation. L’homme de thĂ©Ăątre espagnol ne propose ici ni reconstitution passĂ©iste ni relecture risquĂ©e, mais un travail rigoureux, Ă  la fois sobre, Ă©purĂ© et efficace. En s’attachant principalement Ă  sa dimension politique, il n’oublie pas pour autant ce qui – dans cet opĂ©ra prĂ©sentĂ© dans sa version de 1881 – touche aux sentiments humains. GrĂące Ă  ce processus gĂ©nĂ©ral de simplification – auquel rĂ©pond la scĂ©nographie simple et mobile de Carl Fillion, constituĂ©e de grands panneaux de miroirs -, JosĂ© Luis Gomez rend l’ouvrage de Verdi intelligible Ă  tous.

Parmi les images fortes, on se souviendra notamment du tableau final, en forme de PietĂ  (photo ci dessus).

Alternant avec les vĂ©tĂ©rans Leo Nucci et Placido Domingo, Giovanni Meoni campe un Simon d’un bel aplomb et d’une belle soliditĂ©. DotĂ© d’un timbre racĂ©, le baryton italien offre Ă©galement une belle musicalitĂ© qui lui permet de nombreuses nuances, mais surtout ce surplus d’humanitĂ© qui fait qu’il est pleinement le personnage. Face Ă  lui, la basse ukrainienne Vitalij Kowaljow rĂ©ussit la gageure d’offrir un adversaire de poids, composant un Fiesco plein de grandeur, avec une belle voix profonde d’Ă©mission Ă©minemment slave. Dans le rĂŽle d’Amelia, la soprano milanaise Barbara Frittoli déçoit quelque peu. Si son engagement et ses qualitĂ©s de musicienne la sauvent plus d’une fois, les sons flottĂ©s du magnifique air d’entrĂ©e « Come in quest’ora bruna » lui font complĂštement dĂ©faut. De son cĂŽtĂ©, le tĂ©nor italien Fabio Sartori incarne un Gabriele Adorno au timbre gĂ©nĂ©reux, Ă  l’aigu Ă©panoui, Ă  l’articulation claire et au phrasĂ© Ă©lĂ©gant, tandis que le baryton catalan Angel Odena campe un Paolo Albiani, conspirateur Ă  souhait. Remarquablement prĂ©parĂ© par Conxita Garcia, le ChƓur du Gran Teatre del Liceu n’appelle que des Ă©loges. Enfin, si le chef italien Massimo Zanetti se montre extrĂȘmement attentif aux dĂ©tails de l’orchestration, en tirant de l’excellent Orchestre du Gran Teatre del Liceu de beaux effets instrumentaux, il ne se cantonne pas moins dans une approche malheureusement superficielle de la sublime partition de Verdi.

Compte-rendu, opéra. Barcelone, Gran Teatre del Liceu, le 25 avril 2016. Giuseppe Verdi : Simon Bocccanegra. Giovanni Meoni (Simon Boccanegra), Barbara Frittoli (Amelia Grimaldi), Fabio Sartori (Gabriele Adorno), Vitalij Kowaljow (Jacopo Fiesco), Angel Odena (Paolo Albiani). Massimo Zanetti, direction. José Luis Gomez, mise en scÚne

Compte-rendu, Opéra. Barcelone, Liceu, le 30 janvier,1er février 2016. Verdi : Otello. Carl Tanner, Philippe Auguin.

Vague verdienne en juin 2014Provenant de la Deutsche Oper de Berlin, la production d’Otello signĂ©e par Andreas Kriegenburg – actuellement Ă  l’affiche au Liceu de Barcelone – est un beau ratage auquel l’institution catalane ne nous a guĂšre habituĂ© jusqu’Ă  prĂ©sent. Le metteur en scĂšne allemand semble en effet se moquer complĂštement du drame de Shakespeare (et du livret d’Arrigo Boito), lui prĂ©fĂ©rant notre actualitĂ© la plus brĂ»lante, celle des rĂ©fugiĂ©s affluant en Europe, ici parquĂ©s dans une structure mĂ©tallique montant jusqu’aux cintres, aussi peu pratique qu’inesthĂ©tique. Les protagonistes passent ici au second plan, ce qui est une totale hĂ©rĂ©sie. Passons vite…
Contre toute attente aussi – mĂȘme si ce n’est finalement pas si inhabituel au Liceu – c’est la seconde distribution qui nous aura le plus enthousiasmĂ©e, alors que la premiĂšre affichait rien moins que JosĂ© Cura (avec une voix qui a dĂ©sormais perdu toute puissance et brillance) et Ermonela Jaho (dont le timbre sonnait Ă©tonnamment mĂ©tallique le soir oĂč nous l’avons entendue…).
Cette seconde distribution, en alternance, mettait Ă  l’affiche, dans le rĂŽle-titre, le tĂ©nor amĂ©ricain Carl Tanner qui possĂšde vĂ©ritablement une voix capable de rendre justice au personnage d’Otello : sombre, chaleureuse, sĂ»re, arrogante dans l’aigu et robuste dans le mĂ©dium, avec une diction et une tenue musicale par ailleurs probantes. ScĂ©niquement, il campe un Otello aux abois, Ă©corchĂ© vif, incapable de se maĂźtriser, dont il parvient Ă  exprimer les tourments, notamment dans un bouleversant « Dio ! Mi potevi scagliar » et un non moins Ă©mouvant « Niun mi tema ».
De son cĂŽtĂ©, la soprano mexicaine Maria Katzarava prĂȘte Ă  DesdĂ©mone son timbre dense et riche, sensuel et lumineux, qui convient parfaitement Ă  l’épouse du Maure, et qui fait merveille dans le premier duo « GiĂ  nella notte densa », qu’elle dĂ©livre avec d’infinies nuances. On mettra Ă©galement Ă  son crĂ©dit des phrasĂ©s magnifiquement diffĂ©renciĂ©s, des piani de toute beautĂ©, un « air du saule » – puis un « Ave Maria » – Ă  vous tirer les larmes.
Iago trĂšs intĂ©riorisĂ©, d’une noirceur qui sourd de chacun de ses gestes, le baryton italien Ivan Inverardi incarne de saisissante façon cette figure shakespearienne, incarnation mĂȘme du Mal. TrĂšs homogĂšne et remarquablement puissante, sa voix impressionne par sa noirceur et son mordant, notamment dans le fameux « Credo », Ă  faire froid dans le dos. On admire Ă©galement chez l’artiste sa maĂźtrise du mot, qui flatte l’oreille dans son rĂ©cit du rĂȘve de Cassio. Ce dernier rĂŽle est tenu par le jeune tĂ©nor sibĂ©rien Alexey Dolgov Ă  la belle prestance et Ă  la voix claire mais bien projetĂ©e. Quant aux voix de la basse moldave Roman Ialcic et du baryton andalou DamiĂ n del Castillo, elles permettent aux personnages de Lodovico et de Montano de se profiler comme d’authentiques ressorts de l’intrigue. Quant Ă  Vicenç Esteve Madrid, il campe un Roderigo convaincant tandis qu’Olesya Petrova Ă©corche l’oreille des auditeurs avec un timbre dĂ©jĂ  usĂ© (l’artiste est pourtant jeune).

A la tĂȘte d’un orchestre « maison » superbement sonnant, le chef français Philippe Auguin – directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Nice – dirige un Verdi sanguin, Ăąpre, peu enclin Ă  l’introspection: l’accompagnement soulignant les coups de thĂ©Ăątre et dĂ©peignant les conflits psychologiques avec une luxuriance sonore absolument jouissive. Enfin, le ChƓur du Gran Teatre del Liceu – admirablement prĂ©parĂ© par Conxita Garcia – fait montre d’une virtuositĂ© impressionnante, qui lui permet d’aborder notamment le long finale du troisiĂšme acte sans baisse rythmique.

Compte-rendu, Opéra. Barcelone, Gran Teatre del Liceu, le 30 janvier (et 1er février) 2016. Verdi : Otello. Avec Carl Tanner (Otello), Maria Katzarava (Desdemona), Ivan Inverardi (Iago), Alexey Dolgov (Cassio), Vicenç Esteve Madrid (Roderigo), Roman Ialcic (Lodovico), Damiàn del Castillo (Montano), Olesya Petrova (Emilia). Andreas Kriegenburg (mise en scÚne). Philippe Auguin (direction musicale).

Compte-rendu, opéra. Barcelone ; Gran Teatre del Liceu, le 27 juin 2015. Gaetano Donizetti : Don Pasquale. Roberto de Candia (Don Pasquale), Pretty Yende (Norina), Juan Francisco Gatell (Ernesto), Mariusz Kwiecien (Malatesta). Laurent Pelly, mise en scÚne. Diego Matheuz, direction.

Bien qu’indiquĂ©e comme nouvelle production, ce Don Pasquale au Liceu de Barcelone – signĂ©e par le cĂ©lĂšbre metteur en scĂšne Laurent Pelly (dont on se souvient in loco d’une Fille du rĂ©giment et d’une Cendrillon plutĂŽt rĂ©ussies) – est la reprise d’un spectacle qui a vu le jour l’Ă©tĂ© passĂ© au Festival de Santa Fe. En situant l’intrigue dans les annĂ©es cinquante, Pelly vise Ă  souligner les analogies entre le cinĂ©ma italien de cette pĂ©riode-lĂ  et le chef d’Ɠuvre comique de Donizetti, qui, par certains aspects, pourrait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une comĂ©die Ă  la Monicelli ou Ă  la Risi avant la lettre. L’homme de thĂ©Ăątre français signe un spectacle trĂšs agrĂ©able et amusant en tout cas, avec quelques trouvailles hilarantes, comme le renversement – au sens propre – de la maison de Don Pasquale, au III, aprĂšs que Norina ait dĂ©cidĂ© de transformer la triste demeure du vieillard en un endroit coquet et colorĂ©.

 

 

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Soprano et ténor en verve à Barcelone

2 voix Ă  suivre : Pretty Yende et Juan Francisco Gatell

 

 

C’est la soprano sud africaine Pretty Yende qui interprĂšte le rĂŽle de la jeune dĂ©lurĂ©e. Elle a tout pour sĂ©duire, Ă  commencer par un tempĂ©rament dramatique et un abattage qui auraient dĂ» mettre Don Pasquale sur ses gardes, quant Ă  la prĂ©tendue « naĂŻvetĂ© » de la jeune fille ! Bref, la chanteuse entraĂźne tout le monde dans le tourbillon de sa vitalitĂ©. Sur le plan vocal, les moyens sont incontestables, avec un aigu d’une grande facilitĂ©, soutenus par une technique impeccable.

Dans le rĂŽle-titre, la basse bouffe italienne Roberto de Candia confirme sa totale maĂźtrise d’un emploi qu’il ne tire jamais vers la caricature ni les effets faciles. Sa voix saine nous change de tant de Pasquale aux moyens usĂ©s, l’interprĂšte s’avĂ©rant plus touchant que grotesque, avec une articulation et une projection de la langue de Dante exemplaires. A saluer Ă©galement la performance du baryton polonais Mariusz Kwiecien qui s’impose d’entrĂ©e, dans le rĂŽle de Malatesta, avec un magnifique « Bella siccome un angelo ». La voix est bien conduite, le chanteur gĂ©nĂ©reux, et la prĂ©sence scĂ©nique incontestable.
Mais la vĂ©ritable surprise est venue de du tĂ©nor argentin Juan Francisco Gatell qui, malgrĂ© son jeune Ăąge, campe un Ernesto d’une sensibilitĂ© et d’un raffinement dans le phrasĂ© dignes d’admiration. Son art de la nuance fait notamment merveille dans le fameux « Com’Ăš gentil », d’abord susurrĂ©, puis couronnĂ© in fine par un aigu Ă©clatant. Une mention Ă©galement pour les chƓurs maisons, auxquels le public rĂ©serve une ovation aprĂšs leur « valzer » du troisiĂšme acte.

liceu-barcelone-pretty-yende-don-pasquale-compte-rendu-critique-clasiquenews1Sous la baguette du jeune chef brĂ©silien Diego Matheuz – nommĂ© rĂ©cemment directeur musical de La Fenice de Venise -, l’Orchestre du Gran Teatre del Liceu rĂ©pond avec beaucoup de concentration au moindre de ses gestes, pour obtenir une exĂ©cution plus qu’honorable. On apprĂ©cie surtout les qualitĂ©s de maestro concertatore de Matheuz qui dirige avec finesse, richesse de coloris et variĂ©tĂ© dans la dynamique, sans jamais sacrifier les voix, ni le nĂ©cessaire Ă©quilibre entre fosse et plateau. Lui fait peut-ĂȘtre dĂ©faut ce zeste de flexibilitĂ© dans le rythme, obtenu par un savant dosage de rubato et de rallentando, que Don Pasquale rĂ©clame, plus que tout autre opĂ©ra de
Donizetti.

 

 

Compte-rendu.Opéra. Barcelone ; Gran Teatre del Liceu, le 27 juin 2015. Gaetano Donizetti : Don Pasquale. Roberto de Candia (Don Pasquale), Pretty Yende (Norina), Juan Francisco Gatell (Ernesto), Mariusz Kwiecien (Malatesta). Laurent Pelly, mise en scÚne. Diego Matheuz, direction.

 

 

Barcelone. Siegfried de Wagner au Liceu

WAGNER EN SUISSEBarcelone, Liceu. Wagner : Siegfried. 11<23 mars 2015. Mise en scĂšne par Robert Carsen, cette production de Siegfried se concentre sur le 2Ăšme JournĂ©e de la TĂ©tralogie ou Ring de Wagner. Les enchantements de la fable Ă  laquelle se nourrit le Wagner conteur rĂ©alise ici une Ă©popĂ©e hĂ©roĂŻque et onirique qui rĂ©capitule aprĂšs l’ivresse amoureuse et compassionnelle de La Walkyrie (1Ăšre JournĂ©e), l’enfance du jeune hĂ©ros puis sa transformation en jeune adulte victorieux amoureux. La figure est Ă  l’origine de tout le cycle : on sait qu’au dĂ©but de son oeuvre lyrique, avant la conception globale en tĂ©tralogie, Wagner souhaitait mettre en musique le vie et surtout la mort de Siegfried. C’est en s’intĂ©ressant aux Ă©vĂ©nements qui prĂ©cĂšdent l’avĂšnement du hĂ©ros, que le compositeur tisse peu Ă  peu la matiĂšre du Ring (le prologue de L’Or du Rhin dĂ©voilant la rivalitĂ© de Wotan et des Nibelungen, la malĂ©diction de l’anneau et les sacrifices Ă  accepter / assumer pour s’en rendre mettre) : tout converge vers la geste du champion qui n’a pas peur, et le sens de ce qu’il fait, est, devient. Dans Siegfried, drame musical en 3 actes, s’opposent le forgeron Mime qui est aussi l’Ă©ducateur de Siegfried, et Siegfried. Le premier vit dans l’espoir de reforger l’anneau qui donne la toute puissance : c’est un ĂȘtre calculateur, fourbe, peureux. Ce qu’il forge l’enchaĂźne Ă  un cycle de malĂ©diction.

Geste amoureux, héroïque de Siegfried

Siegfried wagner barcelone liceu robert carsen josep pons classiquenews mars 2015A l’inverse, Siegfried, ĂȘtre lumineux et conquĂ©rant, forge sa propre Ă©pĂ©e, Nothung, instrument de son Ă©mancipation (qui est aussi l’ex Ă©pĂ©e de son pĂšre Siegmund) : avec elle, il tue le dragon Fafner, et suit la voix de l’oiseau intelligible qui le mĂšne jusqu’au rocher oĂč repose sa futur Ă©pouse, BrĂŒnnhilde, ex walkyrie, dĂ©chue par Wotan. Comme dans La Walkyrie oĂč se dĂ©veloppe le chant amoureux des parents de Siegfried (Siegmund et Sieglinde), Siegfried est aussi un ouvrage d’effusion enivrĂ©e : quand le hĂ©ros bientĂŽt vainqueur du dragon, s’extasie en contemplant le miracle de la nature soudainement complice et protectrice (les murmures de la forĂȘts). En portant le sang de la bĂȘte Ă  ses lĂšvres, il est frappĂ© de discernement et d’intelligence, vision supĂ©rieure qui lui fait comprendre les intentions de Mime… qu’il tue immĂ©diatement : on aurait souhaitĂ© que dans le dernier volet, Le CrĂ©puscule des dieux, Siegfried montrĂąt une intelligence tout aussi affĂ»tĂ©e en particulier vis Ă  vis du clan Gibishungen… mais sa naĂŻvetĂ© causera sa perte.
Pour l’heure, aprĂšs l’accomplissement du prodige (tuer le dragon, prendre l’anneau), Siegfried dĂ©couvre au III, l’amour, rĂ©compense du hĂ©ros mĂ©ritant : et Wagner, peint alors un tableau saisissant oĂč Siegfried dĂ©couvre BrĂŒnnhilde sur son roc de feu, puis l’enlace en un duo Ă©perdu, digne des effluves tristanesques, au terme duquel, le fiancĂ© remet Ă  sa belle, l’anneau maudit. Dans Siegfried, se prĂ©cise aussi la rĂ©alisation du cycle fatal : au dĂ©but du III, le dieu si flamboyant dans L’Or du Rhin, Wotan : manipulateur (piĂ©geant honteusement avec Loge, le nain AlbĂ©rich), brillant bĂątisseur (du Wallhala), nĂ©gociateur (avec les gĂ©ants), se dĂ©couvre ici en “Wanderer” (voyageur errant), tĂȘte basse, Ă©puisĂ©, usĂ©, renonçant au pouvoir sur le monde : la chute assumĂ©e de Wotan est criante lorsqu’il croise la route du nouveau hĂ©ros Siegfried dont l’Ă©pĂ©e dĂ©truit la vieille lance du solitaire fatiguĂ©… Tout un symbole. De sorte qu’Ă  la fin de l’ouvrage, la partition est portĂ©e Ă  travers le duo des amants magnifiques (Siegfried / BrĂŒnnhilde) par une espĂ©rance nouvelle : Siegfried ne serait-il pas cette figure messianique, annonciatrice d’un monde nouveau ? C’est la clĂ© de l’opĂ©ra. Mais Wagner rĂ©serve une toute autre fin Ă  son hĂ©ros car l’anneau est porteur d’une malĂ©diction qui doit s’accomplir : tel est l’enjeu de la 3Ăšme JournĂ©e du Ring : Le CrĂ©puscule des dieux.

boutonreservationSiegfried de Wagner
Barcelone, Gran Teatro del Liceu
7 représentations : les 11,13,15,17, 19, 21 et 23 mars 2015

Josep Pons, direction
Robert Carsen, mise en scĂšne
Lance Ryan / Stefan Vinke (Siegfried)
Peter Bronder (Mime)
Albert Dohmen (Wotan/der Wanderer)
Oleg Bryjak (Alberich)
Irene Theorin (BrĂŒnnhilde)
Ewa Podles (Erda)…

DVD. Offenbach : Les Contes d’Hoffmann (DenĂšve, 2013)

DVD_contes_d_hoffmann_offenbach_dessay_Naouri_deneve_liceu_2013_erato_dvdDVD. Offenbach : Les Contes d’Hoffmann (DenĂšve, 2013). Cauchemard fĂ©Ă©rique. Barcelone, Liceu, fĂ©vrier 2013. Pelly connaĂźt bien les Contes hofmanniens, mais ici, rĂ©tablis selon la rĂ©vision pertinente qu’en propose aujourd’hui le spĂ©cialiste reconnu (lĂ©gitimement) Jean-Christophe Keck. L’opĂ©ra y gagne un surcroĂźt de cohĂ©rence et de vivacitĂ©, de tension et de profondeur, tout au long des 3 tableaux fĂ©minins : Olympia, Antonia, Giuletta; triptyque fantastique qui exprime l’amertume du poĂšte, sa malchance amoureuse qui est plus qu’incidents en sĂ©rie : malĂ©diction vĂ©nĂ©neuse et obsessionnelle (d’oĂč son fort Ă©thylisme exposĂ© dĂšs le prologue et ses glous glous gouleyants) …
La mise en scĂšne reste efficace, forte, parfaitement cynique et glaçante quand paraĂźt la figure diabolique, versatile, volubile, ironique, sardonique, selon ses masques : Lindorf, CoppĂ©lius, Miracle, Dapertutto (expressionnisme et fantomatique idĂ©al de Laurent Naouri : c’est lui le champion de la production). Le jeu d’Ă©chelle des dĂ©cors ajoute au dĂ©lire visuel, celui d’un cauchemar façon cinĂ© berlinois ou piĂšce noire, Ăąpre Ă  la Ibsen… propre Ă  nous plonger dans un vertige hypnotique et nausĂ©eux. Le fini esthĂ©tique est parfait : il laisse explicite ce fantastique suffoquant et glacial du romantisme français Ă  l’opĂ©ra. En Hofmann Michael Spyres n’a pas l’Ă©lĂ©gance cynique articulĂ©e de son partenaire français mais l’engagement est louable.
Parmi les hĂ©roĂŻnes, 3 diffĂ©rentes chanteuses ici quand souvent on prĂ©fĂšre distribuer les 3 rĂŽles Ă  une seule cantatrice (au risque qu’elle y laisse une partie de sa voix), seule Natalie Dessay en Antonia déçoit : le chant n’est plus qu’ombre et dĂ©chirure, un constat parfois douloureux. La diva a bien fait de se consacrer au rĂ©cital de chansons, c’est un autre dĂ©fi plus adaptĂ© Ă  sa voix malheureusement atteinte. Celle qui fut une Olympia lĂ©gendaire (dans la mise en scĂšne de Savary Ă  Orange)  pĂąlit : quel dommage. Dans la fosse, rĂšgne l’Ă©quilibre et la mesure d’une baguette habile dans le rĂ©pertoire français, le rousselien StĂ©phane DenĂšve.
Visuellement, le spectacle est somptueux ; la force du fond dĂ©moniaque captive de bout en bout, grĂące Ă  l’incarnation d’un Naouri au sommet.

Jacques Offenbach (1819-1880) : Les contes d’Hoffmann. Version Keck. Michael Spyres (Hoffmann), Kathleen (Olympia), Natalie Dessay (Antonia), Tatiana Pavlovskaya (Giuletta), Laurent Naouri (Lindorf, Coppelius, Miracle, Dapertutto), MichĂšle Losier (La Muse, Nicklause) … Choeur et orchestre du Grand ThĂ©Ăątre Liceu de Barcelone. StĂ©phane denĂšve, direction. Laurent Pelly, mise en scĂšne. 2 dvd Erato 46369140. Enregistrement rĂ©alisĂ© en fĂ©vrier 2013. NTSC 16/9.