COMPTE-RENDU, critique, opéra. VERSAILLES, Opéra royal, jeudi 10 octobre, 20h. GRETRY : Richard, cœur de lion. Pynkoski / Lajeunesse Zingg / Niquet

gretry-richard-coeur-de-lion-critique-compte-rendu-classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, opéra. VERSAILLES, Opéra royal, jeudi 10 octobre, 20h. GRETRY : Richard, cœur de lion. Pynkoski / Lajeunesse Zingg / Niquet. Qu’allait donner le duo canadien Pynkoski / Lajeunesse Zingg, représentant à présent familier de prestations assez désuètes (côté costumes), présentées à Versailles, en provenance de l’Opera Atelier Toronto ? Ouf, la production bénéficie de l’apport du décorateur Antoine Fontaine, spécialiste des toiles peintes baroques : on lui doit la conception d’opéras précédemment ressuscités tels Amadis de Gaule, … ; son concours rétablit suffisamment de « couleur historique » pour rendre le spectacle visuellement cohérent (très beau tableau de la prison médiévale)… Pourtant, écartant l’époque du roi Richard, Marshall Pynkoski écarte tout médiévalisme et opte résolument pour l’époque des Lumières, celle de Gretry. Car en 1784, année de la création de l’œuvre, alors que le peintre David invente le néoclassicisme (Serment des Horaces), le metteur en scène fait clairement référence au Bourbon incarcéré bientôt à la Conciergerie, Louis XVI soi-même.

Cohérente visuellement, la production l’est aussi sur le plan dramatique ; les dialogues parlés (livret de Sedaine) coulent et avancent car la plupart des chanteurs acteurs articulent et donc restent intelligibles ; les ballets réglés par Jeannette Lajeunesse Zingg réactivent l’action sans la plomber : belle réussite.

Efficace sans vraiment être subtile,- une qualité qui manque souvent à sa direction trop impulsive et volontiers surexpressive, le chef Hervé Niquet sait toujours électriser son orchestre Le Concert Spirituel, souligner davantage l’effet, les contrastes, que la finesse nostalgique que Tchaikovski a compris et su recycler, entre autres dans son opéra La dame de Pique, où la vieille aristocrate, très vieille France, Ancien Régime, chante clin d’œil à la Gaule monarchqiue et Versaillaise, l’air ancien aussi désuet que sensible : « « Je crains de lui parler la nuit » (ici chanté par Melody Louledjian en Laurette simplette et sensible).

Révélant un tempérament d’acteur, intérieur et finalement plus profond que ne le laissent supposer ses autres (rares) airs, le ténor flamand Reinoud van Mechelen, campe un Richard, habité par la conscience politique, parfois sombre ; en particulier dans le tableau de son emprisonnement : ardeur, couleur tragique, concentration ; voilà qui fait de Grétry, assurément un préromantique. On attend son Nadir des Pêcheur de Perles à l’Opéra de Toulon…

Hier confié à un baryton (plus passe partout) s’impose en réalité le personnage de l’autre ténor ici, Blondel, troubadour de son état, campé par Rémy Mathieu dont la seule juvénilité parfois trop sonore et un rien linéaire, pourraient être handicapants. Leur très beau duo « Une fièvre brûlante » au début du IIè acte, montre la réussite qui surgit quand les deux ténors de la distribution sont parfaitement distincts, de couleur comme de caractère.

 

 

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Pour le reste aucun des autres rôles ne déméritent sans pour autant saisir l’audience par une sorte d’évidence expressive comme il est rarement il est vrai offert aux spectateur (qui payent pourtant fort cher leur place à l’opéra royal de Versailles). Comtesse à peine esquissée par Grétry, Marie Perbost s’affirme davantage dans le rôle travesti d’Antonio.
Voilà qui atteste derechef du talent dramatique de Grétry, compositeur pour la monarchie bientôt décapitée. Dans l’écrin acoustique idéal de l’Opéra Gabriel, l’opéra de 1784 ressuscite avec charme et même mordant. De quoi ravir, comme nous, l’audience, composée pour beaucoup de visiteurs étrangers. Une nouvelle résurrection à mettre au mérite des producteurs de la société qui anime désormais les soirées au Château : Château de Versailles Spectacles. 10 ans après la mémorable production de l’Amant jaloux (mise en scène de Pierre-Emmanuel Rousseau), in loco, Versailles affiche légitimement et avec pertinence, une étonnante et convaincante implication à l’endroit du toujours mésestimé Grétry.

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, opéra. VERSAILLES, Opéra royal, jeudi 10 octobre, 20h. GRETRY : Richard, cœur de lion. Pynkoski / Lajeunesse Zingg / Niquet

 

 

Grétry : Richard cœur de lion
Opéra-comique en trois actes, livret de Sedaine
Création : Comédie Italienne, Paris, le 21 octobre 1784

Mise en scène : Marshall Pynkoski
Chorégraphie : Jeannette Lajeunesse Zingg
Décors : Antoine Fontaine
Costumes : Camille Assaf

Richard : Reinoud Van Mechelen
Laurette : Melody Louledjian
Blondel : Rémy Mathieu
Antonio / La Comtesse : Marie Perbost
Sir Williams : Geoffroy Buffière
Urbain / Florestan / Mathurin : Jean-Gabriel Saint-Martin
Guillot / Charles : François Pardailhé
Madame Mathurin : Cécile Achille
Sénéchal : Charles Barbier
Colette : Agathe Boudet
Béatrix : Virginie Lefèvre

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Ballet de l’Opéra royal, Chœur et orchestre du Concert Spirituel
Hervé Niquet, direction

Illustrations : © Agathe Poupeney

 

 

 

 

 

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