CD critique. ENCORES : Nelson FREIRE, piano (1 cd DECCA).

freire-nelson-piano-encores-decca-critique-cd-classiquenewsCD critique. ENCORES : Nelson FREIRE, piano (1 cd DECCA). DECCA souffle les 75 ans du pianiste brésilien NELSON FREIRE, et aussi des décennies de coopération artistique, l’artiste étant avec Cecilia Bartoli l’un des derniers plus anciens interprètes exclusif de la marque bicolore. Les 30 titres ici composent une manière de jardin personnel, où rayonnent l’éclectisme rêveur et enchanté des 12 pièces lyriques de Grieg, préservées comme un cycle unitaire. Toutes sont des pièces q’il a joué en fin de récital, comme des « bis », ou « encores » selon la terminologie anglos axonne.
De la génération de son consœur argentine Martha Argerich, la féline noctambule (qui n’a pas sa même fidélité au label), Freire a commencé sa carrière musicale en 1949. Voilà donc 70 ans que le pianiste incarne une longévité admirable dont les qualités principales sont l’écoute intérieure, un toucher souple et ferme, une expressivité qui approche la suggestivité parfois enivré. Il n’avait que 5 ans quand « Nelsinho » joue en concert publique au vieux Cine Teatro Brasil à Boa Esperança. A Rio, le jeune pianiste se forme auprès de Lucia Branco, ancienne élève d’Arthur de Greef, lui-même formé par Liszt. Son récital à Rio d’avril 1953 (9 ans), puis son prix au Concours de piano de Rio 1957 lui permettent de rejoindre Vienne pour y étudier avec Bruno Seidlhofer. Pour nous, Freire demeure l’exceptionnel interprète des deux Concertos pour piano de Brahms (GewandhausLeipzig sous la direction de Ricardo Chailly, Decca) ; on est tout aussi convaincus par ses Chopin, Schumann et Liszt. Une sensibilité à part entre narration et imagination que le programme ENCORES illustre lui aussi.
On y détecte immédiatement un détaché, ce laisser faire, un abandon qui est la marque des grands interprètes ; un présence supérieure dans le piano et pourtant au dessus… cela s’entend dans la construction de ses Pièces lyriques de Grieg, dont le choix met en lumière une nonchalance de plus en plus évanescente, épurée jusqu’à la dernière, faite scintillement dans l’immatériel. Tout cela se déduit d’une rare intelligence qui négocie son rapport avec la matérialité de la mécanique du piano.
Puis l’enchaînement atteint une belle ivresse dans la progression des pièces choisies après Grieg : « Mélodie » de Rubisntein, sorte de quintessence de valse, ou de souvenir de valse éperdue, enchantée ; ce à quoi répond le « Poème » de Scriabine, transcendance et prolongement de la rêverie de Liszt.
A notre avis, les deux Préludes de Rachmaninov sonnent trop durs en revanche, âpres, arides et moins naturels.
Par contre quel détaché là encore, inscrit dans le songe halluciné des « 3 danses fantastiques » de Chostakovitch, au balancement fugace et miroitant, inquiet et sourdement angoissé. Belle ambivalence.
La question nostalgique de Granados, répétant comme une danse toujours recommencé sa caresse interrogative, en une élipse qui plonge elle aussi dans le mystère irrésolu ; beau toucher mélancolique et fier – gorgé d’un réel panache du dernier Albéniz (Navarra). Bon anniversaire « Nelsinho ». On en veut encore !

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CD critique. ENCORES : Nelson FREIRE, piano (1 cd DECCA).

 

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