Compte rendu critique, concert.Saintes. Abbaye aux dames, le 19 juillet 2014. Rameau; Armelle Khourdoïan, dessus (soprano); Andréa Soare, dessus (soprano); Élodie Hache bas-dessus (mezzo soprano); Joao Pedro Cabral, haute contre (ténor); Tiago Matos, basse-taille (baryton); Andriy Gnatiuk, basse. Les Folies Francoises; Patrick Cohën-Akenine, violon et direction.

Dans une chronique précédente,  nous avons rendu hommage au compositeur espagnol Juan Hidalgo, né il y a quatre cents ans. Mais 2014 est aussi l’année du deux cent cinquième anniversaire du décès de Jean Philippe Rameau (1683-1764). D’abord connu comme compositeur de musique religieuse (cantates, grands motets …) et instrumentale (musique pour orgue essentiellement) et comme théoricien (il est l’auteur d’un Traité d’harmonie qui fait alors autorité), Rameau a cinquante ans lorsqu’il compose son premier opéra : Hippolyte et Aricie (1733). Il faut moins de vingt-quatre heures pour que s’allume la querelle des Lullystes et des ramistes tant ce nouvel opéra est musicalement novateur. Pour ce concert, le dernier de la tournée entamée quelques semaines plus tôt, Patrick Cohën-Akenine, chef et fondateur des Folies Francoises, a programmé, outre Hippolyte et Aricie, Les surprises de l’amour (commande de madame de Pompadour) et Les Indes Galantes. Les Folies Francoises accompagnent six chanteurs de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris.

Les Folies Françoises rendent hommage à Jean Philippe Rameau

Année Rameau 2014 : nos temps fort (opéras, concerts, ballets...)C’est avec Les surprises de l’amour, composées et créées en 1748 sur commande de madame de Pompadour qui cherchait constamment à amuser Louis XV, que débute le concert. La première entrée, La lyre enchantée ouvre le programme; les voix d’Armelle Khourdoïan (Uranie), Andrea Soare (Amour) et Tiago Matos (Linus) sont bien assorties et les trois jeunes gens utilisent judicieusement l’espace à leur disposition. La soprano Armelle Khourdoïan fait sien le grand air d’Uranie et ses hésitations, sa crainte de succomber à l’amour de Linus et à ses propres sentiments. Dans l’entrée des incas du Pérou tirée des Indes Galantes (1735), c’est la basse ukrainienne Andryi Gnatiuk (Huascar) qui est à l’honneur en compagnie d’Armelle Khourdoïan (Phani) et de Joao Pedro Cabra (Carlos). Le couple Cabra/Khourdoïan est juvénile et bien en voix mais c’est Andryi Gnatiuk qui séduit et étonne par une diction remarquable. Cependant la part belle est faite à Hippolyte et Aricie, premier opéra de Rameau, avec des extraits tirés de chacun des cinq actes de l’oeuvre; il est un peu regrettable cependant que les choeurs aient été supprimés, ôtant une part d’autorité à Phèdre notamment dans le premier acte lorsqu’elle tente de contraindre Aricie à devenir prêtresse de Diane. La mezzo soprano Élodie Hache est une Phèdre tourmentée à souhait; la voix est limpide, large, claire mais peut-être un peu puissante pour un rôle, certes court mais intense.

Les Folies Francoises et les six chanteurs de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris donnent un fort beau concert, vivant, plein d’allégresse, très en voix. Saluons l’engagement de chacun des chanteurs dont la diction est excellente et la direction idéale de Patrick Cohën-Akenine qui aussi joue la partie de premier violon avec un plaisir évident.

Saintes. Abbaye aux dames, le 19 juillet 2014. Jean Philippe Rameau (1683-1764) : Les surprises de l’amour, première entrée : La lyre enchantée; Les indes Galantes, deuxième entrée : Les incas du Pérou, troisième entrée : Le bon sauvage (bis : Danse des sauvages : forêts paisibles); Hippolyte et Aricie, extraits ; Armelle Khourdoïan, dessus (soprano); Andréa Soare, dessus (soprano); Élodie Hache bas-dessus (mezzo soprano); Joao Pedro Cabral, haute contre (ténor); Tiago Matos, basse-taille (baryton); Andriy Gnatiuk, basse. Les Folies Francoises; Patrick Cohën-Akenine, violon et direction.

Comments are closed.