Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 13 juillet 2016. Duparc, Debussy, Chausson, Hahn. Véronique Gens, soprano, Susan Manoff, piano.

IVRESSE D’UN GRAND RETOUR… Artiste reconnue de longue date, la soprano française Véronique Gens revient au Festival de Saintes vingt ans après sa première apparition à l’Abbaye aux Dames. Entre temps la diva fait une carrière exemplaire au cours de laquelle le répertoire français a toujours tenu une place importante. Depuis quelques années, Véronique Gens s’attache à faire (re)découvrir au public la mélodie française qui gagne véritablement à être connue. C’est dans cette optique que son dernier CD intitulé « Néère » est paru en octobre 2015 (élu CLIC de CLASSIQUENEWS); CD dont elle reprend le largement lors de son récital du 13 juillet.

 

 

 

Véronique Gens en diseuse enchantée

 

Mélodiste et diseuse : sublime Véronique Gens !Souriante et visiblement très heureuse d’être à l’Abbaye aux Dames, Véronique Gens arrive sur scène avec la pianiste Susan Manoff, son accompagnatrice attitrée (elle est aussi l’accompagnatrice de Sandrine Piau) pour un récital haut en couleurs. Très soudées, voire complices, les deux femmes entament la soirée avec une mélodie bien connue d’Henri Duparc (1848-1933) : l’Invitation au voyage. Hasard? Certes non puisque, effectivement, c’est un voyage dans un univers chatoyant, divers, changeant, jamais ennuyeux ou rédhibitoire qui nous est proposé en ce début de soirée. Avec « Au pays où se fait la guerre » du même compositeur, c’est un monde de désolation qui est évoqué, nous sommes alors en plein cœur de la première guerre mondiale, sans pour autant verser dans un maelstrom geignard qui serait malvenu. Le répertoire de Claude Debussy (1862-1918) comporte, outre une musique instrumentale riche et variée, un certain nombre de mélodies charmantes, que Véronique Gens chante avec un plaisir manifeste. S’il est difficile d’envisager une intégrale en récital ou au CD, celles qui sont inscrites au programme de ce soir donnent une excellente idée de la variété de l’oeuvre de Debussy dont l’univers est à la fois si différent et si complémentaire de celui de Duparc. Dans Clair de lune et Nuit d’étoiles, le compositeur nous fait veiller à la belle étoile.

Après une pause nécessaire, Véronique Gens et Susan Manoff abordent deux nouveaux compositeurs qui sont également au programme de «Néère». Ernest Chausson (1855-1899), compositeur à cheval entre romantisme et post-romantisme, nous fait voyager entre Antiquité (Hébé) et Présent. Véronique Gens concilie retenue et vitalité pour capter l’attention de son public. Si on se souvient de Reynaldo Hahn (1874-1947) comme étant le compositeur qui a sorti de l’oubli, l’opéra Mireille de Charles Gounod (1818-1893), en restituant avec talent la partition originale de ce chef-d’oeuvre du répertoire romantique français, il ne faut pas oublier qu’il a lui même composé nombre de mélodies raffinées et enivrantes. Là encore Véronique Gens maîtrise parfaitement son sujet en interprétant une petite partie des mélodies de Hahn, en particulier Néère, celle qui, précisément donne son titre au CD. La gouaille rafraîchissante et l’humour de l’artiste donnent un ton particulier à la soirée qui passe si vite que le public en redemande. Et Véronique Gens se prête au jeu en interprétant Le corbeau et le renard, la célèbre fable de Jean de La Fontaine, mise en musique par Jacques Offenbach (1819-1880) ; la mélodie aussi grinçante et imagée que le poème de La Fontaine révèle l’humour ravageur et mutin d’une Gens enchanteresse qui, dans la foulée concède deux autres bis tirés, eux du CD.

gens veronique melodies duparc hahn chausson alpha cd critique compte rendu review account of CLASSIQUENNEWS CLIC de classiquenews octobre 2015Artiste accomplie et récitaliste exceptionnelle Véronique Gens maîtrise parfaitement une voix puissante, claire, ronde et remarquable de fraîcheur. Très attachée à la défense du répertoire français, Gens est très attentive à la diction; de fait celle ci est excellente : chaque mélodie est ciselée si parfaitement qu’il est inutile de suivre avec le programme. A ses côtés, Susan Manoff, pianiste émérite, est une accompagnatrice hors pair. Visiblement très complice avec Véronique Gens, elle reste attentive à chaque mot, à chaque note ne couvrant jamais la soprano qui lance chaque introduction d’un regard discret.

Saintes. Abbaye aux dames, le 13 juillet 2016. Henri Duparc (1848-1933) : Invitation au voyage, Romance de Mignon, Au pays ou se fait la guerre, Chanson triste, Claude Debussy (1862-1918) : En sourdine, Fantoches, Clair de lune, Masques et Bergamasques, Fleurs des blés, Nuits d’étoiles, Ernest Chausson (1855-1899) : Le temps des lilas, La chanson bien douce, Hébé, Reynaldo Hahn (1874-1947) : Le rossignol des lilas, quand je fus pris au pavillon, trois jours de vendanges, A Chloris, Néère, Lydé, Pholoé, Phylis, Le printemps, Jacques Offenach (1819-1880) : Le renard et le corbeau (bis 1). Véronique Gens, soprano, Susan Manoff, piano.

 

APPROFONDIR : LIRE aussi notre compte rendu critique complet du cd Néère par Véronique Gens, CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2016

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