Compte-rendu, concert. Echirolles. La Rampe, scène nationale, vendredi 24 janvier 2014. Le chant mahlérien : mort à Venise. Orchestre OSE. Daniel Kawka, direction. Concert inaugural de la tournée ” le chant mahlérien “.

Echirolles. La Rampe, scène national, vendredi 24 janvier 2014. Le chant mahlérien : mort à Venise. Orchestre OSE. Daniel Kawka, direction. Gustav Mahler : Symphonie n°10 (Adagio), Symphonie n°5 (Adagietto). Rückert lieder, Kindertotenlieder (Vincent Le Texier, baryton). Concert inaugural de la tournée ” le chant mahlérien “.

 

 

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Immédiatement le geste et la vision de Daniel Kawka dirigeant son premier concert en tournée avec les instrumentistes de son nouvel  orchestre Ose,  frappe par son esthétique clairement chambriste. Une quête permanente d’homogénéité, de transparence, le chant pur d’une voix intérieure jamais impérieuse qui superbement défendue par l’océan des cordes (l’unisson soyeux du combiné  violons-altos est le pilier de la vision) exprime au plus juste les tiraillements autobiographiques de Mahler.
Du reste, le programme très pertinemment conçu, veille à rétablir la place de la confession, pas déversoir ni bavardage… mais témoignage pudique et sincère dont la douleur étale nourrit ici la présence des deux plages purement symphoniques : d’abord l’aboutissement mystique de l‘Adagio de la 10 ème Symphonie (placé en ouverture : défi redoutable relevé par les musiciens du nouvel orchestre), puis volupté ineffable de l’Adagietto de la 5ème, véritable déclaration amoureuse pour l’aimée de toute une existence: Alma.
La réalisation en est d’autant plus charnue mais limpide et coulante et fluide qu’ici seules les cordes ciselées, – ourlées / nimbée par l’aérienne harpe, réalisent par paliers l’élévation quasi spirituelle de cet aveu d’amour.

 

Orchestre coopératif

Renoncement mystique d’abord,  puis ivresse voire extase émotionnelle…. l’échelle des affects est étendue,  impressionnante… à la mesure de la vision du chef suractif qui imagine demain pour la phalange créée avec l’audace des pionniers, un fonctionnement collégial et égalitaire où tout un chacun quelle que soit sa place dans l’orchestre est rémunéré de la même façon … une sorte de coopérative intelligente et respectueuse où chacun ayant trouvé sa juste voix contribue à l’activité collective.
On est loin des orchestres fonctionnarisés et strictement hiérarchisés qui bien que grassement subventionnés ne se posant plus aucune question. .. tournent en rond en termes de répertoire comme dans la conception de l’interprétation.  Toujours les mêmes œuvres … jouées de la même façon. .. voilà qui rassure effectivement tout le monde.
A Grenoble, rien de tel ; c’est la première étape de la tournée Le chant mahlérien, jouer Mahler, -grand ré découvert du XX ème siècle (à partir des années 1950 seulement grâce à Leonard Bernstein entre autres…) dans une séries de salles où le fait symphonique n’est pas si naturel, de surcroît défendu par un nouvel orchestre et dans un programme dense mais passionnant, relève du courage, du défi voire de…  l’inouï. Mais le concert ne doit-il pas aussi nous surprendre, dans le choc inespéré d’une découverte ?

De facto, l’orchestre de Daniel kawka porte bien son nom : il ajoute à son fonctionnement démocratique et coopératif… l’inédit,  l’étonnant,  et par cette programmation très originale, …. les saveurs de l’élaboré en rien élitiste.

Jouer l’Adagio puis l’Adagietto -accomplissements purement symphoniques-, réinscrit très justement l’écriture mahlérienne dans l’essor du symphonisme début de siècle,  champion des audaces purement orchestrales aux côtés de Strauss (tiens voilà une autre idée originale : confronter Strauss et Mahler ? Certainement prochain avatar à mettre au crédit des nouveaux chantiers d’Ose car le chef n’en manque pas, loin de là…).
Joindre en complément les deux cycles de lieder : les Rückert puis les Kindertotenlieder, est un rappel fort éloquent de la place du chant et de la voix dans les massifs orchestraux malhériens.

Associés au verbe suggestif du baryton Vincent Le Texier, – voix carrée, affirmée, d’un viril évocateur, les musiciens conduits par un chef à l’écoute de plus en plus introspective du texte, font l’expérience d’un chambrisme mis au diapason des proportions  et de l’émission vocales ;  le souci des dynamiques, l’équilibre voix / orchestre constamment ciselé rétablissent la version originelle des deux ensembles lyriques pour voix d’homme.  Pas accompagnateur mais nouveau partenaire instrumentalement caractérisé et parfois subtilement individualisé… le collectif orchestral gagne un nouveau statut… celui d’une assemblée de solistes inspiré par le jeu concertant.

Hier wagnérien nuancé (à Dijon, en octobre  2013, pour un Ring retaillé et donc vilipendé mais musicalement époustouflant), d’une force de conviction et d’approfondissement peu commune, Daniel Kawka s’engage aujourd’hui avec son propre orchestre pour le chant malhérien ; subtile approche qui réserve surprises et splendeurs de l’étoffe orchestrale d’un compositeur musicien pas si joué que cela.

Le programme subtilement conçu et agencé exprime comme le geste interprétatif, une compréhension admirable des enjeux malhériens. C’est de loin de ce point de vue – conception scientifique et nouvel esthétisme collégial-, l’un des concerts Mahler les plus enthousiasmants auxquels nous ayons assisté. Longue vie au maestro et à Ose,  son nouvel orchestre. Ne manquez pas les prochains rvs d’Ose, un collectif de musiciens à suivre désormais.

La tournée Le chant mahlérien : mort à Venise, se poursuit jusqu’au 8 février 2014. Voir notre présentation complète du programme défendu par l’orchestre OSE et son chef fondateur, Daniel Kawka. Consultez aussi le site de l’Orchestre OSE (Daniel Kawka, direction)

 

 

5 dates événements :

 

OSE_logo_NOIR24 janvier 2014 : La Rampe, Echirolles (38), 20h

OSE_logo_NOIR28 janvier 2014 : Le Grand Angle, Voiron (38), 20h

OSE_logo_NOIR29 janvier 2014 : Le Dôme Théâtre, Albertville (73), 20h30

OSE_logo_NOIR7 février 2014 : Théâtre de Privas, Privas (07), 20h30

OSE_logo_NOIR8 février : Théâtre Théo Argence, Saint Priest (69), 17h

Durée totale du concert: 1h40, avec entracte
Effectif: 80 musiciens
Chaque œuvre est précédée d’une lecture de lettres d’amour écrites de Gustav Mahler et adressées à Alma Mahler

Informations, réservations sur le site de l’Orchestre Ose

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Autre dates de l’Orchestre OSE en 2014 :
Programme Stravinsky, Tchaïkovski, Bizet
les 10, 11 et 12 juillet 2014

Festival Berlioz le 21 août 2014

Le programme Gustav Mahler : Mort à Venise est repris le 30 septembre 2014 à Aix :

30 septembre 2014 : Grand Théâtre de Provence (13)

 

 

 

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