Compte-rendu, ballet. Paris. Palais Garnier, le 1er décembre 2016. Soirée Jiri Kylian. Alice Renavand, Alessio Carbone, Dorothée Gilbert, Marie-Agnès Gillot, Pablo Legasa, Hugo Marchand… Ballet de l’Opéra de Paris.

Compte-rendu, ballet. Paris. Palais Garnier, le 1er décembre 2016. Soirée Jiri Kylian. Alice Renavand, Alessio Carbone, Dorothée Gilbert, Marie-Agnès Gillot, Pablo Legasa, Hugo Marchand… Ballet de l’Opéra de Paris. Tomoko Mukaiyama, improvisation live, piano solo. Nous sommes au Palais Garnier de l’Opéra National de Paris pour la deuxième représentation de la très attendue Soirée Kylian, programmée par la nouvelle directrice de la Danse, l’Etoile Aurélie Dupont. Deux entrées au répertoire et une fabuleuse reprise du chorégraphe tchèque Jiri Kylian, ancien directeur artistique du Nederlands Dans Theater.

Kylian à Paris, la danse pour tous (les goûts)

La programme commence avec Bella Figura, ballet de 1995 sur une sélection attractive / accessible de musiques enregistrées baroques et classiques, avec quelques extraits d’une suite de Lukas Foss, compositeur contemporain américain d’origine allemande. Une œuvre emblématique du chorégraphe Tchèque où sont mis en mouvement des questionnements profonds quant à la représentation et la réalité théâtrale, sans avoir recours à de longues explications intellectualistes ou à une absence insultante de danse (souvenir du passage récent d’un Sehgal à l’opéra : lire notre article compte rendu critique du spectacle de septembre 2016 : FORSYTHE SEHGAL PECK PITE).

jiri-kylian-palais-garnier-reprise-decmebre-2016-critique-ballet-danse-classiquenewsComme l’art des meilleurs artistes n’a pas la vocation d’expliquer mais de montrer, nous sommes en l’occurrence devant une troupe classique, la meilleure au monde à notre avis, qui montre qu’elle peut bel et bien danser une œuvre à la narration ambiguë, mais pas abstraite, avec des désarticulations et des centres d’équilibres étrangers à la danse académique, tout en gardant bien haute et très enflammée, la torche de l’exigence technique et de la beauté. L’Etoile Alice Renavand et le premier danseur Alessio Carbone se distinguent immédiatement par leur dynamisme et leur tonicité. Alice est en plus expressive à souhait, sans jamais tomber dans l’affectation. Eleonora Abbagnato et Dorothée Gilbert, sont aussi percutantes dans ce ballet inoubliable. Le partenariat de la dernière avec Alessio Carbone a quelque chose… de frappant. Il existe une froideur brûlante entre ces deux artistes exigeants ; et sur scène, dans Kylian qu’ils maîtrisent à la perfection, c’est superbe à voir ! Danseur qui se démarque également : Sébastien Bertaud, Sujet, à la sensualité palpitante et avec une facilité apparente dans le langage désarticulé qui révèle la belle influence de Forsythe.

Tar and Feathers date de 2006. Pour cette deuxième performance à l’Opéra de Paris, les interprètes sont Dorothée Gilbert, Aurélia Bellet et Lydie Vareilhes chez les femmes ; Josua Hoffalt, Yvon Demol et Antonio Conforti chez les hommes. Ballet le plus « conceptuel » de la soirée, il est très intéressant au niveau intellectuel, sans pour autant être prétentieux. Comme souvent chez le chorégraphe, aucun de ces aspects ne s’oppose jamais à sa profondeur artistique surtout pas dépourvue d’humour ni à son étonnante musicalité. Il y explore la pesanteur et la légèreté, avec une bonne dose de théâtralité, le tout sur la musique revisitée et transfigurée du 9 ème concerto pour piano de Mozart, avec une fabuleuse Tomoko Mukaiyama aux improvisations live sur le plateau. L’oeuvre est moins séduisante que la précédente, mais à notre avis plus intéressante et moderne. Félicitons les efforts des Etoiles telles que Gilbert et Hoffalt, et retenons surtout les fabuleuses performances, révélatrices de Lydie Vareilhes et d’Antonio Conforti, Sujet et Quadrille (!) respectivement.

legasa pablo danseur opera de paris ko84zd501gwt7lyjd4cqLe programme se termine, tout extase tout spiritualité avec Symphonie des Psaumes (1978), sur l’imposante partition éponyme d’Igor Stravinsky. Josua Hoffalt programmé, est annoncé blessé juste avant le début, et se voit heureusement remplacé par Hervé Moreau, Etoile. Le plus ouvertement néoclassique des ballets au programme, il s’agît d’une entrée au répertoire très chaleureusement accueillie et qui a beaucoup de sens, – pas seulement artistique-, pour la compagnie. Bien sûr Marie-Agnès Gillot est toujours une vision d’excellence, et son partenariat avec le solide Hugo Marchand, en est un de grande valeur. L’aspect philosophique du triomphe de la vie sur les limites matériels du monde est évoqué par la force immaculée du mouvement perpétuel des danseurs. Les 8 couples rayonnent à leur façon, mais une vision fugace et brillante nous a ébloui fortement. Il s’agît du très jeune danseur espagnol Pablo Legasa, (photo ci dessus par J.Benhamou), l’un des jeunes espoirs de la maison. Sans la taille imposante ni les années d’expérience d’autres danseurs, le Coryphée se montre complètement habité par la danse, il a en l’occurrence, un je ne sais quoi d’endiablé et d’impressionnant dans son travail des jambes, une petite batterie ravissante, l’esprit et l’exécution d’un virtuose. Jeune talent à ne surtout pas perdre de vue !

Une soirée véritablement pour tous. Une compagnie dans la meilleure des formes malgré les mélodrames récemment médiatisés. A voir et revoir sans modération au Palais Garnier à Paris, pour les fêtes, les 5, 6, 8, 10, 11, 13, 14, 16, 17, 18, 20, 21, 23, 24, 27, 28, 29, 30 et 31 décembre 2016.

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