CD, critique. SCHUMANN : L’Hermaphrodite. Laurianne Corneille, piano (1 cd Klarthe records)

KLA094-CORNEILLE-LAURIANNE-cd-KLARTHE-robert-schumann-piano-kreisleriana-critique-cd-classiquenewsCD, critique. SCHUMANN : L’Hermaphrodite. Laurianne Corneille, piano (1 cd Klarthe records) – On ne soulignera jamais assez la fascination des mondes doubles de Robert Schumann, ses masques jaillissants, à l’insolente énergie dont la volubilité versatile, changeante comme une onde insaisissable, semble tout synthétiser de la psyché humaine. Parce qu’il a choisi de s’inscrire au cœur de ses contradictions mêmes, le piano de Schumann semble offrir le miroir le plus complet de l’âme humaine… Le présent programme en témoigne et s’intitulant « L’Hermaphrodite », à la fois masculin et féminin, il éclaire l’ambivalence captivante schumannienne / « doppelgänger » (sosie / double); à la fois Eusébius et Florestan, telles deux sensibilités non pas contradictoires mais complémentaires. A l’interprète d’en comprendre les enjeux, manifester l’activité, réaliser l’unité.

Sur les traces et dans les sillons de la pensée critique de Roland Barthes (Rasch dont elle lit aussi un extrait en bonus), la pianiste Laurianne Corneille exprime d’abord les « coups » fragiles, ténus, passionnés du fougueux et sombre Florestan, dans les Kreisleriana : « un corps qui bat » ; la lutte de Robert contre lui-même ? , puis sait polir la courbe moins explicite d’une première écoute ; celle de la douceur d’Eusebius (sa tendresse calme et même énigmatique), conçue comme le négatif du tumulte premièrement décelé.

 

 

Les doubles réconciliés

 

 

Un cheminement qui nous conduit à la clé, sommet de cette libération émotionnelle qui va par étapes : le Widmung (chant de l’amour) et qui dévoile le 3è terme de la trinité Schumanienne : « Raro », rébus amoureux qui fusionne ClaRA et RObert Schumann, l’un des rares couples parmi les plus légendaires de l’histoire de la musique. Ici, lumineuses et sincères, leurs deux âmes fusionnent. Widmung ici joué dans sa transcription pour piano seul de Liszt, ravive intacte, la magie du sentiment amoureux le plus pur, tout en se rapprochant de l’indicible nostalgie schubertienne.

Comme deux pôles fascinants, la pianiste aborde d’abord Les Chants de l’aube, une toute autre confession / contemplation personnelle, frappée par l’épaisseur grave de la maturité, élaborée quelques temps avant son suicide dans le Rhin.
Puis, miroir de la jeunesse de Robert, ses élans et sa déclaration d’amour pour Clara : les Kreisleriana ; ce sont moins les secousses chaotiques d’une pensée confuse, au bord de la folie (comme on le joue trop souvent, comme on les présente aussi systématiquement), que la manifestation éclatante d’un tempérament divers, pluriel, étonnamment riche qui a affronté la peur et le rêve ; les espoirs et la désillusion. Les 8 épisodes caressent l’intranquille et tenace activité schumanienne, comme une série de crépitements ardents, semés de coups et de chocs, physiques comme cérébraux. Schumann a tout vécu, tout senti, tout mesuré. L’interprète embrasse le flux pianistique dans sa sauvage complexité sans jamais perdre son fil.

Comme leur aboutissement logique, Les Chants de l’aube en sont la réalisation finale, l’aveu du renoncement et de la mort. 5 sections conçues comme un lent mais inexorable effondrement progressif, énoncé comme un chant doux et liquide (le dernier en particulier, envisagé comme un océan qui se retire : « Im Anfange ruhiges… »).
En recueillant pour elle-même les disparités faussement confuses du chant schumanien, Laurianne Corneille trouve ce « fil d’or » qui unifie les directions, équilibre les tensions, enrichit toujours sa propre expérience intérieure ; voilà qui rend les œuvres de Schumann, révélatrices d’un cheminement, en rien instinctif et précipité, plutôt réfléchi et magistralement contrôlé, conscient et assumé. L’éprouvé, brisé, saisi est réunifié… voire « sublimé » selon l’esthétique japonaise du kintsugi, cet art qui répare les céramiques cassées et leur offre une nouvelle vie (cf la notice très personnelle qui accompagne le cd). Chez Schumann, ce voyage entre deux rives, devient bénéfique. A la fois, salvateur et réparateur. Lumineuse et intime réalisation.

 

 

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CD, critique. SCHUMANN : L’Hermaphrodite. Kreisleriana, Les Chants de l’aube… Laurianne Corneille, piano (1 cd Klarthe records – enregistrement réalisé en fév 2019).

https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/lhermaphrodite-detail

Robert Schumann
Gesänge der Frühe / Chants de l’aube, opus 133
“Kreisleriana” opus 16
Liebeslied aus Myrthen, opus 25  (transcription de Franz Liszt)

Laurianne Corneille, piano

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CONCERT
Soirée Klarthe records
Lundi 2 mars 2020, PARIS, salle Colonne, 20h.
SCHUMANN par Laurianne Corneille, piano
BRAHMS : Florent Héau, clarinette et le Quatuor Voce.
Réservez vos places directement auprès de Klarthe :
https://www.billetweb.fr/schumann-brahms-klarthe

 

 

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