Concerto pour piano de CLARA SCHUMANN

clara-schumann-piano-robert-schumann-concerto-pour-pianoARTE, dim 8 mars 2020, 18h55. CLARA SCHUMANN : Concerto pour piano, opus 7. En 2019, Ă  Leipzig, sous la direction d’Andris Nelsons, l’Orchestre du Gewandhaus interprĂšte le “Concerto pour piano” de Clara Schumann (1819-1896), nĂ©e alors il y a deux siĂšcles. L’épouse de Robert Schumann, compositrice comme lui, et surtout immense virtuose pour le piano, mĂ©ritait bien cet hommage pour son bicentenaire.
CrĂ©atrice prĂ©coce ĂągĂ©e de seulement 14 ans, le Concerto pour piano en la mineur indique un tempĂ©rament Ă©toilĂ©e, lumineux, d’une passion tendre et somptueuse mĂȘme, d’une Ă©tonnante vibration et sensibilitĂ© si l’on pense Ă  l’ñge de la jeune compositrice.

Le piano amoureux de Clara

Clara le joue Ă  Leipzig Ă  16 ans, en 1835, sous la direction de Felix Mendelssohn qui dirigeait alors l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig. RĂ©servĂ©e, secrĂšte, la jeune femme exprime une Ă©motivitĂ© pianistique qui respire et sait Ă©largir le champs musical. Son Concerto pour piano respire ample, rĂ©serve des plages d’éloquente langueur enivrĂ©e
 Trois mouvements enchaĂźnĂ©s : Allegro maestoso / Romance : andante non troppo con grazia / allegro non troppo. L’Andante « avec grĂące » et dĂ©jĂ  certaines sĂ©quences du premier Allegro font jaillir cette tendresse ardente (le violoncelle solo dans la Romance
 annonçant mais de façon aĂ©rienne Brahms qui a tant aimĂ© lui aussi Clara), effusion qui scellera le destin de Clara Ă  celui de Robert, union parfaite et lĂ©gendaire, unique dans l’Histoire de la musique europĂ©enne, et dont le vocable « RARO », personnage de l’imaginaire de Robert, reste l’emblĂšme. Ra de Clara, Ro de Robert, l’équation miraculeuse d’oĂč naĂźtront sous la plume des deux auteurs, tant de pages remarquables. En Ă©cho Ă  l’ivresse pianistique prĂ©coce de son Ă©pouse tant adorĂ©e, Robert Ă©crira lui aussi son Concerto pour piano, chef d’oeuvre tout autant, que crĂ©a Ă©videmment Clara en 1846
 au Gewandhaus de Leipzig.

 

 

 

ARTE, dim 8 mars 2020, 18h55. CLARA SCHUMANN : Concerto pour piano, opus 7 – LEIPZIG, 2019, concert pour le bicentenaire de CLARA SCHUMANN (1819-1896)

 

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NOTRE AVIS : pas sĂ»r que cette version convainc tout Ă  fait : la pianiste lettone Lauma Skride a un jeu Ă©pais et lourd, en rien nuancĂ© ni dĂ©taillĂ© et la direction d’Andris Nelsons malgrĂ© tout le bien que l’on pense de lui chez Chostakovitch ou Bruckner, peine lui aussi Ă  ciseler une Ă©criture qui regarde davantage vers Mozart, Chopin voire Tchaikovsky que Brahms et Rachmaninov
 Pour nous erreur de casting.

Autre Ɠuvre au programme la Symphonie n° 1 du mari de Clara, Robert Schumann.

 

 

 

 

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VOIR un extrait du concert CLARA SCHUMANN sur ARTE
https://www.arte.tv/fr/videos/091195-000-A/clara-schumann-concerto-pour-piano-en-la-mineur/

 

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VOIR sur Youtube : le Concerto pour piano de Clara Schumann / Beethovensaal Liederhalle Stuttgart, 2015 / Orchesterverein Stuttgart, direction : Alexander Adiarte / Diana Brekalo, piano. La séquence est trÚs mal cadrée, mais le son convenable révÚle un jeu expressif qui sait nuancer


https://www.youtube.com/watch?v=X4rhHiPUltE

 

 

 

 

 

CD, critique. SCHUMANN : L’Hermaphrodite. Laurianne Corneille, piano (1 cd Klarthe records)

KLA094-CORNEILLE-LAURIANNE-cd-KLARTHE-robert-schumann-piano-kreisleriana-critique-cd-classiquenewsCD, critique. SCHUMANN : L’Hermaphrodite. Laurianne Corneille, piano (1 cd Klarthe records) – On ne soulignera jamais assez la fascination des mondes doubles de Robert Schumann, ses masques jaillissants, Ă  l’insolente Ă©nergie dont la volubilitĂ© versatile, changeante comme une onde insaisissable, semble tout synthĂ©tiser de la psychĂ© humaine. Parce qu’il a choisi de s’inscrire au cƓur de ses contradictions mĂȘmes, le piano de Schumann semble offrir le miroir le plus complet de l’ñme humaine
 Le prĂ©sent programme en tĂ©moigne et s’intitulant « L’Hermaphrodite », Ă  la fois masculin et fĂ©minin, il Ă©claire l’ambivalence captivante schumannienne / « doppelgĂ€nger » (sosie / double); Ă  la fois EusĂ©bius et Florestan, telles deux sensibilitĂ©s non pas contradictoires mais complĂ©mentaires. A l’interprĂšte d’en comprendre les enjeux, manifester l’activitĂ©, rĂ©aliser l’unitĂ©.

Sur les traces et dans les sillons de la pensĂ©e critique de Roland Barthes (Rasch dont elle lit aussi un extrait en bonus), la pianiste Laurianne Corneille exprime d’abord les « coups » fragiles, tĂ©nus, passionnĂ©s du fougueux et sombre Florestan, dans les Kreisleriana : « un corps qui bat » ; la lutte de Robert contre lui-mĂȘme ? , puis sait polir la courbe moins explicite d’une premiĂšre Ă©coute ; celle de la douceur d’Eusebius (sa tendresse calme et mĂȘme Ă©nigmatique), conçue comme le nĂ©gatif du tumulte premiĂšrement dĂ©celĂ©.

 

 

Les doubles réconciliés

 

 

Un cheminement qui nous conduit Ă  la clĂ©, sommet de cette libĂ©ration Ă©motionnelle qui va par Ă©tapes : le Widmung (chant de l’amour) et qui dĂ©voile le 3Ăš terme de la trinitĂ© Schumanienne : « Raro », rĂ©bus amoureux qui fusionne ClaRA et RObert Schumann, l’un des rares couples parmi les plus lĂ©gendaires de l’histoire de la musique. Ici, lumineuses et sincĂšres, leurs deux Ăąmes fusionnent. Widmung ici jouĂ© dans sa transcription pour piano seul de Liszt, ravive intacte, la magie du sentiment amoureux le plus pur, tout en se rapprochant de l’indicible nostalgie schubertienne.

Comme deux pĂŽles fascinants, la pianiste aborde d’abord Les Chants de l’aube, une toute autre confession / contemplation personnelle, frappĂ©e par l’épaisseur grave de la maturitĂ©, Ă©laborĂ©e quelques temps avant son suicide dans le Rhin.
Puis, miroir de la jeunesse de Robert, ses Ă©lans et sa dĂ©claration d’amour pour Clara : les Kreisleriana ; ce sont moins les secousses chaotiques d’une pensĂ©e confuse, au bord de la folie (comme on le joue trop souvent, comme on les prĂ©sente aussi systĂ©matiquement), que la manifestation Ă©clatante d’un tempĂ©rament divers, pluriel, Ă©tonnamment riche qui a affrontĂ© la peur et le rĂȘve ; les espoirs et la dĂ©sillusion. Les 8 Ă©pisodes caressent l’intranquille et tenace activitĂ© schumanienne, comme une sĂ©rie de crĂ©pitements ardents, semĂ©s de coups et de chocs, physiques comme cĂ©rĂ©braux. Schumann a tout vĂ©cu, tout senti, tout mesurĂ©. L’interprĂšte embrasse le flux pianistique dans sa sauvage complexitĂ© sans jamais perdre son fil.

Comme leur aboutissement logique, Les Chants de l’aube en sont la rĂ©alisation finale, l’aveu du renoncement et de la mort. 5 sections conçues comme un lent mais inexorable effondrement progressif, Ă©noncĂ© comme un chant doux et liquide (le dernier en particulier, envisagĂ© comme un ocĂ©an qui se retire : « Im Anfange ruhiges  »).
En recueillant pour elle-mĂȘme les disparitĂ©s faussement confuses du chant schumanien, Laurianne Corneille trouve ce « fil d’or » qui unifie les directions, Ă©quilibre les tensions, enrichit toujours sa propre expĂ©rience intĂ©rieure ; voilĂ  qui rend les Ɠuvres de Schumann, rĂ©vĂ©latrices d’un cheminement, en rien instinctif et prĂ©cipitĂ©, plutĂŽt rĂ©flĂ©chi et magistralement contrĂŽlĂ©, conscient et assumĂ©. L’éprouvĂ©, brisĂ©, saisi est rĂ©unifié  voire « sublimé » selon l’esthĂ©tique japonaise du kintsugi, cet art qui rĂ©pare les cĂ©ramiques cassĂ©es et leur offre une nouvelle vie (cf la notice trĂšs personnelle qui accompagne le cd). Chez Schumann, ce voyage entre deux rives, devient bĂ©nĂ©fique. A la fois, salvateur et rĂ©parateur. Lumineuse et intime rĂ©alisation.

 

 

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CD, critique. SCHUMANN : L’Hermaphrodite. Kreisleriana, Les Chants de l’aube
 Laurianne Corneille, piano (1 cd Klarthe records – enregistrement rĂ©alisĂ© en fĂ©v 2019).

https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/lhermaphrodite-detail

Robert Schumann
GesĂ€nge der FrĂŒhe / Chants de l’aube, opus 133
“Kreisleriana” opus 16
Liebeslied aus Myrthen, opus 25  (transcription de Franz Liszt)

Laurianne Corneille, piano

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CONCERT
Soirée Klarthe records
Lundi 2 mars 2020, PARIS, salle Colonne, 20h.
SCHUMANN par Laurianne Corneille, piano
BRAHMS : Florent HĂ©au, clarinette et le Quatuor Voce.
RĂ©servez vos places directement auprĂšs de Klarthe :
https://www.billetweb.fr/schumann-brahms-klarthe

 

 

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ENTRETIEN avec Laurianne Corneille

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KLA094-CORNEILLE-LAURIANNE-cd-KLARTHE-robert-schumann-piano-kreisleriana-critique-cd-classiquenewsENTRETIEN avec Laurianne Corneille, Ă  propos de son album Schumann : “L’Hermaphrodite” (1 cd Klarthe records). « Doubles rĂ©conciliĂ©s », c’est ainsi que notre rĂ©dacteur Hugo Papbst rĂ©sumait la rĂ©ussite du dernier album de la pianiste Laurianne Corneille, interprĂšte des personnalitĂ©s mĂȘlĂ©es, complĂ©mentaires de Robert Schumann. A l’appui de sa critique dĂ©veloppĂ©e, voici l’entretien que nous a rĂ©servĂ© la pianiste pour laquelle l’écriture Schumanienne revĂȘt des significations singuliĂšres et personnelles. Un engagement intime qui scelle la valeur de son regard sur Robert Schumann
 Explications. LIRE notre entretien avec Laurianne Corneille Ă  propos de Robert Schumann