CD, critique. OFFENBACH : La Périchole. Extremo, Barbeyrac, Mauillon (2 cd Bru Zane, Bordeaux – oct 2018).

perichole offenbach cd bru zane bordeaux minkowski extremo critique opera classiquenewsCD, critique. OFFENBACH : La Périchole. Extremo, Barbeyrac, Mauillon (2 cd Bru Zane, Bordeaux – oct 2018). La production présentée à Bordeaux en oct 2018 avait suscité émoi et fureur : l’orchestre maison associé ordinairement aux productions lyriques de l’Opéra de Bordeaux ayant été remercié alors au profit de l’ensemble fondé par le chef et directeur en place : Les Musiciens du Louvre… triste action aux tristes effets, affrontant des musiciens les uns contre les autres en raison d’une mauvaise décision. Comment les spectateurs bordelais allaient-ils accueillir un collectif qui n’était pas leur cher ONBA – Orch National Bordeaux Aquitaine ?

Plutôt bien malgré une lecture tonitruante et en verve, plus sonore que raffinée, faisant en 2018, sonner un Offenbach rien que… divertissant. Et ce n’était pas la mise en scène, vulgaire et premier degré qui allégeait ce parti de projection musicale parfois caricaturale. Mais ne prenons en compte ici que le registre audio puisqu’il s’agit d’une captation sur le vif.
Bientôt Carmen à Lille (juillet 2019 sous la direction d’Alexandre Bloch), la mezzo Aude Extrémo qui nous avions appréciée dans L’Heure Espagnole de Ravel à l’Opéra de Tours, joue dans le rôle-titre, de son timbre rond et grave, doté d’une articulation qui rend son chant d’une parfaite intelligibilité, quelle que soit la situation et le caractère. Disons que la cantatrice montre davantage de nuances et d’allusives connotations que l’orchestre plutôt mécanique… lequel reste énergique certes mais efficace, sans plus. Extremo captive par son timbre grave, toujours finement caractérisé, surtout compréhensible : sa « chienne créole » a effectivement de quoi troubler et séduire. Une prise de rôle réussie qui place la chanteuse dans le sillon de Hortense Schneider, créatrice du rôle (et certainement davantage dans le cœur d’Offenbach).

Les hommes sont aussi convaincants : Alexandre Duhamel fait un Vice-roi (Ribeira) épatant, moins grossier superficiel comme souvent, que réfléchi et interrogatif : intelligible lui aussi, qualité de plus en plus rare chez les voix françaises. Mais la version retenue écourte beaucoup sa prestation qui en appelle davantage : de toute évidence, l’inteprète aurait aimer développer son personnage auquel il donne, fait rare, de la…profondeur. De même on savoure le charme raffiné et le jeu juste du ténor Stanislas de Barbeyrac qui en Piquillo fringuant, maîtrise l’humour d’un Offenbach, capable d’élégance et de sincérité (tendresse naturelle malgré ses aigus parfois peu assurés). Piliers de la distribution qui étincelle par le choix heureux des rôles secondaires (si essentiels en réalité) : les chanteurs français à la gouaille nationale des mieux finies, Marc Mauillon et Eric Huchet (Hinoyosa et Panatellas), comme les deux notaires Enguerrand de Hys et François Pardailhé. Le Choeur maison reste convaincant lui aussi jusqu’à la fin de l’action.

Sur le plan scientifique, le choix de la version retenue ici pose problème. La Périchole version 1874 (la plus récente, versus celle de 1868) est donc privilégiée mais avec des aménagements pour le moins contestables : ici sont retirés (pourquoi au juste ?) de nombreux airs du dernier tableau (2è trio de la prison, chœur des patrouilles, air des trois couronnes…). Ouf, quoique…, on gagne au change, quelques musiques d’entracte (très peu conservées ailleurs : c’est déjà ça). Centre de musique Romantique Française, le Palazzo Bru Zane aurait gagné à proposer une version idéale, mêlant éléments de 1868 et de 1874 : à chaque auditeur, la liberté de choisir ses morceaux préférés, tout en disposant de toute la musique d’Offenbach. Bizarre, bizarre… En bref malgré l’excellence des chanteurs, on reste sur une note de frustration. Dans ce mi servi, mi recomposé, Offenbach ne sort pas totalement valorisé. Dommage. D’autant plus que ce volume sort au moment de l’année OFFENBACH 2019.

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

CD, critique. OFFENBACH : La Périchole. Extremo, Barbeyrac, Mauillon – Opéra de Bordeaux / M Minkowski (2 cd Bru Zane, Bordeaux – oct 2018)

La Périchole : Aude Extrémo
Piquillo : Stanislas de Barbeyrac
Don Andrès de Ribeira : Alexandre Duhamel
Le comte de Panatellas : Eric Huchet
Don Pedro de Hinoyosa : Marc Mauillon
Première cousine / Première dame d’honneur : Olivia Doray
Deuxième cousine / Deuxième dame d’honneur : Julie Pasturaud
Troisième cousine / Troisième dame d’honneur : Mélodie Ruvio
Quatrième dame d’honneur : Adriana Bignagni Lesca
Premier notaire / Le marquis de Tarapote : Enguerrand de Hys
Deuxième notaire : François Pardailhé

Choeur de l’Opéra National de Bordeaux
Les Musiciens du Louvre / M Minkowski, direction.

Enregistré à l’Opéra National de Bordeaux, en octobre 2018

2 CD Palazzetto Bru Zane BZ 1036 – 51mn + 51mn
Collection Opéra Français – volume 21

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Comments are closed.