Castil-Blaze: Histoire de l’opéra-comiqueEditions Symétrie, Palazzetto Bru Zane

François-Henri-Joseph Blaze (1784-1857), dit Castil-Blaze souffre toujours d’une réputation négative, due essentiellement à son activité d’adaptateur des partitions étrangères au goût français. A l’heure où les théâtres se vident dépendant d’un public de plus en plus volage et capricieux, produire les succès étrangers et les mettre à la sauce hexagonale était encore un bon moyen de faire recette: voyez ce Robin des bois, version française du … Freischütz de Weber de 1824 présenté à L’Odéon.
L’Histoire de l’opéra-comique de Blaze n’est pas le fruit d’un scientifique doué d’une méthodologie systématique dans l’analyse des sources; c’est au contraire un témoignage personnel, les digressions et palabres d’un professionnel immergé relatant les faits marquants de la petite histoire musicale, jusqu’au début du Second Empire; journaliste, Blaze n’en est pas moins homme: les amertumes et le ressentiment (comme ceux de Berlioz ont aussi enrichi la rédaction de ses Mémoires avec l’esprit que l’on sait) d’un musicien non reconnu et qui n’eut jamais l’honneur des feux de la rampe, se lisent d’une page à l’autre; on sait le peu de considération de Berlioz pour ces ” arrangeurs ” ; Blaze prend sa revanche dans l’écriture, en historiographe autodidacte : en témoignent ses livres à caractère historique: La danse et les ballets, 1832; Molière musicien (1852); L’Académie impériale de musique de 1645 à 1855 (1855) entre autres réalisations, sans omettre son avant dernière publication, dédiée à L’Opéra-Italien (1856). L’Histoire de l’Opéra-Comique est son ultime offrande littéraire, laissée inachevée à la mort de l’auteur en décembre 1857.
Jamais vraiment habité par l’exigence et la retenue de la scientificité, pourtant juste conseillère, Castil-Blaze laisse son penchant naturel déborder tous les autres: un goût certain pour l’anecdote, le bon mot, la formule souvent caustique voire âpre car il s’agit bien allusivement de mordre le milieu musical parisien dont il a souvent souffert, comme compositeur-arrangeur, les traits vengeurs.

Le critique musical au Journal des débats (comme Berlioz), à partir de 1821, assiste à de nombreux spectacles, ce qui explique que très vite, le style supposé historique concernant la période la plus reculée, disparaisse à la faveur d’un ton direct, celui du spectateur, impliqué, témoignant de la création de son temps.

Son Histoire suit la chronologie du genre selon les avatars historiques : La Comédie-Italienne, l’Opéra-Comique, le Théâtre de Monsieur, puis la réunion des deux compagnies jusque là, adverses: Feydeau et Favart (rivales de 1791 à 1801). Précisément, Blaze cesse de relater l’histoire de l’opéra comique à l’automne 1837 avec les créations de la Double Echelle de Thomas, Guise ou Les états de Blois d’Onslow, du Bon Garçon de Prévost.

On cherche en vain un commentaire sur l’évolution des esthétiques, sur le fonctionnement des théâtres et des compagnies, sur le jeu et les enjeux des répertoires, sur les sources inspirant les spectacles.
La présentation et la liste des productions présentées en création sont entrelacés d’une multitude d’anecdotes qui disent beaucoup sur l’ambiance de la période; querelles, rumeurs, … commérages plus ou moins courtois d’un musicien sur ses confrères: chanteurs, compositeurs. Entre autres, Grétry ou Méhul reviennent chacun avec force; le premier avec Zémir et Azor de 1771 marque le sommet du genre, et d’ailleurs à la mort du Liégeois le 24 septembre 1813, Blaze développe sur plusieurs pages la relation ambivalente et contradictoire (partagée) pour l’immense compositeur: s’il écrit ses réserves sur l’art véritable de Grétry, piètre harmoniste, force est de reconnaître le génie du mélodiste.
Le cas de Méhul est plus vivant encore car c’est en témoin direct et même privilégié que Castil-Blaze s’inscrit alors: l’auteur de L’Irato (1801) et de Joanna (1802) pour défendre son style, risque une répartie saillante répondant à Napoléon sur l’ennui que lui inspirait sa musique… l’anecdote vaut d’être lue car elle éclaire les rapports du pouvoir vis à vis de l’un de ses plus officiels compositeurs (page 219), c’est enfin une révélation à peine voilée sur le véritable goût musical de l’Empereur… plus italophile que franco-français.
La présente édition critique, offre une mise en contexte, et les éclaircissements nécessaires pour mieux mesurer dans sa vraie nature, la portée subjective d’un texte original et personnel, souvent … divers voire labyrinthique. Mais captivant du fait de sa grande richesse.

Castil-Blaze : ” Histoire de l’opéra-comique “. Alexandre Dratwicki et Patrick Taïeb (coordination). Editions Symétrie: collection et série : Symétrie Recherche, série Musique romantique française. En collaboration avec le Palazzetto Bru Zane, Centre de musique romantique française. ISBN : 978-2-914373-69-2. 352 pages. 47 €. Parution: septembre 2012. 


Illustration: Castil-Blaze (DR)

Comments are closed.