Brahms sublimé. Adam Laloum à L’Opéra de Tours

Adam-Laloum-2-–-Photo-Carole-Bellaiche-©-Mirare-250x250Tours, Opéra. Adam Laloum joue Brahms, les 5 et 6 décembre 2015. C’est l’un des plus captivants concerts symphoniques offerts par Jean-Yves Ossonce pour sa dernière saison musicale à Tours : Brahms, Strauss, Ravel; un défi à multiples facettes pour l’orchestre, le chef et ici, le soliste, l’excellent pianiste, prince des poètes du clavier, d’une intériorité magicienne, Adam Laloum, né en 1987 (ainsi de retour au Grand-Théâtre de Tours). Quel sommet musical que ce 2ème Concerto pour piano de Johannes Brahms (1881) qui atteste des ressources artistiques prodigieuses d’un Brahms à la fois classique et moderne (directeur de la Société de musique de Vienne de 1872 à 1875), alors – au début des années 1880, personnalité célébrée à juste titre à Vienne : sa 2ème Symphonie puis son Concerto pour violon de 1877 l’ont hissé à la célébrité européenne. Le Concerto pour piano n°2 réactive le grand sujet brahmsien, la construction et l’architecture contenant des forces antagonistes, les révélant et les résolvant à la fois, dans l’esprit universel, très structuré et toujours éloquent de Beethoven. La passion de nature schumanienne souvent lyrique et échevelée, mais d’une finesse inouïe grâce à sa maîtrise de l’orchestration (bois et cuivres ciselés), la présence toujours importante des thèmes du folklore populaire (à l’instar d’un Schubert), le sens de l’équilibre et de l’architecte fondent la très haute valeur du romantisme brahmsien. La partition est créée en Hongrie à Budapest par l’auteur avec succès, le duo piano violoncelle qui crée le scintillement miraculeux, nostalgique et tendre d’une ineffable douceur dans l’Andante (3ème mouvement), le rondo sonate qui compose l’ultime épisode (Allegretto Scherzo) marqué par le swing du motif tzigane très emblématique sont des trouvailles géniales auxquelles il reste bien difficile de demeurer insensible. D’autant plus si les interprètes soliste, chef et instrumentistes de l’orchestre jouent la carte du chambrisme transparent plutôt que de la puissance.

ossonce-jean-yves-sara-nemtanu-concerto-violon-orchestre-tchaikovski-concert-opera-de-tours-7-novembre-2015-review-crtique-compte-rendu-classiquenewsAprès Brahms, le programme affiche l’opus 24 de Richard Strauss, Mort et transfiguration, vision sur la mort et expérience spirituelle d’une ineffable profondeur. La Valse de Ravel (1919) conclut le concert : un hymne à la vie tourbillonnante et aussi un délire terrifiant sur la folie jamais éloignée des pulsions de vie. Ravel semble y décortiquer la subtile mécanique chorégraphique capable d’imploser, de se recomposer en une extase vénéneuse, d’aune sauvagerie barbare dont l’esprit chaotique est à rapprocher du premier conflit mondial juste achevé. Engagé, lucide sur notre dernière actualité, la présentation de l’Opéra de Tours des deux concerts des 5 et 6 décembre 2015 est on ne peut plus claire : “De Vienne en 1881 à l’Europe en lambeaux de 1920, quarante années de mutation, ou comment la barbarie peut détruire le monde“.

Johannes Brahms
Concerto pour piano et orchestre n°2 en si bémol majeur, op. 83

Richard Strauss
Mort et transfiguration, op. 24

Maurice Ravel
La Valse

Adam Laloum, piano
Jean-Yves Ossonce, direction
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours

Samedi 5 décembre 2015 – 20h
Dimanche 6 décembre 2015 – 17h

Réservez votre place sur la page billetterie du site de l’Opéra de Tours

 

Illustrations : Adam Laloum, Jean-Yves Ossonce (DR)

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