vendredi 23 février 2024

BADEN BADEN, Lichtenthal. 2 journées au sein de l’Académie CARL FLESCH (18 et 19 juillet 2023)

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A quelques mois des 150 ans de sa naissance (octobre 2023), Carl Flesh, légendaire violoniste d’origine hongroise autant que remarquable pédagogue, brille d’un nouvel éclat à Baden Baden, l’heureuse cité thermale qui accueille les activités renouvelées de l’Académie d’été qui porte son nom.

 

Inspirée par son mentor historique, l’Académie Flesch est une institution de renommée internationale : c’est en son sein que continuent de ses perfectionner violonistes, altistes, violoncellistes, contrebassistes, soit la crème des cordes du monde entier parmi les plus prometteurs ; basée dans la ville thermale de Baden Baden, où Carl Flesch a vécu (de 1926 à 1935), l’actuelle Académie poursuit d’autant mieux sa prestigieuse épopée qu’elle prend cet été un nouvel envol. Sous l’impulsion d’Arndt Joosten, très énergique directeur de la Philharmonie de Baden Baden, le concept a été repensé et amplifié : 6 professeurs désormais  (dont 2 professeurs de violon) encadrent et accompagnent les élèves (31 candidats pour l’été 2023, sélectionnés sur vidéos, provenant de 15 nations, âgés de 11 à 29 ans). 

Kirill Troussov et le chef Heiko Mathias Förster lors d’un concert à la Kurthaus, avec la Philharmonie de Baden Baden © Jörg Bongartz

 

Professeurs de l’été 2023 : Kirill Troussov et Pierre Amoyal (violon), Diemut Poppen (alto / viola), Istvan Vardai (violoncelle), Janne Skasala (contrebasse) et Saule Tatubaova (musique de chambre). 

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Pôle d’excellence à Baden Baden
L’Académie Carl Flesch
Nouvelle ruche exemplaire
pour les cordes

 

 

 

Violonistes, altistes, violoncellistes, contrebassistes y recueillent un enseignement particulièrement soigné et formateur, avec cerise sur le gâteau, pour chaque participant, la possibilité de jouer et donc répéter avec l’Orchestre Philharmonique de Baden Baden, – sous la direction de son directeur musical, Heiko Mathias Förster, une occasion unique en Europe. Les jeunes virtuoses se familiarisent avec l’énergie enveloppante de l’orchestre à son complet, dans des œuvres parmi les plus redoutables du répertoire : Concerto pour violon de Tchaïkovski, Sibelius, Brahms, Poème de Chausson, etc… C’est une expérience aussi exceptionnelle que décisive : rien n’est comparable au jeu avec l’orchestre, quand la plupart des jeunes instrumentistes jouent ordinairement avec l’accompagnement du piano. 

Tous les instruments à cordes y sont enseignés et chaque candidat à l’excellence y apprend les clés de son futur métier de soliste. Le très haut niveau pédagogique tient au choix des professeurs dont l’identité cette année est révélatrice de l’exigence globale. D’abord pour le violon, rien de moins que Kirill Troussov, nouveau directeur artistique de l’Académie depuis cet été, et Pierre Amoyal dont la finesse du goût, l’élégance analytique de chaque commentaire savent discerner immédiatement, à l’écoute de chaque élève, ce en quoi il peut encore progresser. 

 

Dans l’écrin familial et serein de l’Abbaye / Kloster Lichtenthal / abbaye cistercienne féminine fondée au XIIIè – dans la périphérie immédiate de Baden Baden, là même où Brahms vécut (la Brahmshaus est toujours ouverte à la visite), la colonie de musiciens loge et suit les cours de chaque mentor dans une ambiance familiale. Le fait de vivre ensemble stimule l’esprit d’équipe, l’entraide, le partage et la compréhension à tous les niveaux. Comme c’est le cas des meilleures écoles, l’Académie Flesch est aussi une école de la vie, qui prône des valeurs exemplaires sur le plan humain : le respect bienveillant, la curiosité, l’échange. 

Autre exercice tout aussi formateur, celui de la musique de chambre, où chaque jeune musicien apprend l’écoute en partage, l’esprit d’équipe, la faculté d’accompagner et d’aider l’autre pour jouer en une intelligence collective à la fois bienveillante et exigeante qui s’affranchit de toute compétition ou esprit de rivalité. L’entente, la complicité et l’humour aussi n’écartent pas une discipline et une précision constantes… telle est l’approche de la professeur Saule Tatubaeva dont nous avons assisté à une session dédiée à Boccherini. Le cours a lieu dans la magnifique salle de concert de la Philharmonie de Baden Baden, dans l’enceinte même du casino dont l’architecture néoclassique propre au début du XIXè, constitue un vaste établissement appelé KURHAUS. 

 

 

Saule Tatubaeva et les élèves de sa classe de musique de chambre © classiquenews 2023

 

 

 

Le matin, c’était plusieurs jeunes violonistes qui jouaient alors avec l’Orchestre Philharmonique sous la direction de Heiko Mathias Förster pour 30 minutes de mise en place : jouer, baigné dans le son de l’orchestre, sans perdre le tempo, suivre la battue du chef, éviter les décalages, tout en maîtrisant vibrato, phrasés, justesse… le meilleur jeu sera récompensé en fin de semaine ; chaque instrumentiste joue partie du concerto qu’il a ainsi travaillé ; il se verra peut-être récompensé par une distinction (au total 20 000 euros de prix remis cet été), voire obtenir un engagement et jouer ainsi dans son intégralité le Concerto concerné. C’est comme la conquête du Graal : aucun soliste ne pourrait résister à l’appel de l’orchestre ; c’est la fabuleuse expérience que permet la Philharmonie de Baden Baden dans le cadre de son académie d’été Carl Flesch. En complément, les lauréats finalistes se voient remettre le matériel vidéo de leur performance avec l’Orchestre : un support professionnel bienvenu pour leur permettre de se faire connaître et de participer à d’autres concours. Photo : le bâtiment de la KURHAUS, siège de la Philharmonie de Baden Baden © classiquenews 2023.

 

 

 

 

La jeune violoniste française (19 ans) Sara Isabelle Ispas a été sélectionnée directement car elle s’est distinguée au dernier Concours de Mosonmagya (Hongrie) en juin dernier ; une distinction qui lui a ouvert les portes de l’Académie Carl Flesch. Son parcours est emblématique du travail accompli à Baden Baden : cours solo avec Kirill Troussov ; cours avec piano avec Pierre Amoyal ; session de musique de chambre ; enfin répétition avec orchestre sous la conduite de Heiko M Förster (Concerto de Sibelius). Fille de musicien – son père est chef d’attaque des seconds violons de l’ONPL (Orchestre National des Pays de la Loire), Sara est actuellement élève à l’Académie Yehudi Menuhin en Suisse ; déjà sa prodigieuse technique, un tempérament bien affirmé, manifeste dans la maîtrise du vibrato et un superbe fini en terme de sonorité, séduisent Pierre Amoyal dont le jugement sans faille détecte quelques progrès encore à réaliser dans la tenue de l’archet… 

 

Sara souhaite devenir soliste; elle est bien consciente du travail encore à accomplir ; mais les jalons qui l’ont menée jusque là ont été tous formateurs. Ils relèvent de choix audacieux s’agissant de partitions réputées difficiles (mais si formatrices) : Concerto n°5 de Vieuxtemps, n°2 de Bruch, n°3 de Saint-Saëns. Toujours pousser ses limites et parvenir à trouver le juste équilibre entre détente et tension, pour non pas seulement jouer les notes, mais interpréter dans le respect du compositeur… Après le Concerto de Sibelius, Sara s’est fixé comme objectif de jouer les Concertos n°1 et 2 de Prokofiev. La jeunesse et l’enthousiasme ne connaissent pas de répit ni de bornes. Parmi ses modèles, brille l’éclat musical de Yasha Heiffetz, Leonid Kogan, Menuhin et Vengerov, … mais aussi Hilary Hahn, Julia Fischer ou Lisa Batiashvili.

 

Autre élève de Pierre Amoyal, Elias David Moncado (Allemagne) qui est son élève depuis au moins 6 années… » Elias a fait progresser son jeu et sa technique ; il a réussi à canaliser son énergie pour une approche plus caractérisée… », précise le professeur en parlant du jeune violoniste. Tout cela se retrouve au cours de la leçon à laquelle nous assistons. « Tu joues dolce, c’est bien, mais l’esprit de la pièce bénéficierait d’un peu plus de caractère » ; (…) N’oublies pas, tout se joue dans les 15 premières mesures : rythme, justesse, beauté du son, respiration. Tout doit est être en place et juste pour établir cette relation de confiance que tu dois créer avec le public, pour qu’il te suive ensuite là où tu le mènes ». Dans le scherzo de la Sonate de Prokofiev, Elias suit pas à pas les conseils de son mentor, ce avec d’autant plus d’attention que demain, le violoniste jouera avec l’orchestre, dans la salle philharmonique de la KURHAUS, le Concerto de Tchaïkovski. 

Pour le moment, Elias recueille chaque indication de Pierre Amoyal : « Il y a beaucoup de jeu dans cette pièce ; c’est une confrontation entre deux clowns, une joute facétieuse et légère ; c’est le violon qui joue, pas toi ;  tu gagnerais à demeurer digne, dans une posture calme ; ne soit pas brutal ; c’est une histoire de clowns amusés, pas une bagarre ».

 

 

« L’Académie Flesch est très réputée en Allemagne. Je souhaitais absolument y participer : l’équipe pédagogique offre un paquet complet : cours individuel ; chambriste ; avec orchestre. Travailler avec l’orchestre suppose être en totale connexion avec le chef. En cas de décalage, l’orchestre, lui, avance; il ne vous attend pas. Il faut donc être très précis et très efficace pendant le temps de la répétition », précise Elias. 

 

 

En complément, au programme de l’Abbaye, l’équipe offre plusieurs conférences dont les sujets aiguisent encore la compréhension des jeunes instrumentistes de leur futur métier : « place d’un musicien dans l’orchestre », « interaction soliste et orchestre »  ; et aussi « portrait de Carl Flesh » par le journaliste américain, venu de Los Angeles, Laurence Vittes : la fabuleuse carrière du violoniste hongrois (né à Moson en 1873 – le 9 octobre prochain marquera les 150 ans de sa naissance), pédagogue réputé à Bucarest, Amsterdam, Berlin, Philadelphie (où il fut directeur du département violon au Curtis Institute), Lucerne (où il meurt en nov 1944), est ainsi évoquée ; parmi ses élèves qui se sont formés à partir de son célèbre « système de gammes » (entre autres) : Alma Moodie, Ida Haendel, Ginette Neveu, Henryk Szeryng, Szymon Goldberg, Dragan Prokopiev, Max Rostal, Ivry Gitlis…

 

 

Accompagner chaque instrumentiste dans un cheminement qui le mène vers l’excellence tout en lui permettant de se forger sa propre personnalité, tel n’est pas le moindre défi proposé par l’Académie Flesch à Baden Baden. L’Orchestre Philharmonique sait aujourd’hui en mesurer toute la nécessité. Gageons que la nouvelle organisation pédagogique et l’offre artistique complète assurée par la Philharmonie de Baden Baden, feront rayonner davantage l’immense réputation de Carl Flesch. Voilà 40 ans que l’Académie dispense un enseignement justement célébré. Son avenir se profile sous les meilleurs auspices. 

 

 

Sara Isabelle Ipsas répète avec les musiciens de la Philharmonie de Baden Baden, sous la direction de son directeur musical Heiko Mathias Förster © classiquenews 2023

 

 

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BADEN BADEN, 2 journées au sein de l’Académie Carl Flesch, les 18 et 19 juillet 2023. Baden Baden et Lichtenthal. Session 2023 : un nouvel élan pour l’Académie Carl Flesch, à quelques mois du 150è anniversaire de sa naissance  Reportage spécial / Toutes les photos © classiquenews 2023

 

 

 

TOUTES LES INFOS sur l’Académie CARL FLESCH
sur le site officiel CARL FLESCH AKADEMIE :
https://carl.flesch.academy

et sur le site de la Philharmonie de Baden Baden :
https://philharmonie.baden-baden.de/carl-flesch-akademie/
www.baden-baden.de                  

Kloster Lichtenthal / Abbaye cistercienne de Lichtenthal :
https://www.abtei-lichtenthal.de/

 

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Une histoire franco-allemande

Prolongeant la riche histoire des Français à Baden Baden (depuis entre autres, au XIXè, Berlioz, Pauline Viardot et Tourgueniev qui ont marqué la splendide cité par leur séjour fructueux), l’édition 2023 de l’Académie Carl Flesch à Baden Baden a bénéficié de la participation efficace de la française Sylvie Kabina-Clopet, aidée par la non-moins française Sophie Lange, qui ont dirigé le Bureau des étudiants. L’Académie 2023 a été soutenue par l’Institut français de Stuttgart et son consul général du Baden-Württemberg.

 

 

 

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Approfondir

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