CD Ă©vĂ©nement, critique. MOZART : Die Zauberflöte / La FlĂ»te EnchantĂ©e, NĂ©zet SĂ©guin, Vogt, Schweinester
 (2 cd DG Deutsche Grammophon, Ă©tĂ© 2018, Baden Baden)

MOZART FLUTE zauberflote nezet seguin villazon muhlemann selig vogt critique cd critique opera review opera classiquenews concert maestro opera festival deutsche grammophon_02894836400-CvrCD Ă©vĂ©nement, critique. MOZART : Die Zauberflöte / La FlĂ»te EnchantĂ©e, NĂ©zet SĂ©guin, Vogt, Schweinester
 (2 cd / DG Deutsche Grammophon, Ă©tĂ© 2018, Baden Baden). Le 6Ăš opus de leur cycle des opĂ©ras de Mozart Ă  Baden Baden impose dĂ©sormais une complicitĂ© convaincante : Yannick NĂ©zet-SĂ©guin et Roland Villazon ont Ă©tĂ© bien inspirĂ©s de proposer ce projet lyrique aux dĂ©cisionnaires du Festival estival de Baden Baden ; La FlĂ»te EnchantĂ©e jouĂ©e et enregistrĂ©e live en juillet 2018 confirme d’abord l’intelligence dramatique du chef qui sait ici exploiter toutes les ressources de l’orchestre mis Ă  sa disposition : sens de l’architecture, soin des dĂ©tails instrumentaux et donc articulation et couleurs ; la caractĂ©risation de chaque sĂ©quence, selon les protagonistes en piste s’avĂšre passionnante Ă  suivre, rĂ©vĂ©lant dans leur richesse poĂ©tique, tous les plans de comprĂ©hension possible, d’une Ɠuvre Ă  la fois populaire et trĂšs complexe : narratifs, sociologiques, symboliques et donc philosophiques. La fable Ă  la fois rĂ©aliste et spirituelle se dĂ©roule avec une expressivitĂ© jamais appuyĂ©e (sauf Ă  l’endroit du Papageno de Villazon devenu baryton qui en fait souvent trop, tirant le drame vers la caricature
).

 

 

Baden Baden été 2018

Charisme du chef,
plateau vocal impliqué,
chant cohĂ©rent de l’orchestre :
La Flûte convaincante de Yannick Nézet-Séguin

 

 

Zfloete__MOZART zauberflote nezet seguin villazon baden baden cd deutsche grammophon cd critique cd review classiquenews clic de classiquenews critique opera

 

 

CLIC D'OR macaron 200Les autres solistes se montrent particuliĂšrement « mozartiens », soignant leur ligne, la finesse expressive, la souplesse, l’articulation et une intonation riche en nuances : de ce point de vue, les plus mĂ©ritants sont Ă©videment les deux tĂ©nors requis, chacun dans leur registre si contrastĂ©s : l’altier et juvĂ©nile Klaus Florian Vogt, qui a troquĂ© son endurance wagnĂ©rienne (Lohengrin, Parsifal) pour l’élĂ©gance et le galbe princier ; Paul Schweinester dĂ©jĂ  apprĂ©ciĂ© dans Pedrillo de l’EnlĂšvement au sĂ©rail (du mĂȘme cycle de Baden Baden), dont le format naturel, expressif est lui aussi Ă©patant ; mĂȘme engagement total pour le Sarastro de Franz Joseph Selig (prĂ©cĂ©demment Osmin dans le dĂ©jĂ  citĂ© EnlĂšvement au sĂ©rail ; vivante et mĂȘme enivrĂ©e depuis sa dĂ©livrance par Tamino, la Pamina de Christiane Karg (prĂ©cĂ©dente Susanna des Nozze di Figaro), comme la Papagena Regula MĂŒhlemann, palpitante et trĂšs juste ; on reste moins convaincus par la Reine de la nuit d’Albina Shagimuratova, dotĂ©e certes de tout l’appareil technique et du format sonore, mais si peu subtile en vĂ©ritĂ© : dĂ©monstrative, voire routiniĂšre pour l’avoir ici et lĂ  tellement chantĂ© / usĂ© (elle rĂ©ussit mieux son 2Ăš air).
Chacun pourtant donne le meilleur de lui-mĂȘme (charisme fĂ©dĂ©rateur du chef certainement), apportant souvent outre la prĂ©sence vocale, l’approfondissement du caractĂšre.
D’autant que contrairement au live originel de juillet 2018, les rĂ©cits du narrateur ont Ă©tĂ© Ă©cartĂ©s de l’enregistrement Deutsche Grammophon : la succession musicale gagne en naturel et en relief. Ici la vie triomphe. La cohĂ©rence du plateau, l’éloquence de l’orchestre, la vivacitĂ© du chef font la diffĂ©rence. Certainement l’un des meilleurs coffrets du cycle Mozart DG en provenance de Baden Baden (initiĂ© par Don Giovanni jouĂ© Ă  l’étĂ© 2011). CLIC de CLASSIQUENEWS de l’étĂ© 2019. A suivre. Illustration : © Andrea Kremper.

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________
CD Ă©vĂ©nement, critique. MOZART : Die Zauberflöte / La FlĂ»te EnchantĂ©e, NĂ©zet SĂ©guin, Vogt, Schweinester
 (2 cd DG Deutsche Grammophon, Ă©tĂ© 2018, Baden Baden) – Parution : 2 aoĂ»t 2019.

Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791) : Die Zauberflöte (La Flûte enchantée),
opĂ©ra en deux actes- livret d’Emanuel Schikaneder.

Avec :
Klaus Florian Vogt, Tamino ;
Christiane Karg, Pamina ;
Franz-Josef Selig, Sarastro ;
Paul Schweinester, Monostatos ;
Regula MĂŒhlemann, Papagena ;
Albina Shagimuratova, la Reine de la Nuit ;
Rolando VillazĂłn, Papageno ;

Johanni van Oostrum, PremiĂšre Dame ;
Corinna Scheurle, DeuxiĂšme Dame ;
Claudia Huckle, TroisiĂšme Dame ;
Tareq Nazmi, l’Orateur ;
Luca Kuhn, Premier Garçon ;
Giuseppe Mantello, DeuxiÚme Garçon ;
Lukas Finkbeiner, TroisiÚme Garçon ;
Levy Sekgapane, Premier PrĂȘtre / Premier Homme armĂ© ;
Douglas Williams, DeuxiĂšme PrĂȘtre / DeuxiĂšme Homme armĂ© ;
André Eisermann, Récitant.

RIAS Kammerchor (chef de chƓur : Justin Doyle).
Chamber Orchestra of Europe
Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction musicale

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

APPROFONDIR

 

 

LIRE nos critiques complĂštes des titres prĂ©cĂ©dents CYCLE MOZART NĂ©zet-SĂ©guin / Villazon – BADEN BADEN Festival Hall (depuis 2011) – DG Deutsche Grammophon :

 

 

Don-Giovanni.cd_.01CD, critique. Mozart: Don Giovanni, NĂ©zet-SĂ©guin (2011) 3 cd Deutsche Grammophon. EntrĂ©e rĂ©ussie pour le chef canadien Yannick NĂ©zet-SĂ©guin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier dĂ©fi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart.AprĂšs les mythiques Boehm, FurtwĂ€ngler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement mĂ©ditĂ©, l’opĂ©ra Don Giovanni version NĂ©zet-SĂ©guin regarderait plutĂŽt du cotĂ© de son maĂźtre, trĂšs scrupuleusement Ă©tudiĂ©, observĂ©, suivi, le dĂ©funt Carlo Maria Giulini: souffle, sincĂ©ritĂ© cosmique, vĂ©ritĂ© surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincĂ©ritĂ© premiĂšre, son urgence thĂ©Ăątrale, en une libertĂ© de tempi rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempĂ©raments mis en mouvement.ImmĂ©diatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalitĂ© trĂšs fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuitĂ© dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile
 Les chanteurs sont naturellement portĂ©s par la suretĂ© de la baguette, l’écoute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix. EN LIRE +

 

 

Cosi_Mozart-Nezet_seguin_cd_DG_villazonCD. Mozart : Cosi fan tutte (NĂ©zet-SĂ©guin, 2012) 3 cd DG   
.   le jeune chef plein d’ardeur, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin poursuit son intĂ©grale Mozart captĂ©e Ă  Baden Baden chaque Ă©tĂ© pour Deutsche Grammophon avec un Cosi fan tutte, palpitant et engagĂ©. Voici un Cosi fan tutte (Vienne, 1790) de belle allure, surtout orchestrale, qui vaut aussi pour la performance des deux soeurs, victimes de la machination machiste ourdie par le misogyne Alfonso 
 D’abord il y a l’élĂ©gance mordante souvent trĂšs engageante de l’orchestre auquel Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, coordonnateur de cette intĂ©grale Mozart pour DG, insuffle le nerf, la palpitation de l’instant : une exaltation souvent irrĂ©sistible. le directeur musical du Philharmonique de Rotterdam n’a pas son pareil pour varier les milles intentions d’une partition qui frĂ©tille en tendresse et clins d’oeil pour ses personnages, surtout fĂ©minins. Comme Les Noces de Figaro, Mozart semble dĂ©velopper une sensibilitĂ© proche du coeur fĂ©minin : comme on le lira plus loin, ce ne sont pas Dorabella ni Fiodiligi, d’une prĂ©sence absolue ici, qui dĂ©mentiront notre analyse. En LIRE +

 

 

 

http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-mozart-lenlevement-au-serail-die-entfhurung-aus-dem-serail-schweinester-prohaska-damrau-villazon-nezet-seguin-2-cd-deutsche-grammophon/CD, compte rendu critique. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail, Die EntfhĂŒrung aus dem serail. Schweinester, Prohaska, Damrau, Villazon, NĂ©zet-SĂ©guin (2 cd Deutsche Grammophon). AprĂšs Don Giovanni et Cosi fan tutte, que vaut la brillante turquerie composĂ©e par Mozart en 1782, au coeur des LumiĂšres dĂ©fendue Ă  Baden Baden par NĂ©zet-SĂ©guin et son Ă©quipe ? Évidemment avec son lĂ©ger accent mexicain le non germanophone Rolando Villazon peine Ă  convaincre dans le rĂŽle de Belmonte;  outre l’articulation contournĂ©e de l’allemand, c’est surtout un style qui reste pas assez sobre, trop maniĂ©rĂ© Ă  notre goĂ»t, autant de petites anomalies qui malgrĂ© l’intensitĂ© du chant placent le chanteur en dehors du rĂŽle. EN LIRE +

 

 

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick NĂ©zet SĂ©guin. Alors que Sony classical poursuit sa trilogie sous la conduite de l’espiĂšgle et pĂ©taradant Teodor Currentzis (1), Deutsche Grammophon achĂšve la sienne sous le pilotage du MontrĂ©alais Yannick-NĂ©zet SĂ©guin rĂ©cemment nommĂ© directeur musical au Metropolitan Opera de New York. AprĂšs Don Giovanni, puis Cosi, les Nozze di Figaro sont annoncĂ©es ce 8 juillet 2016. A l’affiche de ce live en provenance comme pour chaque ouvrage enregistrĂ© de Baden Baden (festival estival 2015), des vedettes bien connues dont surtout le tĂ©nor franco mexicain Rolando Villazonavec lequel le chef a entrepris ce cycle mozartien qui devrait compter au total 7 opĂ©ras de la maturitĂ©. Villazon on l’a vu, se refait une santĂ© vocale au cours de ce voyage mozartien, rĂ©apprenant non sans convaincre le dĂ©licat et subtil legato mozartien, la douceur et l’expressivitĂ© des inflexions, l’art des nuances et des phrasĂ©s souverains
 une autre Ă©coute aussi avec l’orchestre (les instrumentistes Ă  Baden Baden sont placĂ©s derriĂšre les chanteurs
) – EN LIRE +

 

 

La-Clemenza-Di-Tito neezt seguin donato rebeka villazon cd review critique cd opera par classiquenewsCD, critique. MOZART : La Clemenza di Tito. NĂ©zet-SĂ©guin, DiDonato, Rebeka
 (2 cd DG Deutsche Grammophon). La formule est Ă  prĂ©sent cĂ©lĂšbre : implanter comme Ă  Salzbourg, un cycle rĂ©current Mozart, mais ici Ă  Baden Baden, et chaque Ă©tĂ©, c’est Ă  dire les grands opĂ©ras ; aprĂšs Don Giovanni, Cosi, L’EnlĂšvement au sĂ©rail, Les Nozze, voici le dĂ©jĂ  5Ăš ouvrage, enregistrĂ© sur le vif en version de concert, depuis le Fespielhaus de Baden Baden, en juillet 2017. Autour du tĂ©nor mĂ©diatique Rolando Villazon (pilier avec le chef quĂ©bĂ©cois de ce projet discographique d’envergure), se pressent quelques beaux gosiers, dont surtout, vrais tempĂ©raments capables de brosser et approfondir un personnage sur la scĂšne, grĂące Ă  leur vocalitĂ  ardente, ciselĂ©e : le Sesto de Joyce Di Donato, mozartienne Ă©lectrique jusqu’au bout des ongles ; dans le rĂŽle de l’amant manipulĂ© ; et, rĂ©vĂ©lation de cette bande, la soprano lettone Marina Rebeka, ampleur dramatique de louve dĂ©vorĂ©e par la haine et la conscience du pouvoir, dans le rĂŽle de l’ambitieuse prĂȘte Ă  tout.  LIRE la critique du cd La Clemenza di Tito MOZART NĂ©zet-SĂ©guin Baden Baden, complĂšte

 

 

 

 

____________________

MOZART FLUTE zauberflote nezet seguin villazon muhlemann selig vogt critique cd critique opera review opera classiquenews concert maestro opera festival deutsche grammophon_02894836400-Cvr

 

 

 

LIRE aussi notre annonce du cd MOZART : Die zauberflöte / La Flûte enchantée par Nézet-Séguin / Vogt / annonce du CLIC de CLASSIQUENEWS dÚs le 3 août 2019

 

CD, Ă©vĂ©nement, annonce. MOZART : Die Zauberflöte (NĂ©zet-SĂ©guin, 2018 – Deutsche Grammophon)

MOZART FLUTE zauberflote nezet seguin villazon muhlemann selig vogt critique cd critique opera review opera classiquenews concert maestro opera festival deutsche grammophon_02894836400-CvrCD, Ă©vĂ©nement, annonce. MOZART : Die Zauberflöte (NĂ©zet-SĂ©guin, 2018 – Deutsche Grammophon). Poursuite du cycle Mozart par le chef quĂ©bĂ©cois Yannick NĂ©zet-SĂ©guin chaque Ă©tĂ© en version de concert Ă  Baden-Baden
 aprĂšs Les Nozze di Figaro, Cosi fan tutte, Don Giovanni, L’EnlĂšvement au sĂ©rail
 voici l’ultime opĂ©ra de Mozart, son chef d’oeuvre inspirĂ© par l’idĂ©al maçonnique et l’esprit des LumiĂšres, la FlĂ»te enchantĂ©e, composĂ©e et crĂ©e l’annĂ©e de sa mort : 1791, Ă  la fois conte initiatique et formidable lĂ©gende populaire. Mozart y rĂ©invente aussi l’opĂ©ra en allemand (et non plus en italien).
Le nouveau coffret Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon prĂ©sente la production jouĂ©e en version de concert Ă  l’étĂ© 2018 Ă  Baden Baden. DĂ©jĂ  prĂ©sents dans les prĂ©cĂ©dents coffrets de ce cycle Mozart : Franz-Josef Selig (Osmin de l’EnlĂšvement au sĂ©rail), Paul Schweinester (Pedrillo de l’EnlĂšvement au sĂ©rail)
 Rolando Villazon est prĂ©sent dans chaque production depuis le dĂ©but du cycle

CLIC_macaron_2014Avec le tĂ©nor Klaus Florian Vogt (Tamino) ; Christiane Karg (Pamina) ; Albina Shagimuratova (La Reine de la nuit) ; Franz-Josef Selig (Sarastro) ; Paul Schweinester, Monostatos ; Regula MĂŒhlemann (Papagena) et Rolando Villazon (Papageno)
 RIAS Kammerchor / Chamber Orchestra of Europe / Yannik NĂ©zet-SĂ©guin. Grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com : probable CLIC de CLASSIQUENEWS de l’étĂ© 2019. Sortie annoncĂ©e : 2 aoĂ»t 2019.

CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva (NĂ©zet-SĂ©guin, 3 cd Deutsche Grammophon)

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva (NĂ©zet-SĂ©guin, 3 cd Deutsche Grammophon). Voici donc la suite du cycle Mozart en provenance de Baden Baden 2015 et pilotĂ© par le chef Yannick NĂ©zet-SĂ©guin et le tĂ©nor Roland Villazon : ces Noces / Nozze marque le dĂ©jĂ  quatriĂšme opus sur les 7 ouvrages de maturitĂ© initialement choisis. Ce live confirme globalement les affinitĂ©s mozartiennes du chef quĂ©bĂ©cois nĂ© en 1975,et qui poursuit son irrĂ©pressible ascension : il vient d’ĂȘtre nommĂ© directeur musical du Metropolitan Opera de New York. Hormis quelques rĂ©serves, la tenue gĂ©nĂ©rale, vivace, qui exprime et la vĂ©ritĂ© des profils et l’ivresse rythmĂ©e de cette journĂ©e Ă©tourdissante, convainc. Soulignons d’abord, la prestation superlative vocalement et dramatiquement de la soprano vedette de la production. Elle fut Marguerite du Faust de Gounod Ă  Baden Baden (Festival de PentecĂŽte 2014) : la voici en Comtesse d’une ivresse juvĂ©nile et adolescente irrĂ©sistible, saisissant la couleur nostalgique d’une jeune Ă©pouse mariĂ©e trop tĂŽt et qui a perdu trop vite sa fraicheur (quand elle n’était que Rosine
.). Sonya Yoncheva renouvelle totalement l’esprit du personnage en en rĂ©vĂ©lant l’essence adolescente avec une grĂące et une finesse absolues : son « Porgi amor » ouvrant le II, est affirmation toute en dĂ©licatesse d’une aube tendre et angĂ©lique Ă  jamais perdue : l’aveu d’un temps de bonheur irrĂ©mĂ©diablement Ă©vanoui : dĂ©chirante priĂšre d’une Ăąme Ă  la mĂ©lancolie remarquablement Ă©noncĂ©e. Ce seul air mĂ©rite les meilleures apprĂ©ciations. Car Sonya Yoncheva a contrairement Ă  la plupart de ses consƓurs, le charme, la noblesse, la subtilitĂ© et
 surtout le caractĂšre et l’ñge du personnage. Inoubliable incarnation (mĂȘme charme Ă  la langueur irrĂ©sistible dans le duo Ă  la lettre du II : Canzonetta sull’aria).

 

 

 

Une Rosina nostalgique inoubliable
La comtesse blessée, adolescente de Sonya Yoncheva

 

 

EXCELLENCE FEMININE....A ses cĂŽtĂ©s, deux autres chanteuses sont du mĂȘme niveau : incandescentes, naturelles, vibrantes : la Susanne (pourtant au timbre mĂ»re) de Christiane Karg (de plus en plus naturelle et expressive : sensibilitĂ© de son ultime air avec rĂ©citatif au IV : « Giunse alfin il momento / Deh vient , non tardar, o gioia bella  »), et surtout l’épatante jeune soprano Angela Brower, vrai tempĂ©rament de feu dans le rĂŽle travesti de ChĂ©rubin. Les 3 artistes Ă©blouissent Ă  chacune de leur intervention et dans les ensembles. MĂȘme Regula MĂŒhlemann fait une Barberine touchante (cherchant son Ă©pingle dans le jardin : parabole du trouble et de l’oubli semĂ©s tout au long de l’action) au dĂ©but du IV. Exhaustif et scrupuleux, Yannick NĂ©zet SĂ©guin respecte l’ordre originel des airs et sĂ©quences de l’acte III ; il dirige aussi tout l’acte IV avec l’air de Marceline (« il capo e la capretta » : Ă©patante Anne-Sofie von Otter, plus fine actrice que chanteuse car

Diva d'aujourd'hui : Sonya Yoncheva chante Irisl’instrument vocal est Ă©raillĂ©), et le grand rĂ©cit de Basilio (sur l’art bĂ©nĂ©fique de se montrer transparent : « In quagli anni », chantĂ© par un Rolando Villazon, malheureusement trop outrĂ© et maniĂ©rĂ©, cherchant a contrario de tout naturel Ă  trouver le dĂ©tail original qui tue ; cette volontĂ© de faire rire (ce que fait le public de bonne grĂące) est Ă©tonnante puis dĂ©concertante ; dommage (rien Ă  voir avec son chant plus raffinĂ© dans l’EnlĂšvement au sĂ©rail, prĂ©cĂ©demment Ă©ditĂ©). Face Ă  lui, le Curzio de Jean-Paul FauchĂ©court est mordant et vif Ă  souhait, soulignant la verve de la comĂ©die sous l’illusion et les faux semblants du drame domestique. Contre toute attente, le Comte Almaviva de Thomas Hampson montre de sĂ©rieuses usures dans la voix et un chant constamment en retrait, – ce malgrĂ© la justesse du style et l’aplomb des intentions, et pourtant d’une prĂ©cision Ă  peine audible (mĂȘme si l’orchestre est placĂ©e derriĂšre les chanteurs selon le dispositif du live Ă  Baden Baden). Le Figaro un rien rustre et sanguin de Luca Pisaroni est percutant quant Ă  lui, trop peut-ĂȘtre avec une couleur rustique qui contredit bien des Figaro plus policĂ©s, mieux nuancĂ©s (Hermann Prey).

 

 

seguin_yannick_nezet_chef_maetroSur instruments modernes, l’orchestre palpite et s’enivre au diapason de cette journĂ©e Ă  perdre haleine avec la couleur trĂ©pidante, ronde du pianoforte dans rĂ©citatifs et airs ; pourtant jamais prĂ©cipitĂ©e, ni en manque de profondeur, la baguette de Yannick NĂ©zet-SĂ©guin ne se dilue, toujours proche du texte, du sentiment, de la finesse : l’expressivitĂ© souple assure le liant de ce festival enfiĂ©vrĂ© qui marque en 1786 la premiĂšre coopĂ©ration entre Da Ponte et Mozart, inspirĂ©s par Beaumarchais (le mariage de Figaro, 1784). Pour l’excellence des parties fĂ©minines, – le sommet en Ă©tant la subtilitĂ© adolescente de la Comtesse de Sonya Yoncheva, pour l’allure palpitante de l’orchestre grĂące Ă  la vivacitĂ© nerveuse du chef, ce live de Baden Baden mĂ©rite tous les Ă©loges. Au regard des accomplissements ainsi rĂ©alisĂ©s, les rĂ©serves Ă©mises ne sont que broutilles face Ă  la cohĂ©rence d’ensemble. Saluons donc la rĂ©ussite collective de ce 4Ăš Mozart Ă  ranger au mĂ©rite du duo d’initiateurs NĂ©zet-SĂ©guin et Villazon Ă  Baden Baden.
CLIC de classiquenews de juillet 2016.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva, Angela Brower, Christiane Karg, Anne Sofie von Ottter, Regula MĂŒhlemann, Jean-Paul FauchĂ©court, Luca Pisaroni, Thomas Hampson, Rolando Villazon
 Vocalensemble Rastatt, Chamber orchestra of Europe. Yannick NĂ©zet SĂ©guin, direction — 3 cd Deutsche Grammophon 479 5945 / CLIC de classiquenews de juillet 2016

CD, coffret événement, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick Nézet Séguin (3 cd Deutsche Grammophon)

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick NĂ©zet SĂ©guin. Alors que Sony classical poursuit sa trilogie sous la conduite de l’espiĂšgle et pĂ©taradant Teodor Currentzis (1), Deutsche Grammophon achĂšve la sienne sous le pilotage du MontrĂ©alais Yannick-NĂ©zet SĂ©guin rĂ©cemment nommĂ© directeur musical au Metropolitan Opera de New York. AprĂšs Don Giovanni, puis Cosi, les Nozze di Figaro sont annoncĂ©es ce 8 juillet 2016. A l’affiche de ce live en provenance comme pour chaque ouvrage enregistrĂ© de Baden Baden (festival estival 2015), des vedettes bien connues dont surtout le tĂ©nor franco mexicain Rolando Villazon avec lequel le chef a entrepris ce cycle mozartien qui devrait compter au total 7 opĂ©ras de la maturitĂ©. Villazon on l’a vu, se refait une santĂ© vocale au cours de ce voyage mozartien, rĂ©apprenant non sans convaincre le dĂ©licat et subtil legato mozartien, la douceur et l’expressivitĂ© des inflexions, l’art des nuances et des phrasĂ©s souverains
 une autre Ă©coute aussi avec l’orchestre (les instrumentistes Ă  Baden Baden sont placĂ©s derriĂšre les chanteurs…) Leur dernier enregistrement, L’EnlĂšvement au sĂ©rail (qui a rĂ©vĂ©lĂ© le chant millimĂ©trĂ© du jeune tĂ©nor Paul Schweinestet dans le rĂŽle clĂ© de Pedrillo) excellait dans ce sens dans la restitution de ce chant intĂ©rieur et suave portĂ© par la finesse des intentions. Qu’en sera-t-il pour ce nouveau Da Ponte qui clĂŽt ainsi la trilogie des opĂ©ras que Mozart a composĂ© avec l’écrivain poĂšte ?
La distribution regroupe des tempĂ©raments prĂȘts Ă  exprimer l’esprit de comĂ©die et ce rĂ©alisme juste et sincĂšre qui font aussi des Nozze, l’opĂ©ra des femmes : Sonya Yoncheva chante la Comtesse, Anne Sofie von Otter, Marcellina, la moins connue Christiane Karg dans le rĂŽle clĂ© de Susanna
 les rĂŽles masculins promettent d’autres prises de rĂŽles passionnants Ă  suivre : Luca Pisaroni en Figaro ; Thomas Hampson pour le Comte Almaviva ; Rolando Villazon incarne Basilio le maĂźtre de musique, et Jean-Paul FouchĂ©court, Don Curzio (soit pour ces deux derniers personnages, deux sensibilitĂ©s invitĂ©es Ă  sublimer l’expressivitĂ© de deux rĂŽles moins secondaires qu’on l’a dit
).
Quelle cohĂ©rence vocale ? Quelle rĂ©alisation des situations psychologiques Ă  travers les 4 actes ? Quelle conception Ă  l’orchestre ? On sait combien l’opĂ©ra de Mozart et da Ponte a transfigurĂ© la piĂšce de Beaumarchais dans le sens d’une libĂ©ration des individualitĂ©s, dans l’esprit d’une comĂ©die rĂ©aliste parfois dĂ©lirante oĂč perce la vĂ©ritĂ© des caractĂšres. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin et son complice Rolando Villazon sont-ils au rendez vous de tous ces dĂ©fis ? RĂ©ponse dans notre grande critique des Noces de Figaro par NĂ©zet-SĂ©guin et Villazon, Ă  paraĂźtre dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, le jour de la sortie du coffret, le 8 juillet 2016.

 

CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick NĂ©zet SĂ©guin, 3 cd Deutsche Grammophon — 479 5945. Parution annoncĂ©e le 8 juillet 2016.

 

 

 

LE CYCLE MOZART de Yannick Nézet-Séguin et Rolando Villazon. LIRE aussi nos critiques complÚtes CLASSIQUENEWS des opéras précédemment enregistrés par Yannick Nézet-Séguin :

Don-Giovanni.cd_.01DON GIOVANNI. EntrĂ©e rĂ©ussie pour le chef canadien Yannick NĂ©zet-SĂ©guin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier dĂ©fi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart. AprĂšs les mythiques Boehm, FurtwĂ€ngler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement mĂ©ditĂ©, l’opĂ©ra Don Giovanni version NĂ©zet-SĂ©guin regarderait plutĂŽt du cotĂ© de son maĂźtre, trĂšs scrupuleusement Ă©tudiĂ©, observĂ©, suivi, le dĂ©funt Carlo Maria Giulini: souffle, sincĂ©ritĂ© cosmique, vĂ©ritĂ© surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincĂ©ritĂ© premiĂšre, son urgence thĂ©Ăątrale, en une libertĂ© de tempi rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempĂ©raments mis en mouvement. ImmĂ©diatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalitĂ© trĂšs fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuitĂ© dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile
 Les chanteurs sont naturellement portĂ©s par la suretĂ© de la baguette, l’écoute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix.

Cosi_Mozart-Nezet_seguin_cd_DG_villazonCOSI FAN TUTTE. Voici un Cosi fan tutte (Vienne, 1790) de belle allure, surtout orchestrale, qui vaut aussi pour la performance des deux soeurs, victimes de la machination machiste ourdie par le misogyne Alfonso 
 D’abord il y a l’élĂ©gance mordante souvent trĂšs engageante de l’orchestre auquel Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, coordonnateur de cette intĂ©grale Mozart pour DG, insuffle le nerf, la palpitation de l’instant : une exaltation souvent irrĂ©sistible. Le directeur musical du Philharmonique de Rotterdam n’a pas son pareil pour varier les milles intentions d’une partition qui frĂ©tille en tendresse et clins d’oeil pour ses personnages, surtout fĂ©minins. Comme Les Noces de Figaro, Mozart semble dĂ©velopper une sensibilitĂ© proche du coeur fĂ©minin : comme on le lira plus loin, ce ne sont pas Dorabella ni Fiodiligi, d’une prĂ©sence absolue ici, qui dĂ©mentiront notre analyse.

 

mozart-2-cd-deutsche-grammophon-die-entfurhung-aus-dem-serail-enlevement-au-serail-yannick-nezet-seguin-villazon-prohaska-paul-schweinester-rolando-villazonL’ENLEVEMENT AU SERAIL. CD, compte rendu critique. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail, Die EntfhĂŒrung aus dem serail. Schweinester, Prohaska, Damrau, Villazon, NĂ©zet-SĂ©guin (2 cd Deutsche Grammophon). AprĂšs Don Giovanni et Cosi fan tutte, que vaut la brillante turquerie composĂ©e par Mozart en 1782, au coeur des LumiĂšres dĂ©fendue Ă  Baden Baden par NĂ©zet-SĂ©guin et son Ă©quipe ? Évidemment avec son lĂ©ger accent mexicain le non germanophone Rolando Villazon peine Ă  convaincre dans le rĂŽle de Belmonte;  outre l’articulation contournĂ©e de l’allemand, c’est surtout un style qui reste pas assez sobre, trop maniĂ©rĂ© Ă  notre goĂ»t, autant de petites anomalies qui malgrĂ© l’intensitĂ© du chant placent le chanteur en dehors du rĂŽle.

 

 

(1) Sony classical a publiĂ© Cosi fan tutee,  Le Nozze di Figaro… reste Don Giovanni, annoncĂ© courant dernier quadrimestre 2016

La Flûte enchantée à Baden Baden sur Brava

brava+payoff2-FRCLIC D'OR macaron 200TĂ©lĂ©, Brava. Dimanche 4 octobre, 21h. Mozart : La FlĂ»te enchantĂ©e Ă  Baden Baden. La ville thermale est un Ă©crin dĂ©signĂ©e pour les recrĂ©ations mozartiennes. Depuis plusieurs Ă©tĂ©s dĂ©jĂ , une Ă©quipe crĂ©ative composĂ©e du chef Yannick NĂ©zet-SĂ©guin et Rolando Villazon s’attache Ă  une nouvelle intĂ©grale lyrique des grands opĂ©ras de Mozart : Don Giovanni (2011) et Cosi fan tutte (2012) dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ©s, et rĂ©cemment L’EnlĂšvement au SĂ©rail (2014), tous trois ayant Ă©tĂ© l’objet d’une parution discographique chez Deutsche Grammophon, abondamment annoncĂ©s et critiquĂ©s dans les colonnes de classiquenews.

 

 



carsen flute enchantee rattle mozart baden baden 2013Mais voici une production ayant eu lieu lors du festival pascal d’avril 2013
 La premiĂšre Ă©dition du Festival de PĂąques de Baden-Baden Ă  cette date. À la Festspielhaus de la ville, l’Orchestre philharmonique de Berlin sous la baguette de Sir Simon Rattle a proposĂ© quatre exĂ©cutions de l’opĂ©ra « La FlĂ»te enchantĂ©e » de Mozart. « La FlĂ»te EnchantĂ©e » est l’une des Ɠuvres les plus aimĂ©es de Mozart. A juste titre. L’opĂ©ra en allemand, singspiel – vĂ©ritable comĂ©die populaire Ă©voque le parcours (initiatique) du Prince Tamino lequel sauve la princesse Pamina sur l’ordre de la Reine de la Nuit. Pamina est trĂšs belle et Tamino tombe amoureux de son portrait, mais elle reste la captive de Sarastro. Sur le chemin de son destin, Tamino Ă  qui il a Ă©tĂ© remis une flĂ»te enchantĂ©e, protectrice, est aidĂ© par Papageno l’oiseleur, qui cherche une femme.

 
 

Mozart : la Flûte enchantée version Carsen / Rattle sur Brava

 
 

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)Au delĂ  des apparences, la vĂ©ritĂ© Ă©clate : La Reine de la nuit est dĂ©moniaque et manipulatrice et Sarastro, un sage, le grand prĂȘtre du Temple de la Sagesse. De l’ombre de l’ignorance et de la peur Ă  la lumiĂšre de la connaissance et de la fraternitĂ© (thĂšmes et cheminement Ă©minemment maçonniques : Mozart Ă©tait franc-maçon), Tamino rĂ©alise sa destinĂ©e en dĂ©voilant intrigues et manigances. Il dĂ©livre Pamina de sa mĂšre, l’odieuse Reine de la Nuit. Mais pour rĂ©ussir les Ă©preuves de ce labyrinthe enchantĂ©e et trompeur, le jeune hĂ©ros doit subir les trois preuves – avant qu’il ne puisse Ă©pouser Pamina et devenir le successeur de Sarastro : faire silence, dominer le feu et l’eau. La flĂ»te enchantĂ©e lui permet de vaincre les 3 dĂ©fis. Papageno suit le mĂȘme chemin : dans l’opĂ©ra de Mozart, chacun, noble ou plĂ©bĂ©ien a sa chance. L’esthĂ©tisme de Robert Carsen (mise en scĂšne), la nervositĂ© ronde de Rattle, le plateau de chanteurs trĂšs cohĂ©rent font la rĂ©ussite de ce spectacle pour tous, accessible, profond qui a la candeur et la juvĂ©nilitĂ© d’un chef d’Ɠuvre.

 

 

 

La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart Ă  Baden Baden. PĂąques, 2013. Chef d’orchestre : Sir Simon Rattle sur Brava

Orchestre : Orchestre philharmonique de Berlin
ChƓur : Berliner Rundfunkchor
Solistes : Ana Durlovski, Dimitry Ivashchenko, Pavol Breslik, Kate Royal, Michael Nagy, Regula MĂŒhlemann, Annick Massis, Magdalena KoĆŸenĂĄ, Nathalie Stutzmann, JosĂ© van Dam
Metteur en scĂšne : Robert Carsen
Producteur : EuroArts Music en coproduction avec Idéale Audience, NHK, SWR
RĂ©alisateur : Olivier Simonnet
Filmé au Festspielhaus, Baden-Baden en avril 2013

Télé, Brava. Dimanche 4 octobre, 21h. Mozart : La Flûte enchantée à Baden Baden (Pùques, 2013).

 

 

CD, Ă©vĂ©nement. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail / Die EntfĂŒhrung aus dem serail. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction (Baden Baden 2014), annonce

CD, Ă©vĂ©nement. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail / Die EntfĂŒhrung aus dem serail. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction (Baden Baden 2014). AprĂšs Don Giovanni, Cosi fan tutte, voici le dĂ©jĂ  3Ăšme volet d’un cycle annoncĂ© de 7 rĂ©alisations mozartiennes par Rolando Villazon au festival de Baden Baden (Ă  l’Ă©tĂ© 2015, les mĂȘmes planchent et rĂ©alisent Le Nozze di Figaro). En version de concert, chaque opĂ©ra est enregistrĂ© avec un soin particulier que ce nouveau jalon confirme : l’image sonore et spatiale privilĂ©gie l’Ă©quilibre entre solistes et orchestre pour une trĂšs fine caractĂ©risation dramatique dont la verve, la finesse et le style saisissent immĂ©diatement. Voici peut-ĂȘtre l’une des rĂ©alisations d’une subtilitĂ© admirable de bout en bout et mĂȘme le tĂ©nor mexicain, aĂźnĂ© d’un jeune arĂ©opage, profitant d’une maĂźtrise linguistique rarement atteinte jusque lĂ  depuis des annĂ©es (tous sont germonophones sauf Villazon), sait profiter de leur voisonage artistique et expressif. Voici en avant premiĂšre la critique de classiquenews qui paraĂźtra le jour de la parution annoncĂ©e du coffret de 2 cd Deutsche Grammophon : le 10 juillet 2015.

mozart-2-cd-deutsche-grammophon-die-entfurhung-aus-dem-serail-enlevement-au-serail-yannick-nezet-seguin-villazon-prohaska-paul-schweinester-rolando-villazon“PĂ©tillante,  fine, affĂ»tĂ©e, la version orchestrale dĂ©fendue par Yannick  NĂ©zet-SĂ©guin ne manque pas d’attraits. … Ă©quilibrĂ©e, fruitĂ©e, rythmiquement trĂšs finement caractĂ©risĂ©e, la direction fait merveille sur le plan dramatique. Ensuite tout tient au choix des chanteurs rĂ©unis par le chef canadien Ă  Baden Baden. .. d’emblĂ©e en basse bouffe idĂ©alement fluide et caverneux l’Osmin de l’excellent Franz-Josef Selig cisĂšle un babillage naturellement expressif d’une dĂ©licatesse dĂ©lectable  (d’une verve rossinienne et aussi d’une finesse de ton linguistique qui lui ouvre les bras de l’Ochs straussien (Der Rosenkavalier). Il fait tout le piment orientaliste des premiĂšres scĂšnes oĂč Mozart pose le cadre  de ce Proche-Orient enturbané  si cher  Ă  l’esprit  aventureux et universaliste des LumiĂšres propre aux annĂ©es 1780 (L’EnlĂšvement au sĂ©rail premier opĂ©ra populaire en langue allemande, s’Ă©cartant des serias italiens formatĂ©s est crĂ©Ă© Ă  Vienne en 1782). Le duo qu’il forme avec Rolando Villazon pĂ©tille de subtilitĂ© et quand le tĂ©nor mexicain sait soigner son legato  et la puretĂ© de son chant sans contorsion latine la langue de Mozart peut s’Ă©panouir avec la dĂ©licatesse  de style  requise. Et nous ne parlons pas du duo Osmin / Blonde, ce dernier personnage, – parfaite figure populaire rĂȘvĂ©e et affinĂ©e par Mozart, relevĂ© par la dĂ©licieuse et percutante, si fĂ©minine (une vraie rivale pour Constanz) de Anna Prohaska qui rĂ©ussit avec une intelligence nuancĂ©e suractive mais mesurĂ©e et rĂ©flĂ©chie une incarnation … exemplaire. Les phrasĂ©s de l’orchestre, l’ajout du pianoforte dans rĂ©citatif et airs, la finesse et l’intelligence globale suscite les meilleurs louanges. Ce Mozart Ă©tonne, captive, respire (les climats psychologiques de chaque scĂšne, si ressentis et concentrĂ©s par les femmes – rĂŽles nettement privilĂ©giĂ©s par Mozart, comme il le fera dans les Noces de Figaro, rayonne d’une profondeur et d’une tendresse grave … bouleversante.

schweinester-paul-tenor-pedrillo-baden-baden-2014-revelation-classiquenews-juin-2015-582-594RĂ©vĂ©lations : la pĂ©tillante et millimĂ©trĂ©e Ana Prohaska donc, surtout le tĂ©nor sĂ©duisant tout en charme juvĂ©nile du jeune Paul Schweinester, timbre fin et racĂ©, Ă©mission et projection d’une facilitĂ© Ă©tonnante, rĂ©vĂ©lĂ© au concours des jeunes chanteurs de Salzbourg en 2012. La verve, la musicalitĂ© lui promettent demain une carriĂšre en or… Ă  suivre de prĂšs.

Critique complĂšte de L’enlĂšvement au SĂ©rail de Mozart par Yannick  NĂ©zet-SĂ©guin (Baden Baden, juillet 2014) dans le magasin ce dvd livres de classiquenews.com au moment se la sortie annoncĂ©e du coffret soit le 10 juillet prochain.

Nouveau Chevalier Ă  la rose Ă  Baden Baden

Richard Strauss, un "gĂ©nie contestĂ©"Baden Baden. Strauss : Der Rosenkavalier, les 27,30 mars, 2 avril 2015. Dans le cadre de son festival de PĂąques du 27 mars au 6 avril 2015. Simon Rattle et le Berliner Philharmoniker jouent l’opĂ©ra de Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal : le Chevalier Ă  la rose. L’Ɠuvre crĂ©Ă© Ă  Vienne en 1911 quelques annĂ©es avant la premiĂšre guerre synthĂ©tise toute la grĂące mozartienne dont est capable Strauss, Ă  laquelle il ajoute l’anachronisme des valses, emblĂšme de la Vienne de Johann Strauss quand Le chevalier Ă  la rose se dĂ©roule au XVIIIĂš Ă  l’époque de l’impĂ©ratrice Marie-ThĂ©rĂšse. Protagoniste, La MarĂ©chale amour amant Quinquin, c’est Ă  dire Octavian (magnifique emploi travesti pour mezzo); mĂȘme trentenaire, la jeune princesse doit renoncer bientĂŽt face Ă  la jeunesse insouciante et volage : Octavian aimera bientĂŽt Sophie, plus jeune, plus jolie. Ochs, le cousin de La MarĂ©chale est son double masculin : moins rustaud caricatural comme on le voit souvent dans nombre de productions, que trentenaire lui aussi, dĂ©passĂ© par les intrigues des femmes qui le piĂšgent toujours. Le trio final met en scĂšne les trois voix fĂ©minines de l’opĂ©ra : La MarĂ©chale, Octavian, Sophie en une scĂšne d’un flamboiement sensuel, au spectre instrumental, littĂ©ralement iridiscent. Alors que le Phiharmonique de Vienne est souvent Ă©coutĂ© et plĂ©biscitĂ© dans une Ɠuvre emblĂ©matique de l’OpĂ©ra d’état, il est plus rare d’écouter le Phiharmonique de Berlin. C’est l’ex chanteuse vedette dans le rĂŽle travesti d’Octavian, Brigitte Fassbaender qui rĂ©alise la mise en scĂšne de cette nouvelle production straussienne Ă  Baden Baden.

Vanités des plaisirs, illusions de la vie


Nattier jeune femme Jean-Marc-Nattier-8759561-1ComĂ©die de moeurs Ă  la façon des peintures de William Hogarth (lequel inspirera aussi Igor Strawinsky pour son Rake’s progress), mais aussi Ă©vocation nostalgique de la Vienne baroque Ă  l’époque de l’ImpĂ©ratrice Marie-ThĂ©rĂšse, le Chevalier Ă  la rose, est surtout, un opĂ©ra nĂ© de l’accord exemplaire entre un compositeur et son librettiste: Richard Strauss et Hugo von Hoffmannsthal. Ce dernier n’hĂ©site pas Ă  solliciter la connaissance des convenances aristocratiques de l’Ancien RĂ©gime auprĂšs du Comte Harry von Kessler, afin de renforcer la vraisemblance de la fresque historique. Mais l’art transcende l’anecdote et mĂȘme si la remise d’une rose d’argent Ă  la jeune fiancĂ©e Sophie, Ă©lue par le Baron Ochs, n’est que pure fiction, la partition et le livret produisent un ouvrage d’une rare subtilitĂ© psychologique. Les auteurs interrogent les rapports des ĂȘtres les uns vis Ă  vis des autres, la fuite du temps et la quĂȘte (vaine) de chacun pour s’en dĂ©faire et trouver un (impossible) bonheur, bien Ă©phĂ©mĂšre.

 

 

 

hofmannsthal Hugo_von_Hofmannsthal richard straussVanitĂ© des plaisirs, illusion de la vie, tout en ciselant chaque tableau social, la musique exprime la quĂȘte Ă©perdue et dĂ©jĂ  futile d’une identitĂ© fragile. “Qui suis-je rĂ©ellement? Que suis je pour les autres? Tout passe et tout s’efface”, semble se dire Ă  elle-mĂȘme La MarĂ©chale. MĂȘme jeune, tout juste trentenaire, la jeune femme exprime la vanitĂ© de toute chose, y compris l’amour ardent que lui voue son jeune amant, “Quinquin” (Octavian). Son cousin le Baron Ochs est lui aussi un aristocrate assez “rustique” mais moins Ă©pais qu’on veut bien le chanter ordinairement. Reste, le portrait en triptyque de La MarĂ©chale, Octavian et Sophie qui sous la plume du compositeur demeure le plus bouleversant trio final, Ă©crit pour trois voix de femme, portĂ© sur la scĂšne d’un thĂ©Ăątre lyrique.

 

 

 

rose-nattierJean-Marc-Nattier-8759561-1Le Chevalier Ă  la rose, crĂ©Ă© Ă  Dresde le 26 janvier 1911, est le cinquiĂšme opĂ©ra de Richard Strauss, aprĂšs Guntram, Feuersnot, SalomĂ© et Elektra. C’est le second ouvrage nĂ© de la collaboration avec le poĂšte Hofmannsthal. Du mĂȘme duo crĂ©ateur naĂźtront ensuite, Ariane Ă  Naxos (1912), La Femme sans ombre (1919), HĂ©lĂšne d’Egypte (1928) et Arabella (1933)


 

 

 

boutonreservationLe Chevalier Ă  la Rose de Strauss Ă  Baden Baden
3 dates au Festival de PĂąques de Baden Baden

Le 27 mars 2015 Ă  18h
Le 30 mars 2015 Ă  18h
Le 2 avril 2015 Ă  18h

Sir Simon Rattle, direction musicale
Brigitte Fassbaender, mise en scĂšne

Anja Harteros, la Maréchale
Peter Rose, Ochs
Magdalena KoĆŸenĂĄ, Octavian
Anna Prohaska, Sophie
Carole Wilson, Annina
Clemens Unterreiner, Faninal
Elisabeth-Maria Wachutka, Marianne
Lawrence Brownlee, un chanteur

Philharmonia Chor Wien
Berliner Philharmoniker

Illustrations : Richard Strauss, portrait de jeune femme par Nattier, Hofmannsthal (DR)

 

 

 

DVD. Mozart : Don Giovanni. Schrott, Netrebko, Castronovo
 (Engelbrock, Baden Baden mai 2013, 2 dvd Sony classical)

Mozart Don Giovanni Baden Baden Netrebko Schrott 88843040109DVD compte rendu critique.  Mozart : Don Giovanni. Schrott, Netrebko, Castronovo
 (Engelbrock, Baden Baden mai 2013, 2 dvd Sony classical). Dans la mise en scĂšne intelligente et moderniste de Philipp Himmelmann, ce Don Giovanni captĂ© live en mai 2013 auFestival de Baden Baden dĂ©voile plusieurs attraits non nĂ©gligeables ; l’orchestre sur instruments d’époque d’abord de Thomas Engelbrock sevrant avec une fine caractĂ©risation chaque climat de la partition de Mozart dont on rĂ©Ă©coute avec beaucoup d’intĂ©rĂȘt chaque trouvaille et trait gĂ©nial. La sonoritĂ© sĂ©duisante (cordes Ă  l’unisson), l’équilibre caractĂ©risĂ© des pupitres s’entend dĂšs l’ouverture Ă  la belle Ă©nergie, nerveuse et d’une gravitas prenante.  Ensuite le cast fournit un autre argument : ex Ă©poux Ă  la ville, Anna Netrebko – star Ă  Baden Baden et depuis longtemps comme Ă  Salzbourg, tĂȘte d’affiche rĂ©guliĂšre, qui retrouve ainsi le baryton uruguayen Erwin Schrott. Les deux convainquent absolument chacun dans leur emploi : en nuisette rose, Anna, ardente, habitĂ©e, vraie nature tragique, cisĂšle chaque couleur de chaque situation comme si elle jouait sa vie, avec petites limites cependant, une attention pas toujours aussi raffinĂ©e Ă  l’articulation du verbe, et parfois comme on l’a vu rĂ©cemment dans un Strauss risquĂ©, une ligne en perte de justesse. Mais par ailleurs quelle intensitĂ© sensible ! Sorte de maffieux Ă  la lame facile, Erwin Schrott animal cynique et sĂ©ducteur faussement amusĂ©, semble agir comme un fĂ©lin calculateur, tirant profit de tout : l’aisance du jeu scĂ©nique et vocal sĂ©duisent. A leurs cĂŽtĂ©s, le Leporello de Pisaroni s’emballe et trĂ©pigne comme une vraie nature dramatique, sans forcer : idem pour l’Ottavio de Castronovo, toujours Ă©gal et naturellement ardent : il incarne cet embrasement progressif que le fiancĂ© de Anna Ă©prouve avec son aimĂ©e aux cĂŽtĂ©s du provocateur infĂąme… Moins convaincante Ă  force d’hystĂ©rie dans le jeu, l’Elvire de Ernman (le maillon faible de la distribution avec la Zerlina sans charme
).

Baden Baden a le chic de réunir un plateau digne de Salzbourg. Ne réfrénons donc pas notre plaisir face à cette production trÚs séduisante.

 

 

 

erwin schrott don giovanni mozart baden baden 2013 1

 

 

Mozart : Don Giovanni. Erwin Schrott, Anna Netrebko, Charles Castronovo, Malena Ernman, Luca Pisaroni, Balthasar-Neumann-Chor & Ensemble. Thomas Hengelbrock, direction. 2 dvd Sony classical 88843040109. Festival de Baden Baden, live de mai 2013. Illustration : Erwin Schrott (DR)

 

 

 

Casse-Noisette Ă  Baden Baden

Baden Baden Casse noisette - Mariinski ballet nussknacker-c-v-baranovsky-949x466Baden Baden, Festpielhaus. Tchaikovski: Casse-noisette. Les 25,26 dĂ©cembre 2014. Pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e, la station thermale qui est aussi une ville touristiquement Ă  la pointe offre une saison musicale Ă©tonnamment riche et prestigieuse comptant par exemple de nombreuses stars internationales invitĂ©es du Festpielhauss, la salle de concerts et d’opĂ©ras (en novembre et dĂ©cembre, le festival d’automne de Baden Baden invite HĂ©lĂšne Grimaud, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, Elina Garança, Simone Kermes et Vivica Genaux, le Philharmonique de Vienne, Pierre-Laurent Aimard, et donc plusieurs ballets dont  Raymonda, Le lac des cygnes et Casse-Noisette pour le temps de NoĂ«l, suivent un gamma de la danse le 27 dĂ©cembre et la gala de la Saint-Sylvestre le 31 dĂ©cembre, avec entre autres la soprano Angela Gheorghiu
 En dĂ©cembre partez Ă  Baden Baden, visiter la ville et ses services, sans manquez cette annĂ©es les 3 reprĂ©sentations du ballet de Tchaikovski Casse noisette, chef d’oeuvre chorĂ©graphique et symphonique du romantisme enflammĂ©, enivrant de Piotr Illyitch, une opportunitĂ© surtout pour y (re)dĂ©couvrir la grĂące collective du Ballet du ThĂ©Ăątre Mariinski, dĂ©tenteur depuis longtemps d’une maĂźtrise indiscutĂ©e dans ce rĂ©pertoire.

 

 

baden bande festspielhaus festival concerts operas Baden-Baden_0Baden Baden, Festpielhaus. Tchaikovski: Casse-noisette. Les 25 (18h), 26 14h, 20h) dĂ©cembre 2014. Spectacle familial idĂ©al pour NoĂ«l 2014. Billets de 40 Ă  130 euros. S’immerger dans les tableaux enchanteurs de Casse-noisette, dans la version du Ballet Mariinski de Saint-Petersbourg, qui historiquement a crĂ©Ă© le ballet, reste une expĂ©rience marquante pour toute la famille, en particulier les enfants, toujours saisi par le tableau de la premiĂšre scĂšne : la dĂ©coration du sapin de NoĂ«l par Clara et Fritz dans une ambiance idĂ©ale, celle d’une maison qui verse trĂšs vite dans la fĂ©erie dramatique et onirique


Vasily Vainonen, chorégraphie et livret
Simon Virsaladze, décors
Mariinsky-Ballett
Mariinsky Orchester

 

 

 

Prochain festival Ă  baden Baden … En mars 2015, le festival de PĂąques de Baden Baden invite le philharmonique de Berlin, Anna Prohaska, Bernard Haitink et Isabelle Faust
 :

 

 

 

piotr ilitch-Tchaikovsky-530-851Production dĂ©signĂ©e pour cĂ©lĂ©brer les fĂȘtes de NoĂ«l en famille, le ballet Casse-Noisette de Piotr Illiyitch TchaĂŻkovski (1840-1893) est son dernier ballet composĂ© entre 1891 et 1892. Il est crĂ©Ă© avec un succĂšs assez froid en dĂ©cembre 1892 au thĂ©Ăątre Mariinski de Saint Petersbourg sur la chorĂ©graphie de Lev Ivanov. Pourtant la magie de ses pas, les tableaux collectifs, surtout le beautĂ© enivrante de la musique en font toujours aujourd’hui le fleuron des ballets romantiques russes, et aussi, le sommet de l’inspiration chorĂ©graphique de TchaĂŻkovski : le compositeur y rĂ©ussit une immersion fĂ©erique dans le monde de l’enfance, n’hĂ©sitant pas Ă  oser une orchestration somptueusement scintillante (le cĂ©lesta dans le tableau de la Danse de la fĂ©e DragĂ©e). Le cĂ©lesta est d’ailleurs souvent assimilĂ© au personnage clĂ© de Clara.

Au pays des rĂȘves


Acte I. L’intrigue, inspirĂ© du livret d’Ivan Vsevolojski et Marius Petipa s’inspire de l’adaptation qu’a fait Alexandre Dumas d’un conte d’ETA Hoffmann : Casse-noisette et le roi des souris. Il met d’abord en avant une fĂȘte de NoĂ«l qui place les enfants (Clara, son frĂšre Fritz) au devant de la scĂšne dans une sĂ©rie de divertissements rĂ©glĂ©s par l’oncle Drosselmeyer (oĂč paraissent des parents en Incroyables, des jouets – poupĂ©es et soldats-, grandeur nature aux gestes saccadĂ©s
) : la magie voisine dĂ©jĂ  avec le cauchemar et l’inspiration verse souvent dans le fantastique, propre Ă  l’univers d’ETA Hoffmann ; Clara reçoit enfin son cadeau de NoĂ«l, un casse-noisette. Mais jaloux, Fritz brise le jouet de sa soeur
 Les enfants vont se coucher et le silence rĂšgne dans la maison. Comme dans Le Lac des cygnes, Casse-noisette exprime le passage de l’enfance Ă  l’adolescence : une prise de conscience de la fĂ©erie Ă  la rĂ©alitĂ© par l’expĂ©rience du mal et des Ă©preuves Ă  surmonter (les forces hostiles du Roi et de la Reine des souris
).

Clara revient dans le salon, inquiĂšte du sort de son jouet fĂ©tiche. Un enchantement se rĂ©alise et pendant la nuit, au pied du sapin, les jouets s’animent, Casse-noisette devient un jeune homme conquĂ©rant
 un prince idĂ©al. Il dĂ©fend Clara contre le roi des souris, le tue grĂące Ă  la complicitĂ© de la jeune fille : l’on comprend alors que Hans-Peter a Ă©tĂ© l’objet d’un sortilĂšge jetĂ© par le roi des souris, il a Ă©tĂ© changĂ© en casse-noisette malgrĂ© lui. GrĂące au truchement du divertissement imaginĂ© par l’oncle dĂ©miurge Drosselmeyer, grĂące Ă  la volontĂ© de Clara, le jeune homme a retrouvĂ© figure humaine. Clara et hans-Peter peuvent Ă  prĂ©sent quitter la maison et voyager : d’abord au pays des neiges, tableau enchanteur qui clĂŽt le premier acte.

Acte II. Hans-Peter emmĂšne ensuite Clara au pays des rĂȘves enfin au pays de Confiturembourg, palais des dĂ©lices ; puis, Drosselmeyer les introduit auprĂšs de la FĂ©e DragĂ©e et du Prince Orgeat. Hans-Peter raconte Ă  tous comment il a combattu le roi des souris et comment Clara l’a aidĂ© dans cette bataille
 La FĂ©e DragĂ©e sert un repas somptueux et raffinĂ© puis un nouveau spectacle se rĂ©alise. C’est dans l’esprit des divertissements baroques (opĂ©ras de Campra et de Rameau), une nouvelle sĂ©rie de danses collectives aux caractĂšres divers et contrastĂ©s : danses espagnole (chocolat), arabe (cafĂ©),  chinoise (thĂ©), le TrĂ©pak, danse russe frĂ©nĂ©tique 
 ; la partition regorge de sĂ©quences mĂ©lodieusement inoubliables servies chacune par une orchestration Ă  la fois puissante et trĂšs caractĂ©risĂ©e, rĂ©vĂ©lant le gĂ©nie de Tchaikovski dans l’instrumentation : danse des mirlitons (3 flĂ»tes, cor anglais et cuivres), valse des fleurs (cors), le point conclusif palpitant et entraĂźnant de l’oeuvre, qui intĂšgre aussi un pas de deux entre la FĂ©e DragĂ©e et le prince Orgeat. RĂȘve d’une petite fille ou libĂ©ration du jeune Hans Peter, le livret peut ĂȘtre lu en diffĂ©rentes lectures. C’est une rĂȘverie puissante et souvent irrĂ©sistible oĂč Tchaikovski retrouve l’innocence de l’enfance en lui donnant un cycle de mĂ©lodies inĂ©galĂ©es.

Baden Baden 2014 : Simon Rattle et Sol Gabetta

simon-rattle1TĂ©lĂ©. ARTE, le 20 avril, 18h. Baden Baden 2014 : Sir Simon Rattle et Sol Gabetta. Sir Simon Rattle et l’Orchestre Philharmonique de Berlin : En direct du Festival de PĂąques de Baden-Baden. PrĂ©sentation : Annette Gerlach. La violoncelliste Sol Gabetta fĂȘte en grande pompe sa premiĂšre collaboration avec la Philharmonie de Berlin, sous la direction de Simon Rattle. La jeune virtuose d’origine argentine, dont la carriĂšre internationale fut lancĂ©e en 2004, sait envoĂ»ter le public par l’intelligence et la puissance Ă©motionnelle de ses interprĂ©tations, autant que par l’étendue de son rĂ©pertoire. Le programme est Ă©clectique : un concerto romantique du britannique Elgar et le prĂ©lude Ă©thĂ©rĂ© de Lohengrin cĂŽtoient la piĂšce AtmosphĂšres de György Ligeti (rendue cĂ©lĂšbre par la bande originale de 2001, L’odyssĂ©e de l’espace), le tout s’achevant sur l’exaltant Sacre du Printemps de Stravinsky.

Au programme:

György Ligeti
AtmosphĂšres

Richard Wagner
PrĂ©lude Ă  l’acte I de Lohengrin

Edward Elgar
Concerto pour violoncelle en mi mineur op. 85

Igor Stravinsky
Le Sacre du Printemps

Mozart: Don Giovanni, NĂ©zet-SĂ©guin (2011) 3 cd Deutsche Grammophon

CD, critique. Mozart: Don Giovanni, NĂ©zet-SĂ©guin (2011) 3 cd Deutsche Grammophon. EntrĂ©e rĂ©ussie pour le chef canadien Yannick NĂ©zet-SĂ©guin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier dĂ©fi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart.AprĂšs les mythiques Boehm, FurtwĂ€ngler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement mĂ©ditĂ©, l’opĂ©ra Don Giovanni version NĂ©zet-SĂ©guin regarderait plutĂŽt du cotĂ© de son maĂźtre, trĂšs scrupuleusement Ă©tudiĂ©, observĂ©, suivi, le dĂ©funt Carlo Maria Giulini: souffle, sincĂ©ritĂ© cosmique, vĂ©ritĂ© surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincĂ©ritĂ© premiĂšre, son urgence thĂ©Ăątrale, en une libertĂ© de tempi rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempĂ©raments mis en mouvement.ImmĂ©diatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalitĂ© trĂšs fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuitĂ© dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile… Les chanteurs sont naturellement portĂ©s par la suretĂ© de la baguette, l’Ă©coute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix.


Anna, Elvira: deux femmes troublées au bord du gouffre

Don-Giovanni.cd_.01A moins de 40 ans, Yannick Nezet-SĂ©guin fait preuve d’une belle maturitĂ©; son intelligence, son hĂ©donisme entrainant assure le liant gĂ©nĂ©ral d’une distribution assez disparate mais nĂ©anmoins homogĂšne ; si Rolando Villazon dĂ©rape et fait un Ottavio pĂąteux voire plĂ©bĂ©ien (pas trĂšs raccord avec son aimĂ©e Anna), les Leporello, Elvira et Anna justement, soit le trio des nobles, se distinguent trĂšs nettement: Luca Pisaroni est Ă©nergique et plein d’entrain; Joyce DiDonato, Elvira ardente et blessĂ©e (mais digne) est Ă©loquente et d’une chaleur de timbre trĂšs convaincante: la justesse du style et du caractĂšre sont trĂšs percutants: en elle s’Ă©coule la priĂšre sincĂšre de l’amoureuse constamment trahie (“ Mi tradi quell’alma ingrata ” au II; plage 8 du cd 2), la mezzo exhale un pur parfum d’aristocratique contrĂŽle … pour mieux cacher le trouble qui l’assaille peu Ă  peu; tout aussi rĂ©flĂ©chie, offrant un caractĂšre exceptionnellement fouillĂ©, jamais explicite, mais dĂ©vastĂ© et si humain, Diana Damrau (Anna) s’impose aussi dans un rĂŽle taillĂ© pour elle: fervente, Ă©ruptive, en mĂšre la morale, la soprano accorde comme le chef Ă  chaque nuance du texte, une couleur et une attention articulĂ©e, d’une formidable intensitĂ© ; et les tempi du maestro semblent fouiller davantage le dĂ©sarroi et les vertiges silencieux de ces deux Ăąmes fĂ©minines au gouffre abyssal… Les deux caractĂšres sont bien les plus bouleversants de l’opĂ©ra: victimes d’un Don Giovanni parfaitement barbare. Au final: les deux femmes princiĂšres, Anna et Elvira, sont magistralement incarnĂ©es: palpitantes jusqu’au bout des ongles, voici le portrait de deux Ăąmes contraintes par les convenances mais dont le feu intĂ©rieur les pousse Ă  exprimer la force du dĂ©sir qui les aimante Ă  l’infĂąme licencieux: elles sont bel et bien troublĂ©es par Don Giovanni. Le rĂ©cit de son ” viol” par Anna Ă  Ottavio si lĂąche, par exemple, est remarquable de pauses insinuantes, de finesse, de subtilitĂ© partagĂ©e autant par le chant de Diana Damrau que par l’orchestre superbe de suspension allusive… (cd1: plages 18 : rĂ©citatif plein de fine progression expressive et d’accents millimĂ©trĂ©s par une super diva, diseuse et actrice de premier plan, puis 19: “Or sai chi l’onore”…). HĂ©las, la Zerlina de Mojca Erdmann, prometteuse mozartienne sur
le papier (et dans un précédent cd Mozart également chez Deutsche
Grammophon), papillone sans ĂȘtre particuliĂšrement concernĂ©e par la
situation (son Laci darem la mano manque de finesse inquiĂšte, de dĂ©sir conquĂ©rant… mĂȘme distance comme insouciante de son Batti, batti, o bel Masetto Ă  la fin du I).

Reste le Don Giovanni d’Ildebrando D’Arcangelo: l’engagement est constant, le cynisme et la froideur bien prĂ©sents mais on aimerait davantage de naturel et de simplicitĂ© pour un chant finalement carrĂ© et monolithique, plutĂŽt lisse (qu’on est loin de l’arĂȘte carnassiĂšre d’un Bryn Terfel, autrement plus passionnant.
Revenons Ă  l’orchestre: tout passe par ce fini et cette intelligence des climats: les ralentis si finement exprimĂ©s dans l’ouverture et par Ă©clairs dans rĂ©citatifs et airs: tout cela nourrit la faille du trouble et du mystĂšre dans une partition si juste sur le plan psychologique; la prĂ©sence du pianoforte, le chant si suave des cordes et des clarinettes (entre autres) sont littĂ©ralement dĂ©lectables. Du grand art et ici, le triomphe absolu du chef, capable d’obtenir quasiment tout de ses instrumentistes ! Coloriste, alchimiste, atmosphĂ©riste, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin s’affirme magnifiquement et honore le prestige de la marque jaune.
Ce premier essai dĂ©sormais convaincant en appelle d’autres. Ce seront pas moins de 7 opĂ©ras au total que nous promet le chef si imaginatif et rĂ©flĂ©chi: aprĂšs Don Giovanni, c’est probablement Cosi puis Idomeneo, les Noces sans omettre la ClĂ©mence de Titus qui seront de la mĂȘme maniĂšre donnĂ©s en concert non scĂ©nique, chaque Ă©tĂ©, Ă  Baden Baden, enregistrĂ©s sur place et dans la foulĂ©e, publiĂ©s par Deutsche Grammophon: cycle mozatien Ă  suivre donc.

Mozart: Don Giovanni. Ildebrando D’Arcangelo, Luca Pisaroni, Diana Damrau, Joyce DiDonato, Rolando VillazĂłn, Mojca Erdmann. Mahler Chamber Orchestra. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction. 0289 477 9878 1 3 cd Deutsche Grammophon DDD GH3. EnregistrĂ© Ă  Baden Baden en juillet 2007.