CD événement, critique. MOZART : Die Zauberflöte / La Flûte Enchantée, Nézet Séguin, Vogt, Schweinester… (2 cd DG Deutsche Grammophon, été 2018, Baden Baden)

MOZART FLUTE zauberflote nezet seguin villazon muhlemann selig vogt critique cd critique opera review opera classiquenews concert maestro opera festival deutsche grammophon_02894836400-CvrCD événement, critique. MOZART : Die Zauberflöte / La Flûte Enchantée, Nézet Séguin, Vogt, Schweinester… (2 cd / DG Deutsche Grammophon, été 2018, Baden Baden). Le 6è opus de leur cycle des opéras de Mozart à Baden Baden impose désormais une complicité convaincante : Yannick Nézet-Séguin et Roland Villazon ont été bien inspirés de proposer ce projet lyrique aux décisionnaires du Festival estival de Baden Baden ; La Flûte Enchantée jouée et enregistrée live en juillet 2018 confirme d’abord l’intelligence dramatique du chef qui sait ici exploiter toutes les ressources de l’orchestre mis à sa disposition : sens de l’architecture, soin des détails instrumentaux et donc articulation et couleurs ; la caractérisation de chaque séquence, selon les protagonistes en piste s’avère passionnante à suivre, révélant dans leur richesse poétique, tous les plans de compréhension possible, d’une œuvre à la fois populaire et très complexe : narratifs, sociologiques, symboliques et donc philosophiques. La fable à la fois réaliste et spirituelle se déroule avec une expressivité jamais appuyée (sauf à l’endroit du Papageno de Villazon devenu baryton qui en fait souvent trop, tirant le drame vers la caricature…).

 

 

Baden Baden été 2018

Charisme du chef,
plateau vocal impliqué,
chant cohérent de l’orchestre :
La Flûte convaincante de Yannick Nézet-Séguin

 

 

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CLIC D'OR macaron 200Les autres solistes se montrent particulièrement « mozartiens », soignant leur ligne, la finesse expressive, la souplesse, l’articulation et une intonation riche en nuances : de ce point de vue, les plus méritants sont évidement les deux ténors requis, chacun dans leur registre si contrastés : l’altier et juvénile Klaus Florian Vogt, qui a troqué son endurance wagnérienne (Lohengrin, Parsifal) pour l’élégance et le galbe princier ; Paul Schweinester déjà apprécié dans Pedrillo de l’Enlèvement au sérail (du même cycle de Baden Baden), dont le format naturel, expressif est lui aussi épatant ; même engagement total pour le Sarastro de Franz Joseph Selig (précédemment Osmin dans le déjà cité Enlèvement au sérail ; vivante et même enivrée depuis sa délivrance par Tamino, la Pamina de Christiane Karg (précédente Susanna des Nozze di Figaro), comme la Papagena Regula Mühlemann, palpitante et très juste ; on reste moins convaincus par la Reine de la nuit d’Albina Shagimuratova, dotée certes de tout l’appareil technique et du format sonore, mais si peu subtile en vérité : démonstrative, voire routinière pour l’avoir ici et là tellement chanté / usé (elle réussit mieux son 2è air).
Chacun pourtant donne le meilleur de lui-même (charisme fédérateur du chef certainement), apportant souvent outre la présence vocale, l’approfondissement du caractère.
D’autant que contrairement au live originel de juillet 2018, les récits du narrateur ont été écartés de l’enregistrement Deutsche Grammophon : la succession musicale gagne en naturel et en relief. Ici la vie triomphe. La cohérence du plateau, l’éloquence de l’orchestre, la vivacité du chef font la différence. Certainement l’un des meilleurs coffrets du cycle Mozart DG en provenance de Baden Baden (initié par Don Giovanni joué à l’été 2011). CLIC de CLASSIQUENEWS de l’été 2019. A suivre. Illustration : © Andrea Kremper.

 

 

 

 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. MOZART : Die Zauberflöte / La FlĂ»te EnchantĂ©e, NĂ©zet SĂ©guin, Vogt, Schweinester… (2 cd DG Deutsche Grammophon, Ă©tĂ© 2018, Baden Baden) – Parution : 2 aoĂ»t 2019.

Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791) : Die Zauberflöte (La Flûte enchantée),
opéra en deux actes- livret d’Emanuel Schikaneder.

Avec :
Klaus Florian Vogt, Tamino ;
Christiane Karg, Pamina ;
Franz-Josef Selig, Sarastro ;
Paul Schweinester, Monostatos ;
Regula MĂĽhlemann, Papagena ;
Albina Shagimuratova, la Reine de la Nuit ;
Rolando VillazĂłn, Papageno ;

Johanni van Oostrum, Première Dame ;
Corinna Scheurle, Deuxième Dame ;
Claudia Huckle, Troisième Dame ;
Tareq Nazmi, l’Orateur ;
Luca Kuhn, Premier Garçon ;
Giuseppe Mantello, Deuxième Garçon ;
Lukas Finkbeiner, Troisième Garçon ;
Levy Sekgapane, Premier Prêtre / Premier Homme armé ;
Douglas Williams, Deuxième Prêtre / Deuxième Homme armé ;
André Eisermann, Récitant.

RIAS Kammerchor (chef de chœur : Justin Doyle).
Chamber Orchestra of Europe
Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction musicale

 

 

 

 

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APPROFONDIR

 

 

LIRE nos critiques complètes des titres prĂ©cĂ©dents CYCLE MOZART NĂ©zet-SĂ©guin / Villazon – BADEN BADEN Festival Hall (depuis 2011) – DG Deutsche Grammophon :

 

 

Don-Giovanni.cd_.01CD, critique. Mozart: Don Giovanni, Nézet-Séguin (2011) 3 cd Deutsche Grammophon. Entrée réussie pour le chef canadien Yannick Nézet-Séguin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier défi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart.Après les mythiques Boehm, Furtwängler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement médité, l’opéra Don Giovanni version Nézet-Séguin regarderait plutôt du coté de son maître, très scrupuleusement étudié, observé, suivi, le défunt Carlo Maria Giulini: souffle, sincérité cosmique, vérité surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincérité première, son urgence théâtrale, en une liberté de tempi régénérés, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempéraments mis en mouvement.Immédiatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalité très fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuité dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile… Les chanteurs sont naturellement portés par la sureté de la baguette, l’écoute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix. EN LIRE +

 

 

Cosi_Mozart-Nezet_seguin_cd_DG_villazonCD. Mozart : Cosi fan tutte (Nézet-Séguin, 2012) 3 cd DG   ….   le jeune chef plein d’ardeur, Yannick Nézet-Séguin poursuit son intégrale Mozart captée à Baden Baden chaque été pour Deutsche Grammophon avec un Cosi fan tutte, palpitant et engagé. Voici un Cosi fan tutte (Vienne, 1790) de belle allure, surtout orchestrale, qui vaut aussi pour la performance des deux soeurs, victimes de la machination machiste ourdie par le misogyne Alfonso … D’abord il y a l’élégance mordante souvent très engageante de l’orchestre auquel Yannick Nézet-Séguin, coordonnateur de cette intégrale Mozart pour DG, insuffle le nerf, la palpitation de l’instant : une exaltation souvent irrésistible. le directeur musical du Philharmonique de Rotterdam n’a pas son pareil pour varier les milles intentions d’une partition qui frétille en tendresse et clins d’oeil pour ses personnages, surtout féminins. Comme Les Noces de Figaro, Mozart semble développer une sensibilité proche du coeur féminin : comme on le lira plus loin, ce ne sont pas Dorabella ni Fiodiligi, d’une présence absolue ici, qui démentiront notre analyse. En LIRE +

 

 

 

http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-mozart-lenlevement-au-serail-die-entfhurung-aus-dem-serail-schweinester-prohaska-damrau-villazon-nezet-seguin-2-cd-deutsche-grammophon/CD, compte rendu critique. Mozart : L’Enlèvement au sérail, Die Entfhürung aus dem serail. Schweinester, Prohaska, Damrau, Villazon, Nézet-Séguin (2 cd Deutsche Grammophon). Après Don Giovanni et Cosi fan tutte, que vaut la brillante turquerie composée par Mozart en 1782, au coeur des Lumières défendue à Baden Baden par Nézet-Séguin et son équipe ? Évidemment avec son léger accent mexicain le non germanophone Rolando Villazon peine à convaincre dans le rôle de Belmonte;  outre l’articulation contournée de l’allemand, c’est surtout un style qui reste pas assez sobre, trop maniéré à notre goût, autant de petites anomalies qui malgré l’intensité du chant placent le chanteur en dehors du rôle. EN LIRE +

 

 

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick Nézet Séguin. Alors que Sony classical poursuit sa trilogie sous la conduite de l’espiègle et pétaradant Teodor Currentzis (1), Deutsche Grammophon achève la sienne sous le pilotage du Montréalais Yannick-Nézet Séguin récemment nommé directeur musical au Metropolitan Opera de New York. Après Don Giovanni, puis Cosi, les Nozze di Figaro sont annoncées ce 8 juillet 2016. A l’affiche de ce live en provenance comme pour chaque ouvrage enregistré de Baden Baden (festival estival 2015), des vedettes bien connues dont surtout le ténor franco mexicain Rolando Villazonavec lequel le chef a entrepris ce cycle mozartien qui devrait compter au total 7 opéras de la maturité. Villazon on l’a vu, se refait une santé vocale au cours de ce voyage mozartien, réapprenant non sans convaincre le délicat et subtil legato mozartien, la douceur et l’expressivité des inflexions, l’art des nuances et des phrasés souverains… une autre écoute aussi avec l’orchestre (les instrumentistes à Baden Baden sont placés derrière les chanteurs…) – EN LIRE +

 

 

La-Clemenza-Di-Tito neezt seguin donato rebeka villazon cd review critique cd opera par classiquenewsCD, critique. MOZART : La Clemenza di Tito. Nézet-Séguin, DiDonato, Rebeka… (2 cd DG Deutsche Grammophon). La formule est à présent célèbre : implanter comme à Salzbourg, un cycle récurrent Mozart, mais ici à Baden Baden, et chaque été, c’est à dire les grands opéras ; après Don Giovanni, Cosi, L’Enlèvement au sérail, Les Nozze, voici le déjà 5è ouvrage, enregistré sur le vif en version de concert, depuis le Fespielhaus de Baden Baden, en juillet 2017. Autour du ténor médiatique Rolando Villazon (pilier avec le chef québécois de ce projet discographique d’envergure), se pressent quelques beaux gosiers, dont surtout, vrais tempéraments capables de brosser et approfondir un personnage sur la scène, grâce à leur vocalità ardente, ciselée : le Sesto de Joyce Di Donato, mozartienne électrique jusqu’au bout des ongles ; dans le rôle de l’amant manipulé ; et, révélation de cette bande, la soprano lettone Marina Rebeka, ampleur dramatique de louve dévorée par la haine et la conscience du pouvoir, dans le rôle de l’ambitieuse prête à tout.  LIRE la critique du cd La Clemenza di Tito MOZART Nézet-Séguin Baden Baden, complète

 

 

 

 

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LIRE aussi notre annonce du cd MOZART : Die zauberflöte / La Flûte enchantée par Nézet-Séguin / Vogt / annonce du CLIC de CLASSIQUENEWS dès le 3 août 2019

 

CD, Ă©vĂ©nement, annonce. MOZART : Die Zauberflöte (NĂ©zet-SĂ©guin, 2018 – Deutsche Grammophon)

MOZART FLUTE zauberflote nezet seguin villazon muhlemann selig vogt critique cd critique opera review opera classiquenews concert maestro opera festival deutsche grammophon_02894836400-CvrCD, Ă©vĂ©nement, annonce. MOZART : Die Zauberflöte (NĂ©zet-SĂ©guin, 2018 – Deutsche Grammophon). Poursuite du cycle Mozart par le chef quĂ©bĂ©cois Yannick NĂ©zet-SĂ©guin chaque Ă©tĂ© en version de concert Ă  Baden-Baden… après Les Nozze di Figaro, Cosi fan tutte, Don Giovanni, L’Enlèvement au sĂ©rail… voici l’ultime opĂ©ra de Mozart, son chef d’oeuvre inspirĂ© par l’idĂ©al maçonnique et l’esprit des Lumières, la FlĂ»te enchantĂ©e, composĂ©e et crĂ©e l’annĂ©e de sa mort : 1791, Ă  la fois conte initiatique et formidable lĂ©gende populaire. Mozart y rĂ©invente aussi l’opĂ©ra en allemand (et non plus en italien).
Le nouveau coffret édité par Deutsche Grammophon présente la production jouée en version de concert à l’été 2018 à Baden Baden. Déjà présents dans les précédents coffrets de ce cycle Mozart : Franz-Josef Selig (Osmin de l’Enlèvement au sérail), Paul Schweinester (Pedrillo de l’Enlèvement au sérail)… Rolando Villazon est présent dans chaque production depuis le début du cycle…
CLIC_macaron_2014Avec le ténor Klaus Florian Vogt (Tamino) ; Christiane Karg (Pamina) ; Albina Shagimuratova (La Reine de la nuit) ; Franz-Josef Selig (Sarastro) ; Paul Schweinester, Monostatos ; Regula Mühlemann (Papagena) et Rolando Villazon (Papageno)… RIAS Kammerchor / Chamber Orchestra of Europe / Yannik Nézet-Séguin. Grande critique à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com : probable CLIC de CLASSIQUENEWS de l’été 2019. Sortie annoncée : 2 août 2019.

CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva (NĂ©zet-SĂ©guin, 3 cd Deutsche Grammophon)

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva (NĂ©zet-SĂ©guin, 3 cd Deutsche Grammophon). Voici donc la suite du cycle Mozart en provenance de Baden Baden 2015 et pilotĂ© par le chef Yannick NĂ©zet-SĂ©guin et le tĂ©nor Roland Villazon : ces Noces / Nozze marque le dĂ©jĂ  quatrième opus sur les 7 ouvrages de maturitĂ© initialement choisis. Ce live confirme globalement les affinitĂ©s mozartiennes du chef quĂ©bĂ©cois nĂ© en 1975,et qui poursuit son irrĂ©pressible ascension : il vient d’être nommĂ© directeur musical du Metropolitan Opera de New York. Hormis quelques rĂ©serves, la tenue gĂ©nĂ©rale, vivace, qui exprime et la vĂ©ritĂ© des profils et l’ivresse rythmĂ©e de cette journĂ©e Ă©tourdissante, convainc. Soulignons d’abord, la prestation superlative vocalement et dramatiquement de la soprano vedette de la production. Elle fut Marguerite du Faust de Gounod Ă  Baden Baden (Festival de PentecĂ´te 2014) : la voici en Comtesse d’une ivresse juvĂ©nile et adolescente irrĂ©sistible, saisissant la couleur nostalgique d’une jeune Ă©pouse mariĂ©e trop tĂ´t et qui a perdu trop vite sa fraicheur (quand elle n’était que Rosine….). Sonya Yoncheva renouvelle totalement l’esprit du personnage en en rĂ©vĂ©lant l’essence adolescente avec une grâce et une finesse absolues : son « Porgi amor » ouvrant le II, est affirmation toute en dĂ©licatesse d’une aube tendre et angĂ©lique Ă  jamais perdue : l’aveu d’un temps de bonheur irrĂ©mĂ©diablement Ă©vanoui : dĂ©chirante prière d’une âme Ă  la mĂ©lancolie remarquablement Ă©noncĂ©e. Ce seul air mĂ©rite les meilleures apprĂ©ciations. Car Sonya Yoncheva a contrairement Ă  la plupart de ses consĹ“urs, le charme, la noblesse, la subtilitĂ© et… surtout le caractère et l’âge du personnage. Inoubliable incarnation (mĂŞme charme Ă  la langueur irrĂ©sistible dans le duo Ă  la lettre du II : Canzonetta sull’aria).

 

 

 

Une Rosina nostalgique inoubliable
La comtesse blessée, adolescente de Sonya Yoncheva

 

 

EXCELLENCE FEMININE....A ses côtés, deux autres chanteuses sont du même niveau : incandescentes, naturelles, vibrantes : la Susanne (pourtant au timbre mûre) de Christiane Karg (de plus en plus naturelle et expressive : sensibilité de son ultime air avec récitatif au IV : « Giunse alfin il momento / Deh vient , non tardar, o gioia bella… »), et surtout l’épatante jeune soprano Angela Brower, vrai tempérament de feu dans le rôle travesti de Chérubin. Les 3 artistes éblouissent à chacune de leur intervention et dans les ensembles. Même Regula Mühlemann fait une Barberine touchante (cherchant son épingle dans le jardin : parabole du trouble et de l’oubli semés tout au long de l’action) au début du IV. Exhaustif et scrupuleux, Yannick Nézet Séguin respecte l’ordre originel des airs et séquences de l’acte III ; il dirige aussi tout l’acte IV avec l’air de Marceline (« il capo e la capretta » : épatante Anne-Sofie von Otter, plus fine actrice que chanteuse car

Diva d'aujourd'hui : Sonya Yoncheva chante Irisl’instrument vocal est Ă©raillĂ©), et le grand rĂ©cit de Basilio (sur l’art bĂ©nĂ©fique de se montrer transparent : « In quagli anni », chantĂ© par un Rolando Villazon, malheureusement trop outrĂ© et maniĂ©rĂ©, cherchant a contrario de tout naturel Ă  trouver le dĂ©tail original qui tue ; cette volontĂ© de faire rire (ce que fait le public de bonne grâce) est Ă©tonnante puis dĂ©concertante ; dommage (rien Ă  voir avec son chant plus raffinĂ© dans l’Enlèvement au sĂ©rail, prĂ©cĂ©demment Ă©ditĂ©). Face Ă  lui, le Curzio de Jean-Paul FauchĂ©court est mordant et vif Ă  souhait, soulignant la verve de la comĂ©die sous l’illusion et les faux semblants du drame domestique. Contre toute attente, le Comte Almaviva de Thomas Hampson montre de sĂ©rieuses usures dans la voix et un chant constamment en retrait, – ce malgrĂ© la justesse du style et l’aplomb des intentions, et pourtant d’une prĂ©cision Ă  peine audible (mĂŞme si l’orchestre est placĂ©e derrière les chanteurs selon le dispositif du live Ă  Baden Baden). Le Figaro un rien rustre et sanguin de Luca Pisaroni est percutant quant Ă  lui, trop peut-ĂŞtre avec une couleur rustique qui contredit bien des Figaro plus policĂ©s, mieux nuancĂ©s (Hermann Prey).

 

 

seguin_yannick_nezet_chef_maetroSur instruments modernes, l’orchestre palpite et s’enivre au diapason de cette journĂ©e Ă  perdre haleine avec la couleur trĂ©pidante, ronde du pianoforte dans rĂ©citatifs et airs ; pourtant jamais prĂ©cipitĂ©e, ni en manque de profondeur, la baguette de Yannick NĂ©zet-SĂ©guin ne se dilue, toujours proche du texte, du sentiment, de la finesse : l’expressivitĂ© souple assure le liant de ce festival enfiĂ©vrĂ© qui marque en 1786 la première coopĂ©ration entre Da Ponte et Mozart, inspirĂ©s par Beaumarchais (le mariage de Figaro, 1784). Pour l’excellence des parties fĂ©minines, – le sommet en Ă©tant la subtilitĂ© adolescente de la Comtesse de Sonya Yoncheva, pour l’allure palpitante de l’orchestre grâce Ă  la vivacitĂ© nerveuse du chef, ce live de Baden Baden mĂ©rite tous les Ă©loges. Au regard des accomplissements ainsi rĂ©alisĂ©s, les rĂ©serves Ă©mises ne sont que broutilles face Ă  la cohĂ©rence d’ensemble. Saluons donc la rĂ©ussite collective de ce 4è Mozart Ă  ranger au mĂ©rite du duo d’initiateurs NĂ©zet-SĂ©guin et Villazon Ă  Baden Baden.
CLIC de classiquenews de juillet 2016.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva, Angela Brower, Christiane Karg, Anne Sofie von Ottter, Regula Mühlemann, Jean-Paul Fauchécourt, Luca Pisaroni, Thomas Hampson, Rolando Villazon… Vocalensemble Rastatt, Chamber orchestra of Europe. Yannick Nézet Séguin, direction — 3 cd Deutsche Grammophon 479 5945 / CLIC de classiquenews de juillet 2016

CD, coffret événement, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick Nézet Séguin (3 cd Deutsche Grammophon)

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick NĂ©zet SĂ©guin. Alors que Sony classical poursuit sa trilogie sous la conduite de l’espiègle et pĂ©taradant Teodor Currentzis (1), Deutsche Grammophon achève la sienne sous le pilotage du MontrĂ©alais Yannick-NĂ©zet SĂ©guin rĂ©cemment nommĂ© directeur musical au Metropolitan Opera de New York. Après Don Giovanni, puis Cosi, les Nozze di Figaro sont annoncĂ©es ce 8 juillet 2016. A l’affiche de ce live en provenance comme pour chaque ouvrage enregistrĂ© de Baden Baden (festival estival 2015), des vedettes bien connues dont surtout le tĂ©nor franco mexicain Rolando Villazon avec lequel le chef a entrepris ce cycle mozartien qui devrait compter au total 7 opĂ©ras de la maturitĂ©. Villazon on l’a vu, se refait une santĂ© vocale au cours de ce voyage mozartien, rĂ©apprenant non sans convaincre le dĂ©licat et subtil legato mozartien, la douceur et l’expressivitĂ© des inflexions, l’art des nuances et des phrasĂ©s souverains… une autre Ă©coute aussi avec l’orchestre (les instrumentistes Ă  Baden Baden sont placĂ©s derrière les chanteurs…) Leur dernier enregistrement, L’Enlèvement au sĂ©rail (qui a rĂ©vĂ©lĂ© le chant millimĂ©trĂ© du jeune tĂ©nor Paul Schweinestet dans le rĂ´le clĂ© de Pedrillo) excellait dans ce sens dans la restitution de ce chant intĂ©rieur et suave portĂ© par la finesse des intentions. Qu’en sera-t-il pour ce nouveau Da Ponte qui clĂ´t ainsi la trilogie des opĂ©ras que Mozart a composĂ© avec l’écrivain poète ?
La distribution regroupe des tempéraments prêts à exprimer l’esprit de comédie et ce réalisme juste et sincère qui font aussi des Nozze, l’opéra des femmes : Sonya Yoncheva chante la Comtesse, Anne Sofie von Otter, Marcellina, la moins connue Christiane Karg dans le rôle clé de Susanna… les rôles masculins promettent d’autres prises de rôles passionnants à suivre : Luca Pisaroni en Figaro ; Thomas Hampson pour le Comte Almaviva ; Rolando Villazon incarne Basilio le maître de musique, et Jean-Paul Fouchécourt, Don Curzio (soit pour ces deux derniers personnages, deux sensibilités invitées à sublimer l’expressivité de deux rôles moins secondaires qu’on l’a dit…).
Quelle cohérence vocale ? Quelle réalisation des situations psychologiques à travers les 4 actes ? Quelle conception à l’orchestre ? On sait combien l’opéra de Mozart et da Ponte a transfiguré la pièce de Beaumarchais dans le sens d’une libération des individualités, dans l’esprit d’une comédie réaliste parfois délirante où perce la vérité des caractères. Yannick Nézet-Séguin et son complice Rolando Villazon sont-ils au rendez vous de tous ces défis ? Réponse dans notre grande critique des Noces de Figaro par Nézet-Séguin et Villazon, à paraître dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, le jour de la sortie du coffret, le 8 juillet 2016.

 

CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick Nézet Séguin, 3 cd Deutsche Grammophon — 479 5945. Parution annoncée le 8 juillet 2016.

 

 

 

LE CYCLE MOZART de Yannick Nézet-Séguin et Rolando Villazon. LIRE aussi nos critiques complètes CLASSIQUENEWS des opéras précédemment enregistrés par Yannick Nézet-Séguin :

Don-Giovanni.cd_.01DON GIOVANNI. Entrée réussie pour le chef canadien Yannick Nézet-Séguin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier défi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart. Après les mythiques Boehm, Furtwängler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement médité, l’opéra Don Giovanni version Nézet-Séguin regarderait plutôt du coté de son maître, très scrupuleusement étudié, observé, suivi, le défunt Carlo Maria Giulini: souffle, sincérité cosmique, vérité surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincérité première, son urgence théâtrale, en une liberté de tempi régénérés, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempéraments mis en mouvement. Immédiatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalité très fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuité dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile… Les chanteurs sont naturellement portés par la sureté de la baguette, l’écoute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix.

Cosi_Mozart-Nezet_seguin_cd_DG_villazonCOSI FAN TUTTE. Voici un Cosi fan tutte (Vienne, 1790) de belle allure, surtout orchestrale, qui vaut aussi pour la performance des deux soeurs, victimes de la machination machiste ourdie par le misogyne Alfonso … D’abord il y a l’élégance mordante souvent très engageante de l’orchestre auquel Yannick Nézet-Séguin, coordonnateur de cette intégrale Mozart pour DG, insuffle le nerf, la palpitation de l’instant : une exaltation souvent irrésistible. Le directeur musical du Philharmonique de Rotterdam n’a pas son pareil pour varier les milles intentions d’une partition qui frétille en tendresse et clins d’oeil pour ses personnages, surtout féminins. Comme Les Noces de Figaro, Mozart semble développer une sensibilité proche du coeur féminin : comme on le lira plus loin, ce ne sont pas Dorabella ni Fiodiligi, d’une présence absolue ici, qui démentiront notre analyse.

 

mozart-2-cd-deutsche-grammophon-die-entfurhung-aus-dem-serail-enlevement-au-serail-yannick-nezet-seguin-villazon-prohaska-paul-schweinester-rolando-villazonL’ENLEVEMENT AU SERAIL. CD, compte rendu critique. Mozart : L’Enlèvement au sérail, Die Entfhürung aus dem serail. Schweinester, Prohaska, Damrau, Villazon, Nézet-Séguin (2 cd Deutsche Grammophon). Après Don Giovanni et Cosi fan tutte, que vaut la brillante turquerie composée par Mozart en 1782, au coeur des Lumières défendue à Baden Baden par Nézet-Séguin et son équipe ? Évidemment avec son léger accent mexicain le non germanophone Rolando Villazon peine à convaincre dans le rôle de Belmonte;  outre l’articulation contournée de l’allemand, c’est surtout un style qui reste pas assez sobre, trop maniéré à notre goût, autant de petites anomalies qui malgré l’intensité du chant placent le chanteur en dehors du rôle.

 

 

(1) Sony classical a publiĂ© Cosi fan tutee,  Le Nozze di Figaro… reste Don Giovanni, annoncĂ© courant dernier quadrimestre 2016

La Flûte enchantée à Baden Baden sur Brava

brava+payoff2-FRCLIC D'OR macaron 200Télé, Brava. Dimanche 4 octobre, 21h. Mozart : La Flûte enchantée à Baden Baden. La ville thermale est un écrin désignée pour les recréations mozartiennes. Depuis plusieurs étés déjà, une équipe créative composée du chef Yannick Nézet-Séguin et Rolando Villazon s’attache à une nouvelle intégrale lyrique des grands opéras de Mozart : Don Giovanni (2011) et Cosi fan tutte (2012) déjà réalisés, et récemment L’Enlèvement au Sérail (2014), tous trois ayant été l’objet d’une parution discographique chez Deutsche Grammophon, abondamment annoncés et critiqués dans les colonnes de classiquenews.

 

 



carsen flute enchantee rattle mozart baden baden 2013Mais voici une production ayant eu lieu lors du festival pascal d’avril 2013… La première Ă©dition du Festival de Pâques de Baden-Baden Ă  cette date. Ă€ la Festspielhaus de la ville, l’Orchestre philharmonique de Berlin sous la baguette de Sir Simon Rattle a proposĂ© quatre exĂ©cutions de l’opĂ©ra « La FlĂ»te enchantĂ©e » de Mozart. « La FlĂ»te EnchantĂ©e » est l’une des Ĺ“uvres les plus aimĂ©es de Mozart. A juste titre. L’opĂ©ra en allemand, singspiel – vĂ©ritable comĂ©die populaire Ă©voque le parcours (initiatique) du Prince Tamino lequel sauve la princesse Pamina sur l’ordre de la Reine de la Nuit. Pamina est très belle et Tamino tombe amoureux de son portrait, mais elle reste la captive de Sarastro. Sur le chemin de son destin, Tamino Ă  qui il a Ă©tĂ© remis une flĂ»te enchantĂ©e, protectrice, est aidĂ© par Papageno l’oiseleur, qui cherche une femme.

 
 

Mozart : la Flûte enchantée version Carsen / Rattle sur Brava

 
 

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)Au delĂ  des apparences, la vĂ©ritĂ© Ă©clate : La Reine de la nuit est dĂ©moniaque et manipulatrice et Sarastro, un sage, le grand prĂŞtre du Temple de la Sagesse. De l’ombre de l’ignorance et de la peur Ă  la lumière de la connaissance et de la fraternitĂ© (thèmes et cheminement Ă©minemment maçonniques : Mozart Ă©tait franc-maçon), Tamino rĂ©alise sa destinĂ©e en dĂ©voilant intrigues et manigances. Il dĂ©livre Pamina de sa mère, l’odieuse Reine de la Nuit. Mais pour rĂ©ussir les Ă©preuves de ce labyrinthe enchantĂ©e et trompeur, le jeune hĂ©ros doit subir les trois preuves – avant qu’il ne puisse Ă©pouser Pamina et devenir le successeur de Sarastro : faire silence, dominer le feu et l’eau. La flĂ»te enchantĂ©e lui permet de vaincre les 3 dĂ©fis. Papageno suit le mĂŞme chemin : dans l’opĂ©ra de Mozart, chacun, noble ou plĂ©bĂ©ien a sa chance. L’esthĂ©tisme de Robert Carsen (mise en scène), la nervositĂ© ronde de Rattle, le plateau de chanteurs très cohĂ©rent font la rĂ©ussite de ce spectacle pour tous, accessible, profond qui a la candeur et la juvĂ©nilitĂ© d’un chef d’Ĺ“uvre.

 

 

 

La Flûte enchantée de Mozart à Baden Baden. Pâques, 2013. Chef d’orchestre : Sir Simon Rattle sur Brava

Orchestre : Orchestre philharmonique de Berlin
Chœur : Berliner Rundfunkchor
Solistes : Ana Durlovski, Dimitry Ivashchenko, Pavol Breslik, Kate Royal, Michael Nagy, Regula Mühlemann, Annick Massis, Magdalena Kožená, Nathalie Stutzmann, José van Dam
Metteur en scène : Robert Carsen
Producteur : EuroArts Music en coproduction avec Idéale Audience, NHK, SWR
RĂ©alisateur : Olivier Simonnet
Filmé au Festspielhaus, Baden-Baden en avril 2013

Télé, Brava. Dimanche 4 octobre, 21h. Mozart : La Flûte enchantée à Baden Baden (Pâques, 2013).

 

 

CD, Ă©vĂ©nement. Mozart : L’Enlèvement au sĂ©rail / Die EntfĂĽhrung aus dem serail. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction (Baden Baden 2014), annonce

CD, Ă©vĂ©nement. Mozart : L’Enlèvement au sĂ©rail / Die EntfĂĽhrung aus dem serail. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction (Baden Baden 2014). Après Don Giovanni, Cosi fan tutte, voici le dĂ©jĂ  3ème volet d’un cycle annoncĂ© de 7 rĂ©alisations mozartiennes par Rolando Villazon au festival de Baden Baden (Ă  l’Ă©tĂ© 2015, les mĂŞmes planchent et rĂ©alisent Le Nozze di Figaro). En version de concert, chaque opĂ©ra est enregistrĂ© avec un soin particulier que ce nouveau jalon confirme : l’image sonore et spatiale privilĂ©gie l’Ă©quilibre entre solistes et orchestre pour une très fine caractĂ©risation dramatique dont la verve, la finesse et le style saisissent immĂ©diatement. Voici peut-ĂŞtre l’une des rĂ©alisations d’une subtilitĂ© admirable de bout en bout et mĂŞme le tĂ©nor mexicain, aĂ®nĂ© d’un jeune arĂ©opage, profitant d’une maĂ®trise linguistique rarement atteinte jusque lĂ  depuis des annĂ©es (tous sont germonophones sauf Villazon), sait profiter de leur voisonage artistique et expressif. Voici en avant première la critique de classiquenews qui paraĂ®tra le jour de la parution annoncĂ©e du coffret de 2 cd Deutsche Grammophon : le 10 juillet 2015.

mozart-2-cd-deutsche-grammophon-die-entfurhung-aus-dem-serail-enlevement-au-serail-yannick-nezet-seguin-villazon-prohaska-paul-schweinester-rolando-villazon“PĂ©tillante,  fine, affĂ»tĂ©e, la version orchestrale dĂ©fendue par Yannick  NĂ©zet-SĂ©guin ne manque pas d’attraits. … Ă©quilibrĂ©e, fruitĂ©e, rythmiquement très finement caractĂ©risĂ©e, la direction fait merveille sur le plan dramatique. Ensuite tout tient au choix des chanteurs rĂ©unis par le chef canadien Ă  Baden Baden. .. d’emblĂ©e en basse bouffe idĂ©alement fluide et caverneux l’Osmin de l’excellent Franz-Josef Selig cisèle un babillage naturellement expressif d’une dĂ©licatesse dĂ©lectable  (d’une verve rossinienne et aussi d’une finesse de ton linguistique qui lui ouvre les bras de l’Ochs straussien (Der Rosenkavalier). Il fait tout le piment orientaliste des premières scènes oĂą Mozart pose le cadre  de ce Proche-Orient enturbané  si cher  Ă  l’esprit  aventureux et universaliste des Lumières propre aux annĂ©es 1780 (L’Enlèvement au sĂ©rail premier opĂ©ra populaire en langue allemande, s’Ă©cartant des serias italiens formatĂ©s est crĂ©Ă© Ă  Vienne en 1782). Le duo qu’il forme avec Rolando Villazon pĂ©tille de subtilitĂ© et quand le tĂ©nor mexicain sait soigner son legato  et la puretĂ© de son chant sans contorsion latine la langue de Mozart peut s’Ă©panouir avec la dĂ©licatesse  de style  requise. Et nous ne parlons pas du duo Osmin / Blonde, ce dernier personnage, – parfaite figure populaire rĂŞvĂ©e et affinĂ©e par Mozart, relevĂ© par la dĂ©licieuse et percutante, si fĂ©minine (une vraie rivale pour Constanz) de Anna Prohaska qui rĂ©ussit avec une intelligence nuancĂ©e suractive mais mesurĂ©e et rĂ©flĂ©chie une incarnation … exemplaire. Les phrasĂ©s de l’orchestre, l’ajout du pianoforte dans rĂ©citatif et airs, la finesse et l’intelligence globale suscite les meilleurs louanges. Ce Mozart Ă©tonne, captive, respire (les climats psychologiques de chaque scène, si ressentis et concentrĂ©s par les femmes – rĂ´les nettement privilĂ©giĂ©s par Mozart, comme il le fera dans les Noces de Figaro, rayonne d’une profondeur et d’une tendresse grave … bouleversante.

schweinester-paul-tenor-pedrillo-baden-baden-2014-revelation-classiquenews-juin-2015-582-594RĂ©vĂ©lations : la pĂ©tillante et millimĂ©trĂ©e Ana Prohaska donc, surtout le tĂ©nor sĂ©duisant tout en charme juvĂ©nile du jeune Paul Schweinester, timbre fin et racĂ©, Ă©mission et projection d’une facilitĂ© Ă©tonnante, rĂ©vĂ©lĂ© au concours des jeunes chanteurs de Salzbourg en 2012. La verve, la musicalitĂ© lui promettent demain une carrière en or… Ă  suivre de près.

Critique complète de L’enlèvement au SĂ©rail de Mozart par Yannick  NĂ©zet-SĂ©guin (Baden Baden, juillet 2014) dans le magasin ce dvd livres de classiquenews.com au moment se la sortie annoncĂ©e du coffret soit le 10 juillet prochain.

Nouveau Chevalier Ă  la rose Ă  Baden Baden

Richard Strauss, un "gĂ©nie contestĂ©"Baden Baden. Strauss : Der Rosenkavalier, les 27,30 mars, 2 avril 2015. Dans le cadre de son festival de Pâques du 27 mars au 6 avril 2015. Simon Rattle et le Berliner Philharmoniker jouent l’opĂ©ra de Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal : le Chevalier Ă  la rose. L’œuvre crĂ©Ă© Ă  Vienne en 1911 quelques annĂ©es avant la première guerre synthĂ©tise toute la grâce mozartienne dont est capable Strauss, Ă  laquelle il ajoute l’anachronisme des valses, emblème de la Vienne de Johann Strauss quand Le chevalier Ă  la rose se dĂ©roule au XVIIIè Ă  l’époque de l’impĂ©ratrice Marie-ThĂ©rèse. Protagoniste, La MarĂ©chale amour amant Quinquin, c’est Ă  dire Octavian (magnifique emploi travesti pour mezzo); mĂŞme trentenaire, la jeune princesse doit renoncer bientĂ´t face Ă  la jeunesse insouciante et volage : Octavian aimera bientĂ´t Sophie, plus jeune, plus jolie. Ochs, le cousin de La MarĂ©chale est son double masculin : moins rustaud caricatural comme on le voit souvent dans nombre de productions, que trentenaire lui aussi, dĂ©passĂ© par les intrigues des femmes qui le piègent toujours. Le trio final met en scène les trois voix fĂ©minines de l’opĂ©ra : La MarĂ©chale, Octavian, Sophie en une scène d’un flamboiement sensuel, au spectre instrumental, littĂ©ralement iridiscent. Alors que le Phiharmonique de Vienne est souvent Ă©coutĂ© et plĂ©biscitĂ© dans une Ĺ“uvre emblĂ©matique de l’OpĂ©ra d’état, il est plus rare d’écouter le Phiharmonique de Berlin. C’est l’ex chanteuse vedette dans le rĂ´le travesti d’Octavian, Brigitte Fassbaender qui rĂ©alise la mise en scène de cette nouvelle production straussienne Ă  Baden Baden.

Vanités des plaisirs, illusions de la vie…

Nattier jeune femme Jean-Marc-Nattier-8759561-1Comédie de moeurs à la façon des peintures de William Hogarth (lequel inspirera aussi Igor Strawinsky pour son Rake’s progress), mais aussi évocation nostalgique de la Vienne baroque à l’époque de l’Impératrice Marie-Thérèse, le Chevalier à la rose, est surtout, un opéra né de l’accord exemplaire entre un compositeur et son librettiste: Richard Strauss et Hugo von Hoffmannsthal. Ce dernier n’hésite pas à solliciter la connaissance des convenances aristocratiques de l’Ancien Régime auprès du Comte Harry von Kessler, afin de renforcer la vraisemblance de la fresque historique. Mais l’art transcende l’anecdote et même si la remise d’une rose d’argent à la jeune fiancée Sophie, élue par le Baron Ochs, n’est que pure fiction, la partition et le livret produisent un ouvrage d’une rare subtilité psychologique. Les auteurs interrogent les rapports des êtres les uns vis à vis des autres, la fuite du temps et la quête (vaine) de chacun pour s’en défaire et trouver un (impossible) bonheur, bien éphémère.

 

 

 

hofmannsthal Hugo_von_Hofmannsthal richard straussVanité des plaisirs, illusion de la vie, tout en ciselant chaque tableau social, la musique exprime la quête éperdue et déjà futile d’une identité fragile. “Qui suis-je réellement? Que suis je pour les autres? Tout passe et tout s’efface”, semble se dire à elle-même La Maréchale. Même jeune, tout juste trentenaire, la jeune femme exprime la vanité de toute chose, y compris l’amour ardent que lui voue son jeune amant, “Quinquin” (Octavian). Son cousin le Baron Ochs est lui aussi un aristocrate assez “rustique” mais moins épais qu’on veut bien le chanter ordinairement. Reste, le portrait en triptyque de La Maréchale, Octavian et Sophie qui sous la plume du compositeur demeure le plus bouleversant trio final, écrit pour trois voix de femme, porté sur la scène d’un théâtre lyrique.

 

 

 

rose-nattierJean-Marc-Nattier-8759561-1Le Chevalier à la rose, créé à Dresde le 26 janvier 1911, est le cinquième opéra de Richard Strauss, après Guntram, Feuersnot, Salomé et Elektra. C’est le second ouvrage né de la collaboration avec le poète Hofmannsthal. Du même duo créateur naîtront ensuite, Ariane à Naxos (1912), La Femme sans ombre (1919), Hélène d’Egypte (1928) et Arabella (1933)…

 

 

 

boutonreservationLe Chevalier Ă  la Rose de Strauss Ă  Baden Baden
3 dates au Festival de Pâques de Baden Baden

Le 27 mars 2015 Ă  18h
Le 30 mars 2015 Ă  18h
Le 2 avril 2015 Ă  18h

Sir Simon Rattle, direction musicale
Brigitte Fassbaender, mise en scène

Anja Harteros, la Maréchale
Peter Rose, Ochs
Magdalena Kožená, Octavian
Anna Prohaska, Sophie
Carole Wilson, Annina
Clemens Unterreiner, Faninal
Elisabeth-Maria Wachutka, Marianne
Lawrence Brownlee, un chanteur

Philharmonia Chor Wien
Berliner Philharmoniker

Illustrations : Richard Strauss, portrait de jeune femme par Nattier, Hofmannsthal (DR)

 

 

 

DVD. Mozart : Don Giovanni. Schrott, Netrebko, Castronovo… (Engelbrock, Baden Baden mai 2013, 2 dvd Sony classical)

Mozart Don Giovanni Baden Baden Netrebko Schrott 88843040109DVD compte rendu critique.  Mozart : Don Giovanni. Schrott, Netrebko, Castronovo… (Engelbrock, Baden Baden mai 2013, 2 dvd Sony classical). Dans la mise en scène intelligente et moderniste de Philipp Himmelmann, ce Don Giovanni captĂ© live en mai 2013 auFestival de Baden Baden dĂ©voile plusieurs attraits non nĂ©gligeables ; l’orchestre sur instruments d’époque d’abord de Thomas Engelbrock sevrant avec une fine caractĂ©risation chaque climat de la partition de Mozart dont on rĂ©Ă©coute avec beaucoup d’intĂ©rĂŞt chaque trouvaille et trait gĂ©nial. La sonoritĂ© sĂ©duisante (cordes Ă  l’unisson), l’équilibre caractĂ©risĂ© des pupitres s’entend dès l’ouverture Ă  la belle Ă©nergie, nerveuse et d’une gravitas prenante.  Ensuite le cast fournit un autre argument : ex Ă©poux Ă  la ville, Anna Netrebko – star Ă  Baden Baden et depuis longtemps comme Ă  Salzbourg, tĂŞte d’affiche rĂ©gulière, qui retrouve ainsi le baryton uruguayen Erwin Schrott. Les deux convainquent absolument chacun dans leur emploi : en nuisette rose, Anna, ardente, habitĂ©e, vraie nature tragique, cisèle chaque couleur de chaque situation comme si elle jouait sa vie, avec petites limites cependant, une attention pas toujours aussi raffinĂ©e Ă  l’articulation du verbe, et parfois comme on l’a vu rĂ©cemment dans un Strauss risquĂ©, une ligne en perte de justesse. Mais par ailleurs quelle intensitĂ© sensible ! Sorte de maffieux Ă  la lame facile, Erwin Schrott animal cynique et sĂ©ducteur faussement amusĂ©, semble agir comme un fĂ©lin calculateur, tirant profit de tout : l’aisance du jeu scĂ©nique et vocal sĂ©duisent. A leurs cĂ´tĂ©s, le Leporello de Pisaroni s’emballe et trĂ©pigne comme une vraie nature dramatique, sans forcer : idem pour l’Ottavio de Castronovo, toujours Ă©gal et naturellement ardent : il incarne cet embrasement progressif que le fiancĂ© de Anna Ă©prouve avec son aimĂ©e aux cĂ´tĂ©s du provocateur infâme… Moins convaincante Ă  force d’hystĂ©rie dans le jeu, l’Elvire de Ernman (le maillon faible de la distribution avec la Zerlina sans charme…).

Baden Baden a le chic de réunir un plateau digne de Salzbourg. Ne réfrénons donc pas notre plaisir face à cette production très séduisante.

 

 

 

erwin schrott don giovanni mozart baden baden 2013 1

 

 

Mozart : Don Giovanni. Erwin Schrott, Anna Netrebko, Charles Castronovo, Malena Ernman, Luca Pisaroni, Balthasar-Neumann-Chor & Ensemble. Thomas Hengelbrock, direction. 2 dvd Sony classical 88843040109. Festival de Baden Baden, live de mai 2013. Illustration : Erwin Schrott (DR)

 

 

 

Casse-Noisette Ă  Baden Baden

Baden Baden Casse noisette - Mariinski ballet nussknacker-c-v-baranovsky-949x466Baden Baden, Festpielhaus. Tchaikovski: Casse-noisette. Les 25,26 décembre 2014. Pour les fêtes de fin d’année, la station thermale qui est aussi une ville touristiquement à la pointe offre une saison musicale étonnamment riche et prestigieuse comptant par exemple de nombreuses stars internationales invitées du Festpielhauss, la salle de concerts et d’opéras (en novembre et décembre, le festival d’automne de Baden Baden invite Hélène Grimaud, Yannick Nézet-Séguin, Elina Garança, Simone Kermes et Vivica Genaux, le Philharmonique de Vienne, Pierre-Laurent Aimard, et donc plusieurs ballets dont  Raymonda, Le lac des cygnes et Casse-Noisette pour le temps de Noël, suivent un gamma de la danse le 27 décembre et la gala de la Saint-Sylvestre le 31 décembre, avec entre autres la soprano Angela Gheorghiu… En décembre partez à Baden Baden, visiter la ville et ses services, sans manquez cette années les 3 représentations du ballet de Tchaikovski Casse noisette, chef d’oeuvre chorégraphique et symphonique du romantisme enflammé, enivrant de Piotr Illyitch, une opportunité surtout pour y (re)découvrir la grâce collective du Ballet du Théâtre Mariinski, détenteur depuis longtemps d’une maîtrise indiscutée dans ce répertoire.

 

 

baden bande festspielhaus festival concerts operas Baden-Baden_0Baden Baden, Festpielhaus. Tchaikovski: Casse-noisette. Les 25 (18h), 26 14h, 20h) décembre 2014. Spectacle familial idéal pour Noël 2014. Billets de 40 à 130 euros. S’immerger dans les tableaux enchanteurs de Casse-noisette, dans la version du Ballet Mariinski de Saint-Petersbourg, qui historiquement a créé le ballet, reste une expérience marquante pour toute la famille, en particulier les enfants, toujours saisi par le tableau de la première scène : la décoration du sapin de Noël par Clara et Fritz dans une ambiance idéale, celle d’une maison qui verse très vite dans la féerie dramatique et onirique…

Vasily Vainonen, chorégraphie et livret
Simon Virsaladze, décors
Mariinsky-Ballett
Mariinsky Orchester

 

 

 

Prochain festival Ă  baden Baden … En mars 2015, le festival de Pâques de Baden Baden invite le philharmonique de Berlin, Anna Prohaska, Bernard Haitink et Isabelle Faust… :

 

 

 

piotr ilitch-Tchaikovsky-530-851Production dĂ©signĂ©e pour cĂ©lĂ©brer les fĂŞtes de NoĂ«l en famille, le ballet Casse-Noisette de Piotr Illiyitch TchaĂŻkovski (1840-1893) est son dernier ballet composĂ© entre 1891 et 1892. Il est crĂ©Ă© avec un succès assez froid en dĂ©cembre 1892 au théâtre Mariinski de Saint Petersbourg sur la chorĂ©graphie de Lev Ivanov. Pourtant la magie de ses pas, les tableaux collectifs, surtout le beautĂ© enivrante de la musique en font toujours aujourd’hui le fleuron des ballets romantiques russes, et aussi, le sommet de l’inspiration chorĂ©graphique de TchaĂŻkovski : le compositeur y rĂ©ussit une immersion fĂ©erique dans le monde de l’enfance, n’hĂ©sitant pas Ă  oser une orchestration somptueusement scintillante (le cĂ©lesta dans le tableau de la Danse de la fĂ©e DragĂ©e). Le cĂ©lesta est d’ailleurs souvent assimilĂ© au personnage clĂ© de Clara.

Au pays des rêves…

Acte I. L’intrigue, inspirĂ© du livret d’Ivan Vsevolojski et Marius Petipa s’inspire de l’adaptation qu’a fait Alexandre Dumas d’un conte d’ETA Hoffmann : Casse-noisette et le roi des souris. Il met d’abord en avant une fĂŞte de NoĂ«l qui place les enfants (Clara, son frère Fritz) au devant de la scène dans une sĂ©rie de divertissements rĂ©glĂ©s par l’oncle Drosselmeyer (oĂą paraissent des parents en Incroyables, des jouets – poupĂ©es et soldats-, grandeur nature aux gestes saccadĂ©s…) : la magie voisine dĂ©jĂ  avec le cauchemar et l’inspiration verse souvent dans le fantastique, propre Ă  l’univers d’ETA Hoffmann ; Clara reçoit enfin son cadeau de NoĂ«l, un casse-noisette. Mais jaloux, Fritz brise le jouet de sa soeur… Les enfants vont se coucher et le silence règne dans la maison. Comme dans Le Lac des cygnes, Casse-noisette exprime le passage de l’enfance Ă  l’adolescence : une prise de conscience de la fĂ©erie Ă  la rĂ©alitĂ© par l’expĂ©rience du mal et des Ă©preuves Ă  surmonter (les forces hostiles du Roi et de la Reine des souris…).

Clara revient dans le salon, inquiète du sort de son jouet fétiche. Un enchantement se réalise et pendant la nuit, au pied du sapin, les jouets s’animent, Casse-noisette devient un jeune homme conquérant… un prince idéal. Il défend Clara contre le roi des souris, le tue grâce à la complicité de la jeune fille : l’on comprend alors que Hans-Peter a été l’objet d’un sortilège jeté par le roi des souris, il a été changé en casse-noisette malgré lui. Grâce au truchement du divertissement imaginé par l’oncle démiurge Drosselmeyer, grâce à la volonté de Clara, le jeune homme a retrouvé figure humaine. Clara et hans-Peter peuvent à présent quitter la maison et voyager : d’abord au pays des neiges, tableau enchanteur qui clôt le premier acte.

Acte II. Hans-Peter emmène ensuite Clara au pays des rêves enfin au pays de Confiturembourg, palais des délices ; puis, Drosselmeyer les introduit auprès de la Fée Dragée et du Prince Orgeat. Hans-Peter raconte à tous comment il a combattu le roi des souris et comment Clara l’a aidé dans cette bataille… La Fée Dragée sert un repas somptueux et raffiné puis un nouveau spectacle se réalise. C’est dans l’esprit des divertissements baroques (opéras de Campra et de Rameau), une nouvelle série de danses collectives aux caractères divers et contrastés : danses espagnole (chocolat), arabe (café),  chinoise (thé), le Trépak, danse russe frénétique … ; la partition regorge de séquences mélodieusement inoubliables servies chacune par une orchestration à la fois puissante et très caractérisée, révélant le génie de Tchaikovski dans l’instrumentation : danse des mirlitons (3 flûtes, cor anglais et cuivres), valse des fleurs (cors), le point conclusif palpitant et entraînant de l’oeuvre, qui intègre aussi un pas de deux entre la Fée Dragée et le prince Orgeat. Rêve d’une petite fille ou libération du jeune Hans Peter, le livret peut être lu en différentes lectures. C’est une rêverie puissante et souvent irrésistible où Tchaikovski retrouve l’innocence de l’enfance en lui donnant un cycle de mélodies inégalées.

Baden Baden 2014 : Simon Rattle et Sol Gabetta

simon-rattle1TĂ©lĂ©. ARTE, le 20 avril, 18h. Baden Baden 2014 : Sir Simon Rattle et Sol Gabetta. Sir Simon Rattle et l’Orchestre Philharmonique de Berlin : En direct du Festival de Pâques de Baden-Baden. PrĂ©sentation : Annette Gerlach. La violoncelliste Sol Gabetta fĂŞte en grande pompe sa première collaboration avec la Philharmonie de Berlin, sous la direction de Simon Rattle. La jeune virtuose d’origine argentine, dont la carrière internationale fut lancĂ©e en 2004, sait envoĂ»ter le public par l’intelligence et la puissance Ă©motionnelle de ses interprĂ©tations, autant que par l’étendue de son rĂ©pertoire. Le programme est Ă©clectique : un concerto romantique du britannique Elgar et le prĂ©lude Ă©thĂ©rĂ© de Lohengrin cĂ´toient la pièce Atmosphères de György Ligeti (rendue cĂ©lèbre par la bande originale de 2001, L’odyssĂ©e de l’espace), le tout s’achevant sur l’exaltant Sacre du Printemps de Stravinsky.

Au programme:

György Ligeti
Atmosphères

Richard Wagner
Prélude à l’acte I de Lohengrin

Edward Elgar
Concerto pour violoncelle en mi mineur op. 85

Igor Stravinsky
Le Sacre du Printemps

Mozart: Don Giovanni, NĂ©zet-SĂ©guin (2011) 3 cd Deutsche Grammophon

CD, critique. Mozart: Don Giovanni, NĂ©zet-SĂ©guin (2011) 3 cd Deutsche Grammophon. EntrĂ©e rĂ©ussie pour le chef canadien Yannick NĂ©zet-SĂ©guin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier dĂ©fi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart.Après les mythiques Boehm, Furtwängler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement mĂ©ditĂ©, l’opĂ©ra Don Giovanni version NĂ©zet-SĂ©guin regarderait plutĂ´t du cotĂ© de son maĂ®tre, très scrupuleusement Ă©tudiĂ©, observĂ©, suivi, le dĂ©funt Carlo Maria Giulini: souffle, sincĂ©ritĂ© cosmique, vĂ©ritĂ© surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincĂ©ritĂ© première, son urgence théâtrale, en une libertĂ© de tempi rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempĂ©raments mis en mouvement.ImmĂ©diatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalitĂ© très fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuitĂ© dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile… Les chanteurs sont naturellement portĂ©s par la suretĂ© de la baguette, l’Ă©coute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix.


Anna, Elvira: deux femmes troublées au bord du gouffre

Don-Giovanni.cd_.01A moins de 40 ans, Yannick Nezet-SĂ©guin fait preuve d’une belle maturitĂ©; son intelligence, son hĂ©donisme entrainant assure le liant gĂ©nĂ©ral d’une distribution assez disparate mais nĂ©anmoins homogène ; si Rolando Villazon dĂ©rape et fait un Ottavio pâteux voire plĂ©bĂ©ien (pas très raccord avec son aimĂ©e Anna), les Leporello, Elvira et Anna justement, soit le trio des nobles, se distinguent très nettement: Luca Pisaroni est Ă©nergique et plein d’entrain; Joyce DiDonato, Elvira ardente et blessĂ©e (mais digne) est Ă©loquente et d’une chaleur de timbre très convaincante: la justesse du style et du caractère sont très percutants: en elle s’Ă©coule la prière sincère de l’amoureuse constamment trahie (“ Mi tradi quell’alma ingrata ” au II; plage 8 du cd 2), la mezzo exhale un pur parfum d’aristocratique contrĂ´le … pour mieux cacher le trouble qui l’assaille peu Ă  peu; tout aussi rĂ©flĂ©chie, offrant un caractère exceptionnellement fouillĂ©, jamais explicite, mais dĂ©vastĂ© et si humain, Diana Damrau (Anna) s’impose aussi dans un rĂ´le taillĂ© pour elle: fervente, Ă©ruptive, en mère la morale, la soprano accorde comme le chef Ă  chaque nuance du texte, une couleur et une attention articulĂ©e, d’une formidable intensitĂ© ; et les tempi du maestro semblent fouiller davantage le dĂ©sarroi et les vertiges silencieux de ces deux âmes fĂ©minines au gouffre abyssal… Les deux caractères sont bien les plus bouleversants de l’opĂ©ra: victimes d’un Don Giovanni parfaitement barbare. Au final: les deux femmes princières, Anna et Elvira, sont magistralement incarnĂ©es: palpitantes jusqu’au bout des ongles, voici le portrait de deux âmes contraintes par les convenances mais dont le feu intĂ©rieur les pousse Ă  exprimer la force du dĂ©sir qui les aimante Ă  l’infâme licencieux: elles sont bel et bien troublĂ©es par Don Giovanni. Le rĂ©cit de son ” viol” par Anna Ă  Ottavio si lâche, par exemple, est remarquable de pauses insinuantes, de finesse, de subtilitĂ© partagĂ©e autant par le chant de Diana Damrau que par l’orchestre superbe de suspension allusive… (cd1: plages 18 : rĂ©citatif plein de fine progression expressive et d’accents millimĂ©trĂ©s par une super diva, diseuse et actrice de premier plan, puis 19: “Or sai chi l’onore”…). HĂ©las, la Zerlina de Mojca Erdmann, prometteuse mozartienne sur
le papier (et dans un précédent cd Mozart également chez Deutsche
Grammophon), papillone sans être particulièrement concernée par la
situation (son Laci darem la mano manque de finesse inquiète, de dĂ©sir conquĂ©rant… mĂŞme distance comme insouciante de son Batti, batti, o bel Masetto Ă  la fin du I).

Reste le Don Giovanni d’Ildebrando D’Arcangelo: l’engagement est constant, le cynisme et la froideur bien prĂ©sents mais on aimerait davantage de naturel et de simplicitĂ© pour un chant finalement carrĂ© et monolithique, plutĂ´t lisse (qu’on est loin de l’arĂŞte carnassière d’un Bryn Terfel, autrement plus passionnant.
Revenons Ă  l’orchestre: tout passe par ce fini et cette intelligence des climats: les ralentis si finement exprimĂ©s dans l’ouverture et par Ă©clairs dans rĂ©citatifs et airs: tout cela nourrit la faille du trouble et du mystère dans une partition si juste sur le plan psychologique; la prĂ©sence du pianoforte, le chant si suave des cordes et des clarinettes (entre autres) sont littĂ©ralement dĂ©lectables. Du grand art et ici, le triomphe absolu du chef, capable d’obtenir quasiment tout de ses instrumentistes ! Coloriste, alchimiste, atmosphĂ©riste, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin s’affirme magnifiquement et honore le prestige de la marque jaune.
Ce premier essai dĂ©sormais convaincant en appelle d’autres. Ce seront pas moins de 7 opĂ©ras au total que nous promet le chef si imaginatif et rĂ©flĂ©chi: après Don Giovanni, c’est probablement Cosi puis Idomeneo, les Noces sans omettre la ClĂ©mence de Titus qui seront de la mĂŞme manière donnĂ©s en concert non scĂ©nique, chaque Ă©tĂ©, Ă  Baden Baden, enregistrĂ©s sur place et dans la foulĂ©e, publiĂ©s par Deutsche Grammophon: cycle mozatien Ă  suivre donc.

Mozart: Don Giovanni. Ildebrando D’Arcangelo, Luca Pisaroni, Diana Damrau, Joyce DiDonato, Rolando VillazĂłn, Mojca Erdmann. Mahler Chamber Orchestra. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction. 0289 477 9878 1 3 cd Deutsche Grammophon DDD GH3. EnregistrĂ© Ă  Baden Baden en juillet 2007.