Anna Prohaska, soprano. Enchanted Forest1 cd Archiv

Née en 1983, la soprano Anna Prohaska a contrario de nombreuses jeunes cantatrices actuelles est douée d’un bel engagement, un timbre charnu aux aigus perçants, un tempérament riche qui palpite et s’enivre… parfois à la limite de la justesse certes mais d’une sincérité qui touche directement. De plus, son sens du texte est captivant voire magnétique. Des qualités qui font les délices du présent album, au programme choisi et savamment élaboré: La Calisto de Haendel et de Cavalli se croisent ; idem pour Dafne, personnage diversement traité par les deux mêmes compositeurs à travers un cheminement au fil dramatique idéalement calibré et rythmé.


L’enchanteresse Anna…

Voilà longtemps que nous n’avions plus compté sur un nouvel album Archiv, portant la sensibilité très originale et personnelle d’une interprète pétulante, technicienne déjà accomplie, qui ose, déchiffre une palette expressive assez surprenante (sa Morgana d’Alcina de Haendel, et ses trilles pointées heureusement accrochées méritent tous les honneurs, ceux d’une diva prête à tout pour exprimer les vertiges de la passion baroque).
Les berlinois la connaissent déjà pour avoir percé l’affiche en Frasquita dans une production de Carmen, alors dirigée par Daniel Barenboim à l’Opéra de Berlin (Staatsoper Unter den Linden, en 2006)…



En nymphe grecque, la cantatrice sait nous séduire ici au fil de ses incarnations, d’autant plus que les instrumentistes méconnus, émergeants d’Arcangelo, étonnent par leur grande séduction expressive. C’est un collectif britannique réunis depuis 2010, sous la direction de Jonathan Cohen, ailleurs chef associé des Arts Florissants, qui conduit sa troupe avec une exquise finesse. Les Purcell sont d’une subtilité pudique irrésistible et d’une savoureuse incarnation grâce à l’intensité très humanisée de la soliste, défaillances vocales en prime mais si touchantes et ” vraies ” (The Fairy Queen : la plainte O let me weep est d’une intonation juste et ardente)… la touche et le style transmis par William Christie en seraient-elles pour quelque chose dans cette réussite globale, ou règnent l’élégance et l’éloquente finesse ? Même parlando enchanté et même halluciné dans l’air de la Nuit qui suit: “ See, even night herself is here “… superbe chant d’une sirène crépusculaire, mi Ophélie mi Ondine s’abîmant peu à peu dans une onde sombre et silencieuse…

Ses Haendel et Purcell enchantent littéralement grâce à la tenue du continuo ; mais la magie gagne une nouvelle couleur, entre articulation linguistique et ciselure expressive et poétique dans ses Italiens du premier Baroque, Seicento enchanté donc où perce et s’accomplit l’art de diseuse de la jeune soprano chez les divins Vénitiens : le premier entre tous, Monteverdi dont les oeuvres concluent l’album, et surtout l’opulent et si suave Francesco Cavalli: les deux airs extraits de Calisto et Dafne sont impressionnants de présence textuelle comme de musicalité dramatique : une combinaison exemplaire. L’air de Dafne : ” O più d’ogni ricchezza ” de plus de 10 mn, est l’un des meilleurs accomplissements de la jeune diva dans un album qui n’usurpe pas son titre. Anna Prohaska sait enchanter la forêt musicale et vocale ici suscitée. Belle réussite.

Anna Prohaska, soprano. Enchanted Forest. Airs d’opéras de Purcell, Monteverdi, Cavalli, Haendel, Vivaldi. Arcangelo. Jonathan Cohen, direction. 1 cd Archiv 479 0077.

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