lundi 26 octobre 2026

CRITIQUE, opéra. LA PLATA, Teatro Argentino, le 18 octobre 2026. VERDI : IL TROVATORE. F. Prieto, M. Belen Rivarola, L. López Linares, Guadalupe Barrientos, Hernan Iturralde… Florencia Ayos / Lucia Zicos

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Daniel Lara
Daniel Lara
Daniel Lara est journaliste culturel et critique d’opéra. Spécialisé dans la musique vocale, la musique classique et l’art lyrique, il publie régulièrement critiques, articles et entretiens dans plusieurs médias spécialisés internationaux. Il est actuellement correspondant de Pro Ópera (Mexique), OperaWorld.es (Espagne) et ClassiqueNews.com (France), et collabore comme animateur culturel à l’émission culturelle LatinTime diffusée sur CKUT 90.3 FM à Montréal (Canada).
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Le Teatro Argentino de La Plata  seconde plus grande ville d’Argentine, a connu un immense triomphe avec la reprise de l’un des titres les plus emblématiques du répertoire lyrique italien : Il trovatore de Giuseppe Verdi.

 

Dans cette nouvelle production, l’un des principaux théâtres lyriques d’Argentine, tous les astres semblaient s’être alignés pour donner naissance à un spectacle de très haute tenue, porté par l’engagement sans réserve de l’ensemble des artistes et des équipes, réunis autour d’une réalisation d’une remarquable qualité. Entièrement composé d’artistes argentins, le plateau vocal a témoigné de l’excellente vitalité de la scène lyrique nationale. En tête de distribution, le ténor Fermín Prieto s’est imposé comme un remarquable interprète de Manrico, le troubadour rebelle et marginal. Il a mis au service du personnage une voix au lyrisme généreux, homogène et bien timbrée, maîtrisée avec intelligence et une solide technique, sans jamais forcer, ainsi qu’un chant d’une grande distinction. Très applaudi dans « Ah sì, ben mio » et « Di quella pira », il a atteint une intensité émotionnelle particulièrement poignante au dénouement de l’opéra, au point de tirer les larmes à plus d’un spectateur.

Digne de tous les éloges, le baryton Leonardo López Linares a incarné un comte de Luna exemplaire, livrant une véritable leçon de style verdien. Son instrument, au timbre velouté et souple, à l’ambitus généreux et aux accents aristocratiques, lui a permis de composer un personnage d’un raffinement vocal remarquable. Son interprétation d’« Il Balen del suo sorriso », portée par un legato exquis, des aigus fermes et une élégance de tous les instants, a compté parmi les grands moments vocaux de la soirée. La présence de la basse-baryton Hernán Iturralde dans le rôle de Ferrando, officier au service du comte de Luna, constituait un luxe rare. Le chanteur a su donner à ce personnage secondaire un relief inhabituel. Ses graves profonds, sombres et résonnants, alliés à une diction nette et empreinte d’autorité, ont conféré à son interprétation une remarquable présence. Son récit « Di due figli vivea padre beato », suivi de « Abbietta zingara, fosca vegliarda », a constitué l’un des sommets de la soirée, tant par la force dramatique du récit que par la noblesse d’un chant évoquant la grande tradition lyrique d’autrefois. Une interprétation véritablement anthologique.

 

 

La distribution féminine a également réservé de grandes satisfactions. En tête, la soprano dramatique María Belén Rivarola a fait preuve d’une virtuosité éblouissante, abordant avec une remarquable aisance l’écriture exigeante de Leonora. Sa voix puissante et somptueuse, dotée d’une ampleur considérable et d’une large étendue, ainsi que sa facilité dans les coloratures et les aigus, lui ont valu un triomphe personnel pleinement mérité. Elle a su tirer le meilleur parti de deux des pages les plus inspirées de la partition : la sublime aria « D’amor sull’ali rosee », où elle a révélé toute l’étendue de ses ressources expressives, puis la cabalette « Tu vedrai che amore in terra », dans laquelle elle a confirmé, par l’autorité de ses moyens vocaux, son remarquable talent pour conjuguer virtuosité et expressivité.

Dans le rôle de la gitane vengeresse Azucena, la mezzo-soprano Guadalupe Barrientos a livré une interprétation d’une profonde humanité et d’une remarquable intensité dramatique. Elle a pu s’appuyer sur une voix au timbre riche et séduisant, aux graves puissants et profonds, ainsi que sur une émission robuste, toujours parfaitement maîtrisée. Dans « Condotta ell’era in ceppi », elle a donné à son récit une force dramatique saisissante, conjuguant émotion, subtilité des nuances et inflexions incisives. Elle a ainsi dessiné avec une rare acuité expressive le portrait psychologique complexe d’une femme déchirée entre le traumatisme, la soif de vengeance et l’amour maternel. Dans les rôles secondaires, Claudia Montagna a incarné une Inès convaincante, à la fois dame de compagnie et confidente de Leonora. Sergio Spina s’est distingué en Ruiz, conférant un relief appréciable à un personnage de portée dramatique limitée, tandis que Juan Pablo Labourdette a rempli avec efficacité le rôle du messager gitan. Dirigé par Santiago Cano, le chœur « maison » a fait valoir une préparation rigoureuse, offrant une sonorité soignée, précise et parfaitement homogène. Il a également répondu avec engagement aux exigences de la mise en scène, contribuant pleinement à la réussite de l’ensemble.

À la tête de l’Orchestre du Teatro Argentino, Lucía Zicos a signé une lecture au bon rythme dramatique, attentive aux détails et solidement construite. Alliant tension théâtrale et soin musical, sa direction, rigoureuse jusque dans les moindres détails, a constitué l’un des piliers du succès de la représentation.

Bien que présentée comme une version semi-scénique, cette proposition a largement dépassé le cadre d’une simple exécution de concert agrémentée de quelques éléments visuels. Florencia Ayos, qui assurait la mise en scène, les décors et les costumes, a offert une lecture renouvelée du drame verdien, qu’elle a relié avec intelligence et un sens aigu du théâtre à des phénomènes d’une brûlante actualité, tels que la manipulation, les discours de haine et la désinformation. Une démarche particulièrement convaincante, tant par la pertinence de son propos que par l’efficacité de sa réalisation scénique. La scénographie, sombre et militarisée, faisant appel à un minimum d’éléments, ainsi que le travail subtil des lumières de Magdalena Ripa Alsina, ont conféré à l’ensemble profondeur et relief. Florencia Ayos démontre ainsi que la force d’une conception scénique ne tient pas à l’abondance des moyens déployés, mais à l’intelligence avec laquelle ils sont pensés et mis en œuvre. Chapeau !

 

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CRITIQUE, opéra. LA PLATA, Teatro Argentino, le 18 octobre 2026. VERDI : IL TROVATORE. F. Prieto, M. Belen Rivarola, L. López Linares, Guadalupe Barrientos, Hernan Iturralde… Florencia Ayos / Lucia Zicos. crédit photo (c) droits réservés

 

 

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