C’était un événement à plus d’un titre. Pour sa 36e et dernière édition sous la direction artistique de Thierry Malandain, le festival Le Temps d’aimer la danse a frappé un grand coup en confiant sa soirée d’ouverture à l’un des chorégraphes français les plus en vue de la planète : Benjamin Millepied, ancien danseur étoile du New York City Ballet, directeur de la danse à l’Opéra national de Paris de 2014 à 2016, et dont le nom reste associé au film Black Swan de Darren Aronofsky. Ce jeudi 10 septembre, à la Gare du Midi de Biarritz, il a présenté l’avant-première mondiale de sa nouvelle création : Summerland. Un ballet pop d’une heure dix, porté par la voix et la présence magnétique de la chanteuse November Ultra, et qui s’installera aux Folies Bergère (Paris) du 24 au 29 novembre prochain.
Il faut d’abord parler d’elle. November Ultra, de son vrai nom Mélanie Pereira, née à Boulogne-Billancourt d’un père portugais et d’une mère espagnole, est une autrice-compositrice-interprète française qui s’est fait connaître avec son premier vinyle Honey Please Be Soft & Tender en 2021, avant de sortir son premier album Bedroom Walls en 2022. Sacrée révélation féminine aux Victoires de la musique en 2023, celle que ses proches surnomment Nova incarne une pop de chambre délicate, une « bedroom pop » faite de fragilité et de sincérité, dont la voix est parfois comparée à celle d’Adele. C’est précisément cette délicatesse qui a conquis Benjamin Millepied, qui confie être « tombé amoureux de sa musique, séduit par sa finesse et sa délicatesse », au point de concevoir tout un ballet autour d’elle.
Sur scène, November Ultra n’est pas une simple invitée. Elle est le cœur battant du spectacle. Tour à tour derrière son piano, à la guitare ou seule avec son micro, elle chante en anglais ou en espagnol, sa voix enveloppante et parfois nostalgique guidant les neuf danseurs qui l’entourent. Ces derniers, vêtus de tenues pastel, évoluent dans un décor onirique fait de voilages translucides et légers, dans une lumière d’une grande douceur signée Lucy Carter. La scène de la Gare du Midi se mue en un espace hors du temps, comme une bulle de savon acidulée où les corps semblent en apesanteur.
Les tableaux s’enchaînent — duos, ensembles, solos — dans une succession de portés et d’enlacements d’une grande délicatesse, comme autant de promesses amoureuses. Benjamin Millepied explore ici une veine tendre et lumineuse, directement inspirée par la ville californienne de Summerland, au nord de Los Angeles, où il a vécu. « J’y passais très souvent en voiture et je me disais : quel beau nom pour un ballet », raconte-t-il. Ce titre est aussi un clin d’œil à son mentor Jerome Robbins, qui avait créé en 1972 un ballet intitulé Watermill, du nom d’une petite ville où il aimait passer. Une filiation revendiquée, entre héritage et modernité.
Le public biarrot, venu nombreux pour cette première représentation — en présence de la ministre de la Culture Catherine Pégard —, a longuement applaudi cette création qui fusionne la musique live et la gestuelle des danseurs. Summerland n’est pas un ballet au sens classique du terme, mais un concert chorégraphié, une expérience sensorielle où la voix de November Ultra et les corps des interprètes dialoguent dans une même respiration. Le résultat est à la hauteur de l’ambition : une œuvre généreuse, solaire, qui laisse le spectateur avec un sentiment de plénitude rare.
Après Jeff Buckley en 2024 et Barbara, du bout des lèvres en début d’année à Montpellier, Benjamin Millepied poursuit avec November Ultra son exploration des répertoires musicaux qui le touchent, sans jamais se répéter. Summerland est une vraie réussite : un moment suspendu, une invitation à la douceur dans un monde qui en manque cruellement. Nul doute que le public parisien des Folies Bergère lui réservera le même accueil triomphal en novembre prochain.







