Le Palau de la Música Catalana, écrin de verre et de fer forgé, s’est mué – ce 29 août – en un véritable temple wagnérien. Un frémissement d’exception parcourait la salle moderniste, comble, pour ce concert d’anthologie clôturant le 40e Festival de Peralada, décentralisé dans la capitale de la Catalogne (et en coproduction avec la mythique salle barcelonaise). L’événement, qui s’inscrivait également dans le cadre de la tournée espagnole du 150e anniversaire du Festival de Bayreuth (avant Santander, Séville, Madrid, Valencia et Las Palmas de Gran Canaria…), réunissait pour l’occasion l’orchestre éponyme sous la baguette du maestro espagnol Pablo Heras-Casado (actuel directeur musical du Philharmonique de Berlin !), aux côtés de trois chanteurs wagnériens d’exception.
La soirée s’ouvre sur L’Entrée des dieux au Walhalla, dans laquelle la mythique phalange orchestrale qu’est l’Orchestre du Festival de Bayreuth a déployé une puissance tellurique, un son « Bayreuth » d’une densité inouïe, que seul l’amphithéâtre de la Colline Verte peut habituellement offrir. C’était là un privilège incroyable pour les 2000 spectateurs réunis sous la fabuleuse verrière colorée du Palau : voir et entendre cette phalange légendaire – sans le voile de la fameuse fosse, et pour mieux révéler la synergie et la précision chirurgicale de chacun de ses pupitres ; celui de cordes d’une morbidité et d’une pâte somptueuses, et de cuivres, notamment les trompettes et les cors, d’une majesté saisissante, étaient guidés par un Pablo Heras-Casado avec une clarté de geste et une intelligence architecturale qui ont souligné avec éclat son statut de maître wagnérien. L’extrait des Murmures de la forêt de Siegfried, d’une poésie panthéiste exquise, a été également l’un des moments les plus beaux de la soirée, tandis que la Marche funèbre tirée du Crépuscule des dieux a atteint une expression transcendante.
Le triptyque vocal, lui, a tenu toutes ses promesses. Le ténor allemand Klaus Florian Vogt, vétéran de Bayreuth, a fait montre d’une sécurité vocale inébranlable. Son timbre, d’une souplesse et d’une palette de couleurs incomparable, a fait merveille, offrant tour à tour un Siegmund mélodieux et un Siegfried d’une sensibilité à fleur de peau. La soprano britannique Catherine Foster, Brünnhilde de légende, a su incarner avec noblesse et grandeur le rôle de Brünnhilde. Après une entrée en matière assez nuancée dans le fameux duo « Ewir war ich », elle a littéralement enflammé la salle dans la scène finale du Crépuscule des dieux, déployant un médium brillant et des aigus incisifs pour une Scène de l’Immolation à la hauteur du défi. Enfin, révélation de la soirée, le baryton-basse américain Nicholas Brownlee, futur Wotan du nouveau Ring du Gran Teatre del Liceu tout proche, a impressionné par la force virile et juvénile à la fois de son instrument, campant un Wotan dominateur, d’une palette expressive particulièrement impressionnante.
Le programme de la soirée, puisant dans les sommets de la Tétralogie, a ainsi offert une plongée vertigineuse dans l’univers de Richard Wagner, avec d’autres moments-clés comme Les Adieux de Wotan ou encore Le Voyage de Siegfried sur le Rhin. Après un final grandiose, une ovation debout – longue et nourrie – a contraint le maestro à enchaîner sur un bis. Et lorsque les archets se sont levés pour attaquer la célébrissime Chevauchée des Walkyries, l’effet fut total… et censé sous les sculptures monumentales de pierre des Walkyries qui sont l’un des joyaux de cette salle mythique et à nulle autre pareille !… Un concert qui restera gravé dans les mémoires de ceux qui ont eu la chance d’y assister – et dans les annales du Palau de la Música Catalana.
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CRITIQUE, concert. BARCELONE, Palau de la Musica Catalana, le 29 août 2026. WAGNER : Extraits du « Ring ». C. Foster, K. F. Vogt, N. Brownlee, Orchestre du Festival de Bayreuth, Pablo-Heras Casado (direction). Crédit photographique (c) Mario Wurzburger







