Pour ce 3ème volet des concerts « Talent Fest » du Verão Clássico Festival & Academy, le Teatro Thalia a une fois de plus ouvert ses portes à la jeune génération musicale. Ce 26 juillet, la scène du théâtre lisboète accueillait un programme éclectique, mêlant les grandes œuvres du répertoire à des pièces plus rares – mais en revanche plus axés sur les instruments à cordes, que lors des deux premiers concerts… -, révélant au public tout à la fois des fragilités prometteuses et des talents éclatants. Si certains jeunes artistes ont encore besoin de mûrir, d’autres ont littéralement enflammé la salle, confirmant que le Verão Clássico est bien un vivier de futurs grands noms de la musique classique.
La soirée s’est ouverte avec la Sonate, Opus 82 d’Edward Elgar, interprétée par la violoniste polonaise Rozalia Bryla, accompagnée au piano par Pedro Costa. Dès l’Allegro. Risoluto initial, la jeune artiste a imposé un jeu d’une belle autorité et maturité. Son son, chaud et puissant, a su capturer l’essence romantique et mélancolique du compositeur anglais, porté par un Pedro Costa dont l’accompagnement, toujours d’une élégance rare, a offert un écrin de velours à cette démonstration de virtuosité. Une entrée en matière des plus prometteuses, saluée par des applaudissements nourris.
Le contrebassiste portugais Guilherme Viegas s’est ensuite attaqué à l’Adagio du Concerto de Vanhal, accompagné par João Araújo au piano. Force est de constater que la prestation, marquée par de nombreuses approximations et quelques hésitations, n’a pas entièrement convaincu. Le trac, sans doute, a joué des tours à ce jeune artiste dont le potentiel semble pourtant réel. Il lui reste du travail pour maîtriser pleinement son instrument et gagner en assurance, mais le public, indulgent, a salué ses efforts et l’invite à persévérer sur cette voie exigeante.
Le violoncelliste chinois Trevor Chan a ensuite interprété le Rondo du Concerto N°2 de Haydn, accompagné par Duarte Martins au piano. Là encore, le jeune musicien a fait preuve d’un jeu encore trop scolaire, manquant d’assurance et de cette liberté qui fait la différence entre une lecture correcte et une interprétation véritablement habitée. Si la technique est présente, il lui manque encore ce supplément d’âme qui transforme l’exercice en émotion. Une prestation qui laisse entrevoir des qualités certaines, mais qui demande encore à mûrir pour convaincre pleinement.
Le Trio Momentu – Diniz Resende à la clarinette, Maria Castro au violoncelle et Yifang Wang au piano – a ensuite offert un moment de pure délicatesse avec l’Adagio con espressione du Trio, Opus 11 de Beethoven. Quelle douceur et quelle complicité entre les trois jeunes artistes ! La clarinette de Resende, moelleuse et chantante, dialoguait avec une grâce infinie avec le violoncelle de Castro, tandis que le piano de Wang tissait un tapis sonore d’une sensibilité remarquable. Un instant de poésie pure, où la jeunesse des interprètes se faisait oublier au profit d’une musicalité déjà aboutie.
Le contrebassiste portugais Raúl Represas a ensuite livré une interprétation de l’Andante cantabile de la Sonate N°2 d’Adolf Míšek qui a su toucher le public par sa sincérité et sa chaleur. Son jeu, plus assuré que celui de son prédécesseur, a su faire chanter la contrebasse avec une expressivité rare, porté par un João Araújo au piano d’une discrétion élégante. C’est ensuite la jeune pianiste vietnamienne Trang Linh Le qui a enflammé le clavier avec l’Étude, Opus 10 N°4 de Chopin. Sa technique, d’une propreté et d’une vélocité impressionnantes, a conquis la salle. Chaque note fusait avec une précision diabolique, chaque phrase musicale était portée par une énergie communicative.
La violoncelliste portugaise Catarina Mason a ensuite abordé l’Andante, allegro vivace de la Sonate N°4, Opus 102 de Beethoven, accompagné par Duarte Martins au piano. Sa lecture, sobre et élégante, a su rendre hommage à la grandeur et à la profondeur du compositeur allemand. Si quelques imperfections techniques sont à noter, l’intention musicale, elle, était parfaitement présente. Sa compatriote contrebassiste Margarida Sousa a ensuite offert un moment de grâce avec la Sonate pour contrebasse de Willem de Fesch. Le Siciliano initial, d’une douceur mélancolique, a fait place à une Allemande plus dansante, où la jeune artiste a su déployer un jeu à la fois précis et chaleureux. João Araújo, au piano, l’a accompagnée avec une sensibilité exemplaire. Une prestation convaincante pour une instrumentiste qui semble prometteuse.
Le violoniste portugais Alfonso Pinto-Ribeiro s’est ensuite emparé de l’Allegro du Concerto N°4 de Mozart, accompagné par Pedro Costa au piano. Dès les premières notes, le potentiel de ce jeune musicien a éclaté au grand jour. Son jeu, à la fois précis et chantant, sa sonorité ronde et son sens du dialogue avec le piano ont révélé un artiste d’une maturité étonnante pour son âge. Un beau potentiel, un jeune violoniste à suivre de t près, qui a su captiver le public par son charisme et son talent évident.
Puis vint l’une des révélations de la soirée : l’altiste portugais Gustavo Rebelo, accompagné par João Araújo au piano, qui s’est attaqué au Grand Tango d’Astor Piazzolla. Quelle démonstration de maîtrise et de virtuosité ! Son alto, tour à tour langoureux et furieusement rythmé, a su capturer l’essence même du tango, mêlant mélancolie et énergie communicative. Le jeu de Rebelo, d’une précision diabolique et d’une superbe expressivité, a emporté la salle dans un tourbillon d’émotions. Les applaudissements furent nourris, les « bravo ! » fusant de toutes parts. Une révélation, assurément, pour cet artiste dont on attend désormais avec impatience la suite de la carrière.
La soirée s’est achevée sur un égal enthousiasme à l’encontre du jeune violoniste portugais Miguel Rocha, accompagné par l’excellent Pedro Costa au piano, qui ont interprété l’Allegro de la Sonate pour violon et piano de César Franck. Et là, cerise sur le gâteau de la soirée, le public a eu droit à un nouveau moment de bonheur violonistique. Miguel Rocha, quasi à l’instar du jeune Jayden King deux soirs plus tôt, a démontré un talent véritablement exceptionnel. Son jeu alliait une technique irréprochable à un lyrisme envoûtant et une puissance expressive. La Sonate de Franck, œuvre d’une richesse harmonique et d’une profondeur infinies, a été servie par un jeune artiste qui semblait habité par la musique. A la fin de sa prestation, ce fut une véritable ovation, des applaudissements longs et nourris. Un vrai talent, qui confirme que le Verão Clássico est bien une pépinière de futurs grands noms.
Ce troisième concert « Talent Fest » aura donc été un concentré d’émotions et de promesses. Entre les fragilités de certains, qui appellent à la patience et au travail, et les fulgurances d’autres, qui laissent présager de brillantes carrières, le Teatro Thalia a une fois de plus vibré au son de la jeunesse musicale. Et si la soirée s’est achevée sur l’enthousiasme soulevé par le jeune violoniste Miguel Rocha, elle a également confirmé que le Verão Clássico est bien un festival unique, où se côtoient l’humilité de l’apprentissage et l’ivresse de la virtuosité, dans un écrin chargé d’histoire.
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CRITIQUE, festival. LISBONNE, 12e Festival « Verao Classico » (Teatro Thalia), le 26 juillet 2026. 3ème des 6 concerts « Talent Fest ». Crédit photographique (c) Andreia Carvalho










