Après le premier des 6 concerts « Talent Fest« , donné la veille, le 12e Verão Clássico Festival & Academy poursuivait son chemin avec son deuxième volet. Et de nouveau, le Teatro Thalia, ce sublime écrin baroque du XVIIIe siècle dont l’acoustique de velours semblent conçus pour magnifier chaque note, a vibré sous les archets et les voix d’une nouvelle génération d’artistes venus des quatre coins du monde. Si le premier concert « Talent Fest » nous avait enchantés, cette seconde soirée nous a offert une soirée tout aussi saisissante, ponctuée de deux véritables révélations (au violon).
Et c’est la jeune violoniste allemande Mirjam Rikus qui débute la soirée, avec l’Allegro de la Sonate N°6 de Beethoven avec une énergie rayonnante. Son jeu, à la fois incisif et chantant, a su capturer l’essence classique du compositeur, porté par un Ricardo Martins au piano dont l’accompagnement, toujours d’une élégance rare, a offert un écrin de velours à la démonstration de jeune virtuose. La soirée s’est ensuite teintée de lyrisme avec la soprano chinoise Huan Ouyang, qui a interprété l’air déchirant « Ach, ich fühl’s » de La Flûte enchantée de Mozart. Si sa voix, encore fragile, trahissait une certaine timidité et un besoin de maturation, elle a su toucher le public par la sincérité de son engagement et la pureté de ses intentions. Une promesse que le temps et le travail sauront certainement transformer en éclat. Matthias Samuil, au piano, l’a soutenue avec une délicatesse infinie.
Le violoncelliste israélien Genwa Khazin a alors offert un moment de pure méditation avec le Prélude de la Suite N°2 de Bach. Quelle sobriété et quelle profondeur ! Chaque note semblait suspendue dans l’air, chaque phrase déroulait une architecture d’une perfection géométrique, rappelant que la véritable virtuosité réside aussi dans la capacité à faire chanter le silence. Puis vint un tourbillon de couleurs avec le Nocturne and Tarantella de Szymanowski, interprété par la violoniste autrichienne Johanna Ott. Sa maîtrise des ambiances contrastées – la langueur envoûtante du nocturne, suivie de la frénésie dansante de la tarantelle – a impressionné par sa palette expressive. Pedro Costa, au piano, a été un partenaire de feu, insufflant à ce duo une énergie communicative qui a enthousiasmé la salle.
La soprano polonaise Aliaksandra Sinianskaya a ensuite envoûté le public avec le célèbre « Chi il bel sogno di Doretta » de La Rondine de Puccini. Sa voix, d’une clarté cristalline et d’un timbre chaud, a déroulé ce rêve mélancolique avec une élégance et une retenue dramatique confondantes. Un moment de pure beauté, magnifié par le jeu subtil de Matthias Samuil. Le violoniste néerlandais Dario Hulsing a alors pris le relais avec l’Adagio di molto du Concerto de Sibelius. La profondeur de son approche, la manière dont il a su faire chanter la ligne mélodique avec une intensité presque nordique, a révélé une maturité artistique rare chez un si jeune interprète. Chaque note était imprégnée d’une mélancolie lumineuse qui a captivé l’audience.
La soprano chinoise Yin Wang a apporté une touche de séduction et de mystère avec le célèbre « Quando men vo » (la valse de Musetta) tiré de La Bohème de Puccini. Son interprétation, pétillante et pleine de charme, a su capturer l’esprit coquin du personnage, portée par un Matthias Samuil toujours aussi présent et inspiré. Le violoniste allemand Ludwig Dorner a ensuite offert une lecture éclatante de l’Allegro aperto du Concerto N°5 de Mozart. Sa technique, d’une propreté exemplaire, et son sens du dialogue avec le piano de Ricardo Martins ont rendu hommage à la grâce et à l’équilibre parfaits du compositeur salzbourgeois.
La soprano croate Veronika Pervan a plongé dans l’univers sombre et passionné de Giuseppe Verdi avec « Egli non riede ancora » extrait d’Il Corsaro Sa voix, puissante et dramatique, a su incarner avec brio le désespoir et la fureur du personnage, confirmant l’étendue de son potentiel lyrique. La violoniste espagnole Esperança Recio a ensuite livré une interprétation saisissante du Recitativo und Scherzo-Caprice de Fritz Kreisler. Cette pièce, véritable démonstration de virtuosité, a été maîtrisée avec une aisance et un panache qui ont ravi le public. Le dialogue entre le récitatif, plein de noblesse, et le scherzo, d’une folie dansante, a été mené avec un brio confondant.
Le contrebassiste allemand Luis Büttner a ensuite fait chanter son instrument dans l’Andante du Concerto N°2 de Bottesini. Quelle prouesse ! La contrebasse, souvent cantonnée à des rôles d’accompagnement, s’est ici élevée avec une rondeur et une expressivité bouleversantes, portée par un João Araújo au piano d’une sensibilité remarquable. La soprano portugaise Maria Bastos a alors interprété « Mein Herr Marquis » de La Chauve-Souris de Johann Strauss II avec une verve et un humour communicatifs. Si sa voix, encore un peu verte, lui demande de mûrir et de gagner en assurance, son charisme scénique et sa joie de vivre ont conquis la salle, qui a salué son énergie contagieuse.
C’est alors que la soirée a pris une tournure mémorable. La violoniste autrichienne Sonja Bogner s’est emparée de la Sonate Opus 27 N°3 d‘Eugène Ysaÿe avec une maîtrise et une autorité absolument renversantes. Sa technique d’une précision diabolique, son jeu incandescent et son engagement dramatique sans faille ont littéralement envoûté le public. À la fin de sa prestation, les applaudissements furent si nourris, si enthousiastes, qu’elle dut revenir plusieurs fois saluer, déclenchant à chaque rappel une nouvelle salve d’acclamations. C’est la première « Révélation » de la soirée !…
La soprano mexicaine Daniela Carreón a ensuite offert un moment de grâce avec le grand air « É strano…Sempre libera » de La Traviata de Giuseppe Verdi. Son approche nuancée, passant avec une aisance confondante de l’introspection douloureuse du récitatif à l’ivresse vertigineuse de la cabalette, a révélé une artiste d’une maturité scénique exceptionnelle. Matthias Samuil, au piano, a suivi ce tourbillon d’émotions avec une complicité rare.
Et pour clore la soirée, vint la seconde révélation, celle qui restera gravée dans la mémoire des spectateurs présents ce soir-là au Teatro Thalia ! Jayden King, jeune violoniste américain âgé de seulement 11 ans (!), s’est élancé dans le Finale. Allegro vivacissimo du Concerto de Tchaïkovski. Dès les premières notes, un silence de stupeur s’est abattu sur la salle. Comment un enfant de cet âge peut-il posséder une telle maîtrise technique, une telle maturité sonore, une telle intelligence musicale ? Son archet volait sur les cordes avec une agilité déconcertante, ses doubles cordes étaient d’une netteté chirurgicale, et son lyrisme, d’une fougue presque insolente, a emporté tout sur son passage. Pedro Costa, au piano, l’a suivi (comme il le pouvait !…) dans cette course effrénée avec un impressionnant soutien. Lorsque la dernière note s’est éteinte, ce fut une explosion d’applaudissements, des « bravos ! » fusant de toutes parts, des spectateurs debout, subjugués. Jayden King a dû saluer à de multiples reprises, le visage émerveillé par l’accueil triomphal qui lui était réservé. Il est incontestable que ce jeune prodige, par son époustouflante maîtrise et son charisme naturel, promet une carrière brillante qui fera sans doute un jour le tour du monde.
Ce deuxième concert « Talent Fest » a une fois de plus démontré la richesse et la vitalité de la jeune génération musicale réunie à Lisbonne. Dans l’écrin majestueux du Teatro Thalia, entre fragilités prometteuses et fulgurances éclatantes, le Verão Clássico continue de tisser sa légende. Et si la soirée s’est achevée sur l’éblouissement de ce jeune Américain de 11 ans, elle a également confirmé que chaque artiste présent sur scène, à son niveau, porte en lui l’avenir de la musique.
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CRITIQUE, festival. LISBONNE, 12e Festival « Verao Classico » (Teatro Thalia), le 24 juillet 2026. 2ème des 6 Concerts « Talent Fest ». Crédit photo (c) Andreia Carvalho








