mercredi 23 septembre 2026

CRITIQUE, opéra. PARIS. Opéra Bastille, le 24 février 2026. ADAMS : Nixon in China. T. Hampson, R. Fleming, J. Myers, C. Wetteregreen… Valentina Carrasco / Kent Nagano

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André Peyrègne
André Peyrègne
André PEYREGNE est Président d’honneur de la Fédération Française d’Enseignement Artistique, Chroniqueur en Histoire et Musique de Nice-Matin, Collaborateur de Radio France et France Télévision et Ecrivain (son dernier livre paru : "Petites histoires féminines de la grande musique" - Editions Desclée de Brouwer)
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Le 21 février 1972, le monde retint son souffle. Les présidents Nixon et Mao allaient se rencontrer. On était à l’époque des tensions entre l’URSS et l’Occident et de la guerre du Vietnam. Les journalistes en firent leurs choux gras et le compositeur John Adams en fit un opéra, Nixon in China. Après avoir embrasé l’Opéra Bastille il y a trois ans, cet ouvrage revient aujourd’hui dans la même mise en scène de l’argentine Valentina Carrasco. Grand et fascinant spectacle… mais spectacle trop long (3 heures 30 avec entracte) ! La première partie est exaltante, la seconde traîne.  

 

Dans la première, on est pris, envoûté par la musique répétitive, par la force des images sur la cruauté du régime chinois, par la grandeur quasi hollywoodienne des scènes de foule, par la beauté des voix. Dans la deuxième partie, l’action s’essouffle.  

Trois actes. Dans le premier, tout flamboie. L’avion présidentiel américain surgit sous la forme d’un aigle gigantesque, aux ailes démesurées, aux yeux électriques. Nixon, son épouse, et le fidèle Kissinger sont accueillis avec déférence par le premier ministre chinois Chou En-lai. Un dialogue passionnant s’installe entre Mao et Nixon. Mao assène ses vérités. « L’extrême gauche mène au fascisme, affirme-t-il ». À méditer ! Pendant ce temps on voit au sous-sol, dans une lumière de brasier, des livres  et des violons qu’on brûle, des intellectuels qu’on torture. 

Dans le deuxième acte, Madame Nixon visite la Chine– la Chine du peuple, des paysans et travailleurs, mais aussi celle des traditions avec une spectaculaire rencontre avec un grand dragon débonnaire à la Walt Disney. Suivent des scènes cruelles que Madame Nixon ne peut supporter. Elle s’en va.

Le troisième acte se dissout en réflexions inutiles. Mao apparaît en chemise hawaïenne, son épouse en body sexy. Mais où va le monde ? Chou En-lai conclut l’opéra en questionnant : « Qu’avons-nous fait de bien ? » On se le demande !

Un leitmotiv traverse l’ouvrage : le ping-pong. Du ping-pong partout : à l’ouverture des actes, en représentation de sport de masse, en jeu à la gloire de Mao. A la fin, des tables de ping-pong descendent du ciel. Les tables de la loi ? Loi du ping et du pong ? Entre les scènes sont projetées de douloureuses séquences d’actualité filmées. 

La musique est répétitive. Des formules sont sans cesse reprises, qui peuvent être les huit notes consécutives d’une gamme montante pendant toute l’introduction, mais qui sont plus diverses par la suite, avec des accents décalés, des modulations chromatiques. A deux ou trois reprises apparaissent des phrases mélodiques proches de citations wagnériennes.

Vocalement, la distribution est magnifique. Thomas Hampson — baryton royal, si l’on peut user de cet adjectif pour un président républicain — impose un Nixon ample et assuré. Renée Fleming, admirable musicienne, donne chair à une musique plutôt désincarnée : elle y fait passer un frémissement humain. Mao, c’est Myers – John Matthew Myers , ténor aux aigus sonores et à la stature altière. Chou Enlai est puissamment chanté par Xiaomeng Zhang. En madame Mao, Caroline Wettergreen crève l’écran, flamboyante, éclatante de vocalises. Joshua Bloom prête à Kissinger sa voix de riche basse. 

Kent Nagano, ce maestro internationalement respecté, fait admirablement sonner l’Orchestre de l’Opéra national de Paris. On imagine la concentration qui lui est nécessaire pour ne pas se tromper dans l’enchaînement des séquences qui semblent être toujours les mêmes mais qui sont malicieusement évolutives. 

Il est rare d’avoir une aussi grande œuvre d’art lyrique faisant référence à des faits historiques que le public a pu connaître. Le signataire de ces lignes peut témoigner d’une rencontre personnelle en compagnie de quelques journalistes, à Paris, avec le président Nixon. Mais là, pas de quoi faire un opéra !…

 

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS. Opéra Bastille, le 24 février 2026. ADAMS : Nixon in China. T. Hampson, R. Fleming, J. Myers, C. Wetteregreen… Valentina Carrasco / Kent Nagano. Crédit photographique (c) Opéra nation de Paris

 

 

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