Éric-Emmanuel Schmitt poursuit et partage sa passion de la musique, indispensable à la vie, et plus particulièrement à sa vie d’écrivain si inspiré par la musique des mots. Pour lui, l’immédiateté des émotions qu’elle crée et sa capacité à nous transporter vers un ailleurs font de la musique un art au-dessus de tous les autres.
Admirateur bouleversé par le parcours tragique du compositeur Gustav Mahler, l’écrivain évoque sa vie et sa musique, invitant à une écoute renouvelée de son ultime chef-d’œuvre, sa Symphonie n°9 (1909 – 1912), cheminement personnel et spirituel, douloureux et éprouvant, finalement transfigurée par la joie.
Poignant adieu à la vie, la 9ème et ultime symphonie de Mahler s’ouvre et se referme par un mouvement lent. Née de l’ombre, se résolvant dans l’ombre… De caractère d’abord tendre et nostalgique, un cri de désespoir ne tarde pas à s’élever de l’orchestre, les cuivres déchirant les sonorités enivrées des cordes.
LA SEINE MUSICALE (92)
Gustav MAHLER : Symphonie n°9,
ven 13 mars 2026, 20h30
Orchestre national d’Île-de-France / Éric-Émmanuel SCHMITT
Mahler, Symphonie n° 9 – Éric-Emmanuel Schmitt – Orchestre national d’Île-de-France
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Distribution
Éric-Emmanuel Schmitt, texte et lecture
Orchestre national d’Île-de-France /
Case Scaglione, direction
Art du contraste maîtrisé, continument exalté par la tension entre pulsion de vie et de mort, entre anéantissement et espérance, le langage mahlérien concentre toutes les situations et les sentiments d’une vie terrestre : ainsi ce mélange désormais emblématique entre populaire (la danse villageoise du deuxième mouvement) et savant, tragique et ironique (la marche funèbre grinçante du troisième mouvement), l’alternance entre orchestre spectaculaire et colossal, et prière chambriste, de caractère pastoral, propres à exposer tous les pupitres.
Cette écriture en épisodes est un ravissement permanent dont l’Orchestre national d’Île-de-France fera entendre toute la palette de couleurs et de nuances.
Le dernier mouvement, parcouru de silences et des réminiscences du premier mouvement, dans une respiration collective s’accomplit dans d’ultimes sonorités lumineuses.
approfondir
Symphonie n°9 de Mahler… Composée à l’été 1909 à Toblach, la Symphonie n°9 ne fut créée que le 26 juin 1912, par Bruno Walter à Vienne, soit presque un an après la disparition du compositeur. L’oeuvre, d’une architecture complexe et inédite, compte 4 mouvements : deux mouvements lents (Andante commodo et Adagio), encadrent deux mouvements vifs, « Laendler » et Rondo Burleske). Chacun sont développés dans une tonalité spécifique.
Prolongement ou non de son Chant de la Terre, qui la précède, (partition composée à l’été 1908) la Symphonie n°9 expérimente de nouvelles possibilités, basculant entre l’ultime sérénité et l’adieu plus difficile à la Terre. Alban Berg, ardent défenseur des symphonies mahlériennes, admire en particulier l’enchantement du premier mouvement, pourtant parcouru de signes annonciateurs de l’inéluctable mort…
C’est peut-être avec la symphonie n°7, -notre préférée-, que Mahler, dans la Neuvième, et tout aussi clairement, exprime sa lucidité pleine et entière, à la fois ressentiment et exaspération, mais aussi espérance et tendresse. Le musicien illustre les vertiges d’une conscience épanouie qui ose voir l’horrible et hideuse mort ; comme dans une distanciation apaisée, il contemple sa propre finitude, en maîtrisant désormais ses passions ; l’homme s’y remémore les épisodes d’une vie faite de remords cyniques et d’élans irrésistibles, tous étirés dans leur immensité suspendues. Le cadre classique implose, entièrement soumis aux distorsions convulsives ou aériennes de la psyché.
Orchestrateur sensitif et visionnaire, Mahler explore toutes les palettes de timbres et de couleurs de l’orchestre, où chaque instrument devient voix de l’âme.
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