Le Théâtre des Champs-Élysées et l’Orchestre de Chambre de Paris proposent – pour ouvrir ce mois de fêtes – une soirée autour de la musique romantique française avec l’indéfectible soutien du Palazzetto Bru-Zane. À la tête du bel orchestre parisien, son directeur artistique (depuis 2024) : Thomas Hengelbrock. La joie communicative de la centaine de lycéens qui formaient le chœur pour l’Oratorio de Noël de Camille Saint-Saëns nous plonge dans une fête populaire tout à fait de saison !
La première partie du programme se constitue de la Première Symphonie de Charles Gounod, maître majeur du romantisme français et professeur de Saint-Saëns. Cette Symphonie créée par la toute neuve Société des jeunes artistes, et dirigée par Jules Pasdeloup en 1855, est d’une forme et d’une orchestration très classique pour l’époque. En effet, elle est une réponse au style allemand jugé alors trop complexe et farfelu. Si les français se targuent d’un classicisme et d’un ordre particulier devant le reste de l’Europe, le romantisme s’y infiltre tout de même par des éléments légers, sucrés ou coquins. Si Thomas Hengelbrock insuffle à l’Orchestre de chambre de Paris toute la vitalité et l’énergie qu’on lui connaît, on reste un peu sur sa faim quant aux petits plaisirs du romantisme français. Il ne nous laisse pas vraiment le temps de nous en délecter comme il pourrait le faire en ajoutant un peu de rubato, de douceur et de crème fraîche à ses moments délicats. Est il trop sérieux ? Gounod n’était il pas comme on le lit dans ses Mémoires d’un artiste un homme sérieux ? Question de point de vue.
Le second mouvement est peut-être celui qui donne l’idée de combiner les deux œuvres dans ce programme. Il se construit autour d’un thème populaire qui sent les biscuits de Noël épicés sortant du four que Gounod range par un contrepoint des plus savants dans une jolie boîte. Thomas Hengelbrock introduit dans le 4ème mouvement des trompettes naturelles avec raison. En effet, la partition est probablement écrite pour ces instruments au son clair et précis. Ce mouvement est truffé d’humour musical qui aurait mérité d’être plus mis en valeur. En tous cas, il y a une magnifique connivence entre le chef et cet orchestre de chambre où tous respirent la joie, se sourient les uns aux autres et déploient une énergie vitale magnifique. Cette connivence est sûrement renforcée par le fait que le chef dirigeait par cœur.
Après l’entracte, un immense chœur d’adolescents issus des lycées François Ier de Fontainebleau, La Fontaine et Lamartine de Paris se met en place sur la scène. Si, bien sûr, ils ne sonnent pas comme un chœur professionnel dont les chanteurs ont des voix travaillées, ce jeune chœur est d’une excellente qualité. Pas le moindre faux départ, très peu de problèmes de justesse et une diction de latin (délicieusement à la française bien entendu) dont on n’a absolument rien à redire. De plus, dans la musique de Saint-Saëns tout à fait dans le style des fêtes fastueuses de l’église de la Madeleine, ce chœur adolescent donne une couleur populaire (au meilleur sens du terme bien sûr !) pleinement adaptée à la liturgie de Noël.
Les Artistes en résidence à l’Académie de l’Opéra de Paris sont tous excellents et tout particulièrement la soprano américaine Isobel Anthony. Son art mêle sérieux et naturel avec beaucoup de grâce. La voix est légère mais justement timbrée permettant des suraigus très ronds dans les piani. Isobel Anthony est une musicienne touchante et magique, sans aucun doute une artiste à suivre ! Sofia Anisimova est une mezzo-soprano très lyrique et expressive. Dotée d’une bonne diction, elle fait vivre intensément chaque phrase. Parfois trop pour le classicisme et la religiosité de cette musique mais elle est sûrement brillante dans le répertoire italien lyrique. L’Alto française Amandine Portelli a une voix rare et d’autant plus pour son âge. Si cette voix naturelle est impressionnante elle est un peu en décalage avec son âge notamment à cause d’un vibrato trop large est d’une couleur sombre qui ne semble pas naturelle. Le ténor américano-norvégien Bergsveinn Toverud possède une voix superbe dont il fait ce qu’il veut. Toujours dans la souplesse et jamais dans la force, il offre des guirlandes de notes aiguës en particulier dans le très beau trio d’une qualité comparable aux plus grands ténors di grazia. Enfin, le baryton Clemens Alexander Frank possède une très belle énergie notamment dans la diction du latin. Peut-être retenu par une certaine idée du style français la voix était un peu petite mais il n’y a pas de doute sur le fait qu’elle peut être bien plus puissante.
Dans cette œuvre l’orchestre de chambre est réduit à ses cordes augmenté d’un harmonium (ici à l’orgue électronique d’une grande qualité) et une harpe. Les cordes soulignent avec beaucoup de soin et de finesse les lignes vocales tandis que la harpe et l’orgue apportent une touche magique et rythmique notamment dans le magnifique Benedictus qui n’est pas sans rappeler la Petite messe solennelle de Rossini.
Une salle comble à fait un triomphe à ce concert plein de la fraîcheur des jeunes solistes, de beaucoup de jeunes membres de l’orchestre, et des très jeunes choristes qui applaudissent et crient de joie pour Thomas Hengelbrock qui continue de réunir des musiciens, des jeunes, des amateurs avec des professionnels, pour donner à tous le meilleur de la musique dans le même partage festif des cadeaux de Noël sous un sapin bien garni.
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CRITIQUE, Concert. PARIS, Théâtre des Champs-Elysées, le 4 décembre 2025. SAINT-SAËNS : Oratorio de Noël. Artistes en résidence à l’Académie de l’Opéra de Paris, Orchestre de Chambre de Paris, Thomas Hengelbrock (direction). Crédit photo (c) Camille Brossard-Le Tellier





