Passionnant programme que celui édité par le label du CIAR (Centre International Albert Roussel) : ainsi se dévoile dans son ampleur et une curiosité aiguë pour l’écriture de son temps, la pianiste (et compositrice), Blanche Selva (1884 – 1942).
Jalousée, la jeune Blanche adolescente, pianiste déjà hyperdouée, démissionne du Conservatoire de Paris (et de la classe d’Alphonse Duvernois) en juin 1896 (12 ans) et rejoint Genève avec ses parents, y donnant ses premiers grands concerts publiques. Elle travaille ensuite avec D’Indy (1899) qu’elle admire particulièrement après avoir découvert au concert sa Symphonie sur un chant montagnard français (janv 1898). A 18 ans, Blanche devenait professeur dans l’école fondée à Paris par D’Indy et son maître Franck, la Schola Cantorum.
Pédagogue, compositrice, excellente pianiste, Blanche Selva fut une muscienne de premier plan, personnalité avisée, au goût et au conseils sûrs donc recherchés. Elle jouait régulièrement Bach (cf son intégrale de déc 1903 à mai 1904), Beethoven (cf sa quasi intégrale en 1920), Franck et D’Indy, tout en tenant salon rue de Varenne (les dimanches) que fréquentaient Franck, Albéniz, Castéra, Dukas, Roussel, Séverac… Technicienne surdouée et d’une exceptionnelle culture musicale, Blanche créée les nouvelle œuvres de Fauré, Albéniz, Dukas, Enesco, Schmitt, et évidemment d’Indy (Sonate en mi, 1907) et de Roussel.
C’est surtout donc naturellement l’interprète d’exception que célèbre ici le cycle des œuvres choisies, sous les doigts éloquents de la pianiste Diane Andersen, soit un parcours de plusieurs pièces dont l’interprète sait exprimer toute l’activité poétique autant que le potentiel dramatique : l’inspiration stambouliote authentique et avérée de la suite « Stamboul » de Pierre de Bréville (1896), en 4 séquences, denses et vaporeuses, nerveuses et contrastées, furieuses et évanescentes à la fois, à l’exotisme aussi raffiné et suggestif que Saint-Saëns ; le Nocturne n°2 de Ropartz de 1916 (dédié à Blanche) ; Fête béarnaise de Cécile Gauthiez (1921), elle-même élève de Blanche; Tombeau de Du Fault (1923) de Georges Migot, claire référence et hommage en 3 parties, à l’activité improvisée des luthistes de la Renaissance. Les partitions de Pierre de Bréville et de Cécile Gauthier sont réalisées en première mondiale.
Enfin, l’album évoque la relation privilégiée avec D’Indy dont Thème varié, fugue et chanson de 1925 (en 3 parties) referme l’étonnant parcours pianistique. D’Indy y réactualise le modèle beethovénien, en particulier dans les 7 variations initiales du premier mouvement (Thème varié), avec une tension maîtrisée.
L’éclectisme du programme trouve en réalité une cohésion profonde dans l’absence de limites, soit une diversité assumée qui témoigne du tempérament initiateur de Blanche Selva : le foisonnement des styles et cet amour de la création (jouer des œuvres contemporaines) semblent être le sel et le miel d’une femme musicienne à la sensibilité unique, l’exceptionnel interprète dont d’Indy louait la couleur et la justesse du sentiment. Le présent album le démontre sans faille. De surcroît remarquablement édité (avec un livret et des notices parfaitement documentés).
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CRITIQUE CD, événement. BLANCHE SELVA, Mythique égérie du piano français : De Bréville,
Ropartz, Gauthiez, Migot, D’Indy, œuvres pour piano. Diane Andersen, piano (1 cd CIAR classics) – cycle enregistré en 2020 et 2021. Collection du Festival International Albert Roussel.
CLIC de CLASSIQUENEWS été 2025
LIRE aussi notre annonce du CD BLANCHE SELVA, Mythique égérie du piano français : De Bréville, Ropartz, Gauthiez, Migot, D’Indy, œuvres pour piano. Diane Andersen, piano (1 cd CIAR classics) : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-hommage-a-blanche-selva-1884-1942-mythique-egerie-du-piano-francais-de-breville-ropartz-gauthiez-migot-dindy-diane-andersen-piano-1-cd-ciar/
Précédent cd BLANCHE SELVA édité chez CIAR classics
CRITIQUE CD, événement. BLANCHE SELVA, transcriptions pour piano (Franck, D’Indy, Séverac) – Christophe Petit, piano – 1 cd CIAR classics : https://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-blanche-selva-transcriptions-pour-piano-franck-dindy-severac-christophe-petit-piano-1-cd-ciar-classics/
Voilà un programme qui tout en dévoilant le talent créatif de la compositrice Blanche Selva (1884-1942), indique dans ses choix les filiations oubliées : Blanche Selva demeure une interprète particulièrement inspirée de D’Indy ; œuvra pour la diffusion de Franck ; s’imposa comme « l’alter ego » de Séverac. A travers ses transcriptions, s’affirme une pianiste virtuose qui a compris les enjeux expressifs et techniques, poétiques voire philosophiques de chaque écriture à sa source; pour chaque pièce transcrite, Selva, parfaite élève de la Schola Cantorum, mesure, commente, sublime : d’autant que chaque morceau (ou cycle) sont les pièces ultimes de leur auteur…
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