samedi 10 octobre 2026

CRITIQUE, festival. Musique et Mémoire, Corravillers, église Saint-Jean Baptiste, le 20 juillet 2025. « Tupasy Maria », Les Traversées Baroques

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Les festivaliers de Musique et Mémoire retrouvent Les Traversées Baroques, cette fois en comité restreint, dans une forme chambriste, – les œuvres choisies originellement pour grand effectif, ayant été transcrites pour 3 voix : soprano, cornet à bouquin, clavecin…

 

 

 

Une formation resserrée qui intensifie en réalité la charge émotionnelle des textes et des mélodies en provenance du Nouveau Monde, … de vastes territoires, récemment christianisés, incluant Pérou, Guatemala, Mexique, Bolivie, sans omettre la ville mère continentale, source des conquêtes, Séville la très pieuse.

Au centre des dévotions ainsi exprimées, la figure de la Vierge que les autochtones assimilent à leurs « déesses mères ». La ferveur mariale s’intensifient encore quand l’indien Juan Diego Cuauhtlaoatzin est témoin de l’Apparition miraculeuse de la Vierge au Mexique en décembre 1531.

Au cœur du programme, la sincérité et la tendresse du geste s’affirment dans l’implication et la complicité des 3 interprètes : aux côtés de Laurent Stewart (orgue et clavecin), les deux solistes très exposées, Judith Pacquier (cornet) et la soprano Capucine Keller dont le timbre rond, velouté, expressif fusionne idéalement la grâce inspirée et la tendresse naturelle des prières.

Le voyage débute avec la chanson en langue guarani qui provient de la région de Chiquitos (Bolivie) et qui donne le titre de la soirée « Tupasy Maria » / « Mère de Dieu » : la voix d’une ardente ferveur dialogue avec les lignes serpentines qui l’accompagnent et la soutiennent (orgue et cornet). Qu’il s’agisse de Marie ou de Sainte-Cécile, patronne des musiciens, le chant attendrit, remercie, célèbre avec une tendresse intime, la souveraine douceur de l’incantation.

Parmi les nombreux compositeurs extra européens abordés, se distinguent Tomas Torejon y Velazco (mort en 1728) dont la prière adressée au Batelier qui conduit Marie dans sa barque (« Barquero que surcas… ») touche par la sincérité de la dévotion, et dans l’imploration qui espère le retour de la Vierge, ce avec d’autant plus de simplicité que le continuo (orgue) ornemente, joyeux, lumineux comme le chant du croyant serein et apaisé. Même intensité tendre et touchante dans « Cuando el bien que adoro » qui exprime avec beaucoup de pudeur, le sentiment et l’expérience de la perte et du deuil, sublimés, acceptés par la puissance de l’amour.

La liberté d’un chant ornementé se déploie totalement dans le Tiento purement instrumental de Correa de Arauxo (mort en 1654) : le cornet à bouquin de Judith Pacquier concilie virtuosité et inspiration, d’autant plus que la pièce qui suit de Guerrero (mort en 1599), « Dulcissima Maria », véritable emblème sacré de l’époque, célèbre dans un sentiment de prière intense, comme tendre et extatique, dans une langueur intimiste idéalement mesurée, la douceur admirable de la Vierge.

Le programme s’achève avec deux pièces de Juan de Araujo (1646 – 1712), d’une sincérité tout autant bouleversante : « Desvelado Dueño moi, niño mio »… est une berceuse irrésistible où s’enlacent dans le tendresse cornet et voix ; puis l’ultime « Avecillas sonoras » / oiseaux sonores… hymne direct et expressif qui mêle populaire et spirituel, convoque 2 corneilles bruyantes qui perturberaient l’enfant qui dort, si la chanteuse (avec le public sollicité) ne leur assénait un « chut » magistral, énoncé plusieurs fois collectivement. Et pour exprimer l’idée du voyage, dans continent à l’autre, Capucine Keller entonne « J’voyage, j’voyage », le tube des années 80 de Desireless, dans une transcription réussie pour voix, cornet et orgue, clin d’œil unanimement repris par le public, aussi amusé qu’enchanté.

 

 

 

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CRITIQUE, festival Musique et Mémoire, Corravillers, église Saint-Jean Baptiste, le 20 juillet 2025. « Tupasy Maria » : œuvres de Araujo, Torrejon y Velasco, Zipoli, Flores, anonymes… Les Traversées Baroques. Photo © classiquenews 2025
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