COMPTE-RENDU, concert. Toulouse, le 18 oct  2019. SIBELIUS. CHOI. Orch. Capitole / J. SWENSEN.

sibelius-jeune-portrait-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 18 octobre  2019. J. SIBELIUS. Y.E. CHOI. Orch.Nat.TOULOUSE. J. SWENSEN. Il est des idées convenues qui peuvent se dissiper en un concert. Tous ceux qui étaient ce soir présents, sont capables de se faire une idée personnelle de la valeur des partitions de Sibelius. Il fait bon genre de mépriser le compositeur finlandais, gloire nationale reconnue précocement. Certes il a bénéficié dès ses 37 ans d’une pension à vie de son pays mais ce n’est pas une raison pour brocarder son oeuvre. Le Concerto de violon est régulièrement joué mais ne bénéficie pas du succès de ceux de Beethoven, Mendelssohn, Brahms, Tchaikovski ou Bruch.

Enfin un concert tout Sibelius Ă  Toulouse !

Il s’agit pourtant d’une partition originale et puissamment expressive. Ce soir dès les premières mesures dans un son mystérieux, pianissimo et lointain, le chef et la soliste ont trouvé un parfait accord qui s’est amplifié tout au long de leur majestueuse interprétation. Joseph Swensen connait bien les qualités de l’orchestre du Capitole, l’acoustique de la Halle-aux-grains et il est violoniste. Il avait tous les ingrédients pour oser une interprétation qui restera dans les mémoires. Il fait tonner l’orchestre, obtient également des nuances d’une grande subtilité, laisse les solistes instrumentaux s’exprimer et toujours met en valeur le jeu de la violoniste coréenne. La modernité de ce concerto et la puissance qu’il recèle ont été admirablement mis en valeur par Joseph Swensen. La soliste (Y.E. CHOI) avec une grande délicatesse participe à cette fête. Sa sonorité personnelle est pleine, pure et délicatement nuancée, les phrasés sont amples et la virtuosité crânement maîtrisée. Les pianissimo planent haut comme dans le plus pur belcanto, mais les accents peuvent se vivifier et monter en puissance comme par exemple dans certaines doubles cordes.
Le premier mouvement tempétueux et grandiose offre des moments puissants, la cantilène du second mouvement est pleine de paix et de beauté. Mais c’est le dansant troisième mouvement qui gagne en expressivité et en originalité sous la baguette audacieuse de Joseph Swensen. Il est rare d’entrer un telle modernité dans ce final et un tel accord entre la soliste, le chef et les musiciens. La délicate violoniste va revenir plusieurs fois saluer en réponse aux acclamations du public et offre un délicat bis de Bach abordé avec une grande pureté, un peu désincarnée. Après sa volcanique interprétation du concerto, ce retour vers plus de sérénité était bienvenu.

Pour la deuxième partie du concert la première symphonie de Sibelius semble avoir été composée pour cet orchestre tant les musiciens ont pu mettre en lumière leurs belles qualités. Dès les premières notes du clarinettiste David Minetti, une magie mélancolique bouleversante a ému le public. Tant de beauté dans ce solo : ce phrasé ample et si finement nuancé est d’une magie rare. La suite n’a été que splendeur orchestrale de chaque instant avec un Joseph Swensen très inspiré qui ira jusqu’à chanter certains thèmes. L’orchestre en osmose donne à cette partition toute sa modernité et ses audaces, sa puissance tellurique, maritime et céleste. Les couleurs fusent, les nuances explosent, les phrasés sont creusés profondément ; l’ampleur du geste embrasse la grandeur de la partition. Un grand moment symphonique que le public a semblé beaucoup apprécier.
Lorsque le chef est ainsi inspiré et inspire les musiciens du Capitole, le public applaudit et dit son désir d’apprendre à aimer d’autres symphonies de Sibelius avec de tels interprètes. Une intégrale des symphonies de Sibelius par Swensen à Toulouse, à la manière de ce qu’il a fait dans Mahler, serait une riche idée. Le public semble prêt. A suivre.

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le  18 Octobre 2019. Jean Sibelius (1865-1857) : Concerto pour violon et orchestre en ré mineur,Op.47; Symphonie n°1 en mi mineur,Op.39 ; Ye-Eun Choi, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Joseph Swensen, direction.

SIBELIUS, Symphonie n°4 (1911)

Sibelius 2015RADIO CLASSIQUE, sam 7 sept 2019, 20h. SIBELIUS, Symphonie n°4. Programme orchestral de première valeur, (en direct de la Philharmonie de Paris) avec la Symphonie n°4 du compositeur finlandais Jean Sibelius, le plus important crĂ©ateur pour l’orchestre au dĂ©but du XXè avec Strauss, Mahler, Ravel et Stravinksy… La partition affirme davantage la volontĂ© de rupture amorcĂ©e avec la Troisième Symphonie, et mĂŞme, elle exprime une crise personnelle et artistique chez Sibelius qui a subi une opĂ©ration Ă©prouvante, après diagnostic d’un cancer de la gorge (1908). Plus critique que jamais sur son oeuvre et sur le milieu musical contemporain, le compositeur s’inscrit contre la pseudo « modernitĂ© contemporaine », souvent bavarde (Strauss). Contre une conception mahlĂ©rienne, universelle voire cosmique, la symphonie sibĂ©lienne se concentre sur l’équilibre et la puretĂ© essentielle de la forme et du schĂ©ma structurel. Les quatre mouvements confinent Ă  l’épure, et Ă  la synthèse…, contradictoirement au plan classique et Ă  l’hĂ©ritage des anciens, Ă  l’implicite, voire Ă  l’indicible. De sorte que le process et l’expĂ©rience musical du flux symphonique rĂ©alise un passage vers l’invisible et l’inaudible : toute les oeuvres de Sibelius pourrait alors s’achever vers le silence. Elle y tendent toutes.
D’ailleurs, trop repliée sur elle même, sans développement prévisible et facilement identifiable, la partition de la Quatrième, trop énigmatique, lors de sa création en 1911 à Helsinki (3 avril) suscite déception, froideur déconcertée. Mais Toscanini convaincu par sa vérité et son éloquente profondeur, en sera un apôtre zélé aux Etats-Unis.

Plan : Tempo molto moderato, quasi adagio: introduction sombre et grave qui convoque les mystères et l’étrange et davantage, la vibration d’un autre monde. L’impression de solitude et d’approfondissement introspectif est porté par le violoncelle solo. Dans le troisième mouvement, Il tempo largo, qui suit l’allegro molto vivace, Sibelius pousse plus loin la peinture en un paysage dévasté, archaïque et même primitif où prime le caractère de l’étrange et du nouveau, non sans
tensions et questions irrésolues. Ce que confirme l’ultime mouvement qui installe le climat de la dissonance, de la gravité voire de l’amertume.

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RADIO CLASSIQUE, Samedi 7 septembre 2019, 20h, en direct de la Philharmonie de Paris / Orchestre de Paris – Daniel Harding, direction

Programme :
Brahms, Concerto pour violon / Janine Jansen (violon)
SIBELIUS : Symphonie n°4 en la mineur opus 63 (1911).

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LIRE notre dossier spĂ©cial les 7 Symphonies de SIBELIUS (1899 – 1924), Ă  l’occasion du 150è anniversaire de la mort en 2015 :
http://www.classiquenews.com/sibelius-2015-150eme-anniversaire-de-la-naissance/

Compte-rendu, concert. Montpellier, le 25 juillet 2019. Nielsen, Lindberg, Sibelius : Symph n°1 / Rouvali.

COMPTE-RENDU, concert. MONTPELLIER, Le Corum, OpĂ©ra Berlioz, le 25 juillet 2019. Nielsen : Maskarade, Lindberg : Concerto pour clarinette, Sibelius : Symphonie n° 1 – Le phĂ©nomène Santtu-Matias Rouvali fait son retour au festival de Radio France Occitanie Montpellier avec pas moins de deux concerts, donnĂ©s cette fois avec “son” Orchestre de Tampere (troisième ville de Finlande). Outre l’intĂ©rĂŞt de dĂ©couvrir cette formation dans nos contrĂ©es, c’est aussi l’occasion de parfaire notre connaissance de ce chef encensĂ© par une critique quasi unanime, notamment ici-mĂŞme l’an passĂ© (http://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-montpellier-le-22-juillet-2018-adams-ravel-stravinsky-chamayou-philh-de-radio-france-rouvali/) ou plus rĂ©cemment au disque (https://www.classiquenews.com/cd-critique-sibelius-symphonie-n1-en-saga-gothenburg-symphony-santtu-matias-rouvali-1-cd-alpha-2018/). Dès son entrĂ©e en scène pour le premier concert, l’aspect juvĂ©nile du chef de 34 ans surprend, entre allure d’Ă©ternel adolescent et tignasse flamboyante qui lui donne des faux-airs de … Simon Rattle. La battue est un autre motif d’attention, tant le corps tout entier se fond dans une sorte de ballet gracieux, aussi prĂ©cis qu’Ă©nergique. Si la main droite marque le tempo d’une rĂ©gularitĂ© de mĂ©tronome avec la baguette, c’est davantage l’autre main qui passionne par la variĂ©tĂ© de ses intentions, des attaques aux indications de nuances.

SIBELIUS ROUVALI symphoni 1 en saga critique cd review cd classiquenews CLIC de classiquenews actus cd musique classique opera concerts festivals annonce 5c41f9e9847d2C’est peu dire que l’Orchestre de Tampere rĂ©pond comme un seul homme Ă  Rouvali, qui semble imprimer la moindre de ses volontĂ©s tout du long. L’ancien Ă©lève de Jorma Panula se saisit de l’ouverture de l’opĂ©ra Maskarade (1906), en faisant ressortir l’individualitĂ© des pupitres, sans jamais perdre de vue l’Ă©lan narratif global. Il parvient ainsi Ă  donner une cohĂ©rence Ă  cette brève page souvent oubliĂ©e de nos programmes de concert – mĂŞme si la prĂ©sence Ă  Montpellier du Danois Michael Schonwandt, grand spĂ©cialiste de Nielsen, n’est sans doute pas Ă©trangère Ă  cette audace. EspĂ©rons que d’autres compositeurs nordiques, tels que Madetoja ou Tubin, sauront trouver le chemin des concerts montpelliĂ©rains, Ă  l’instar du rare Concerto pour clarinette (2002) de Magnus Lindberg. C’est lĂ  un grand plaisir que de retrouver cette oeuvre d’inspiration post-romantique, qui semble rencontrer un bel accueil du public et s’imposer logiquement au rĂ©pertoire.

 

 

Finesse, élasticité du jeune ROUVALI…

 

 

L’approche de Rouvali Ă©tonne avec un tempo très lent au dĂ©but (une constante que l’on retrouvera dans la suite de la soirĂ©e lors des soli aux bois volontairement Ă©tirĂ©s), avant de faire Ă©clater une myriade de couleurs en un geste aĂ©rien et lumineux. Le Finlandais n’hĂ©site pas Ă  jouer avec les tempi pour surprendre l’auditoire, tout en faisant ressortir quelques dĂ©tails de l’orchestration. Sa direction Ă©vite ainsi toute lourdeur et place la clarinette somptueuse de Jean-Luc Votano au premier plan, en nous dĂ©lectant de son aisance technique et de ses phrasĂ©s radieux. Votano n’a pas son pareil pour se jouer des multiples sonoritĂ©s demandĂ©es par Lindberg (prĂ©sent dans la salle et applaudi sur scène Ă  l’issue du concert), des bizarreries rugueuses aux emprunts jazzy façon Gershwin ; sans parler de ce passage oĂą la clarinette volontairement inaudible ne laisse entendre qu’un lĂ©ger tapoti sur les diffĂ©rents corps de l’instrument. L’emphase reprend vite ses droits avec les nombreux et brefs crescendos, dĂ©veloppĂ©s en une intensitĂ© nerveuse et Ă©motionnelle qui rappelle souvent Lutoslawski. En bis, Jean-Luc Votano nous rĂ©gale d’un bel hommage Ă  Manuel Falla, autour d’une assistance visiblement rĂ©jouie.

ROUVALI concert maestro montpellier critique concert classiquenewsApres l’entracte, le public retrouve un rĂ©pertoire mieux connu avec la Première symphonie (1899) de Sibelius, qui raisonne en une lecture Ă©loignĂ©e des influences romantiques, afin de faire ressortir la lĂ©gèretĂ© diaphane de l’orchestration. LĂ  encore, le sens de l’Ă©lasticitĂ© cher Ă  Rouvali soigne la mise en place tout en proposant en contraste quelques fulgurances inattendues. Le premier mouvement se termine dans une noirceur quasi immobile, avant le dĂ©but faussement doucereux de l’Andante, qui trouve une rĂ©ponse Ă©nergique dans la violence des cordes exacerbĂ©es. Le Scherzo Ă©clate ensuite d’une ivresse rythmique Ă  la raideur glaçante, en un tempo vif et sans vibrato. Un peu plus sĂ©quentiel, c’est lĂ  peut-ĂŞtre le mouvement le moins rĂ©ussi de cette superbe soirĂ©e. C’est dans le finale que Rouvali montre une maitrise superlative, tout particulièrement dans les dernières mesures ralenties, qui ne laissent aucune place Ă  l’apothĂ©ose attendue – dans la lignĂ©e d’un Kurt Sanderling. On a hâte de l’entendre dans le mouvement conclusif de la Cinquième de Chostakovitch, oĂą son style pĂ©remptoire devrait faire lĂ  aussi merveille. Gageons que son prochain engagement Ă  la tĂŞte du Philharmonia de Londres, oĂą il succède Ă  Salonen (un autre Ă©lève de Jorma Panula), saura le diriger vers ce type d’ouvrages spectaculaires. En bis, Rouvali abandonne sa baguette pour laisser l’orchestre s’emparer de la Valse triste de Sibelius,  en une vivacitĂ© de tempo et une expression des nuances toujours aussi exaltantes, Ă  mĂŞme de conclure brillamment ce très beau concert.

 

 

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Compte-rendu, concert. Montpellier, Le Corum, Opéra Berlioz, le 25 juillet 2019. Nielsen : Maskarade, Lindberg : Concerto pour clarinette, Sibelius : Symphonie n° 1. Jean-Luc Votano (clarinette), Orchestre philharmonique de Tampere, Santtu-Matias Rouvali (direction). Crédit photo / illustration : © Luc Jennepin

 

 

Symphonie n°1 de Sibelius (1899)

arte_logo_2013ARTE, jeudi 11 avril 2019, 5h. SIBELIUS : Symphonie n°1. Concert symphonique enregistré en 2015, l’année des 150 ans de Jean Sibelius (1865-1957), le plus grand compositeur symphonique en Europe, dans la première moitié du XXè, avec Ravel et Debussy, R Strauss et Mahler.
sibelius-jeune-portrait-classiquenewsL’opus 39 de Sibelius est l’oeuvre d’un jeune compositeur de 34 ans qui achève son premier opus symphonique début 1899, suscitant une admiration telle qu’il obtient une rente de l’état finnois à vie. Heureux créateur, reconnu pour son talent… Déjà dans la forme classique de ce premier coup de génie, s’affirment des ruptures de ton, des éclairs romantiques fulgurants qui bousculent l’écoulement tranquille. L’Adagio initial (premier volet du mouvement I, précédant l’Allegro energico) fait valoir de superbes effets de timbres, emblèmes d’une orchestration raffinée et puissante. L’Andante qui suit, exprime une mélodie particulièrement orginale et mélancolique, avec dans l’alliance frémissante des cors et des cordes, une claire référence à la forêt magique de Wagner (Siegfried : murmures de la forêt), même si Sibelius s’est toujours précautionneusement écarté du compositeur germanique. L’Allegro est un scherzo où triomphe et s’embrase la volupté du trio central (pour les vents). A la façon d’une rhapsodie (« quasi una fantasia »), le Finale en mi mineur cumule les contrastes de rythmes et de caractères avec une irrépressible énergie, celle d’une conclusion enfin énoncée qui délivre sa vérité comme la clé d’un rébus enfin résolu. Toute l’oeuvre de Sibelius tend à quesitonner la forme et le développement symphonique ; comment (orchestration / couleurs), vers où ? (sens, architecture)… Sibelius cherche la clé d’un déroulement essentiel et organiquement cohérent. C’est pourquoi, dès ce premier essai de 1899, il ouvre des perspectives aussi personnelles qu’un Mahler. Mais à l’inverse de ce dernier, et par tempérament, Sibelius se replie de plus en plus vers un schéma serré, court, synthétique, au point que sa dernière symphonie, enchaînant les mouvements (créée en 1923 à Helsinki), totalise moins de 30 mn…

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arte_logo_2013LIRE aussi notre critique de la Symphonie n°1 de Jean Sibelius, récemment enregistrée par Santtu-Maias ROUVALI :
http://www.classiquenews.com/cd-critique-sibelius-symphonie-n1-en-saga-gothenburg-symphony-santtu-matias-rouvali-1-cd-alpha-2018/

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 15 fév 2019.  Tchaïkovsky. Sibelius. Alexandre Kantorow / John Storgårds.

JBM7884Jean-Baptiste-MillotCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 15 fĂ©vrier 2019.  TchaĂŻkovsky. Sibelius. Alexandre Kantorow, piano. Orchestre du Capitole de Toulouse. John StorgĂĄrds. Le deuxième concerto pour piano de TchaĂŻkovski n’a pas le succès qu’il mĂ©rite tant cette partition est originale, virtuose, incandescente. Ce soir, elle a particulièrement Ă©tĂ© bien interprĂ©tĂ©e par un jeune pianiste surdouĂ© : Alexandre Kantorow, 21 ans, a besoin de se faire un prĂ©nom tant le succès de son père est planĂ©taire (NDLR : Jean-Jacques). Le jeune homme a Ă©tĂ© gâtĂ© par les muses et les bonnes fĂ©es sur son berceau. Il a de superbes mains, un jeu souverain et une grande qualitĂ© musicale jusque dans les moments de pure virtuositĂ© ce qui n’est donnĂ© qu’Ă  très peu. Car si la virtuositĂ© de ce concerto surpasse celle du premier concerto,  il y a matière Ă  colorer et phraser Ă  l’envie. Et c’est ce qui frappe dans l’aisance du jeune musicien. Tout lui semble facile et tout ce qu’il fait est musique en toute simplicitĂ©, sans duretĂ© et dans une souplesse d’une grande Ă©lĂ©gance. Les nuances sont extraordinairement creusĂ©es et l’Ă©coute dans les moments chambristes (le trio dans l’andante) est fabuleuse. Cette manière de dialoguer et poursuivre les lignes musicales du violon et du violoncelle a Ă©tĂ© un vĂ©ritable moment de grâce.
Signalons la plĂ©nitude  sonore et la dĂ©licate musicalitĂ© de Pierre Gil au violoncelle et Kristi Giezi au violon. Ils ont Ă©tĂ© de vrais partenaires. L’interaction avec le chef, John StorgĂĄrds, l’orchestre a Ă©tĂ© parfaite et une vraie complicitĂ© musicale a fusĂ© Ă  chaque instant dans cette partition pleine de surprises. Le diabolique final a semblĂ© ce soir un jeu d’enfant dans un enthousiasme triomphant. Le public a fait une ovation bien mĂ©ritĂ©e au jeune pianiste, musicien si sensationnel.

Avec modestie et amitiĂ©, il a offert deux somptueux bis. Le final de Ma mère l’Oie de Ravel, le jardin fĂ©Ă©rique, avec un sens des couleurs orchestrales et des nuances, tout Ă  fait inouĂŻ. Il a su construire et les lignes souples et les grands crescendo comme s’il dirigeait un orchestre puis dans une courte pièce de Brahms, la Valse op.39 n°15, il y fait preuve d’un sens de la poĂ©sie brahmsienne tout Ă  fait remarquable avec un rubato chaloupĂ©, subtil, envoĂ»tant. Il a dit aimer tout particulièrement Brahms et nous avons hâte d’en entendre davantage sous des doigts si subtils. Alexandre Kantorow est un grand musicien qui ne fait qu’un avec son instrument dont il obtient un dialogue musical d’une rare intensitĂ©.

sibelius la tempete Jean-Sibelius-ca-1945En deuxième partie, John StorgĂĄrds a dirigĂ© avec un art magnifique la rare symphonie n°5 de Sibelius. Il est grand temps que ce compositeur majeur du XX ème siècle fasse son entrĂ©e durable au rĂ©pertoire de l’Orchestre du Capitole. Une intĂ©grale serait bien venue car entre John StorgĂĄrds et l’orchestre cela fonctionne Ă  merveille. Le public Ă©galement a Ă©tĂ© rĂ©ceptif et a particulièrement apprĂ©ciĂ© cette belle oeuvre de Sibelius. Les sonoritĂ©s très lumineuses obtenues par John StorgĂĄrds et sa capacitĂ© a construire un discours musical lisible nous a entrainĂ©s dans de vastes espaces et des lumières sensationnelles de la mer du nord. Les vastes horizons, les nuances très variĂ©es ont construit un monde très singulier. Ce concert avec de grands musiciens a Ă©tĂ© marquĂ© par l’originalitĂ© des oeuvres et leur raretĂ©. EspĂ©rons que la programmation de tels concerts, sortant des choix convenus, se renouvellera, car le public aujourd’hui est prĂŞt pour Sibelius comme il l’avait Ă©tĂ© pour Chostakovitch il y a une dizaine d’annĂ©e. Il est temps !

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COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 15 février 2019. Piotr Illich Tchaïkovsky (1840-1893) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en sol majeur Op.44 ; Jean Sibelius (1865-1957) : Symphonie n°5 en mi bémol majeur Op.82; Alexandre Kantorow, piano; Orchestre National du Capitole de Toulouse. John Storgårds, direction.
Illustration : Alexandre Kantorow © J-Baptiste Millot / Portrait de Jean Sibelius (DR)

CD, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018)

SIBELIUS ROUVALI symphoni 1 en saga critique cd review cd classiquenews CLIC de classiquenews actus cd musique classique opera concerts festivals annonce 5c41f9e9847d2CD, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018). Voilà un vrai travail d’orfèvre tissant une tapisserie de timbres, à la fois lyrique et rageuse. Si certains continuent d’estimer l’œuvre comme la célébration par Sibelius de sa Finlande chérie, alors menacée par l’Empire russe (création en avril 1899), inspiré et plus universel, le chef finlandais Santtu-Matias ROUVALI sait traduire une dimension qui sait dépasser l’occurrence politique : il insinue dans l’écriture cette énergie première, gorgée d’éclairs naturels et de sursauts organiques. D’emblée, grâce au chef, nous sommes dans la matrice bouillonnante des éléments. Sur le motif.

Ainsi au début de la Symphonie n°1, la clarinette, au tragique pastorale, d’une intense dignité, chante les souffrances et l’éternité inatteignable de la Nature. Le chef creuse tout ce qui rend à cette partition princeps, sa profondeur et son introspection.
Cordes exaltées, bois parfois âpre (bassons),tutti tendus, vitalité ardente et portés par une énergie éperdue… Rouvali prend à bras le corps l’activité primitive des éléments qui semblent traverser les pupitres en élans faussement incontrôlés.

Sibelius : le premier Ă©cologiste
Santtu-Matias ROUVALI, chantre de la prière sibélienne

L’écriture est une prière exacerbée face à la Nature dans toute sa sauvagerie ; Sibelius exprime son admiration parfois inquiète, surtout animé par un désir supérieur, une exaltation qui se hisse au diapason de la tempête victorieuse. Sibelius observe et comprend de l’intérieur l’immensité de la Nature (cor et harpes, flûte) : son mystère, son essence miraculeuse. Une connivence s’inscrit et s’enfle au fur et à mesure de l’avancée du premier mouvement qui passe d’Andante non troppo… à Allegro energico.
Ici règne la gravité du dernier Tchaikovski (dernière mesure au contrebasses), avant l’émergence des cimes et des hauteurs plus mélancoliques du second mouvement.

Ainsi l’Andante (ma non troppo lento) est articulé avec une rondeur mordante, une belle sincérité qui vient elle aussi des replis du cœur, telle une chanson ancienne qui fait vibrer le sentiment d’une nature enchantée… en une cantilène instrumentalement détaillée qui montre tout ce que l’éloquence enivrée de Sibelius doit aux… russes. Ce qui est prenant c’est le sentiment d’une tragédie en cours, celle d’une nature sacrifiée et pourtant d’une ineffable beauté. Cette vision, et tragique et épique, prend corps dans les fabuleux arpèges des cordes, bouillonnants, éperdus.

Le Scherzo est abordé pour ce qu’il est : une scansion et une frénésie superbement mécanique, dont la verdeur ici captive. Enfin
le dernier mouvement plus agité, radical, dramatiquement très marqué par Tchaikovski là encore, exprime une inquiétude presque angoissée (lugubre des bassons, romances éperdues des cordes graves…)
Il y met une touche d’humanité, un panthéisme blessé : Sibelius souffre avec la Nature en son sein, et non à l’extérieur, comme en une distanciation asséchante. Au contraire, nous sommes au cœur des éléments. Dans le vortex où se jouent les transformations irréversibles ; comment ne pas inscrire cette vibration et cette conscience affûtée dans le chaos climatique qui est le nôtre, causé par la folie humaine ?

Sous la baguette intense mais nuancée et très détaillée de Rouvali, Sibelius semble réussir là où Tchaikovski nous avait laissés ; les lumières permises par le finnois font espérer une clarté filigranée et très vacillante chez le Russe (Pathétique, n°6) ; l’andante final de Sibelius autorise une issue difficile mais présente. Mais dans la difficulté et la souffrance. La fin est une rémission presque arrachée ; pas une victoire. Une vraie question laissée en suspens.

En saga : orchestration et couleurs se rapprochent plutôt de Moussorgski mais mâtiné d’impressionnisme ravélien. Là encore Sibelius exprime une activité invisible secrète, au souffle prenant. La narration qu’en offre Rouvali saisit par sa précision, et un vrai travail d’orfèvre sur le plan de la texture instrumentale, tout en soignant l’éclat et la vitalité des séquences plus rythmiques.
Moins lyrique que Bersntein peut-être, Rouvali n’oublie pas aux côtés de sa précision, un souffle et une tension qui enflamment chaque tutti, révélant aussi dans cette activité flamboyante, des accents wagnériens. Le chef exprime le mystère sauvage et la force de la nature, la beauté grandiose et fragile, c’est à dire inexprimable de l’animal (un lynx sur un arbre dans le paysage de neige peint sur le même titre par son beau-frère Eero Järnefelt ?).
CLIC D'OR macaron 200En 1893, Sibelius est encore très narratif, mais dans cette très fine et scintillante écriture, à partir de 13’, il sait transmettre le cycle éternel, la transe primitive du miracle naturel. A l’homme de savoir en mesurer l’énergie rédemptrice, matricielle. De toute évidence, dans ce crescendo final, d’une intensité irrépressible, Rouvali l’a bien compris. Le chef fait entendre cette vibration première. Jusque dans le chant conclusif de la clarinette, extinction énigmatique. Superbe lecture et belle compréhension de l’univers symphonique de Sibelius. On souhaite une suite et on rêve d’une intégrale des Symphonies de Sibelius par ce chef et cet orchestre… aux qualités évidentes. Leur sincérité nous touche. Voilà qui préfigure le meilleur ? A suivre…

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Cd, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018 - Orchestre Symphonique de Gothenburg / Enregistrement réalisé à Gothenburg, en mai 2018.

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Symphonie n°5 de Sibelius

Sibelius 2015France Musique. Sibelius : Symphonie n°5. Dimanche 13 mars 2016, 14h. La Tribune des critiques de disques. 2015 a marqué le centenaire de Sibelius. Quelle version enregistrée reste la plus convaincante ?  Symphonie n°5 en mi bémol majeur opus 82 (1915). Créée dans sa version originale (cinq mouvements), le 8 décembre 1915, jour anniversaire des 50 ans du compositeur, la Cinquième Symphonie est rapidement remaniée, sans que Sibelius trouve une forme pleinement satisfaisante. Finalement, il jugera le manuscrit définitif lors de sa publication en 1919 (en trois mouvements). Contemporaine de la Révolution russe et donc de l’indépendance de la Finlande, la partition souscrit à un lyrisme lumineux, rompant avec les deux Symphonies précédentes (n°3 et n°4, déconcertantes et foncièrement personnelles).
Dès le premier mouvement (Tempo molto moderato) se confirme l’état d’ivresse et de lyrisme conquérant du héros victorieux, affirmant un équilibre d’autant plus significatif que la Symphonie n°4 semblait l’exclure. L’andante mosso, quasi allegretto brosse les détails d’un paysage arcadien où se love l’émerveillement du compositeur sur le motif naturel. (l’exaltation et le sentiment d’ivresse printanière demeurent les caractères principaux de la Symphonie). Le Finale (Allegro molto) est le plus irrésistible des trois volets de ce tryptique triomphal: les bois mis en avant chantent la beauté hypnotique de la nature et les dernières proclamations des tutti finaux, énoncés, détachés comme suspendus (6 au total), expriment une dernière nostalgie avant la conclusion. Une fin vécue en pleine conscience, qui résonne comme une délivrance et un espoir; vivifié par l’énoncé assumé, réalisé d’une aube régénératrice. Celle ci clairement exprimée par la voilure des cors célestes, le scintillement des cordes, la jubilation / épiphanie des bois (dont surtout les hautbois associés souvent aux flûtes) annonce les climats tout aussi suspendues de la 7ème ultime offrande sibélienne. La parenté des deux opus est à approfondir (mise en avant dans l’intégrale Rattle d’ailleurs). Proche de la 7ème, la 5ème offre un art de la transition entre les séquences d’une efficacité semblable. L’opus 82 participe à la conception de la Symphonie fusionnée en un seul mouvement.

Dimanche 13 mars 2016, 14h
Symphonie n°5 de Jean Sibelius. La tribune des critiques de disques

Poitiers. Sibelius, Schumann… Concert Symphonique au TAP

dautricourt-nicolas-violon-582-390-UNE-CLASSIQUENEWSPoitiers, TAP. Jeudi 12 novembre 2015, 20h30. Mendelssohn, Sibelius, Schumann... Superbe concert symphonique Ă  Poitiers au TAP, ce 12 novembre avec plusieurs oeuvres de compositeurs exaltĂ©s par le spectacle de la nature, flamboyante et insaisissable : Mendelssohn et Schumann, deux romantiques allemands (d’autant plus “naturels” dans ce programme puisque la saison 2015 – 2016 du TAP fĂŞte l’Allemagne) ; mais aussi des Ĺ“uvres rares et concertantes (avec le concours du violoniste français Nicholas Dautricourt) du plus grand compositeur pour l’orchestre en Finlande : Jean Sibelius.

 

 

 


poitiers-TAP-saison-15-16-jaune-bandeau-582-pour-articles-classiquenewsDès 18h30…
A l’occasion de ce grand concert symphonique de la nouvelle saison 2015-2016 du TAP de Poitiers, les spectateurs pourront assister dès 18h30 au Bar de l’Auditorium Ă  une rencontre confĂ©rence (entrĂ©e libre) en prĂ©sence du chef invitĂ© (Jean-François Verdier) oĂą un comĂ©dien (JĂ©rĂ´me Rouger) Ă©lucidera non sans facĂ©tie les enjeux de la question qui fait dĂ©bat : pourquoi les chefs d’orchestre mènent-ils tout le monde Ă  la baguette ? (première de trois sessions programmĂ©es au TAP : les 12 novembre donc, puis 11 fĂ©vrier et 17 mars 2016).

 

 

 

 

Mendelssohn, Sibelius, Schumann

3 poètes de la Nature

 

 

 

poitiers-TAP-saison-15-16-jaune-bandeau-582-pour-articles-classiquenewsA 20h30… La Nature, étourdissante, flamboyante, inspirant un lyrisme éperdu, triomphe dans ce programme qui réunit les Romantiques Mendelssohn et Schumann, et aussi le moderne, génie de la musique symphonique en Finlande, Jean Sibelius (dont 2015 célèbre le 150ème anniversaire : LIRE notre dossier Sibelius dossier 2015).

Mendelssohn Felix-MendelssohnD’abord, l’ouverture “Les HĂ©brides” du hambourgeois FĂ©lix Mendelssohn traduit le processus crĂ©ateur que cultivent les compositeurs : la nature leur fournit des sensations souvent vĂ©cues sur le motif (c’est le cas de Mendelssohn, spectateur exaltĂ© pendant un voyage en Ecosse en 1829). L’écriture n’est pas descriptive ou strictement narrative mais plutĂ´t subjective et intensĂ©ment Ă©vocatrice, recomposant le sujet observĂ©, traduisant les riches impressions ressenties devant cette Grotte de Fingal, – autre titre de la pièce -,  prodige minĂ©ral balayĂ© et fouettĂ© par la mer,  et qui offre Ă  Mendelssohn panthĂ©iste et naturaliste de premier ordre, l’occasion d’exprimer en musique la grandeur et le caractère surnaturel du spectacle ainsi dĂ©couvert pendant son voyage. RĂ©visĂ©e et achevĂ©e en 1830 (Ă  Paris), l’annĂ©e de la Symphonie Fantastique de Berlioz, l’ouverture “Les HĂ©brides” diffuse intactes, la puissance et la magie de l’impĂ©nĂ©trable Nature.

 

 

 

Sibelius 2015Tout aussi sensible à la Nature, Jean Sibelius (mort en 1957) en Finlande incarne le miracle symphonique scandinave qui prend son essor dans la première moitié du XXème (aux côtés de Nielsen, son contemporain danois). Après le premier romantique Mendelssohn, Sibelius approfondit encore l’expression musicale de la Nature dans un style encore plus personnel et surtout synthétique : élan printanier, éblouissement solaire ou plénitude suspendue de l’hiver, l’écriture de Sibelius apporte autant que Mahler, le génie d’un imaginaire inédit pour l’orchestre. Où le jeu des timbres associés, le dialogue entre les pupitres (cordes, cuivres, bois et vents), surtout l’exposition unique des thèmes caractérisent un style immédiatement reconnaissable par son irrépressible ardeur, entre passion, mystère, intériorité.

Les Deux Sérénades pour violon et orchestre opus. 69, créées en 1915 colorent la sensibilité instrumentale du compositeur, son souci de la couleur comme de la construction, par une teinte profondément mélancolique (que l’on retrouve aussi dans son exceptionnel Concerto pour violon composé 10 ans auparavant en 1905).

Cycle d’une rare cohérence poétique, les Six Humoresques (1917-1919) consultent les pages d’un livre de paysages d’une âpre et pénétrante beauté : Sibelius y redouble d’exaltation et d’introspection, sachant varier les climats et soigner l’enchaînement des 6 pièces dont la dernière, la plus bouleversante, bascule en un rêve intérieur.

 

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Nicholas Dautricourt, violon (DR)

 

 

 

La Valse triste de 1904 est contemporaine de la composition de la Symphonie n°3 en ut majeur : elle est emblĂ©matique de la rĂ©ception des oeuvres de Sibelius : au dĂ©part destinĂ©e comme musique de scène Ă  la pièce Kuolema d’Arvid Jarnefeld, la force pudique de son irrĂ©pressible Ă©lan l’a immĂ©diatement distinguĂ©e et depuis le chef lĂ©gendaire Karajan, (celui mĂ©ditatif et le plus rentrĂ©, – qui aima l’enregistrer avec le Berliner Philharmoniker-), la pièce jouĂ©e dĂ©sormais de façon indĂ©pendante, fait partie des grands tubes des concerts symphoniques : elle touche par sa pudeur mesurĂ©e, et son intensitĂ© quasi spirituelle, construite sur le plan favori du compositeur : une croissance progressive du matĂ©riau sonore qui de fait, en sĂ©quence finale, exulte et s’embrase, pour revenir au murmure du dĂ©but. Un chef d’oeuvre dramatique, qui saisit aussi par sa science de l’instrumentation.

 

 

 

 

schumann robert clara essai Philippe andreAprès l’entracte, la Symphonie n°1 «  Le Printemps » de Robert Schumann regarde du cĂ´tĂ© de l’exaltation juvĂ©nile d’un Mendelssohn. En 1841, Schumann est l’heureux Ă©poux de la pianiste Clara Wieck dont le père n’avait cessĂ© d’oeuvrer pour reporter la noce. ExaltĂ©e elle aussi, mais aussi d’un tendresse qui sait ĂŞtre recueillie et intensĂ©ment pudique (rĂŞverie du Larghetto), la première Symphonie de Schumann est un feu ardent et lumineux, le premier essai – rĂ©ussi- du compositeur dans le format symphonique, lui qui n’avait jusque lĂ  que traiter en maĂ®tre, les oeuvres pour piano et le lied (mĂ©lodie germanique). Et signe d’une filiation fraternelle prĂ©sente dans le choix du programme de ce concert, c’est Mendelssohn lui-mĂŞme au Gewandhaus de Leipzig, qui crĂ©e la partition le 31 mars 1841, dĂ©livrant cette joie spontanĂ©e, de fait printanière qui est la couleur gĂ©nĂ©rale de toute la Symphonie.

 

 

 

 

 

 

 

boutonreservationPoitiers, TAP Théâtre Auditorium
Jeudi 12 novembre 2015, 20h30
Concert Mendelssohn, Sibelius, Schumann

 

 

Felix Mendelssohn : Les HĂ©brides op. 26 (ouverture)

Jean Sibelius :

Sérénade n°2 pour violon et orchestre en sol mineur op. 69,
Humoresques pour violon et orchestre
(Nicholas Dautricourt, violon)

Valse Triste op.44

Robert Schumann : Symphonie n° 1 en si bémol majeur op. 38 Le Printemps 

Orchestre Poitou-Charentes
Jean-François Verdier, direction

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CD, coffret. Sibelius great performances : Collins, Gibson, Rosbaud, Beinoum, Tuxen, Monteux… (11 cd)

CLIC_macaron_2014Le Concerto pour violon de SibeliusCD, coffret. Compte rendu critique. Sibelius great performances : Collins, Gibson, Rosbaud, Beinoum, Tuxen, Monteux… (11 cd). D’emblĂ©e l’affiche promet le meilleur en effet : complĂ©ment au rĂ©cent coffret Warner regroupant les versions historiques propres aux annĂ©es 1930 (Sibelius : Historical recordings : 1928 – 1945 7 cd, CLIC de classiquenews lui aussi) et dĂ©jĂ  en majoritĂ© britanniques (preuve d’un engouement phĂ©nomĂ©nal pour Sibelius chez nos confrères anglo-saxons dès avant la seconde guerre mondiale), voici la preuve que la faveur anglaise pour le Finnois après la guerre ne s’est pas dĂ©mentie, et comme le prouvent ces archives Decca, dans les annĂ©es 1950, a mĂŞme gagnĂ© une flamme exceptionnelle : les Symphonies par Anthony Collins (auteur d’une intĂ©grale londonienne entre 1952 et 1956, ou le Concerto pour violon par l’excellent, ardent, voire incandescent et super Ă©lĂ©gant soliste Ruggiero Ricci (1958) restent des accomplissements lĂ©gendaires. Comme la fièvre millimĂ©trĂ©e d’une irrĂ©sistible Ă©lĂ©gance (Monteux), d’un dramatisme dĂ©taillĂ© (Gibson), des autres sibĂ©liens qui sur le mĂ©tier symphonique Ă©laborĂ© par un gĂ©nie de l’Ă©criture orchestrale, font preuve d’une Ă©gale implication sidĂ©rante. Aux cĂ´tĂ©s du LSO, le Concertgebouw d’Amsterdam (Beinoum) et le Berliner Philharmoniker (Rosbaud) affirment eux aussi un engagement suprĂŞme au service de partitions captivantes il faut bien le reconnaĂ®tre. Aucun doute, mises en perspective, tant de lectures aussi passionnantes, confirment bien, aux cĂ´tĂ©s de la richesse diverse des interprĂ©tations, l’indiscutable gĂ©nie de SĂ©belius, le plus grand symphoniste du XXè après Ravel, Mahler, Strauss.

 

 

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collins AnthonyCollins2Les 7 Symphonies, par le chef pionnier et visionnaire Anthony Collins, vĂ©ritable fleuron inestimable des archives Decca, dĂ©voilent Ă  qui ne le connaissait pas, l’exceptionnel talent de barde prophĂ©tique du chef britannique, capable d’insuffler la transe et la fièvre, mais aussi une intensitĂ© de braise Ă  son orchestre (LSO), de surcroĂ®t ici dans un traitement remastĂ©risĂ© : sens du dĂ©tail, sens de la construction, Ă©lan souverain, surtout fluiditĂ© organique d’un geste qui semble s’abreuver du lyrisme sibĂ©lien comme une source rĂ©gĂ©nĂ©ratrice. Bien avant les Bernstein ou les Karajan, visions si divergentes et somme toute complĂ©mentaires – le dyonisiaque et l’Appolonien-, voici le premier d’entre eux, redevable de l’ami Kajanus, chef et compositeur, fervent interprète des symphonies de Sibelius hors de Finlande : dans les annĂ©es 1950, soit 20 ans après Kajanus, Anthony Collins partage la mĂŞme foi passionnĂ©e, cette profondeur et cette Ă©nergie Ă©ruptive qui fait battre tout l’orchestre au diapason d’un seul cĹ“ur, celui de la miraculeuse nature. Collins avait compris combien le langage de SibĂ©lius Ă©tait gĂ©nial en tant que dernier grand symphoniste post romantique. Sa lecture de la Symphonie n°7 (1954) est un modèle de prĂ©cision, d’engagement, Ă  la fois dĂ©taillĂ© et ciselĂ© mais aussi intense et dramatique. La houle qu’il y dĂ©ploie reste inĂ©galĂ©e, d’une irrĂ©pressible attractivitĂ© par sa puissance et sa justesse. Des mouvements enchaĂ®nĂ©s en un seul, le chef tisse une fresque portĂ©e peu Ă  peu Ă  sa tempĂ©rature de fusion pour que se libère en fin de cycle (Ă  16mn, après 19mn), la formule clĂ© : ni rĂ©pĂ©tition, ni redite, ni dĂ©veloppement abusif, tout l’art de l’Ă©loquence resserrĂ©e de Sibelius se concentre ici dans une direction Ă©conome, dĂ©taillĂ©, surexpressive et Ă©tonnamment juste.

Entiers, souverains dans leur compréhension fortement personnalisés, dans le sillon de Collins, les autres chefs accréditent chacun par la justesse de leur approche, ce coffret plus que recommandable : nécessaire pour qui veut écouter plusieurs propositions de caractère, à des années lumières de la sonorité lisse et fade servie par les uns et les autres plus récents.

De Anthony Collins Ă  Sir Alexander Gibson...

Sibelius : une tradition londonienne

NPG x129513; Sir Alexander Drummond Gibson by Sefton SamuelsCD11 : le top. Dans une prise magnifique (dĂ©taillĂ© et opulente de 1960), l’Ă©cossais Alexander Gibson (dĂ©cĂ©dĂ© en 1995) montre (avant Gergiev) la vitalitĂ© exubĂ©rante et mordorĂ©e des instrumentistes du LSO London symphony orchestra : vivifiant les vertiges et contrastes de la Symphonie n°5 il stupĂ©fait par sa direction souple et incisive. Houle ocĂ©ane et frĂ©missements Ă  la fois gorgĂ©s de vie et d’une puissance inquiĂ©tante, mais aussi baguette analytique oĂą scintillent tous les instruments en une course saisissante : la vision est Ă©lectrisante : Gibson est un sibĂ©lien de première valeur. Plus olympien mais non moins dyonisiaque, Gibson semble 10 ans après Collins, recueillir et rĂ©gĂ©nĂ©rer le flux organique et la transe lĂ©guĂ©e au mĂŞme orchestre par Anthony Collins. La science des climats intĂ©rieurs, la tension collective, surtout la construction et les Ă©quilibres sont remarquables… preuve qu’il y a bien une tradition organique et viscĂ©rale de l’interprĂ©tation sibĂ©lienne Ă  Londres. La dĂ©monstration est Ă©loquente et demeure l’enseignement le plus frappant de ce coffret anthologique. Dautant que la prise Decca de 1958 est Ă©blouissante : un modèle du genre, dĂ©taillant chaque pupitre, chaque instrument dans le respect des Ă©tagements naturels d’un orchestre en salle. Cuivres et cordes en Ă©tat de transe, lyrisme des bois et scintillement des vents sont Ă©poustouflants. A connaĂ®tre en urgence. Gibson, Ă©galement très grand chef lyrique (il est devenu en 1957, l’annĂ©e qui prĂ©cède cet enregistrement lĂ©gendaire, le plus jeune directeur du Sadler’s Wells Theatre), s’est taillĂ© une très solide rĂ©putation dans l’interprĂ©tation des rĂ©pertoires nordiques, Nielsen et Sibelius, mais c’est au service de ce dernier que sa direction Ă  la fois Ă©lĂ©gante et très dĂ©taillĂ©e comme intensĂ©ment dramatique suscite les honneurs. Les annĂ©es 1960 sont florissantes pour ce tempĂ©rament viril et d’une sensibilitĂ© rare : après avoir fondĂ© l’OpĂ©ra d’Ecosse en 1962, il est anobli par la reine en 1967. HĂ©doniste certes, Ă  la façon d’un Bernstein qui paraĂ®trait presque plus dĂ©braillĂ© en comparaison, Gibson exprime l’Ă©quilibre des forces premières d’une nature rĂ©ellement indomptable oĂą par blocs entiers, il dĂ©place le curseur, imposant tour Ă  tour, l’harmonie des bois, la frĂ©nĂ©sie des cordes, l’ampleur hallucinante des cuivres (jusque dans leur dissonances vertigineuses), chacun affirmant au dessus des autres mais très sereinement sa propre Ă©nergie. Le troisième et dernier mouvement est d’une force et d’une limpiditĂ© inouĂŻe, exprimant ce dialogue sous-jacent entre toutes les parties, portĂ©s Ă  un degrĂ© d’intensitĂ© dansante (jusqu’au 7 accords finaux, taillĂ©s comme des gemmes). Rien que pour cette lecture, le coffret mĂ©rite toutes les palmes. Dautant que succèdent Ă  cette 5ème exceptionnelle, les Suites Karela, Roi Christian II, et dans leur première rĂ©alisation discographique : l’Intermezzo de pellĂ©as, la Valse triste, Finlandia.

monteux pierrePierre Monteux (cd 10) participe aussi au prestige sibĂ©lien du LSO dans une Symphonie n°2 (1952) Ă  tomber, rugueuse et âpre d’une vitalitĂ© printanière et mordante quand il faut l’ĂŞtre ; animĂ©e, hallucinĂ©e, et pourtant sculptĂ©e comme peu autour de lui, avec un goĂ»t (français?), une Ă©lĂ©gance dĂ©taillĂ©e et analytique qui saisit. Ce dramatisme Ă©pique, cette vision scintillante se distinguent aussi nettement par son souffle et sa prĂ©cision, un goĂ»t et un style admirables. D’autant quen immense chef lyrique, Monteux sait aussi caractĂ©riser un climat, un Ă©pisode avec une rythmique organique trĂ©pidante (Vivacissimo du 3me mouvement jouĂ© très nerveux et vif, sans Ă©quivalent dans la discographie, contrastant avec le lento e suave, en un geste ample, fluide, vertigineux : la science de la direction est magistrale., et quelle sonoritĂ© des cuivres, aussi nobles et spectaculaires que sous la direction de Gibson.

Van Beinem avec le London Philharmoonic orchestra et le soliste Jan Damen offre une intĂ©ressante lecture du Concerto pour violon (1953) : beaucoup de fièvre dans l’esprit de Collins mais dĂ©jĂ  la flamme s’est assagie.

rosbaud Hans-Rosbaud-350Hans Rosbaud Ă  la tĂŞte du Berliner Philharmoniker (1954, 1955, 1957, 1958) dans une esthĂ©tique plus compacte, nĂ©anmoins riche en sursauts et souci du dĂ©tail, montre combien Sibelius relève de Wagner, Bruckner et des russes dont TchaĂŻkovski Ă©videmment, n’hĂ©sitant pas Ă  obtenir des tensions telluriques entre les pupitres de l’orchestre. De Finlandia, il fait surgir le monstre indomptable puis dansant en une transe assourdissante. Le geste reste viscĂ©ralement enflammĂ©.

L’heureux couplage prĂ©sente aussi les Ĺ“uvres chambristes dont le Quatuor Voces intimae qui rĂ©vèle au fond le vrai tempĂ©rament de Sibelius : celui d’un contemplatif introspectif, grave sans ĂŞtre dĂ©pressif (Griller Quartet, 1951).

tuxen erikSur le mĂŞme cd 6, la version de la Symphonie 5 opus 82 par Erik Tuxen et l’orchestre national symphonique de la Radio Danoise en 1952, est toute de finesse et de mystère sensuel : preuve que dans les rivages nordiques proches, le massif sibĂ©lien, riche en paysage, inspire particulièrement un chef visiblement habitĂ© par le souci et la conscience du gĂ©nial compositeur. Tuxen libère la force sauvage et le feu printanier, – encore bien prĂ©sents au terme des 7 derniers accords-, une activitĂ© souterraine et primitive, ses Ă©clairs intimes comme sa furieuse Ă©nergie avec toujours un souci de l’Ă©quilibre et du relief des instruments qui s’avère passionnant. Tuxen emporte avec une rage conquĂ©rante Finlandia en 1954 :geste vif, fusion lumineuse des instruments, surtout fièvre collective, miroir emblème de toute une nation qui se lève et affirme son indĂ©pendance.

CD, compte rendu critique. Coffret Jean Sibelius : great performances. Symphonies, musiques de scène et poèmes symphoniques: Alexander Gibson, Anthony Collins, Bertil Bokstedt, Charles Mackerras, Eduard Beinum, Hans Rosbaud, Pierre Monteux. London Symphony orchestra, Danish state radio symphony orchestra, Concert gebouw orchestra, Berliner Philharmoniker, London Proms symphony orchestra. Mélodies : Birgit Nilsson, Kirsten Flagstad. Enregistrements réalisés de 1950 à 1960 (11 cd Decca 478 8589). CLIC de classiquenews octobre 2015.

CD, coffret, compte rendu critique. Jean Sibelius : Historical recordings and rareties 1928 – 1945 (7cd Warner classics

sibelius warner historical recordings 1928 1945 warner box 7 cd coffret critique review compte rendu critique CLASSIQUENEWSCD, coffret, compte rendu critique. Jean Sibelius : Historical recordings and rareties 1928 – 1945 (7cd Warner classics). Des gravures “historiques”, – soit les premières dans l’histoire du microsillon, celles par exemple de Robert Kajanus (avec le London Symphony orchestra en juin 1932 (Symphonies 3 et 5, d’une irrĂ©pressible tension complĂ©tĂ©e par un grande subtilitĂ© expressive, en particulier cette Ă©coute de l’urgence intĂ©rieure, cette dĂ©termination lyrique et parfois avant Bernstein, Ă©chevelĂ©e, dĂ©lirante mais si juste, et ce souci du lien organique structurant les parties entre elles), surgit une leçon d’interprĂ©tation qui fait tout l’intĂ©rĂŞt du prĂ©sent coffret de 7cd Ă©ditĂ© par Warner et qui pour la plupart regroupe des chefs travaillant Ă©videmment Ă  Londres et que Sibelus a pu connaĂ®tre, et dont il a pu pour certains, valider leur propre approche. C’est Ă©videmment le cas de Robert Kajanus dĂ©cĂ©dĂ© en 1933 qui est d’autant plus exemplaire parmi les pionniers et dĂ©fenseurs de la première heure sibĂ©lienne, qu’il a crĂ©Ă© nombre de ses Ĺ“uvres, ou les a fait connaĂ®tre en Europe hors de Finlande avec la complicitĂ© du MaĂ®tre. Compositeur lui aussi, Ă©galement auteur d’un Symphonie Kullervo (comme la pièce de Sibelius), Kajanus entre 1890 et jusqu’Ă  sa mort, ne cesse de faire connaĂ®tre les Ĺ“uvres de son compatriote : Kajanus dirige le premier orchestre symphonique d’Helsinki au dĂ©but des annĂ©es 1880 puis joue (entre autres) les oeuvres de Sibelius Ă  Paris pour l’expo Universelle de 1900 (Symphonie n°1, Suite du roi Christian II, Le cygne de Tuonela, Finlandia et Le retour de Lemminkäinen… soit une synthèse de l’univers sibĂ©lien. C’est cependant un Ă©clairage sur son engagement sibĂ©lien des annĂ©es 1930 que Warner met ici en lumière.

 

 

 

 

 

 

Kajanus, Boult, Beecham, Stokowski, Koussevitzky…

Les premiers Sibéliens à Londres autour de 1930

 

 

Pour Warner, Kajanus enregistre dans les annĂ©es 1930, soit quelques annĂ©es avant sa mort, les Symphonies 1, 3 (cd1), surtout 3 (Ă©poustouflante de vivacitĂ© subtile) et 5 (d’une fraĂ®cheur Ă©ruptive rafraĂ®chissante ; Symphonies 3 et 5 sont dans le cd2). Et dans le studio règne dĂ©jĂ  un certain Walter Legge, futur grand producteur et mari de la Schwarzkopf… Kajanus fixe aussi pour la SociĂ©tĂ© SibĂ©lius et Warner, l’Ă©blouissante musique de scène, très allusive et orientalisante (Solitude, Nocturne) : Alexander Feast – la banquet d’Alexandre, d’après la pièce de Hjalmar ProcopĂ© (Suite opus 51, cd3, juin 1932).

A la suite de l’indĂ©fectible Ă©nergie du pionnier Kajanus, les chefs de l’intelligentsia londonienne s’emparent du miracle symphonique sibĂ©lien au point de l’inscrire au programme ordinaire des Prom’s, assurant ainsi une renommĂ©e croissante pour Sibelius dont il font un maĂ®tre absolu du langage symphonique : ainsi les chefs ici d’un geste captivant : Sir Adrian Boult (coupes vive et tranchante des OcĂ©anides opus 55, cd3, janvier 1936, conçus comme une vaste chevauchĂ©e haletante d’une gravitĂ© irrĂ©sistible), Thomas Beecham (Concerto pour violon avec Jasha Heiffetz en 1935, Symphonie n°4 de 1937, Finlandia en 1938, avec le London Philharmonia orchestra), ou Serge Koussevitzky (Symphonie n°7 gonflĂ©e Ă  bloc, d’un souffle prenant en 1933 avec le BBC SO) et Leopold Stokowski…

Autres fleurons propres au tournant des annĂ©es 1930 – suractivitĂ© des studios louĂ©s par la Warner soucieuse de fixer les grands interprètes sibĂ©liens d’alors : le Quatuor opus 56 par le Budapest String Quartet (aoĂ»t 1933, cd7) : qui plonge dans des abysses de profondeur intime et Ă©nigmatique : Ă  connaĂ®tre Ă©videmment;

Le coffret Warner tĂ©moigne d’un engouement sans prĂ©cĂ©dent pour les Ĺ“uvres orchestrales et vocales de Sibelius autour de 1930 ; les chefs londoniens se sont alros emparĂ©s du mythe encore vivant, rĂ©vĂ©lant sous sa langue si originale, un souffle Ă  la fois panthĂ©iste et une vision esthĂ©tique et poĂ©tique qui rappelle par la modernitĂ© et la sincĂ©ritĂ© de sa construction, Beethoven lui-mĂŞme.

 

 

CD, coffret, compte rendu critique. Jean Sibelius : Historical recordings and rareties 1928 – 1945 (7cd Warner classics).

 

 

CD. Compte rendu critique. Sibelius : 2ème symphonie, Lemminkaïnen (ONBA, Paul Daniel, 2015, 1 cd ONBA Live, Actes Sud)

sibelius symphonie 2 retour de Lemminkainen onba bordeaux paul daniel direction actes sud musicales_cd_review_critique_compte rendu CLASSIQUENEWS cd review critique cd octobre 2015CD. Compte rendu critique. Sibelius : 2ème symphonie, LemminkaĂŻnen (ONBA, Paul Daniel, 2015, 1 cd ONBA Live, Actes Sud). Suite de la collection initiĂ©e par l’Orchestre de Bordeaux et Actes Sud : un cycle de live dĂ©voilant la performance de la phalange bordelaise souvent Ă  l’Auditorium local dans des programmes destinĂ©s Ă  rassembler l’audience des mĂ©lomanes locaux ou cĂ©lĂ©brer des anniversaires incontournables. Evidemment pour les 150 ans de la naissance du plus grand symphoniste europĂ©en au XIXème avec Mahler s’entend, et pour la première moitiĂ© du XXè, l’ONBA et son chef Paul Daniel (depuis septembre 2013) se devaient de lire l’ardente vivacitĂ© de Sibelius dans un programme de fait très accessible : les milles sĂ©ductions de la Symphonie n°2, composĂ© en 1902 au moment oĂą Mahler rĂ©dige sa 5ème, amoureuse et si sensuelle- ; la Symphonie n°2 de Sibelius est une vaste fresque panthĂ©iste, d’un souffle irrĂ©pressible et irrĂ©sistible, ont Ă©tĂ© auparavant compris et magnifiquement servis par Bernstein le bacchique, ou Karajan l’Olympien. Ce dernier servi lui-mĂŞme par une prise de son exemplaire (voir chez ses enregistrements chez DG rĂ©cemment rĂ©Ă©ditĂ©s dans le coffret Edition Sibelius 2015, CLIC de classiquenews d’octobre 2015), Ă©crase la discographie d’autant qu’ici l’ingĂ©nieur du son prĂ©fère lisser et fusionner toutes les aspĂ©ritĂ©s de la partition, propre Ă  la recherche de couleurs d’un SibĂ©lius en communion Ă©troite avec les moindres frĂ©missements de la nature, nature matricielle, nature irrĂ©ductible Ă  toute expression qui la caricaturerait : entre l’organique dĂ©bridĂ© de Bernstein, et le contrĂ´le hĂ©doniste et si dĂ©taillĂ©, -palpitant- d’un Karajan, Paul Daniel s’appuie sur l’Ă©quilibre et la grande cohĂ©rence d’une sonoritĂ© solaire, avec un souci permanent des Ă©quilibres au point de gommer (comme la prise de son) les Ă©tagements sonores, la vitalitĂ© des contrastes entres les sĂ©quences et malgrĂ© la très grande caractĂ©risation de chaque pupitre.

 

 

Pourtant en verve et dĂ©taillĂ©, le chef Paul Daniel n’est pas un sibĂ©lien

Sibelius solennel, clinquant, dénaturé

ONBA_Paul-Daniel-Nicolas-Joubard-4--708x350Cependant, son Sibelius sonne solennel et pafois grandiose, quant les plus grands chefs sibĂ©liens sont restĂ©s organiques et frĂ©missants. C’est un Sibelius plus wagnĂ©risĂ© que proche de Tchaikovski (rĂ©fĂ©rence très prĂ©sente dans cette seconde symphonie). Le Sibelius de Daniel est ressenti et restituĂ©e comme une ascèse nettoyĂ©e de ses doutes, vertiges, gouffres pourtant inscrits et prĂ©sents dans la partition. Classique dans ses dĂ©veloppements et sa comprĂ©hension, Daniel s’entend Ă  gommer les Ă©carts qui contredise son souci d’Ă©quilibre, or la Symphonie n°2 (Allegretto) est un condensĂ© de toute la dĂ©marche esthĂ©tique de Sibelius, tiraillĂ© dans la croissance organique de la forme, entre organisation et dĂ©structuration, implosion et reconstruction : tout l’Ă©difice se nourrit de ses deux forces antinomiques mais indissociables et complĂ©mentaires. Le second mouvement tempo andante soufre d’une asthĂ©nie foncière, attĂ©nuation qui finit par lisser tous les plans et rĂ©duire les sĂ©quences pourtant nettement contrastĂ©es en une continuitĂ© dĂ©vitalisĂ©e : c’est le mouvement le plus contestable de cette approche certes originale mais qui frĂ´le le contresens. L’aspiration finale de ce 2è mouvement est comme dĂ©vitalisĂ©e, son effet irrĂ©pressible et viscĂ©ral d’aspiration (11’34), totalement gommĂ©, quel dommage. Trop lisse, trop conforme, trop rond dans son approche, nous voulons citer le dĂ©sir de rugositĂ© et de force primitive d’un Sibelius qui s’adressant Ă  son Ă©lève Bengt von Törne, et dĂ©signant comme illustration de sa dĂ©monstration des rochers de granit : “Quand nous les voyons, nous savons pourquoi nous capables de traiter l’orchestre comme nous le faisons”. DĂ©claration qui vaut intention esthĂ©tique pour toutes ses symphonies et qui est justement citĂ© dans la notice du livre cd. Epars, Ă©clatĂ©, fractionnĂ©, diluĂ©, la chef ne parvient pas Ă  maintenir un fil centralisateur dans le dĂ©roulement confus et pour le coup dĂ©sorganisĂ© du 3ème mouvement vivacissimo, pour le coup totalement dĂ©cousu. Ici le chef hors sujet semble assembler les Ă©pisodes sans en comprendre l’enchaĂ®nement ni la structure inhĂ©rente et souterraine : la logique sibĂ©lienne, organique, Ă  la fois Ă©clatĂ©e mais unitaire, lui Ă©chappe dĂ©finitivement. Le cycle est rĂ©duit Ă  une succession polie, plutĂ´t terne, oĂą le sens profond qui naĂ®t des contrastes enchaĂ®nĂ©s est absent. La formidable continuitĂ© avec le dernier mouvement et sa fanfare incandescente sont tout autant amollis, sans nerf, attĂ©nuĂ©, et sur un tempo dĂ©pressif : quel manque de passion (au sens oĂą l’entendait Benrstein : Ă©coutez en urgence ce que le chef amĂ©ricain, Ă©perdu, ivre, Ă©chevelĂ© fait autrement entendre). Que ce Sibelius sonne mesurĂ©, assagi, dĂ©vitalisĂ©. Paul Daniel n’est pas sibĂ©lien. Le geste est clair, articulĂ©, Ă©quilibrĂ© mais tellement timorĂ© : l’assemblage ne prend pas. Manque de vision globale de souffle prenant, incandescent, fulgurant. Le chef passe manifestement Ă  cĂ´tĂ©, dans un finale rien que dĂ©monstratif et grandiloquent, en dĂ©finitive lourd et presque racoleur, sans aucune fièvre. Quelle dĂ©ception et quelle incomprĂ©hension profonde de l’Ă©criture sibĂ©lienne.

 

 

Bon couplage que d’associer ici Ă  la Symphonie n°2, Le retour de LemminkaĂŻnen (1896) opus 22 de plus de 7mn, lui-mĂŞme Ă©pisode final de son cycle LemminkaĂŻnen, qui est une partition passionnante en ce qu’elle permet d’entendre l’assemblage progressif en une totalitĂ© organique Ă  partir d’Ă©lĂ©ments Ă©pars exposĂ©s au prĂ©alable comme prĂ©supposĂ©s. La construction du drame et son dĂ©roulement Ă©vitent toute redite, le point culminant sur le plan de l’expression correspond au final : ici doit se rĂ©aliser la reconstruction salvatrice du hĂ©ros qui a Ă©chappĂ© Ă  la mort et la rĂ©unification de son propre corps dit sa rĂ©surrection et sa victoire finale (Ă  la manière du mythe Ă©gyptien d’Osiris, dieu des morts qui ayant ressuscitĂ© comme le Christ est aussi dieu de la RĂ©surrection). Saisi comme le chant d’une chevauchĂ©e, ou comme l’Ă©veil d’un printemps, frĂ©missant grâce Ă  l’acuitĂ© des instrumentistes, Daniel semble trouver une plus juste vision ici, mais hĂ©las, l’enchaĂ®nement des Ă©pisodes confine Ă  la fraction : tout est magnifiquement dĂ©taillĂ© et caractĂ©risĂ© comme une mosaĂŻque de sĂ©quences Ă©parses. Mais la vision unitaire et fĂ©dĂ©ratrice qui fusionne les Ă©lĂ©ments en une totalitĂ© mouvante et indivisible… ? Dans l’Ă©noncĂ© dĂ©taillĂ©, le geste est sĂ©ducteur.Mais dans la continuitĂ©, la vision ne laisse pas de nous laisser dubitatif, dans une prise de son qui noie les Ă©tagements des pupitres. Etrange vision oĂą Sibelius sort plus dĂ©naturĂ© que grandi. Et ces tutti conclusifs rien que ronflants et dĂ©monstratifs. A bannir malheureusement. PrĂ©fĂ©rez nettement les approches autrement plus captivantes et justes de Bernstein et Karajan, toutes rĂ©Ă©ditĂ©es Ă  prix compĂ©titif pour l’anniversaire Sibelius 2015.

 

 

 

sibelius symphonie 2 retour de Lemminkainen onba bordeaux paul daniel direction actes sud musicales_cd_review_critique_compte rendu CLASSIQUENEWS cd review critique cd octobre 2015CD. Compte rendu critique. Sibelius : 2ème symphonie, Le retour de Lemminkaïnen. Orchestre national de Bordeaux. Paul Daniel, direction. Live enregsitrement réalisé à Bordeaux en avril 2015. Collection ONBA Live, Musicales Actes Sud, parution : octobre, 2015 / 13,0 x 18,0 / 56 pages. ISBN 314-9-02807-012-5. Prix indicatif : 18, 62€

 

 

CD. Coffret événement, compte rendu critique. Sibelius : the Symphonies, remastered edition (Leonard Bernstein, 1960-1966, 7 cd Sony classical.

Bernstein sibelius  remasterised edition the symphonies 7 cd sony classical compte rendu critique cd classiquenews juin 2015 sony88875026142CD. Coffret Ă©vĂ©nement. Sibelius : the Symphonies, remastered edition (Leonard Bernstein, 1960-1966, 7 cd Sony classical. Leonard Bernstein, – comme c’est le cas de Mahler, est le premier chef Ă  s’intĂ©resser spĂ©cifiquement aux Symphonies de Sibelius : voici rĂ©Ă©ditĂ© en version remastĂ©risĂ©e, le cycle des 7 Symphonies du compositeur finnois, première intĂ©grale enregistrĂ©e au disque par le maestro quadragĂ©naire (Bernstein est nĂ© en 1918). Depuis Anthony Collins dans les annĂ©es 1950, et surtout Serge Koussevitsky pionnier et crĂ©ateur pour Sibelius, il n’existait pas de cycles symphoniques dĂ©diĂ©s aux Symphonies de Sibelius, en particulier de corpus spĂ©cifiquement enregistrĂ©. L’épopĂ©e visionnaire et fondatrice de Leonard Bernstein pour l’intĂ©grale des Symphonies de Sibelius, en complicitĂ© avec le Philharmonic de New York, remonte Ă  mars 1960 (7ème) et jusqu’à mai 1967 (6ème). C’est la première intĂ©grale de l’histoire du disque.

Leonard-bernstein-1960En vĂ©ritĂ©, la connaissance de Bernstein et son amour pour le Finnois remontent Ă  beaucoup plus loin. Assistant Ă  Tanglewood du mĂŞme Koussevitzky, le jeune Bernstein des annĂ©es 1940 apprend auprès de son maĂ®tre, une maĂ®trise orchestrale inĂ©dite et aussi un goĂ»t spĂ©cifique pour les symphonistes du XXè. Ecartant Richard Strauss, il s’engage logiquement pour Gustav Mahler (prolongeant l’oeuvre de Bruno Walter) et surtout se passionne avec un zèle d’une juvĂ©nile ardeur pour le catalogue sibĂ©lien. Les 7 Symphonies de ce coffret en tĂ©moignent, de surcroĂ®t dans une prise de son remastĂ©risĂ©e qui dĂ©voile tout ce travail sur l’équilibrage des pupitres et le choix des tempo, d’un mouvement Ă  l’autre, d’une symphonie Ă  l’autre. Dès 1960, dans la 7ème, Bernstein opte pour une vision Ă©lastique et versatile des tempo selon les mouvements : ralentissant volontiers pour mieux accuser la profondeur poĂ©tique des atmosphères (comme dans l’Adagio Ă©tirĂ© de la 2ème ; introspection Ă©tale – trop?-, dans le Finale de la 4ème de 1909), tout en assurant la continuitĂ© et le jeu des correspondances organiques d’une sĂ©quence Ă  l’autre. Bernstein assure la vision de l’architecte tout en ciselant des dĂ©tails d’ornementation ou d’orchestration saisissant de finesse.
Cette 7ème, synthèse de toute la pensée symphonique et musicale de Sibelius, reste le testament le mieux affiné de Bernstein, plus proche des tempo -lents- de son mentor Koussevitzky-, rompant avec la rapidité voulue par Sibelius et que respecte Beecham par exemple.

Bernstein : le legs Sibelius remastériséPlus instinctive et sentimentale, moins intellectuelle et analytique (comme cela peut être le cas d’un Rattle), la passion de Bernstein pour Sibelius révèle des trésors d’invention instrumentale, d’autant plus passionnants que le traitement remastérisé des bandes de 1960 à 1967 nettoyées (restituées dans leur prise originelle soit 24 bit / 96 khz), souligne ce travail particulier sur les combinaisons de timbres, couleurs, caractères et climats enchaînés (les bois clarinettes, bassons et hautbois, le tapis des cordes, les cuivres aussi… gagnent en particulier un relief particulier) qui nous placent au cœur du fourneau orchestral, comme si nous étions au cœur du cyclone, dans la matrice à la fois euphorique et palpitante de la matière sonore (expression du fatum dans l’ample Andante de la IIè, ou questionnement perpétuel du Finale de la 6ème, à la fois accomplissement et ouverture baignées de mystère : la clé des symphonies de Sibelius ne serait-elle pas dans leurs dernières mesures, toutes énoncés comme des énigmes?).

CLIC_macaron_2014Aujourd’hui le geste de Bernstein à la tête du Philharmonic de New York outre qu’il montre la souplesse transparente dont est capable la phalange américaine, insiste sur la problématique clé de l’oeuvre sibélien : le rapport du développement de la forme rapporté à son expressivité. Adepte de la synthèse voire de la litote, Sibelius n’a cessé d’interroger le sens même du développement symphonique : que dire et dans quel discours, dans quel « programme », de quelle façon, selon quel « plan » ? A la fois musique pure et aussi climats musicaux que l’on ne saurait détacher d’un évident panthéisme, chaque Symphonie de Sibelius recueille et prolonge l’enseignement des grands maîtres qui l’ont précédé, Tchaikovski, Mahler, Brahms… C’est un laboratoire qui renouvelle totalement les choix du vocabulaire instrumental et l’architecture structurelle de chacune des pièces symphoniques. Des classiques premières à la suprême synthèse : cette 7ème aux mouvements fondus, enchaînés, en un flux permanent de moins de …23 mn précisément (sous sa baguette).
L’ivresse dionysiaque que Bernstein est le seul à épanouir chez Sibelius, avec cette acuité et cette sensualité débridée, étonne toujours aujourd’hui. C’est le fruit manifeste d’une complicité évidente entre un chef et son orchestre, entre un interprète et un monde sonore, en totale affinité. Une identification du chef au compositeur que l’on retrouve par exemple chez Karajan, s’agissant des Symphonies de Beethoven ou de Tchaikovski. Le legs discographique de Bernstein chez Sibelius est d’autant plus précieux que Karajan n’eut jamais le désir ni l’inspiration d’enregistrer les Symphonies de Sibelius (à l’exception de Finlandia, le cygne de Tuonela, la Valse triste et Tapiola, en février 1984 avec le Berliner Phil. : LIRE notre critique du coffret Karajan, les années 1980 chez Deutsche Grammophon).

bernstein-350-539-home-mag-cd-symphonies-de-sibelius-Le coffret Sony classical 2015 comprend outre les 7 Symphonies, le Concert pour violon avec le violoniste français Zino Francescati (New York, 1963), ou d’autres morceaux indémodables nés du génie de Sibelius : La Valse triste, Le Cygne de Tuonela, Finlandia, La Fille de Pohjola, Luonnotar (soprano soliste : Phyllis Curtin), et proche du monde sibélien, l’univers onirique / épique de son confrère norvégien, Grieg (Suites de Peer Gynt).
Il faut absolument écouter lcomme un choix prioritaire le cd 5, réunissant comme en un écart récapitulatif les 6ème de 1967, et 7ème de 1960. La clarté scintillante qui éblouit le flux continu de la 6ème, la ré mineur (la plus autobiographique probablement, comme l’est aussi celle de Mahler) dès son amorce allegro, d’un épanouissement sonore rarement exprimé avec autant de plénitude, semé d’éclairs dramatiques, captive : le final du premier mouvement s’achève comme une question sans réponse. L’hédonisme sensuel, la vitalité et l’hypersensibilité de la direction font merveille dans une symphonie qui est l’expression même de l’âme et de la sensibilité. Enchaînée avec le 7ème et pourtant distante de 7 années, la 7ème touche par son économie, l’incandescence de sa matière sonore portée à la fusion : Bernstein nous offre un métal d’une pureté absolue, faisant couler la riche texture sibélienne gorgée de ce soleil éblouissant dont il a le secret dans cette gravure mythique de 1960 : l’amorce de son cycle discographique où préservant la fine cohérence structurelle de la Symphonie en un seul mouvement, la versatilité rythmique, le raffinement agogique, saisissent du début à la fin. Un must absolu.

Plurielle et généreuse, d’un fini instrumental exceptionnel admirablement servi par la nouvelle prise de son nettoyée dans cette réédition 2015, la vision de Bernstein sort régénérée, bouillonnante et dansante, d’une ivresse atmosphérique, souvent irrésistible. Chez Sibelius, Bernstein fait chanter les plus profondes aspirations de l’âme.

CD, coffret, compte rendu critique. Bernstein : Sibelius. Remastered edition, The Symphonies. 7 cd Sony classical. CLIC de classiquenews.
LIRE aussi notre grand dossier Sibelius 2015.

Track listing / programme du coffret Sibelius par Bernstein 2015 :

Bruch: Violin Concerto No. 1 in G minor, Op. 26
Grieg: Peer Gynt Suite No. 1, Op. 46, Peer Gynt Suite No. 2, Op. 55
Sibelius: intégrale des Symphonies n°1 à 7.
Violin Concerto in D minor, Op. 47
Zino Francescatti (violin)
Valse Triste, Op. 44 No. 1
Lemminkäinen Suite, Op. 22: The Swan of Tuonela (No. 2)
Finlandia, Op. 26. Luonnotar, Op. 70 (Text: Kalevala)
Phyllis Curtin (soprano)

Concerto pour violon de Sibelius

logo_francemusiquesibelius vieuxFrance Musique. Dimanche 14 juin 2015, 20h30. Jean Sibelius: Concerto pour violon et orchestre en ré mineur op.47. Le Concerto pour violon de Sibelius en ré majeur est assurément son oeuvre phare. Etant devenu l’un des sommets de l’écriture violonistique, retenu par les plus grands concertistes, il s’est imposé naturellement auprès du public. L’opus 47 en ré majeur fut composé en 1903 et, après révision, créé sous la direction de Richard Strauss en 1905 à Berlin. L’oeuvre est contemporaine de l’installation du compositeur dans la villa “Aïnola”, à Jarvenpaa, en pleine forêt, à 30km d’Helsinki. Un lieu étonnamment préservé de nos jours, qui dévoile l’antre secret d’un auteur qui aima cultiver des résonances privilégiées avec le motif naturel.

Longtemps minimisé en raison d’une apparente et “creuse” rigueur, le Concerto s’imposa néanmoins en raison des difficultés techniques qu’il exige du soliste. Mais en plus de sa virtuosité exigeante, le Concerto de Sibelius demande tout autant, concentration, intériorité, économie, justesse de la ligne musicale. Autant de qualités qui se sont révélées grâce à la lecture des plus grands violonistes dont il est devenu le cheval de bataille.

D’une incontestable inspiration lyrique néo-romantique, la partition développe une forme libre, rhapsodique, même si elle respecte la traditionnelle tripartition classique en trois mouvements: allegro moderato, adagio di molto, finale. Même si l’inspiration naturelle, panthéiste, du compositeur s’exprime avec clarté, en particulier d’après le motif naturel des forêts de sa Finlande natale, les souvenirs enrichissent aussi une imagination personnelle et intime. A ce titre, le deuxième mouvement pourrait convoquer les impressions méditerranéennes vécues pendant son séjour en Italie.

Dans sa version révisée de 1905, la partition saisit par sa force lyrique, son hyper virtuosité, mesurée, jamais gratuite… une plongée romantique particulièrement engageante que le soliste doit traiter avec une tension remarquable dans les premiers et seconds mouvements; avec clarté structurelle aussi dans le dernier: un jeu tout en nuances et une élégance suggestive tirent le Concerto sibélien vers ses sommets allusifs et intérieurs. Assurément un sommet de la musique du début du XXème siècle et la preuve éloquente du génie de Sibelius dont 2015 marque le 150ème anniversaire de la naissance.

LIRE aussi notre dossier spécial SIBELIUS 2015 : 150ème anniversaire de la naissance

7ème de Sibelius en direct de Radio France

Le Concerto pour violon de SibeliusFrance Musique. Sibelius : Symphonie n°7. Vendredi 24 avril 2015,20h. En direct de Radio France, concert Sibelius à l’occasion de l’anniversaire 2015 qui marque le centenaire du compositeur finnois, trésor national et génie orchestral du XXème. C’est aussi l’engagement du nouveau directeur musical du Philharmonique de Radio France, Mikko Franck, lui-même particulièrement investi par le répertoire finlandais. Le maestro, l’une des plus fines baguettes actuelles, rend ce direct parisien, incontournable.

Testament orchestral. Créée à Stockholm dès le 24 mars 1924, la dernière symphonie de Sibelius ne sera entendue du public finlandais qu’en 1927. En un seul mouvement, elle pourrait s’apparenter à une fantaisie symphonique, mais son développement d’une irrépressible croissance organique, traversée par un souffle depuis son début, porte les ultimes recherches du compositeur, qui fusionne tous les mouvements en un seul. Et de façon génial. La hauteur de l’inspiration qui s’y déploie, de façon noble et sereine, a conduit le chef Serge Koussevitsky à nommer Sibelius, le Parsifal Finlandais. Le sentiment de majesté est induit par les trombones, instruments phares de la partition. C’est une élévation progressive, continue qui traverse au-dessus des cimes, nuages, épisodes plus sombres et déséquilibrés, puis se réalise dans la pleine sérénité.
Sibelius y conçoit une orchestration des plus fines (flûtes, hautbois, bassons…). Porteuse de visions et d’illuminations personnelles, la partition devait être suivie d’une huitième Symphonie. Mais le
compositeur détruira les amorces de la nouvelle construction, pour ne laisser en guise de testament musical, que sa septième et donc dernière Symphonie n°7.

logo_francemusiqueFrance Musique. Sibelius : Symphonie n°7. Vendredi 24 avril 2015,20h. Sibelius : Le Roi Christian II, Concerto pour violon, En Saga, Symphonie n°7. Alina Pogotskina, violon. Philharmonique de Radio France. Mikko Franck, direction.

Concerto pour violon de Sibelius

logo_francemusiquesibelius vieuxFrance Musique. Dimanche 5 avril 2015, 20h30. Jean Sibelius: Concerto pour violon et orchestre en ré mineur op.47. Le Concerto pour violon de Sibelius en ré majeur est assurément son oeuvre phare. Etant devenu l’un des sommets de l’écriture violonistique, retenu par les plus grands concertistes, il s’est imposé naturellement auprès du public. L’opus 47 en ré majeur fut composé en 1903 et, après révision, créé sous la direction de Richard Strauss en 1905 à Berlin. L’oeuvre est contemporaine de l’installation du compositeur dans la villa “Aïnola”, à Jarvenpaa, en pleine forêt, à 30km d’Helsinki. Un lieu étonnamment préservé de nos jours, qui dévoile l’antre secret d’un auteur qui aima cultiver des résonances privilégiées avec le motif naturel.

Longtemps minimisé en raison d’une apparente et “creuse” rigueur, le Concerto s’imposa néanmoins en raison des difficultés techniques qu’il exige du soliste. Mais en plus de sa virtuosité exigeante, le Concerto de Sibelius demande tout autant, concentration, intériorité, économie, justesse de la ligne musicale. Autant de qualités qui se sont révélées grâce à la lecture des plus grands violonistes dont il est devenu le cheval de bataille.

D’une incontestable inspiration lyrique néo-romantique, la partition développe une forme libre, rhapsodique, même si elle respecte la traditionnelle tripartition classique en trois mouvements: allegro moderato, adagio di molto, finale. Même si l’inspiration naturelle, panthéiste, du compositeur s’exprime avec clarté, en particulier d’après le motif naturel des forêts de sa Finlande natale, les souvenirs enrichissent aussi une imagination personnelle et intime. A ce titre, le deuxième mouvement pourrait convoquer les impressions méditerranéennes vécues pendant son séjour en Italie.

Dans sa version révisée de 1905, la partition saisit par sa force lyrique, son hyper virtuosité, mesurée, jamais gratuite… une plongée romantique particulièrement engageante que le soliste doit traiter avec une tension remarquable dans les premiers et seconds mouvements; avec clarté structurelle aussi dans le dernier: un jeu tout en nuances et une élégance suggestive tirent le Concerto sibélien vers ses sommets allusifs et intérieurs. Assurément un sommet de la musique du début du XXème siècle et la preuve éloquente du génie de Sibelius dont 2015 marque le 150ème anniversaire de la naissance.

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LIVRES. Sibelius, les cygnes et le silence par Richard Millet (Gallimard)

sibelius  richard millet gallimard essai musiqueLIVRES. Sibelius, les cygnes et le silence par Richard Millet (Gallimard). L’intĂ©rĂŞt du livre Ă©ditĂ© par Gallimard pourrait se mesurer Ă  l’énoncĂ© de deux interrogations que nous avons relevĂ©es : «  Pourquoi un si grand pianiste s’obstine-t-il Ă  composer ? », «  Pour qui vais-je Ă  prĂ©sent composer ? ».  Deux questions essentielles redevables Ă  la pensĂ©e et au travail du plus grand compositeur finlandais du XXème siècle. La première concerne Busoni et Ă©pingle l’ivresse illusoire dans une vie de crĂ©ateur de la pure virtuositĂ© voire de l’ambition formelle creuse… la seconde dĂ©voile le compagnon d’une vie, le catalyseur et le soutien qui dans l’ombre a fait que Sibelius compose comme il a composĂ©, le baron Axel Carpelan que l’auteur tire de l’oubli avec une finesse de trait aussi Ă©vocatrice et sensible que l’ensemble de son texte. A travers l’évocation en Ă©pisodes et sĂ©quences combinĂ©es – ce n’est pas un essai continu ni une biographie dĂ©guisĂ©e- de la vie et surtout de la pensĂ©e SibĂ©lienne, Richard Millet approche par fragments, le secret de Sibelius : son exigence et son silence. Le compositeur retirĂ© dans sa villa d’Ainola, sublime maison nichĂ©e au coeur du massif arborĂ© au bord d’un lac miroitant Ă  toute heure de la journĂ©e, qui s’est laissĂ© pĂ©nĂ©trĂ© par le souffle des lĂ©gendes nordiques du Kalevala, eut le gĂ©nie de livrer Ă  son pays, ses Symphonies inclassables dont l’ardente Ă©nergie intĂ©rieure expriment plus qu’un Ă©lan et une finalitĂ© nationalistes : la claire volontĂ© d’égaler les plus grands, Beethoven, Brahms, Schumann et dĂ©jĂ  ses contemporains, Bruckner, Mahler, Strauss : ĂŞtre un symphoniste capable d’une nouvelle libertĂ© esthĂ©tique et poĂ©tique qui pense Ă  la place de l’homme dans l’univers, aux phĂ©nomènes de la nature, au sens de la vie…

Sibelius : l’immensité, les cygnes, le silence

On comprend aussitôt qu’on aurait tort de réduire la création de Sibelius à un unique fait patriotique et dont témoigne il est vrai Finlandia. Le vrai propos du livre est le témoignage et l’hommage d’un mélomane, qui a écouté et compris de l’intérieur la musique de Sibelius, lui restituant la force de son génie, la justesse de ses visions, l’évidence de son silence pendant les 30 dernières années de sa vie, lui qui avait finalement tout dit.  Sibelius comme en cela le Mahler des 6è et 7è Symphonies, célèbre le tumulte recréateur de la nature, sans le raconter, il l’exprime. un bouillonnement fécond qui exalte la sensibilité de l’homme taillé comme un viking.

sibelius jeune homme romantiqueLa parallèle avec Faulkner, mĂŞme aspiration et culte des immensitĂ©s naturelles, des failles infinies dans le ciel – que seul le vol des cygnes blancs ou des grues peuvent rĂ©ellement mesurer- est juste. Comme les chapitres destinĂ©s Ă  retracer les rapports (subtilement entretenus Ă  distance) avec ses contemporains et confrères, apportent des Ă©clairages opportuns dans le portrait du grand solitaire : un ours reliĂ© Ă  la mère nature plutĂ´t qu’aux illusions de la ville riche en beuverie collective. L’auteur tire vers le haut cet idĂ©al artistique devenu Ă©thique quotidienne Ă  Ainola. Sa vision est fine, intransigeante voire dĂ©valorisante pour nombre de musiciens contemporains ou proches (Nielsen s’en prend plein les dents), mais la sincĂ©ritĂ© du ton qui conserve intacte sa pure admiration, ne dĂ©vie pas d’un pouce : Sibelius est un dieu de la musique, aussi gĂ©nial et bouleversant que Leonardo pour les arts graphiques et la peinture : au nombre restreint d’opus se mesure la hauteur d’un Ĺ“uvre qui frappe par sa qualitĂ©, sa densitĂ©, sa dĂ©fiance Ă  toute rĂ©pĂ©tition. Les nĂ©ophytes comprendront combien le compositeur fut un idĂ©aliste d’une inflexible intĂ©gritĂ© (y compris vis Ă  vis des Russes comme des nazis – contrairement Ă  Knut Hamsun, lui aussi bien Ă©pinglĂ©) ; un crĂ©ateur un vrai qui se donna tous les moyens en une temporalitĂ© pensĂ©e et rĂ©flĂ©chie pour rĂ©aliser son oeuvre. Nous restent les Ă©popĂ©es inspirĂ©es des lĂ©gendes scandinaves, surtout les 7 Symphonies, toutes une Ă  une, magnifiquement prĂ©sentĂ©es (enjeux Ă  la clĂ©) : la 8ème Ă©tant celle sublime du silence enfin retrouvĂ©. Les sibĂ©riens -comme nous- se dĂ©lecteront d’un hommage personnel indiscutablement sincère. Donc convaincant.

Richard Millet, Sibelius, les cygnes et le silence, Gallimard, octobre 2014, 144 p., 14,90 € . ISBN 978 2 07 014563 8.

Saintes, Abbatiale. Concert Sibelius, Dvorak. Tedi Papavrami, le 12 octobre 2014, 15h30.

ONPL-400x266Saintes, Abbatiale. Concert Sibelius, Dvorak. Tedi Papavrami, le 12 octobre 2014, 15h30. Saintes : nouvelle expĂ©rience symphonique ? Peu Ă  peu, au fil d’une programmation musicale qui investit le lieu tout au long de l’annĂ©e, l’Abbatiale de l’Abbaye aux Dames Ă  Saintes confirme son rayonnement comme place symphonique : la voĂ»te sacrĂ©e se fait temple de l’expĂ©rience orchestrale ; quand il ne s’agit pas des formations sur instruments d’Ă©poque (Symphonies des Lumières, Orchestre des Champs ElysĂ©es…), la CitĂ© musicale accueille aussi des orchestres reconnus pour leur approche approfondie du rĂ©pertoire. En tĂ©moigne ce nouveau rv dimanche 12 octobre 2014 Ă  15h30, dĂ©diĂ© Ă  Smetana, Sibelius et Dvorak, intitulĂ© “Symphonie Slave”, bien que Sibelius incarne tel un pur joyau nordique, la vitalitĂ© de l’Ă©criture finnoise en matière de symphonisme ardent, original, irrĂ©sistible : son Concerto pour violon, chef d’oeuvre du genre par son introspection expressive et sa puretĂ© d’inspiration (qui confine Ă  l’Ă©pure) est ici dĂ©fendu par l’excellent violoniste Tedi Papavrami. Il est accompagnĂ© par l’Orchestre national des Pays de la Loire qui fait sa première entrĂ©e sous la voĂ»te de l’Abbaye aux Dames.

L’ouverture de La FiancĂ©e vendue de Smetana est un vrai dĂ©fi pour l’interprète ; on se souvient avec quel souci de l’expressivitĂ© raffinĂ©e et trĂ©pidante, un Karel Ancerl ou un Carlos Kleiber dirigeaient ce morceau symphonique aussi riche que tout un opĂ©ra, dĂ©voilant chacun des trĂ©sors d’invention suggestive. CrĂ©Ă© en mai 1886 Ă  Prague, l’opĂ©ra confirme le tempĂ©rament lyrique de l’auteur ; annonçant l’esprit lĂ©ger d’une comĂ©die irrĂ©sistible, l’ouverture, dĂ©veloppĂ©e dans l’esprit d’une vĂ©ritable kermesse tchèque, redouble de nervositĂ© villageoise, fourmille en accents et surenchère rythmique qui en font un morceau de choix pour tout orchestre. Ce n’est pas un lever de rideau mais bien un poème symphonique d’une profondeur inouĂŻe, rĂ©clamant de tous les musiciens, une maĂ®trise absolue des dynamiques comme de la vitalitĂ© rythmique. Nerf, Ă©lĂ©gance et profondeur : le cocktail requis n’est pas Ă©vident ; il rĂ©vèle de toute Ă©vidence les qualitĂ©s (ou les limites) de toute formation…

Le Concerto pour violon de Sibelius
Sibelius_portraitEn rĂ© majeur, le Concerto pour violon de Jean Sibelius est assurĂ©ment son oeuvre phare. Etant devenu l’un des sommets de l’écriture violonistique, retenu par les plus grands concertistes, il s’est imposĂ© naturellement auprès du public. L’opus 46 en rĂ© majeur fut composĂ© en 1903 et, après rĂ©vision, crĂ©Ă© sous la direction de Richard Strauss en 1905 Ă  Berlin. L’oeuvre est contemporaine de l’installation du compositeur dans la villa “AĂŻnola”, Ă  Jarvenpaa, en pleine forĂŞt, Ă  30km d’Helsinki. Fidèle Ă  son Ă©crtiure et son inspiration de plus en plus exigeante, Sibeliu s’y laisse pĂ©nĂ©trĂ© par le mystère de la Nature, sublimĂ© en une rĂ©flexion perpĂ©tuelle sur la forme. Longtemps minimisĂ© en raison d’une apparente et “creuse” rigueur, le Concerto s’imposa nĂ©anmoins en raison des difficultĂ©s techniques qu’il exige du soliste. Mais en plus de sa virtuositĂ© exigente, le Concert de Sibelius demande tout autant, concentration, intĂ©rioritĂ©, Ă©conomie, justesse de la ligne musicale. Autant de qualitĂ©s qui se sont rĂ©vĂ©lĂ©es grâce Ă  la lecture des plus grands violonistes dont il est devenu le cheval de bataille. D’une incontestable inspiration lyrique nĂ©o-romantique, la partition dĂ©veloppe une forme libre, rhapsodique, mĂŞme si elle respecte la traditionnelle tripartition classique en trois mouvements: allegro moderato, adagio di molto, finale. MĂŞme si l’inspiration naturelle, panthĂ©iste, du compositeur s’exprime avec clartĂ©, en particulier d’après le motif naturel des forĂŞts de sa Finlande natale, les souvenirs enrichissent aussi une imagination personnelle et intime. A ce titre, le deuxième mouvement pourrait convoquer les impressions mĂ©diterranĂ©ennes vĂ©cues pendant son sĂ©jour en Italie. A la sublime sensation du motif forestier, Sibelius ajoute la chaleur parfois brĂ»lante du clair soleil mĂ©diterranĂ©en.

Dvorak : Symphonie n°7
En rĂ© mineur comme la 4ème, mais d’un tout autre format, – d’oĂą son appellation de “grande symphonie en rĂ©”, la 7ème de Dvorak est le fruit d’une promesse du compositeur faite Ă  la Royal Philharmonic Society de Londres au moment oĂą il en avait Ă©tĂ© nommĂ© membre d’honneur. Ecrite en 4 mois Ă  partir de dĂ©cembre 1884, la 7ème affirme le gĂ©nie du symphoniste alors très influencĂ© par Wagner et par son ami Brahms dont la 3ème Symphonie venait d’ĂŞtre triomphalement crĂ©Ă©e. C’est Hans von Bulow qui en assura l’interprĂ©tation la plus convaincante, enthousiasmant Dvorak au comble de la satisfaction : il Ă©crit sur le manuscrit un hommage sensible Ă  l’adresse du chef d’orchestre : “Gloire! Tu as donnĂ© vie Ă  cette Ĺ“uvre”. De fait avant la fameuse 8èùe Nouveau Monde”, la 7ème impose l’ampleur et la maturitĂ© du gĂ©nie symphonique de Dvorak en particulier dans la succession des deux premiers mouvements.

dvorak antoninDès l’Allegro maestoso d’ouverture, l’auditeur y retrouve tout ce qui fonde l’intense expressivitĂ© de l’Ă©criture dvorakienne : lugubre et profonde introduction (qui valut Ă  l’auteur plusieurs rĂ©Ă©critures) puis fougue irrĂ©sistible : la vitalitĂ© de Dvorak s’exprime aussi par une Ă©tonnante et saisissante fluiditĂ© entre les mĂ©lodies exposĂ©es dont celle introduite par flĂ»tes et clarinettes, citation Ă  peine voilĂ©e de Brahms (Concerto pour piano n°2). Le 2è mouvement (Poco Adagio) est le sommet de la partition par son Ă©lĂ©vation spirituelle (choral d’ouverture exposĂ© par les bois), son recueillement et ses langueurs suggestives très proches cette fois de l’esprit tristanesque dĂ©fendu par Wagner. Dvorak mĂŞle très habilement rĂ©fĂ©rences brahmsiennes et wagnĂ©riennes.

Saintes, Abbatiale
dimanche 12 octobre 2014, 15h30

Bedrich Smetana
 : Ouverture de La fiancée vendue
Jean Sibelius : 
Concerto pour violon
Anton Dvořak : 
Symphonie n°7

Tedi Papavrami, violon (Stradivarius Le Reynier)
Orchestre national des Pays de la Loire
Vassilis Christopoulos, direction

Tarifs : de 8 à 32 €
Durée du concert : 1h15

Informations et achat en ligne

 

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